LA RÊVERIE
La Pensée est le l.ibeur de l'intelllgcnço, la Rêverie en csL la volupté. ^ .,'^ |' i ! :!l
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SAINT François de Sales, parlant des rêveries et des visions, remarque à bon droit que la femme est généralement plus portée que l'homme aux extases cérébrales : « La facilité et la tendreté de l'imagination des filles, dit-il, les rend susceptibles d'illusions. C'est pourquoi leur sexe est plus adonné à la créance des songes, à la crainte des péchés et à la crédulité des superstitions. Il leur est souvent advis qu'elles voient ce qu'elles ne voient pas, qu'elles oyent ce qu'elles n'oyent point, et qu'elles sentent ce qu'elles ne sentent point. Il se peut bien faire que le malin esprit ail part en ces illusions, mais je crois plutôt qu'il laisse agir l'imagination sans y coojiérer que par de simples suggestions. »
Il est certain, comme le pensait Pierre Charron, en son livre de la Saffesse, « que l'imagination des femmes a souvent plus besoin de guides que d'éperons et que c'est un enfant indocile qu'il faut tenir par la lisière, de peur qu'il ne fasse de faux pas». — L'imagina-
■•îtion des hommes est inliiiiment plus pondérée; elle ne prend iipus ses ébals qu'aux heures de 1 '^^lilude, de repos, dans les rè- .'■^/^>.^ vverics du coin du feu, aux ^iht iènlr'actes de la vie agis- ^^«•v • sanle; elle vient ouvrir a l'esprit, fatigué par le fini et le borné des occupations réelles , l'infini radieux de son domaine fantastique, et représenter au cerveau ^içharmé l'invisible et l'impénétrable par^^e^-nsibîe de l'illuminisme ; l'homme coquette avec elle, mais ne subit point toujours son •^XV '^'^dé'^btista'e de toute minute. — Il se retrouve en effet plus ou moins en chacun de nous , comme le remarque Sainte- Beuve, » de cette alliance boiteuse de l'idéal exalté et du bon sens positif et terre à terre ; ce n'est même chez beaucoup qu'une question d'âge »; on s'endort Don Quichotte et l'on se réveille Pança. — Notre esprit, comme un aérostat, après avoir follement plané dans le zénith, jjoussé par le cyclone des pensers les plus extravagants, est venu atterrir et s'ancrer à terre lourd, fripé et dégonflé, sentant tout le poids réel de son lest rationaliste et humain.
Mais chez les femmes, que les conditions sociales font plus passives, que la nature et l'éducation ont équilibrées moins solidement, pour lesquelles l'amour est toute la vie, et qui, se sentant esclaves dans leur rôle de filles, d'épouses et de mères, n'en sont que plus avides de liberté ; pour ces douces créatures de foyer, pour ces Cendrillons qui sont ou les ménagères ou les poupées de l'homme égoïste, fiévreux et pourvoyeur de la famille, la rêverie devient le Sésame ouvre-toi, la clef magique, la soupape qui les