INTRODUCTION. XIII
est Rembrandt ou Chardin, autant et plus que le portrait de Charles XII ou de Mme de Pompadour. Mais l'écrivain — historien, romancier ou poète — ne peut faire cela. Les traits de son personnage, ce sont des actes, des paroles, des sensations. S'il n'y en a pas dans la vie qu'il retrace, il faut, pour y intéresser, qu'il en imagine. Flaubert a pu écrire quelques belles pages sur Un cœur simple, mais combien est plus saisissant le portrait de Mme Bovary! Une vie agitée, traversée de crises, fournira toujours à l'écrivain des traits plus émouvants qu'une vie sans cesse identique à elle-même, qu'une vertu toujours immobile. Comparez la joie qu'éprouve l'historien ou le romancier, en découvrant, dans des papiers de famille ou dans des souvenirs de ses amis, quelque figure comme celle de Christine de Suède, avec la torpeur et l'ennui qui l'accablent, si quelque sort néfaste l'a désigné pour raconter la vie d'un prix Montyon. Le peintre, lui, ne s'effraie pas devant un prix Montyon. Il se réjouit au contraire, car les longues années de travail pénible et de vigilance ont creusé sur le front des sillons infiniment pittoresques, et les plus beaux portraits de maîtres qu'on connaisse sont ceux des hommes ou des femmes