‹ Le miroir des heures, 1906-1910Chapitre 22 sur 105 · LE PALAIS ROUGE · texte numérisé non relu

LE PALAIS ROUGE

Te souvient-il du Palais roug'e

Si mystérieux et si beau Dont le reflet s'enfonce et bc Dans l'onde lourde du rio?

Au bout de la ruelle étroite Qui mène à ce pont courbe, vois, Au-dessus de l'eau qui miroite, Sa façade qui vient vers toi.

LB HinOin DES REURRS 65

Pour aller jusqu'à lui, ma belle, Il a fallu suivre un chemin Plus compliqué que la dentelle Qui bat au sou file de ton sein,

Car, sinueuse et délicate Comme l'œuvre de ses fuseaux, Venise ressemble à l'agate Avec ses veines de canaux.

Plus qu'Ariane qu'elle imite, Mais sans le fil qui vous conduit, Elle vous égare bien vite Au labyrinthe des « calli » .

N'est-ce pas ainsi, chère folle, Que nous avons marché long-temps Dans l'ombre épaisse, tiède et molle Où se cherchaient nos yeux ardents?

N'avions-nous pas sur nos visages Ce masque blanc que Longhi peint A celui de ses personnages Sous leur baûta de satin?

LE MiKOlR DES HEURES

Mais, un soir, nous nous reconnûmes Sur un campo, près d'un canal, A cette heure où Venise allume Les derniers feux du carnaval ;

Et, soudain, g-raves et farouches, Nous sentîmes, avec des pleurs, Monter au rire de nos bouches Le double désir de nos coeurs.

Ce fut ainsi que nous allâmes Vers ce vieux Palais rou^e et beau Qui semble tout léché de flammes Et que l'Amour eut pour tombeau.

Sa façade de lieu sans maître, Dresse un mur de pourpre écorché, Mais on y voit à la fenêtre Luii'e la lampe de Psyché!

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