ACTE III, SCENE V
Si ma personne aux gens inspire de l'amour,
Et si l'on continue à m'offrir chaque jour
Des vœux que votre cœur peut souhaiter qu'on m'ôte,
Je n'y saurais que faire, et ce n'est pas ma faute;
Vous avez le champ libre, et je n'empêche pas
Que, pour les attirer, vous n'ayez des appas.
Arsinoé.
Hélas! et croyez-vous que l'on se mette en peine
De ce nombre d'amants dont vous faites la vaine,
Et qu'il ne nous soit pas fort aisé de juger
A quel prix aujourd'hui l'on peut les engager?
Pensez-vous faire croire, à voir comme tout roule,
Que votre seul mérite attire cette foule ?
Qu'ils ne brûlent pour vous que d'un honnête amour,
Et que pour vos vertus ils vous font tous la cour?
On ne s'aveugle point par de vaines défaites;
Le monde n'est point dupe; et j'en vois qui sont faites
A pouvoir inspirer de tendres sentiments,
Qui chez elles pourtant ne fixent point d'amants ;
Et de là nous pouvons tirer des conséquences
Qu'on n'acquiert point leurs cœurs sans de grandes avances;
Qu'aucun, pour nos beaux yeux, n'est notre soupirant,
Et qu'il faut acheter tous les soins qu'on nous rend.
Ne vous enflez donc point d'une si grande gloire
Pour les petits brillants42) d'une faible victoire;
peu il devint monosyllabe et fut employé de préférence comme conjonction adversative , servant à marquer l'opposition, l'exception, la différence (aber, fonbem). Comparez Diez, Gramm. d. rom. Spr. II, 410 & Gênin, Var. du lang. franc., 137.
42) „Ce mot de brillants était autrefois d'un usage plus étendu qu'aujourd'hui: on disait: il y a bien des brillants, de grands brillants dans ce poème. Ces exemples sont tirés du Dictionnaire de l'Académie, édition de 1G94. Brillants ne se dit plus, au figuré, qu'accompagné de l'adjectif faux. Cet ouvrage est rempli de faux brillants. u àuger. Ajoutons que c'est du pluriel seul que M. Auger entend parler et que le singulier le brillant se dit encore aujourd'hui au figuré, témoin, cet exemple tiré de la dernière édition du dictionnaire de l'Académie (1835): Il y a du brillant dans ce poème. — Faux brillants signifie au sens propre: diamants faux, pierreries fausses. Molière a employé plusieurs fois brillants au pluriel
Et corrigez un peu Torgueil de vos appas, De traiter pour cela les gens de haut en bas.43) Si nos yeux enviaient les conquêtes des vôtres, Je pense qu'on pourrait faire comme les autres, Ne se point ménager, et vous faire bien voir Que l'on a des amants quand on en veut avoir.
Céh'mène.
Ayez-en donc, madame, et voyons cette affaire; Par ce rare secret efforcez-vous de plaire; Et sans...
Brisons, madame, un pareil entretien, Il pousserait trop loin votre esprit et le mien; Et j'aurais pris déjà le congé qu'il faut prendre, Si mon carrosse encor ne m'obligeait d'attendre.
Célimène.
Autant qu'il vous plaira vous pouvez arrêter,44)
et au sens figuré. La servante Dorine, parlant d'une coquette devenue prude, s'exprime ainsi:
,,Mais, voyant de ses yeux tous les brillants baisser, Au monde qui la quitte elle veut renoncer"
(Tartufe, Acte I, scène i.) Le pédant Trissotin dit à Bélise qui se plaint du peu d'estime qu'on a pour l'esprit du beau sexe:
,,Pour les dames on sait mon respect en tous lieux; Et si je rends hommage aux brillants de leurs yeux, De leur esprit aussi j'honore les lumières.4'
Femmes savantes (Acte III, scène 2.)
43) Variante. De traiter pour cela les gens du haut en bas. — La variante n'est pas de Molière, mais dans un autre passage [École des Femmes, Acte IV, scène 8.), le poëte a dit dans la même phrase du haut en bas. M. Ge'nin (dans son lexique, p. 98) ,,ne voit pas d'autre explication possible à cette locution traiter quelqu'un du haut en bas, qu'en traduisant du par avec: avec le haut en bas, en mettant en bas ce qui est en haut; c'est à dire en renversant, bouleversant cette personne en lui mettant la tête aux pieds." Ne serait-ce pas plus naturel de l'expliquer par traiter quelqu'un, comme si on le regarde du haut en bas, c'est à dire contemplant de sa hauteur la bassesse, le peu de valeur de Vautre avec un air de pitié. (Sineit iJOtt D&ett KCtdj mkn cmfefyen, ouf eûten fyerabfefyenO
44) Molière emploie arrêter comme verbe neutre: aujourd'hui on ne le dit plus guère que comme verbe actif et comme verbe pronominal: arrêter quelqu'un, s'arrêter, à l'exception de l'impératif arrête, (Italie an, fycdtt eût), arrêtons, arrêtez qui rappelle