‹ Le misanthrope, comédie en cinq actes et en versChapitre 31 sur 120 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

li que je vois qu'ils sont, sur toutes les affaires, Loueurs impertinents, ou censeurs téméraires.

Célimène.

Mais. . .

Alceste.

Non, madame, non, quand j'en devrais mourir, Vous avez des plaisirs que je ne puis souffrir; Et l'on a tort ici de nourrir dans votre âme Ce grand attachement aux défauts qu'on y blâme.58)

Clitandre.

Pour moi, je ne sais pas; mais j'avouerai tout haut Que j'ai cru jusqu'ici madame sans défaut.

Acaste.

De grâces et d'attraits je vois qu'elle est pourvue; Mais les défauts qu'elle a ne frappent point ma vue.

sens positif, comme dans notre passage. On dit ordinairement dans un sens négatif: Ce rVest plus de saison, c'est hors de saison (bcig tjr mcfyt ntefyr ^ettgemcifj, tfi nid)* mefyr mtgebracfyt)* — Orgon, désabusé enfin sur le caractère de Tartufe lui dit, lorsqu'il veut encore s'excuser sur ses intentions:

. . . Ces discours ne sont plus de saison, Il faut, tout-sur-le champ, sortir de la maison."

(Tartufe, Acte IV, scène 7.) „Une vaine folie enivrant la raison, L'honneur triste et honteux ne fut plus de saison.u

Boilejv (Satire Y).

Cette locution entre même dans le style des prédicateurs et dans la tragédie:

„La gloire, le devoir, le péril, vous ne voyez que cela. Les retours sur la conscience sont alors moins de saison que jamais.... " Massillon.

Phèdre, entraînée par le fatal amour dont elle brûle pour Hippolyte, dit à sa confidente, qui l'exhorte à oublier un orgueilleux qui la méprise:

„Enfin tous tes conseils ne sont plus de saison: Sers ma fureur, Oenone, et non point ma raison." Racine, (Phèdre, Acte III, scène 1.)

*8) M. Bret a tort de voir dans ce passage la même négligence dans l'emploi du pronom on que nous avons dû signaler plus haut (Acte I, note 18). Il est très-possible que Célimène soit blâmée par ceux mêmes qui, en sa présence, ont le tort de nourrir son penchant à la raillerie. Dès lors la re'pétition du mot on, se rapportant à un même sujet est irréprochable.

Alceste.

Ils frappent tous la mienne; et, loin de m'en cacher, Elle sait que j'ai soin de les lui reprocher. Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le flatte; A ne rien pardonner le pur amour éclate: Et je bannirais, moi, tous ces lâches amants Que je verrais soumis à tous mes sentiments, Et dont, à tous propos, les molles complaisances Donneraient de l'encens à mes extravagances.

Enfin, s'il faut qu'à vous s'en rapportent les cœurs, On doit, pour bien aimer, renoncer aux douceurs, Et du parfait amour mettre l'honneur suprême A bien injurier les personnes qu'on aime.

E liante.

L'amour, pour l'ordinaire, est peu fait à ces lois, Et l'on voit les amants toujours vanter leur choix. Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable, Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable; Ils comptent les défauts pour des perfections, Et savent y donner de favorables noms.59) Là pâle est au jasmin en blancheur comparable; La noire à faire peur, une brune adorable; La maigre a de la taille et .de la liberté; La grasse est, dans son port, pleine de majesté; La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée, Est mise sous le nom de beauté négligée; La géante paraît une déesse aux yeux;60)

59) On dit ordinairement aujourd'hui: „Et savent leur donner de favorables noms." Car quoique les grammairiens posent comme règle générale que lui et leur ne se disent que de personnes, l'usage vulgaire les force pourtant d'ajouter, que, quand le verbe employé dans la phrase exige ordinairement un nom de personne pour régime indirect, on emploie lui, leur, même quand il s'agit de choses. Dans Molière l'emploi de y comme celui de où est fort étendu, et il ne paraît connaître aucune des restrictions que la grammaire moderne a faites à l'usage de ces deux mots. Y est dans Molière le corrélatif de à, lui, leur, qu'il s'agisse de choses ou de personnes.

60) Paraître aux yeux, au lieu de dire simplement paraître, se trouve encore une fois dans Molière. Dans les Femmes savantes, Armande, conseillant à sa sœur cadette de ne plus

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