ACTE IV, SCÈNE III
Je voudrais bien savoir qui pourrait me contraindre
À descendre pour vous aux bassesses de feindre;
Et pourquoi, si mon cœur penchait d'autre côté,
Je ne le dirais pas avec sincérité.
Quoi! de mes sentiments l'obligeante assurance
Contre tous vos soupçons ne prend pas ma défense?
Auprès d'un tel garant sont-ils de quelque poids?
N'est-ce pas m'outrager que d'écouter leur voix?
Et puisque notre cœur fait un effort extrême,
Lorsqu'il peut se résoudre à confesser qu'il aime;
Puisque l'honneur du sexe, ennemi de nos feux,
S'oppose fortement à de pareils aveux,
L'amant qui voit pour lui franchir un tel obstacle
Doit-il impunément douter de cet oracle?
Et n'est-ii pas coupable, en ne s'assurant pas34)
A ce qu'on ne dit point qu'après de grands combats?
Allez, de tels soupçons méritent ma colère,
Et vous ne valez pas que l'on vous considère.35)
Je suis sotte, et veux mal à ma simplicité
De conserver encor pour vous quelque bonté;
Je devrais autre part attacher mon estime,
Et vous faire un sujet de plainte légitime.
34) „0n a dit, on peut dire encore, s'assurer en quelqu'un, s'y confier; mais je doute qu'on ait jamais dit sfassurer à quelque chose." Âuger. Molière a employé encore une fois cette locution :
„Faut-il que je m'assure au rapport de mes yeux.'4
{Don Garcie, Acte IV, scène 7.)
S5) Vous ne valez pas que Von vous considère veut dire:
Vous n'êtes pas digne qu'on ait des égards pour vous, phrase
qu'on emploierait plutôt aujourd'hui. Cependant Molière a dit
i plus d'une fois valoir que suivi d'un subjonctif. Lorsque Orgon
] vient d'annoncer à sa fille Mariane qu'il lui a trouvé un mari
dans la personne de M. Tartufe, la servante Dorine s'écrie
; avec ironie:
vLe choix est glorieux, et vaut bien qu'on Vécoute."
(Tartufe Acte II, scène 4.) Le pédant Trissotin , cherchant un prétexte pour refuser la main d'Henriette, dit à sa mère Philaminte:
„Je vaux bien que de moi on fasse plus de cas; Et je baise les mains à qui ne me veut pas."
{Femmes savantes. Acte Y, scène 4.)
Alceste.
Ah! traîtresse! mon faible est étrange pour vous; Yous me trompez, sans doute, avec des mots si doux; Mais il n'importe, il faut suivre ma destinée: A votre foi mon âme est toute abandonnée; Je veux voir jusqu'au bout quel sera votre cœur, Et si de me trahir il aura la noirceur.
Ce H mine.
Non, vous ne m'aimez point comme il faut que l'on aime.
Alceste.
Ah! rien n'est comparable à mon amour extrême; Et, dans l'ardeur qu'il a de se montrer à tous,36) Il va jusqu'à former des souhaits contre vous. Oui, je voudrais qu'aucun ne vous trouvât aimable, Que vous fussiez réduite en un sort misérable;37) Que le ciel, en naissant, ne vous eût donné rien; Que vous n'eussiez ni rang, ni naissance, ni bien, Afin que de mon cœur l'éclatant sacrifice Vous pût d'un pareil sort réparer l'injustice; Et que j'eusse la joie et la gloire en ce jour De vous voir tenir tout des mains de mon amour.
Cêlimène.
C'est me vouloir du bien d'une étrange manière! Me préserve le ciel que vous ayez matière... Yoici monsieur Dubois plaisamment figuré.38)