‹ Le miroir des heures, 1906-1910Chapitre 31 sur 105 · ANTOINE ET CLÉOPATRE · texte numérisé non relu

ANTOINE ET CLÉOPATRE

Ce soir, j'ai vu mourir Cléopâtre ! J'ai vu

L'aspic du Nil mordre son sein et son bras nu

Et se dresser, sifflant, parmi les figues vertes.

Le lourd sceptre est tombé de ses mains entr'ouvertcs,

Mais la couronne encor cercle son front étroit...

Celle de qui l'amour faisait plus grand qu'un Roi

Le mortel fortuné choisi pour son étreinte

Semble dormir. La mort baisa sa lèvre peinte,

Si doucement que, lorsque César est entré,

go LE Minoii\ Di:s iu.ukes

En vain il a cherché sur le sol empourpré Quelque tache de sang, goutte à goutte, élargie. Et cependant tu vas pleurer, Alexandrie, Quand on emportera vers leur lit souterrain Et ta Reine amoureuse et son amant romain !

Car bientôt vont venir, avec leurs aromates, Les embaumeurs, portant en des fioles plates, La résine durable et les sombres onguents; Et les bandes de lin, en funèbres serpents S'enrouleront autour de la belle Lagide Qui, désormais, légère, incorruptible et vide, Sous ces liens que nul ne pourra délier. En son cercueil de cèdre et peint d'un épervier, Ne sera plus dans l'ombre, hélas! ensevelie, Que sa froide, immobile et royale momie!

Mais quelqu'un a gardé la clé de ton caveau. Reine! Réveille-toi. Voici que, de nouveau, Un jeune sang frémit dans tes veines et chante Ardemment en ta chair glorieuse et vivante! De nouveau le vieux Nil se déroule à tes yeux; Tu revois ton Egypte et retrouves tes Dieux, Et voici que ta vie éclatante et divine Recommence. Le monde en t'adorant s'incline.

Page 1