A OTHELLO
Je pense à vous, seig-neur Othello. Me voici En ces lieux, autrefois où vous vîntes. Ici, Voire roug'c g-alcre en ce port s'est ancrée : Les acclamations ont fêté votre entrée.
Et Chypre, tout entière, en vous apercevant, Accueillait d'un seul cri le More au bras puissant Accouru de si loin pour combattre avec elle. Je vous vois. Vous avez posé votre semelle Sur cette dalle unie où le marbre est si dur,
gÔ LE MIROIR DES HEURES
Et votre ombre g-uerrière a passé sur ce mur.
J'entends toujours vibrer votre voix rude et forte;
Vous avez salué, au-dessus de la porte
Où le soleil couchant en fait un blason d'or,
Ce beau lion ailé qu'on y distingue encor
Et dont Venise, au temps de ses g-Ioires hautaines,
Marquait jadis le front de ses villes lointaines
Maintenant, le lion, par le temps effrité,
Ne g-arde plus, hélas ! qu'un débris de cité.
Famag-ouste n'est plus qu'une fauve ruine
Que solennelle, grave et massive, domine
De ses deux tours, dont l'une est croulée à demi.
Sa cathédrale haute et g'othique, parmi
Quelques palmiers poudreux qui balancent leurs palmes
Dans l'air limpide, chaud, silencieux et calme
— Famag-ouste qu'enserre, autour d'elle debout
En sa pierre fidèle et forte jusqu'au bout,
Immuable aujourd'hui encor comme nag-uère.
De son double rempart, son enceinte de g-uerre.
Et c'est là que je song-e à vous, sombre Othello, Tandis que s'empourprent le ciel, la terre et l'eau Et que le sol ardent brûle mon pas sonore; A vous, ô vaillant chef, à vous, ô noble More,