‹ Le miroir du monde; notes et sensations de la vie pittoresqueChapitre 9 sur 14 · I.AMOUIl · texte numérisé non relu

I.AMOUIl

tablement grand el le désœuvrement général des classes aisées... Sous le régime bienfaisant de l'égalité, sous l'influence toute-puissante de la raison publique, étranger à toute exagération, à tout enthousiasme, l'Amour sera le consolateur, mais non l'arbitre de la vie ; il l'embellira, mais il ne l'emplira point. Lorsqu'il la remplit, il la dégrade, et bientôt il s'éteint lui-même dans les dégoûts. » Malgré ce décret de Cabanis, repris plus tard par Sénancourt, l'Amour échappa aux ordonnances de la raison civique ; après les guerres de l'Empire, il reprit possession d'un peuple anémié et moralement endolori pour exercer sa tyrannie avec plus de puissance que jamais dans la littérature, la société et les mœurs, et, ce ne fut point l'Amour sémillant, tout diapré d'inconstance, qui revint d'exil, ce fut la passion sombre avec le développement excessif de désirs irréalisables. C'est que l'on comprit que l'Amour était un désir d'immortalité et qu'il ne se divinisait que par les obstacles et la douleur. On sentit le vide de la possession, l'anéantissement du désir par le contact des sens et l'on eut cette morale, selon Platon, qu'il n'est aucun être tellement mauvais fut-il dont l'amour élevé ne fasse un dieu pour la vertu. On pensa que rien n'y pouvait être borné, sauf pour les âmes bornées, et on le voulut infini dans tous les au delà de la compréhension humaine, supérieur à tous les paganisme», au-dessus de toutes les lois, planant ^ui le monde ^^sî- qn il fait mou\oir et qu'il envoile

de ^on mystère.

►*)^ Où a-t-il été

j -^ ^ mieux parlé de

"^tà' ' * / ^Âmour que dans

< L'Amour eâty'g«iT#ï"e'ft<^ entreprenant poi le aux grandes chose», insatiable de pepfecti0rtr*'ft^\eut s'èlc\ci toujours et rien

(le ce qui est ici-bas ne lui suffit. Il veut être indépendant et dégagé de toute affection qui le distrait de celle qui le possède, afin qu'aucune illusion ne le séduise et qu'aucune douleur ne le rebute.

(< Il n'y a rien de plus doux que l'Amour, rien de plus fort, rien de plus élevé, rien de plus étendu, rien de plus gracieux, rien de plus parfait et de meilleur au ciel et sur la terre, parce que l'amour est né de Dieu et qu'il ne peut se reposer qu'en Dieu, audessus de tous les objets créés.

« Celui qui aime court, vole et se réjouit; il est libre et rien ne l'arrête, il donne tout pour tout, il possède tout dans ce qu'il aime, parce que ce qu'il aime est tout et renferme tout; il ne craint pas de se donner tout entier, parce que tout lui est donné.

« L'amour veille toujours, il ne dort pas dans le sommeil. Il se tourmente sans fatigue, se contraint sans se mettre à la gêne, s'émeut et s'effraye sans se troubler; mais, comme une flamme vive, ardente et légère, il brûle, s'élève et passe avec assurance. »

Mais il n'y a que ceux qui aiment ou ont aimé qui soient susceptibles d entendre ce '^upeibe langage.

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LES Anciens se plaisaient à comparer le monde à un livre colossal, dans lequel l'homme qui n'a vu que son pays natal n'a lu qu'une feuille. Rien n'est plus juste que cette image; les voyages équilibrent notre esprit par la comparaison, modèrent nos vanités, assurent notre jugement et nous perfectionnent en tous points, quand nous savons en tirer les avantages qu'ils peuvent procurer et nous garder des inconvénients qui très souvent s'y rencontrent. — Il n'y a point de meilleure école de sagesse que celle des voyages, écrivait déjà LaMotheLe Vayer en un temps où M"" de Sévigné allait proclamer que « les voyages usent le corps comme les équipages » , et les deux opinions ont continué à être débattues entre les tempéraments sédentaires, à vie monotone, à habitudes fixes, à monomanies nationales, et les esprits plus aventureux, plus ailés, plus remuants dans un cercle d'observations qu'ils entrevoient avec raison aussi grandiose que la sphère terrestre.

Les uns professent cette théorie que le bonheur ici-bas consiste dans la satisfaction de l'habitude régulièrement suivie, que l'existence sur un même sol, dans une demeure plaisante, au milieu de visages amis toujours les mêmes, en compagnie d'une femme qui a fixé le sentiment et éternisé l'amour, est l'idéal du sage; que chercher ailleurs, c'est se remuer dans le vide et ne jamais se fixer, que c'est fuir ( la raison, la logique, se fuir soi-même et laisser l'ennui galo- ^ per à ses trousses. Ils ajoutent que l'imagination, cette vagabonde qui franchit les espaces par une télépathie merveil- • j leuse, peuple nos rêves plus richement, plus superbement, ] ^ plus chaudement que le souvenir de toutes les visions réelles F \ cherchées dans les divers panoramas du globe; ils concluent ^ ^ . enfin en affirmant que l'homme ne voyage en général que J^ a pour avoir voyage, c est-a-dire par vanité vis-a-vis du pro- v » chain, et que, dans tous ces déplacements oiseux, ce que l'on i \ gagne en expérience, on le perd en illusions, changeant g

ainsi son or en pièces de cent sous.

V Les autres, non moins judicieux dans leur contre-parade/**'

s'écrient avec un geste large que voyager, c'est réellement vivre, que c'est sortir de l'avilissante et despotique servitude de la vie usuelle, cesser de végéter et de s'abrutir dans un milieu qui forcément se provincialise. Ils se dressent et montrent les horizons lointains où l'on étudie, où l'on cherche, où l'on promène son rêve ; ils sont d'avis que mourir sans rien connaître et dégoûté de tout ce que l'on connaît est le fait d'une nature crétinisée par le manège journalier de la niaise et monstrueuse accoutumance à son coin d'élection, que c'est ressembler à un cheval de réforme, non à un homme divine-

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enl doué, qui a des yeux pour voir au large et des oreilles p^our ouïr tous les idiomes; ils émettent ce paradoxe que tout ogis longtemps habité apparaît comme une sorte de prison ellulaire, que tous visages trop fréquemment contemplés irritent et deviennent odieux, que la i-égularité du repas, du coucher, du lever, les caractères identiques des plats qu'o^ ingère, des voisins qu'on aperçoit, le creux du matelas sur t lequel on repose, constituent une existence écœurante et nauséabonde à laquelle il est urgent de se soustraire par la fuite, n'importe où, l'hiver en se rendant aux pays du soleil, l'été en parcourant les paysages ou les plages de toutes les contrées. Ils partent en guerre, ces moineaux francs des migrations soudaines, contre la tautologie des imaginations sédentaires et l'uniformité des sensations encagées et stupidement homotones et concentriques; ils nous laissent entendre que tout dans la nature créée nous invite au voyage; la terre d'abord, qui nous entraîne dans sa course; la lune qui, sans cesse voyage autour de nous ; les climats qui voyagent pour renouveler partout les saisons, et les oiseaux, et les insectes, et les germes, et la raison humaine, qui si souvent déménage pouç^ avoir voyagé trop étroitement dans le mêoie^^se. Il ont comprendre que le voyage, c'est la ré nime qui ne veut point mourir comme l'escargot e prétend pousser jusqu'aux colonnes d'Hercule et sondeiv^^rif^-; réalisable de la terre habitée. — Ils en la vie stagnante à PainV^m-aot, sj.v ihtji^ au plus, car ici tout

imprévu nous menace, toute l'Europe défile, toute la province afflue ; nos heures de nuit et de jour y sont guettées par un inattendu toujours renouvelé ; nos passions s'y affinent dans la variété de l'exquis et par un échange intellectuel introuvable partout ailleurs ; nous y avons la sensation de l'emportement vertigineux, du hasard, de la curiosité renaissante, le libre laisser-courre de notre fantaisie et le détachement aimable et facile de toutes choses coutumières.

Mais, en province, l'état sédentaire, n'est-ce pas l'épaississement de son soi, la mort figurée dans la vie lourde, froide, minutieuse, observée, épiée et systématiquement étiquetée? n'est-ce pas l'ennui emprisonné dans un horizon gris, dans Yin-pnce le plus glacial et le plus humide, où l'on agonise en écoutant au-dessus de sa tête psalmodier toutes les litanies de la calomnie ? — Le désert ou Rome, disait saint Jérôme; la campagne solitaire, le voyage ou i^aris, pouvons-nous dire aujourd'hui.

Dans cette controverse infinie entre les sédentaires et les voyageurs, j'avouerais, si l'on m'en priait, que toutes ^, mes sympathies sont centre gauche, et que j'opine ^ pour les derniers lorsque je pars et pour les premiers quand je reviens ; les voyages n'étant lut'-, en réalité, que de départs et d'arrivées. I, heure du déplacement, si tumultueusement agitée, si fiévreuse, si pleine d'ivresse dans le brouhaha des sentiments partagés entre l'affec- ^-tioîUJe ceux qiLon laisse ; désir absolue

LES VOYAGES

indépendance qu'on se crée , est inoubliable et d'une intensité bien particulière; la vie prend une autre allure soudaine... Dès la veille, les amis nous ont serré la main, ponctuant les adieux du mot veinard ! — les matrimoniaux ont ajouté à ce soupir d'envie la complainte des gens coffrés : Profitez-en ! ... quand vous serez marié... » Peu à peu le vide s'est fait, on a senti que tout allait renaître en soi et se métamorphoser, et cependant, à la dernière heure, le deuil de la maison close et obscure a pénétré dans notre être ; puis la voiture chargée de malles a fui, et déjà nous étions plus léger. Dans le tumulte de la gare, dans la pullulation des partances, au bruit du sifflet des machines, des précipitations, de la prise d'assaut du train, au milieu de ce monde caractéristique des départs, un bien-être fait de détachement, d'abandon, d'oubli, de curiosité vague s'est établi en nous, et dès lors le transformisme psychologique du vovageur s'est trouvé opéré.

Il n'est point d'expressions, d'inventions, d'images humaines^ qui parviendraient à donner la note et à dépasser en variété, ei]Lvitesse, en légèreté ces premières sensations voyageuses tour à tour troublantes, sereines, inquiètes et mal éveillées, égratignées par le décollement de ce qu'on quitte et bienheurées par l'insouciance et/ l'imprévu d'une existence nouvelle ; l'animal casanier et passif sen une torpeur l'envahir, tandis que chante le rêve de l'idéaliste et chercheur dans l'indépendance des aperçus libres et des fantaisifes incontrariables. Les heures passent brèves dank le rythme du des roues qui orchestre nos, pfensées, et déjà noiK voici au port où se

balance le paquebot qui nous conduira au pays d'Orient, loin de

cette terre que notre éduca bientôt, du large, noupromise, d'un œil à la rÇ^J

Le voyage estompe normale faite d'affections vie de foyer, mais il dévepressif physique , notre tivité; nous devenons sensitifs, la nuance existe au cœur, mais à la vue et au

g^^-ti^tion nous fait aimer et que ^B, regarderons comme une fois gai et mélancolieux.

peu à peu notre esthésie intimes enmurées dans la loppe notre système imintuition et notre rêcepmoins sensibles et plus notre aisthétère n'est plus cerveau. Nous sommes agis-

sants et cependant moins volon- rT taires que dans la sphère de nos ambitions coutumières ; nous notas dépensons moins, nous abandonnant aux rouages qui nous emportent et aux serviteurs qui partout s'emploient aussi ingénieusement qu'au pays des fées. Nous n'avons qu'à nous laisser vivre, et c'est pourquoi le voyage est le plus grand repos moral qu'il nous soit permis de désirer. De même que dans un aérostat, nous planons sur les choses, ne sentant rien : nous flotlons dans l'espace, tout nous seconde et agit pour nous, un bien-être profond fait d'indolence et d'oubli nous saisit; plus de fâcheux, plus de tracas, plus de lutte; les choses, les mœurs, les peuples, les paysages divers défdent sous nos regards et l'insouciance est notre lot, car tout s'offrira à nous dans l'inconnu du soir et du lendemain. Las de voir, nous fermons les yeux pour regarder en nous, dans cette usine de pensées dont la forge semble éteinte, tant le nonchaloir et l'indifférence assoupissent notre notion de la vie. Cependant l'air nous frappe et nous vivifie, balayant au passage tous nos soucis passés, tous nos tracas d'avenir; la paix est profonde dans notre âme où les chers absents apparaissent sous des formes indécises, mais que notre optique intérieure entrevoit avec des sourires mièvres, enveloppants, satisfaits de notre repos, de notre non

LES VOYAGES

ê/re voluptueux, de noire oubli momentané. Nous revoyons là-bas, làbas, dans une brume tiède comme de la ouate, ces tendres affections doDt nous nous sommes départis, et qui, dans leurs impatiences escomptent les tristesses esseulées du présent à la banque toujours ouverte des espérances, pour l'heure réconfortante du retour. Mais le vrai voyageur ne se laisse pas longtemps attendrir par ce$ apparitions qui ne sont que la poésie ambiante de ses mieurs pérégrinanles; le voyage égoïse ses fidèles, il délace les solidarités de cœur trop comprimantes, il relâche les liens, assoupit la passion et désalfecte les cultes idolâtres. — Le pérégrinateur par instinct, par vocation, par instabilité même, courtise l'existence en Don Juan>iJ inconstance, cueillant la sensation fugitive sans lui permettre de se transsu1>stantiè|r en sentiment; il marivaude, avec la ""' fragilité (le sa nature, dans l'errance de ses

caprices; aussi la versatilité de ses . " projets, sans cesse

LE MIRÛIlt DU MONDli:.

permel point de laisser de Péiiélopes en arrière, mais plulcM-des Arianes courtisées à toutes les escales de l'amour qui passe.

La vie le berce, et il arrive sans nulle fatigue dans les villes roses et souriantes d'Orient, au milieu des blancs minarets, sous des soleils radieux qui portent des ombres bleues et s'épandent de toute part comme de l'or en fusion. Partout il est accueilli, l'étranger, avec un empressement qui le délivre de tous soucis des choses matérielles; il débarque; cent portefaix s'emparent de ses malles et valises, vingt hôteliers se disputent sa personne, autant de drogmans sollicitent l'honneur de le servir; partout il est fêté, sollicité; ses moindres désirs sont aussitôt réalisés; il se peut croire grand kalife de Bagdad ou Altesse Sérénissime voyageant avec apparat..

Les journées, pour lui, passent brèves, et il éprouvé ce sentiment profond et assuré, ce sentiment si exquis d'èlre le i| aï Ire absolu du temps, de ne percevoir les heures que sereines,^ nui| avec l'anxiété poignante du travailleur qujàent disparaître lourdenu'iit la minute, non plus avec cette tristesse alanguissanie et r^v^Bo de

l'amoureux et du philosophe, mais'Wftf iô-soùciancc <■( fjlteérf'*-^e;,X '

Il se lève à son heure, sans' craindre les importuns ; il ii|»%4f.-| déjeune à sa faim, n'ayant d'autre chronomètre que S!|É. i#appétit;|-il est déhajTiissé ïÈ- ' '^•*

LES VOYAGES. 91

ces odieux inquisiteurs de la domesticité européenne ; il peut aller à sa fantaisie, sans subir le contrôle de ces espions, se livrer au hasard, à l'imprévu, s'arrêter où bon lui semble et transformer ses mœurs selon ses rêves. Il lui est loisible de se faire mahométan, de réencr sur un sérail , de commander musiciens et

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bayadères, sans que les convenances, l'étiquette et l'opinion, ces duègnes inexorables, se dressent soudain ! au-devant de ses caprices. Sa qualité d'étranger lui donne tous droits, sa liberté lui laisse le pouvoir de réaliser les plus invraisemblables folies. Sous ses pas, fies propositions de toute nature lui sont faites, et il se laisse aller à cette conviction que l'Univers tout entier est à vendre avec ses vices et ses vertus ; hommes et femmes, peuples et villes lui apparaissent Comme mis à l'encan par la ruffianerie dont il est enveloppé.

Bien plus, si le voyageur est nourri de bellesilettres, si, chez lui, l'imagination domine avec son j.e évocateur et sa lumière transformatrice, il pourra, ce cosmopolite, faire naître en soi tous les avatars, être Hassan à Stamboul, et Casanova à Venise. Isolé dans un monde dont il peut aisément s'abstraire et qu'il peut voir avec l'œil qui lui convient, il lui

LE MIIiOIR DU MONDI-:

est aisé de faire revivre le passé, de peupler ces lagunes vénitiennes avec la coloration extravagante des temps où le Bucenlaure allait épouser la mer, de ravoir des fêtes étincelantes dans ce palais Pitli et dans cette Florence aujourd'hui si morte, de laisser circuler des tempêtes de guerre civile au milieu de cette Sienne conservée dans sa beauté moyen-âgeuse comme dans un écrin, et de soupirer les ardentes amours de Roméo dans la froideur de cette Vérone, qui n'est plus qu'un tombeau historique, un mausolée d'Art disparu.

Montaigne, qui erra si longtemps enjfKllemagne*, en Suisse, en Italie, a délicieusement parlé du vo^-age : << Le voyage, dit-il, me semble un exercice proufitable, l'âme y a une continuelle exercitalion <à remarquer des choses inconnues et nouvelles ; je ne sache point meilleure école à façonner la vie que de lui proposer incessamment la diversité de tant d'autres vies, fantaisies et usances, et lui faire goûter une si perpétuelle variété de formes de notre nature. Le corps n'y est ni oisif, ni travaillé, et cette modérée agitation le met en haleine. La mutation d'air et de climat ne me touche point; tout ciel m'est un : je ne suis battu que des altérations internes que je produis en moi; et celles-là m'arrivent moins en voyageant. »

" J'estime, dit-il, ailleurs, tous les hommes mes compatriotes, et embrasse un Polonois comme un François, postposant cette liaison nationale à l'universelle et commune Nature qui nous a mis au monde libres et déliés; nous nous emprisonnons en certains destroits, comme les rois de la Perse qui s'obligeoient à ne boire

jamais autî'c^au qiîfe. celle du fleuve Chospaez.... Par le voyage, je' mè dérobbe aux occasions de me fascher et me délourne de la connoiàsa«çe^^"'choses qui vont mal; et, si je ne puis faire qu'à toute heure je me heurte chez moi en quelque rencontre qui me déplaise, en voyage n'ai point ce souci et considère mes affaires de loin et en gros, et- senlirois rnoins lors la ruine d'une tour que ne ferois à

présent la chute d'une ardoise. »

Montaigne possède sur cette question des pérégrinations, sur 1 obligation maritale à voyager, sur le garrottage de l'habitude, des idées lalrges, supérieures, toutes tissées de ce bon sens élevé qui donne une si haute valeur à son œuvre. — Rien n'est plus curieux que de le voir corroborer nos pensées actuelles

sur ce sujet; on croirait que son esprit si intuitif a été locomotive à toute vapeur dans le cosmopolitisme de notre siècle.

Le voyage fait naître souvent en nous des sympathies durables et singulièrement opposées, telles celles qui nous feraient choisir pour résidence Londres ou Venise : Deux extrêmes ; l'une, en raison de sa vie affairée, tumultueuse, qui nous entraîne dans son rouage de logique à outrance et nous fait sentir comme une odeur d'Univers, grâce <à la formidable poussée et à l'abondance de son trafic trans-océanien, lequel fait de celte ville géante l'entrepôt et le marché du monde entier; l'autre, par sa mystérieuse poésie de ville tapissée de superbes souvenirs et par l'alanguissemenl exquis qu'elle met en notre âme, au seul bercement de ses gondoles, dans le nonchaloir des promenades sur le grand canal.

Aucune autre ville ne nous donne au même degré ces sensations profondes, ni New-York, ni Berlin, ni Munich, ni Vienne, ni Pélersbourg, et d'autre part — ■ en comparaison de Venise — ni Conslantinople , ni Amsterdam, ni Dresde, ni Trieste, ni même Nuremberg, cette perle fine de l'Allemagne, si richement enveloppée d'art et où nous aimons à retrouver intacte la chambre du grand

LKS \OYAGES.

maître Albrecht Durer, depuis le fauteuil jusqu'à la table sur laquelle s'élabora la figure de celte divine Mélancolie, qui règne encore grandiose dans la maison déserte.

1] cônvji^'nt de ne pas parler de la Suisse ni des montagnes lyroliennes, les membres du C/uA alpin n'étant point des voyageurs, ma^is de/iniples excursionnistes, gens d'altitude,, mais non de longitude. ïiSy'Suissc. pays antiartistique, ne semble avoir été créé par Dieu /ttue cumme un panorama destiné aux bourgeois ^,' /^K' le lires, qui aiment, pour tout horizon, les yjfros de sucre neigeux de la nature et les cahos et cataclysmes terrestres qui les mettent, bouche bée, n sensation d'inexprimable. Ils voient ce pays maniéré et hirsute, à travers leur imagination moutonnière, gavée de lectures du plus bas romanesque et surtout à travers cet opéra- Vomique, dont ils n'ont point de peine à îv retrouver les petites complaintes aussi flbien dans les tabatières à musique et les f tableaux-horloges que dans les orchestres d'hôteliers échelonnés à tous les étages des Alpes helvétiennes.

Les voyages ne se lient qu'à l'elhnooraphie et à l'observation de coupées peu connues; A'oyager en f^pe , ce n'est déjà plus -î-vv «"..•»'.<*. v*ova£,er^- - car le fait de

^* T^^^^È^^' : '. «MOTÎt^ dans un s^ee- "■^"^^^^^^I^E^^olir se rendre à Var- ,C-ç--o;^"^"'sbrie o%i%Pétersbourg, à ^■''^4-^- Budapest OU à Bukarest, •^^ v*.~":-j^^^^ ".fi'exprime point le

sens du voyage, dans l'idée antique du mot; c'est se déplacer, rien de plus; sur notre continent sillonné de chemins de fer, qui, mieux que les rivières de Pascal, sont des routes qui marchent et nous portent où nous voulons aller, ce qui constitue le va-et-vient, le changement de locomotion, l'imprévu des voyages tend, on en conviendra, à disparaître de plus en plus.

Partout déjà nous rencontrons même table d'hôte et même cuisine, mêmes visages et mêmes conversations, et l'heure est proche où l'uniforme de mœurs, d'idées de conventions, et de costumes s'imposera à tout l'univers, ce jour-là l'intérêt des voyages aura, hélas! totalement disparu; on circulera dans l'homogénéité des peuples avec un sentiment de monotonie accablante et il n'y aura plus que les trésors et les merveilles de l'art rétrospectif qui pourront encore nous soulever de notre siège pour nous entraîner avec une poussée -m^^ d'admiration curieuse vers les

splendeurs des ^M^^^^HBkai.^ villes mortes.

LES SPORTSJj.

V^ , Le sport implique trois choses soit simultanées,

soit séparées : le plein air, le pari et l'application d'une ou de plusieurs aptitudes du corps.

(Chapus. )

OUVRONS une encjxlopédie au mot sport, nous y lisons ceci : <i Par le mot sport, dont l'équivalent n'existe pas dans notre langue et dont la signification en anglais n'est pas l>ien précise, on désigne une nombreuse série d'amusements, d'exercices et de simples plaisirs qui absorbent une portion assez notable du temps des hommes riches ou oisifs. Le sport comprend les courses de chevaux, le canotage, la chasse à courre et à tir, la pêche, le tir à l'arc, la gymnastique, l'escrime, le tir au pistolet et à la carabine, la boxe, le bâton, la canne, la lutte, le jeu de paume, le cricket, l'équitation, le patinage, la natation, en un mot tous les divertissements qui mettent à l'épreuve les aptitudes diverses de Ihomme, le courage, l'agilité, l'adresse, la souplesse. En France, on prend ce mot pour synonyme de turf, c'est prendre la partie pour le tout. — Un sportsman n'est pas toujours un turfiste, et un turfiste n'est pas toujours un sportsman. »

Voilà qui est fort bien ; mais le mot sport, introduit dans notre langue au cours de ce siècle, n'a été qu'une restitution un peu écornée du vieux mot français desport qui signifiait, dans les anciens fabliaux, se jouer, se divertir, se récréer, aux yeux mêmes de sportfully ou de sport ively employé par nos voisins. Si je ne craignais même de m'attirer ici la sévérité de tous les graves étymologistes, j'ajouterais encore qu'il me conviendrait assez de faire dériver du mot desport, par corruption, le mot dispos, car rien ne rend plus dispos de cœur et d'esprit, rien ne nous fait plus sains, plus équilibrés, plus solidement gais que l'exercice progressif de nos muscles; rien ne nous donne davantage la constatation de notre force et ne nous met plus virilement en sensation de vie et de courage.

La vie sportive, qui est largement comprise et organisée chez tous les peuples du nord et plus particulièrement en Angleterre, n'a pas encore pénétré dans les mœurs françaises très profondément, car les classes moyennes de notre nation sont assez rebelles aux exercices du corps savamment disciplinés, et, en dehors des vigou- /leUx marins de nos côtes qui savent encore lutter brillamment dans

des courses à la voile et des régate

endiablées où chaque embarcgfron

semble avoir une âme, le sirow^-ne se

révèle guère que dans les hautes classes mondaines, où le bon ton, l'élégance et la distinction exigent pour ainsi dire que Ion soit quelque peu sportsman et sportswoman ; que l'on » fasse du cheval » avec grâce, de lescrime avec souplesse et maestria, et de la natation « honnêtement », ce dernier art étant plus particulièrement cultivé par la femme, en souvenir de Vénus Aphrodite et aussi par amour des nombreux amoureux de la forme.

La majorité des citoyens français se soucie médiocrement du sport; il est peu de pays qui comptent moins de cavaliers que la France; je n'entends point parler des gentlemen riders, mais des cavaliers par passion du cheval et de la promenade équestre. Depuis le premier Empire et la Restauration, l'amour de l'équitation s'est peu

^^mcfeiii- IrauçatsûfT^eîT'tSrulis qu eii".\ïïTrrcïïe èT'ën )ngrie, en AUeraWiie, en Angleterre et en Belgique, les cou- ' lûmes chevalines se perpétuaient selon la longue tradition des âges, |î-;i en France, elles disparaissaient lentement dès le milieu du siècle '■ avec l'établissement des chemins de fer. L'équitation n'est plus ici (ju'un luxe et le tiers de nos concitoyens de cette génération mourront sans avoir senti frémir un cheval fringant entre leurs jarrets. ; Les sports permanents clos, tels que la gymnastique, l'escrime et la boxe française comptent plus de fidèles; la gymnastique surtout est éminemment nationale; le maniement du trapèze, de la barre l)arallèle. des anneaux et des altères nous est professé dès le collège, juste le temps de nous préparer des muscles que nous avons linipardonnable faiblesse de ne plus exercer au sortir de l'adolescence, et que nous laissons s'atrophier dans les dissipations de la vingtième année sans aucun souci de notre robustesse et aucune esthétique de nos formes plastiques.

Le tir nous séduit encore, pistolet ou carabine; il y a là du bruit, de l'éclat, de la gloriole et une passivité relative; l'œil et le doigt étant seuls en cause. Il nous plaît de faire mouche dans la poitrine d'un carton et de brûler cent cartouches dans le fracas des poupées pulvérisées; la poudre nous monte à la tête et nous excite par sa griserie spéciale, nous percevons des tueries imaginaires qui nous donnent une assurance tout <à fait conquérante, et puis il y a \ lia dans cet œil clii^né prestement, dans ce visé fm et ce coup de j doigté résolu quelque chose d'une mathématique de la mort assurée ^ en trois temps, qui, sans la moindre idée philosophique, nous I jamuse comme de monstrueux enfants que nous sommes. -, Nous avons cependant trop de vieux sang latin dans les veines

;, et trop d'indolentes couvaisons de rêves au cerveau pour nous i i|j^g<^nérer physiquement dans les sports de plein air, sports d'été

et sports d'hiver, avec toute la véhémente logique, la foi ardente et l'entraînement de nos voisins d'outre-Manche; il nous manquera toujours la persévérante ténacité et aussi le goût inné des vrais sportsmen anglais, dont toute l'existence n'est qu'une réaction et qui travaillent leurs corps avec une méthode d'antiques Spartiates. Le sport, chez nous", né sera jamais que le desport du moyen âge : un plaisir momentané, une curiosité physique, une recherche de sensation sans suite, une récréation d'un instant; mais nous sommes vraiment trop athéniens de nature, trop discoureurs, trop chercheurs de lune en plein jour, trop déséquilibrés et trop amis de ce manque d'équilibre pour nous assujettir au labeur patient, à l'observation précise, à l'étude caractéristique et aux lois austères des grands sports réglementés. Nos journaux ne réserveront point dix colonnes à la rubrique de le sporfincf intelligence pour y narrer, dans l'intérêt d'un millier de lecteurs, les exploits de nos pédestriuns, les brillants faits d'armes de nos chasseurs, les luttes héroïques de nos canotiers de Seine ou de Marne et tous les menus faits du Sporting-Life.

C'est tout au plus s'ils mentionneront en quelques lignes les Rally-Papers des officiers de l'armée, les carrousels si éminemment français, les courses gracieuses des flots de rubans et autres échos de mondanité sportive qui tiennent davantage aux élégantes distractions de la vie de château qu'au sport professionnel, lequel n'a point, il faut le dire, à nos yeux un attrait dominant.

LE MIROin DU MONDE.

Bien qu'à Paris, chaque division du sporl ail son centre, son établissement spécial, son club, ses écoles, ses règlements et ses statuts, et alors même qu'on y enseigne toutes les théories et qu'on y puisse acquérir toutes les sciences pratiques, il n'en est pas moins prouvé que le sporl en France n'est qu'à l'état d'exception et qu'il est peu probable qu'il s'acclimate jamais dans nos mœurs. Ce qui nous charme surtout dans les sports, ce n'est point tant la précision de leur art ou les bienfaits physiques de leur exercice , c'est plutôt la parade , là"^fantasia, l'élan, la crânerie de leur allure ; nou> nous livrons d'autant plus à eux qu'ils nou> mettent davantage en représentation pubb(jut^'''| car, dans le cirque de nos vanités, nous ^*

aimons à crever des cerceaux, à nous » ,cî^ gracieuser devant la galerie, et à rel^*^^^ ■' cueillir un murmure d'approbations *< ^' i flatteuses qui émoustille et récompense nos efforts et notre émulation.

D'autre part, il est peu contestable que l'exercice cotporel par en-

LES SPORTS

traînement violent et permanent ne soit pas au détriment de l'exercice intellectuel ; le sport ne doit être qu'un simple dérivatif, sous peine de devenir un absorbant de toute la matière grise de notre cérébralité. Il faut sinon opter entièrement entre la culture spirituelle et la culture physique, du moins accorder à l'une d'elles la priorité. La vie est si lamentablement bornée, qu'il ne nous est permis d'hypertrophier par l'élude pratique, jusqu'à son maximum d'extension, qu'une seule portion des muscles du corps ou une unique case du cerveau. — L'escrimeur proscrira la boxe qui nuirait à la finesse de son jeu, le cavalier n'usera du canotage qu'à titre de passe-temps, le joueur de paume se gardera du maniement des poids comme d'un crime de lèse-agilité et le lutteur n'accordera à la femme — l'amour sensuel tenant aussi du sport — que l'excédent de sa force anormale. — Notre essence vitale, quoi que nous fassions, n'a qu'une issue ; que nous la dépensions dans la fumée du rêve, dans l'expression de l'art, dans l'emballement de l'idée ou par fatigue physique, nous ne parviendrons jamais à la consumer glorieusement ou noblement sans spécialiser son emploi. — Il est nécessaire de fiancer sa vie à une passion exclusive, soit que l'on se centaurise dans le culte du cheval, ^pit que l'on se tritonise dans l'adoi-ation de la mer ou que l'on s'envoûte dans le mystère de la pensée; l'homme moderne bien doué qui préfère être quel qu'un, au lieu de rester quelconque ou quelque,-^] chose, ne saurait /'*' faillir à cette loi qui veut que nous nous donnions à une occupation maîtresse.

LE MinOIR DU MONDE.

Il existe néanmoins des sports d'élé, ou demi-sports indépendants qui n'excluent point la muse de l'idylle, le chant de la rêverie, la lecture d'Horace el de Thêocrite ; telles sont la pêche et la chasse, plaisirs de carnassiers que nous parvenons encore à poétiser, car le goiît de la chasse n'est qu'un reste de l'état primitif de notre sauvage barbarie et avant d'être une récréation, la chasse fut pour l'homme, forcé de pourvoir à sa nourriture, une absolue nécessité. Grimm est assurément trop pessimiste lorsqu'il écrit qu'il n'y a point de plaisir moins digne d'un être qui pense que celui de la chasse, car pour la majorité de nos braves Nemrods, l'art cynégétique n'est souvent qu'un prétexte pour mettre en jeu les forces physicjues et pour muscler les jambes, ces piliers indispensables, que les anciej^é pommaient les roues de l'intelligence. <> Le chasseur ">^V 'ifjfij le plus positif, disait George Sand, cette

Rosa Bonheur littéraire de la vie rustique, le chasseur le plus borné goûte un charme particulier dans le mystère des bois, dans l'indépendance absolue de ses mouvements, de ses 1 fantaisies, de ses haltes ; c'est son art, c'est sa 'poésie à lui»; et, en effet, la chasse, pour cruelle quelle soit aux yeux du philosophe chdgiin procure à l'homme une distraction à la lois saine, noble, licite et morale par 1 enveloppante solitude dont elle

y, l'environne, par l'étude constante

'i I l' de la nature à laquelle elle le

contraint, par les diverses facultés

elle exerce et aussi, si ridicule

ue cela puisse paraître, par

imà^ de cette vie trop lentement

lonnée, pour être sitôt ravie. Il

LES SPORTS.'

%^^- n'est point de cliasseur, quelque grossier et endurci qu'il

soit, qui n'ait senti un attendrissement singulier à la vue

et au toucher de ses délicates victimes, encore pantelantes

et tiédes, si brusquement surprises en leurs jolis ébats; la plupart

ont éprouvé cette émotion muette qui faisait écrire à Boufflers,

hasseur, ce joli billet à M"" de Sabran :

» Je suis un barbare, ma fille ; je viens d'une chasse aux petits oiseaux : j'ai tiré un grand coup de fusil, et du même coup j'ai tué deux charmantes tourterelles. Elles étaient sur le même arbre, se regardant, se parlant^e baisant, ne pensant qu'à

iia,mour, et la mort est venue au

milieu de leurs semble sans tête penchée et touchante, ser qu'elles aien les plai-

ns, t^V, mouvement et sans vie, 1 avec une certaine grâce triste qui aurait presque fait penmaient encore après leur mort. Tout

t, je les enviais; elles n'ont point souffert ; leur existence n'a point fini par la douleur; leur amour n'a point fini par le refroidissement ; leurs pauvres petites âmes voltigent peutêtre encore et se caressent dans les airs;... tout cela donne beaucoup à penser. »

Il est peu de chasseurs amoureux qui n'aient sinon écrit, du moins pensé cette le! Ire, car à la chasse l'émotion, la tendresse, l'apitoiement, la philosophie vaguement larmoyante font un peu partie de l'équipage moral ; le chasseur se complaît à ces sensations troublantes; il éprouve plus de perturbalion qu'au jeu, son cœur bat plus fort dans un combat moins vil; il sent la vanité de son inutile tuerie, mais il éprouve aussi la gri- "serie étrange de son meurtre, griserie profonde qui l'agite, le remue en tous sens et lui suggère des soliloques transcen-

dants et impressifs semblables à ceux des héros de Shakespeare. Puis la chasse implique le chien, cet associé actif, dévoué, aimant et fidèle, ce compagnon si profondément honnête, cet unique ami sincère de l'homme, qui guette le départ du chasseur avec une telle mimique de joie pétulante et un mouvement de queue si expressif et bienveillant! — le chien, cet être toujours dispos, toujours caressant, attentif à nos moindres gestes, familier à notre humeur et à nos habitudes, le chien, qui est l'âme de la chasse, sait au cours de nos pérégrinations, en plaine ou en forêt, nous guider, nous intéresser, nous égayer, nous emplir d'une telle communauté de désirs, que nous en arrivons pour ainsi dire à dialoguer avec lui; c'est lui qui nous conduit avec son flair si sûr, son habileté et sa ruse; c'est lui qui nous anime, nous encourage et nous tient l'attention en éveil, car il est si impétueux, si alerte, si infatigable qu'il entrahie notre indolence et ne nous donne point le temps de constater notre fatigue. — La chasse à tir est un plaisir très vif, très pénétrant, très complet; elle excite en nous mille sensations contraires, très diverses et très absorbantes; elle nous assouplit, nous fortifie par la marche au grand air au milieu de toutes les intempéries et à IraAers lous le^ teuain- < 11 umi^ iiuniliarise avec l'usage des armes tt nous donne <i 1 1 fcu.-^ la solidité et l'adresse : c'est l.i un -^poil il automne goûté par les Français de louU les conditions, et qui a jj^

pris aujour(l Imi iii4*?j» .«^"l'' ?5*^ place dans

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^ qu il y aura peut-être bientôt, le braconnage aidant, plus de j!" fusils que de gibier.

^^ La pêche est, à vrai dire, un petit sport moins noble, un Vfr'sport de contemplatif, de rêveur et de sournois ; le pêcheur à p-,!^ la ligne est généralement égoïste, maniaque, tatillon; il apporte l*\j^ns l'exercice de son goût des mœurs bureaucratiques, mé- .^fvthodiques, généralement mesquines; il est patient par nature, "i!w sans avoir la vertu de la patience, qui est celle des impatients ; m\ — il recherche l'ombre, la solitude et affecte des manières ^ ||, désagréables et hargneuses vis-à-vis de quiconque le trouble 'R dans ses petites manœuvres lentes, mesurées et minutieuses. n|\ — ■ Le pêcheur à la ligne est rarement gai ; il reste muet comme |ff|4a carpe qu'il guette. C'est le sport des ventrus. f± Parmi les sports qui entrent le plus dans le génie de notre Ipace, par tradition et par allure de bravoure, l'escrime, que nos jliïeux qualifiaient de noble science, est au premier rang. — Les '^îmaîtres d'armes, en France, jouissent d'une considération aussi «^complète que les lanistes chez les Romains. L'art de l'escrime eât cultivé de tous côtés, à Paris ou en province, dans la vie civile et au régiment; et, bien qu'il n'exerce qu'une ])artie de notre corps, il nous donne à la fois du maintien, de la grâce et de la souplesse. L'Ecole française d'escrime est supérieure à toute autre par sa méthode logique, sa clarté et son esprit de synthèse; l'école des gammes, de Jean Louis, qui dès le début de la Restauration donna un tel regain de succès à l'enseignement de l'escrime, contribue à former les « meilleurs fleurets » du monde, et, à l'heure actuelle, les salles d'armes françaises sont en pleine prosjîérité, grâce à l'entrain général de nos contemporains qui n'ont heureusement point perdu le culte endiablé du noble jeu de l'épée ni le goût des brillantes passes d'armes qui res^,j^j^jj^^^< ^^^tent encore comme

les derniers vêstiiges des ^ '^ IflËiitt^'fet: Vt-ournois antiques.

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L'escrime longuement pratiquée, en nous donnant la conscience de notre force, ne nous pousse point à des combats singuliers ou à des provocations inconsidérées ; elle nous assure au contraire dans noire sang-froid et notre modération lors des altercations soudaines, car nous pouvons constater mûrement la vanité des rencontres futiles, et, retranchés dans notre science en la matière, peser sagement le poids de la vie humaine, et, par là même, décliner sans lâcheté un duel trop légèrement motivé.

Parmi les sports de création moderne, l'exercice du vélocipède — bicycle et tricycle — prend chaque jour plus d'extension parmi nous. Les Anglais, ici, sont encore nos maîtres cependant, et nous ne voyons point, comme aux environs de Londres, des clubs de velocemen en sortie, faisant sur nos routes un long ruban de plus d'un mille composé de plusieurs centaines de vélocipédistes des deux sexes. — Le vélocipède nous familiarise avec les lois de l'équilibre corporel, il exerce activement le triceps crural et il donne à ses fervents des sensations d'envolées qui tiennent de la puissance du rêve. Le vélocipède, chaque jour perfectionné, peut être compté au nombre des sports d'avenir, et son intérêt pratique apparaît si immédiat, pour le plaisir de la promenade et des voyages, qu'il est permis de penser que le siècle prochain sentira toute l'omnipotence de ce sport rayonnant.

Le canotage et la navigation de plaisance constituent un sport de plein air délicieux, mais réclame de ses adeptes des connais-

LES SPORTS

sances et une passion très exclusives. Si on l'exerce avec autant d'ardeur que les membres des universités de Cambridge et d'Oxford, il est même nécessaire de se soumettre à un régime dont la plus stricte continence forme la base; tout excès devient interdit sous peine de déchoir; il faut se soumettre ou abdiquer si l'on veut conserver sa force, sa souplesse, son haleine et rester un homme d'aviron dans toute la noblesse de l'expression. Les Rowers anglais, sous ce point, sont les premiers du monde. Les Rowing-clubs et les Sailiiiff-clubs ne se nombrent plus en Angleterre.

Le canotier français et belge est un peu un baliideur : il ne pratique point son sport d'élection en silence avec la conviction et la religiosité des hommes du nord, il aime à rire dans ses courses en haute et basse Seine ou sur la Meuse, et même à plaisanter les riverains; il fait escale dans les guinguettes, il aborde sous les baule^ des petites îles pour folâtrer, il se lejouit à l'odeur des i*,'^ frjtures et des omelettes au lard et il s'attable volon- "1^ ...^M» tieisa terre dans Idtoipeur de ses digestions, •>ou^ 1 1 toraielle d ou s cthappent ses chansons (Ct sa gaieté bru> aiite. — Quant au ÂUdchtinan, c est un gentleman

mouvante où il n"agit par lui-même qu'à titre de capitaine honoraire. Il règne sur un chef de cuisine, sur plusieurs domestiques et une petite équipe à l'année. Il prend possession de son bord avec joie et le (Quitte avec un dégoût de tristesse, aussi voit-on peu de yachtmen français demeurer plusieurs années de suite possesseurs de leur bateau de plaisance sans passer la main à quelque autre millionnaire à la recherche d'un plaisir distingué, qui essayera du ijachting juste le temps d'y éprouver son vide et son inutilité.

Le sport le plus exquis, le plus charmeur, le plus en rapport avec notre esprit de lutte et d'indolence, le mieux fait peut-être pour l'homme de rêverie, c'est la natation en pleine mer, dans les mouvantes vallées des flots aux reflets d'azur et d'émeraudes. Il y a dans le bercement de la mer une ivresse profonde, un charme troublant, un bien-être amphibique que, seuls, peuvent comprendre les forts tritons qui gagnent le large, loin des cohues des plages, où les petits baigneurs qui flottent autour du ponton font des commérages de canes et de canards. — Aller au loin à travers les cimes frangées d'argent des vagues, se faire caresser par la houppée du flot, se coucher sur la densité de ce divan moelleux, le regard emparadisé dans l'iniini du ciel, rêver dans cette immensité en se sentant un corps rajeuni par cette onde réconfortante, qui est comme l'eau de Jouvence de l'Univers, c'est vi\T e à pleins poumons, c'est jouir dans la force, c'est glisser dans un monde nouveau, c'est, enfin, se mouvoir sans portét;^i-|se^tir le poids j!||"sq| .humanité charnelle.

Le plaisir de la table est pat ticulier à l'espèce humaine.

( B n I L L A T- S vv A n I N. 1

On est gourmand comme on est artiste, comme on est instruit, comme on est poète.

(Guy de Maupassant.)

DE l'avis des maîtres gastronomes, l'art alimentaire est un champ d'une vaste étendue et dont l'horizon se recule sans cesse devant tout homme qui en fait l'objet de ses études sérieuses et de ses profondes méditations. A entendre les Classiques de la Table, cet art qui embrasse les trois règnes de la Nature, les quatre parties du monde, toutes les considérations morales, tous les rapports sociaux, cet art, enfin, auquel tout se rattache d'une manière plus ou moins directe, plus ou moins rapprochée, ne paraît superficiel qu'aux esprits mesquins, qui ne voient dans une cuisine que des casseroles, et des plats dans un dîner.

Cet art gastronomique, dont Alexandre Dumas, Rossini, le baron Brisse et Monselet furent les derniers représentants, semble quelque peu abandonné sur la fin de ce siècle ; le Parisien ne paraît attacher que très peu de prix aux invitations nutritives, le vrai gourmand s'efface : chacun ne se préoccupe que de son estomac et

LE MUtOIH DU MONDE.

pèse ses aliments, la thérapeutique est en passe de détruire complètement la gastronomie. — En Allemagne, en Angleterre, en Belgique surtout, et dans nos provinces françaises, la table est toujours fêtée largement et l'on y fait chère si rabelaisienne, que le souvenir de Gargantua semble s'éjouir devant ces plantureuses agapes. En province, un grand dîner est considéré comme une affaire d'Etat; on s'en préoccupe deux mois à l'avance et le menu en est si bien compris que la digestion en dure au moins six semaines. Mais le Parisien affairé, dominé par l'action de son esprit, ne peut accorder ni le même temps à son repas, ni la même latitude à sa digestion; il ne lui est point permis de se gaver comme un boa et de subir durant de longues heures la torpeur de son entripaillement. Le Parisien est sobre comme un Turc ; il se délicate et se nourrit de blancmanger comme les Muses, il cultive la friandise, s'inquiète de la perfection du -oinfé , du fondant de l'entremets, de la finesse des liqueurs ; mais il évite la goinfrerie, sachant souvent par mémo- " \ rable expérience que le ventre est le plus

grand de nos ennemis. Au demeurant, il n'est point gastronome et préfère, à table, ;^ aimables „Big;isirs de l'esprit aux » •. i-ijwob. ^ • sensations de

Wy^ , —^-^■^^aMfci la déglutition raffinée.

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