‹ Le miroir des heures, 1906-1910Chapitre 54 sur 105 · L'AVEU · texte numérisé non relu

L'AVEU

Mon cœur est sans regret, ce soir, et sans tristesse ; Le jour a fui pourtant, et vous n'êtes plus là ; Ces roses, peu à peu, dans l'ombre plus épaisse, Semblent des fleurs de cendre où quelque feu brûla;

Cependant, aujourd'hui vous étiez toujours belle, Vos mains étaient vos mains, vos yeux étaient vos yeux, Et comme j'eusse hier trouvé morne et cruelle L'heure où vous me laissez seul et silencieux!

LE HIROIR DES AMANTS l35

Mais, ce soir, je me sens le cœur ingrat et sombre ; Vous étiez près de moi, et j'étais loin de vous, Et j'aurais souhaité que s'effaçât dans l'ombre Votre visage pur, délicieux et doux,

Car je voudrais pouvoir vous haïr, vous que j'aime, Rose qui parfumez mon destin embaumé !

Pour m'éviter ainsi, par un vil stratagème, Peut-être le tourment de n'être plus aimé ;

Je voudrais, cœur honteux de sa lâche espérance, Ne plus me souvenir de vous par qui je vis... Mais c'est encor l'amour, un amour qui d'avance Se prépare à la haine et se force à l'oubli?

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