‹ Le misanthrope, comédie en cinq actes et en versChapitre 38 sur 120 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Clitandre.

Crois-moi, détache-toi de cette erreur extrême: Tu te flattes, mon cher, et t'aveugles toi-même.

Acaste.

11 est vrai, je me flatte et m'aveugle en effet.

Clitandre.

Mais qui te fait juger ton bonheur si parfait?

Acaste.

Je me flatte.

Clitandre.

Sur quoi fonder tes conjectures?

Acaste.

Je m'aveugle.

CHtandre.

En as-tu des preuves qui soient sûres?

Acaste.

Je m'abuse, te dis-je.

Clitandre.

Est-ce que de ses vœux Célimène t'a fait quelques secrets aveux?

Acaste.

Non, je suis maltraité.

Clitandre.

Réponds-moi, je te prie.

Acaste.

Je n'ai que des rebuts.

Clitandre.

Laissons la raillerie, Et me dis quel espoir on peut t'avoir donné.

Acaste.

Je suis le misérable, et toi le fortuné;12)

12) Je suis le misérable, et toi le fortuné est une ellipse, qu'on regarderait aujourd'hui comme une faute, puisque le verbe déjà exprimé serait à une autre personne, s'il était répété. „Je suis le misérable, et tu es le fortuné.4' Ces sortes d1ellipsea qui sont du reste très-favorables à la rapidité du langage, mais

On a pour ma personne une aversion grande,13) Et quelqu'un de ces jours il faut que je me pende.

Clitandre.

Oh! ça, veux-tu, marquis, pour ajuster nos vœux,14) Que nous tombions d'accord dune chose tous deux; Que qui pourra montrer une marque certaine D'avoir meilleure part au cœur de Gélimène, L'autre ici fera place15) au vainqueur prétendu,16) Et le délivrera d'un rival assidu?

Àcaste.

Ah! parbleu, tu me plais avec un tel langage, Et, du bon de mon cœur,17) à cela je m'engage. Mais, chut.

Page 1