LES NEIGES D' ANTAN
Dictes-moy ou, n'en quel pais...
(Villon : liallade des Dames du temps jadis.)
Qu'est-c' qui passe ici si tard, Compag-nons de la Marjolaine?
Qu'est-c' qui passe ici si tard.
Dessus r quai?
CE couplet de la vieille chanson enfantine me revenait à la mémoire, un jour du siècle dernier, tandis que défilaient sur le quai Malaquais les quelques centaines de toiles très anciennes et très précieuses qui y furent quelques jours réunies. C'était une réunion bien tardive, bien inattendue, bien éphémère. Car ce qui passait, ce jour-là, sur le quai pour venir se ranger dans la grande salle de Tancien hôtel de Bouillon, c'était sinon le « chevalier du roi », comme dans la vieille ronde, (lu moins celles que le chevalier du roi a aimées, et ceux, tout petits, qu'il a choyés. C'étaient des portraits non pas d'hommes d'Ktat ou de guerre, mais de femmes et d'enfanis. Portraits datant de deux, trois et quatre siècles, |)orlraits qu'ont vus les Sforza de Milan et les Marguerite de Krame et
dont beaucoup, sans doute, n'avaient jamais paru au grand jour des exhibitions publiques. C'étaient les œuvres d'artistes qui, parfois, se sont haïs de leur vivant, comme Reynolds et Romney, qui ont mis tous leurs soins à ne jamais laisser voir leurs tableaux ensemble, — et quun hasard juste et bon autant que malicieux allait réunir dans la double confraternité du génie et de la mort... Ces cadres tirés pour quelques jours des somptueuses galeries ou des archives familiales, c'étaient des Van Dyck et des Velasquez, des Franz Mais et des Rembrandt, des Chardin et des La Tour et — spectacle plus rare pour nous — des lloppner, des Lawrence et des Gainsborough.
Cet assemblage de portraits depuis le xv*^ siècle jusqu'à nos jours, d'Ambrogio de Prédis à Bastien- Lepage, était fort incomplet et fort peu systématique. Il était cependant assez caractéristique du Portrait de la Femme pour qu'on songeât, tout de suite, à tracer l'évolution du Portrait à travers quatre siècles. Dans n'importe quelle exposition rétrospective, dans n'importe quel musée, on peut suivre cette évolution. La femme, toujours la môme, nous présente cependant son visage et ses façons toujours diverses, dans un milieu sans cesse mouvant, sous des clartés infiniment variables, et semble vue par des yeux qui, eux, ne seraient pas toujours les mêmes... Quelque chose change en elle et quelque chose y demeure qu'il faudrait tâcher de dire. De plus, si notre temps ne voit plus paraître ces admirables portraits de femmes, — quand il y a tant de beaux modèles dans nos