SCÈNE PREMIÈRE
Alceste, Philinie.
La résolution en est prise, vous dis-je.
Philinie.
Mais, quel que soit ce coup, faut-il qu'il vous oblige...
Alceste.
Non, vous avez beau faire et beau me raisonner, Rien de ce que je dis ne peut me détourner; Trop de perversité règne au siècle où nous sommes, Et je veux me tirer du commerce des hommes. Quoi! contre ma partie *) on voit tout à la fois L'honneur, la probité, la pudeur, et les lois; On publie en tous lieux l'équité de ma cause; Sur la foi de mon droit mon âme se repose: Cependant je me vois trompé par le succès,2) J'ai pour moi la justice, et je perds mon procès! Un traître, dont on sait la scandaleuse histoire, Est sorti triomphant d'une fausseté noire! Toute la bonne foi cède à sa trahison! Il trouve, en m' égorgeant, moyen d'avoir raison! Le poids de sa grimace, où brille l'artifice, Renverse le bon droit et tourne la justice!3) Il fait par un arrêt couronner son forfait! Et, non content encor du tort que l'on me fait,
*) Partie v. Acte I, note 45.
2) Succès v. Acte 1, note 47.
3) „L'expression tourne la justice n'est pas juste. On tourne la roue de la fortune, on tourne une chose, un esprit même, à un sens; mais tourner la justice ne peut signifier séduire, corrompre la justice" Foltaire. ,, Cette remarque paraît sévère. Pourquoi ne dirait-on pas tourner pour retourner, détourner? Tourner le visage, tourner la tête, tourner le dos, c'est retourner ou détourner le dos, la tête, le visage. De même tourner la justice, c'est la de'tourner de son cours naturel." Géntiv.