‹ Le miroir du monde; notes et sensations de la vie pittoresqueChapitre 11 sur 14 · LA TABLE · texte numérisé non relu

LA TABLE

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La gastronomie peut devenir une passion absorbante, primant toutes autres sensations, et Grimod de la Reynière nous conte, dans ses Almnnachs des gourmands, qu'un disciple d'Apicius s'avisa un jour d'établir un parallèle entre les femmes et la bonne chère.

" Posons les principes, disait-il ; vous conviendrez d'abord que les plaisirs que procure la table sont ceux qu'on connaît le plus tôt, qu'on quitte le plus tard et qu'on peut goûter le plus souvent. Or pourriez-vous en dire autant des autres ?

<( Est-il une femme tant jolie que vous la supposiez, fût-elle une demoiselle Weimer ou une dame Récamier, qui puisse valoir ces admirables perdrix de Cahors, du Languedoc ou des Cévennes, dont le fumet divin vaut mieux que tous les parfums de l'Arabie? La mettrez-vous en parallèle avec ces pâtés de foie gras ou de canards auxquels, Jps villes de Strasbourg, de Toulouse et d'Auch doivent la-p|us grande partie de leur célébrité? Qu'est-elle auprès de cejs^laiïgues ipurrées de Troyes, de ces mortadelles de Lyon, de .^ v;j V i 1 If yVjjfle fromage d'Italie de Paris ou de ces sau-

'^' ^ ff(|[(ssons d'Arles ou de Bologne qui ont

iquis tant de gloire à la personne du Mil cochon? Pouvez-vous mettre un joli petit minois bien fardé, bien grimacier, à côté de ces admirables moutons des Vosges ou des Ardennes qui fondent sous la dent et deviennent un manger délectable? — Quel est le gourmand assez dépravé pour préférer une beauté maigre et chétive à ces énormes et succulents aloyaux de la Limagne ou du Cotentin, qui inondent celui qui les dépèce et

font tomber en pâmoison ceux qui les mangent? - — Rôtis incomparables! c'est dans vos vastes flancs, sources de tous les principes vitaux et des vraies sensations, que le gourmand va puiser son existence, le musicien son talent, et le poète son génie it; créateur. Quel rapport pouvez-vous établir entre cette r figure piquante, mais chiffonnée, et ces poulardes de Bresse, ces chapons du Mans, ces coqs vierges du pays de Caux, dont la finesse , la beauté , la succulence et l'embonpoint excitent tous les sens à la fois et délectent merveilleusement les houppes nerveuses et sensitives de tout palais délicat? >■ Ainsi ce paradoxal gourmand, aux appétits un peu vulgaires, fait-il défiler toutes les richesses alimentaires de notre France et de l'étranger, pour parvenir à cette conclusion que lesjouissances que procure la bonne chère > à un riche gourmet doivent être mises au premier | rang, que ces jouissances sont infiniment plus pro longées que celles qu'on goûte dans l'infraction fcn*\v'~''K4 au sixième commandement de Dieu, qu'elles n'amènent ni langueurs, ni dégoûts, ni craintes, ni remords, que la source s'en renouvelle sans cesse, sans jamais s'épuiser; que, loin d'énerver le tempérament ou d'affaiblir le cerveau, elles deviennent l'heureux principe d'une santé ferme, d'idées brillantes et de vigoureuses sensations. Que penser de ce goinfre dyscole, pour lequel la gastronomie, en tant que passion exclusive, est l'idéal d'une vie bien remplie? au lieu d'enfanter des regrets, de disposer à 1' condrie, et de finir par rendre un homme insupportable à soi-même et à autrui, on lui doit, dit-il, celte fa

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