SCENE VIL Alceste, Arsinoé
Arsinoé.
Vous voyez, elle veut que je vous entretienne, Attendant un moment que mon carrosse vienne; Et jamais tous ses soins ne pouvaient m' offrir rien
encore l'ancien usage. Le même emploi de ce verbe se trouve dans La Fontaine:
,,Car pour moi j'ai certaine affaire Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin."
(Livre III, fable 5, le Renard et le Bouc.)
Cette expression commence a vieillir, quoiqu'on l'emploie encore quelquefois, mais seulement de gens qui voyagent à cheval ou en voiture. On dit vulgairement en ce sens s'arrêter. ,,Nos aïeux paraissent avoir exprimé ou supprimé arbitrairement le pronom des verbes réfléchis. Dans la version des Rois, on lit presque toujours en aller pour s'en aller. Cette faculté de prendre ou de laisser le pronom a été cause que beaucoup de verbes sont devenus exclusivement neutres ou actifs qui dans l'origine étaient réfléchis. Ainsi nos pères disaient: se dormir (d'où reste s * endormir) , se disner, se combattre à quelqu'un, se fuir e (d'où reste s'enfuir), se jouer, se mourir (qui se disent encore ainsi dans un certain sens) etc." Génin.
45 ) ,,On ne peut pas dire je remplis la place à travailler; il faut dire en travaillant 9 je remplis la place par mon travail. Je remplis la place de monsieur, en in1 entretenant avec vous."
Voltaire.
Qui me fût plus charmant qu'un pareil entretien.
En vérité, les gens d'un mérite sublime
Entraînent de chacun et l'amour et l'estime;
Et le vôtre, sans doute, a des charmes secrets
Qui font entrer mon cœur dans tous vos intérêts.
Je voudrais que la cour, par un regard propice,
A ce que vous valez rendît plus de justice.
Vous avez à vous plaindre; et je suis en courroux,
Quand je vois chaque jour qu'on ne fait rien pour vous.
Alceste.
Moi, madame? Et sur quoi pourrais-je en rien prétendre?46) Quel service à l'État est-ce qu'on m'a vu rendre? Qu'ai-je fait, s'il vous plaît, de si brillant de soi, Pour me plaindre à la cour qu'on ne fait rien pour moi?47)
Arsinoé.
Tous ceux sur qui la cour jette des yeux propices N'ont pas toujours rendu de ces fameux services;
Il faut l'occasion ainsi que le pouvoir.
Et le mérite enfin que vous nous faites voir
Devrait. . .
Alceste.
Mon Dieu! laissons mon mérite, de grâce;
De quoi voulez-vous là que la cour s'embarrasse?
Elle aurait fort à faire, et ses soins seraient grands,
D'avoir à déterrer le mérite des gens.
Arsinoé.
Un mérite éclatant se déterre lui-même.
Du vôtre en bien des lieux on fait un cas extrême;
Et vous saurez de moi qu'en deux fort bons endroits
Vous fûtes hier loué par des gens d'un grand poids.
Alceste.
Eh! madame, l'on loue aujourd'hui tout le monde,
Et le siècle par là n'a rien qu'on ne confonde.
Tout est d'un grand mérite également doué,
Ce n'est plus un honneur que de se voir loué;
D'éloges on regorge, à la tête on les jette,
46) On dit aujourd'hui prétendre à quelque chose et non pas sur.
47) „Me plaindre qu'on ne fait rien. Il fallait de ce qu'on ne fait rien; ou qu^on ne fasse rien.is Auger.