‹ Le miroir des heures, 1906-1910Chapitre 85 sur 105 · LÉPANTE · texte numérisé non relu

LÉPANTE

Sur le golfe, le port, la ville et le rempart, Le soir est bleu. La mer en murmurant se brise Où, jadis, dans un bruit d'abordage et de prise. Retentit le pierrier et claqua l'étendard.

L'aig-le à deux têtes et le lion de Saint-Marc Ont g-uidé là, d'un vol que l'histoire éternise, Les g-alères d'Espaçne et celles de Venise Que ruait sur le Turc l'impérial bâtard.

Salut, Juan ! par qui la croix fut la plus forte !... Aujourd'hui le silence endort la cité morte Derrière ses vieux murs pleins d'échos glorieux ;

Et j'ai vu, du château qui couronne sa pente, Se lever, souvenir d'un soir injurieux, Pâle encor, le croissant, en face de Lépante!

IKDAIIUER 193

L'ACIÎILLÉION

« J'ai consacré mon palais à Achille », dit l'Iinpcratricc, (Maurics Barrés, Amori et dolori sacrum.)

La villa blanche est close, et le jardin désert Jusqu'au golfe descend de terrasse en terrasse , L'allée est sans empreinte où personne ne passe Et nulle voix ne vibre au silence de l'air.

Près du rosier en fleurs et près du laurier vert, Homérique et g-uerrier sous sa lourde cuirasse, En son marbre succombe au mai qui le terrasse Un Achille blessé qui meurt devant la mer.

Toi que l'odeur du vent et des roses enivre, Va-t'en, et porte ailleurs le bruit qu'on fait à vivre, Car une ombre trag-ique est errante en ces lieux,

Qui, comme le héros par la flèche ennemie, Sous la pourpre royale et doublement roug-ie, A connu plus que lui la colère des Dieux!

I()4 LE MIJ\Om DES HtORES

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