‹ Le miroir de la vieChapitre 7 sur 62 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

maison, d'un canal, de la fécondité d'un champ, de l'animation d'une échoppe, d'un marché. Et s'il faut des drames à la peinture, ceux d'un soleil mourant ou d'une tempête lui conviennent autant et plus que ceux d'un incendie ou d'une révolution.

Mais la littérature? dira-t-on. Hélas! les vies heureuses n'ont pas de littérature, non plus que les vies malheureuses, mais résignées. Roman, théâtre, poème lyrique ou de geste, n'évoquent à nos yeux que des figures troublées par des crises, ou que des événements qui bouleversent, perdent ou sauvent, en un instant, une destinée. Ils n'évoquent donc pas la vie journalière et laborieuse des infiniments petits — du paysan par exemple. Le roman vit d'aventures et aucune existence n'en offre moins que celle du paysan. Aucune n'est plus monotone ni plus lente en évolutions. Elle est immobile presque comme un tableau. Elle est ainsi du domaine des tableaux. Le peintre, au contraire, n'a pas besoin que son modèle ait eu de tragiques aventures pour intéresser à son portrait. Il prend une vieille femme dont la vie s'est passée à coudre ou à balayer devant sa porte. Il la peint comme elle est et voilà de quoi passionner les siècles, s'il

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