‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 3 sur 96 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

La disproportion tjui existe entre les grandes colères d' ALceste, cet éternel besoin qu'il a de régénérer le monde et la petitesse méprisable de ce monde, que naît précisément le haut comique du Misanthrope. SI l'on ajoute à cela le caractère de jcènes agréablement conduites, des portraits singuliers, pour lesquels l'auteur a fait appel a la voix goguenarde du souvenir, des rencontres plaisantes et des mots heureux, on comprendra tout le parti qu'une troupe attentive et instruite des Intentions de l'auteur, peut tirer d'une telle comédie. Qu'est- Il besoin de se forger une âme d'autrefois pour en goûter et la forme et le fond? Ne vaut-Il pas mieux, au contraire, en dépit des censeurs et des pédants, voir représenter cette pièce avec un esprit libre de toute prévention, ainsi qu'on observe une production nouvelle ? Sans doute y a-t-ll dans Le Misanthrope des traits de mœurs et des répliques qui nous laissent indifférents, des scènes monotones et des épisodes conventionnel, mau combien d'autres, par contre, noué transportent et noiu amusent f S'il n'est poj, au Théâtre, ainsi qu'on le croit, de milieu entre le divertissement et l'ennui, nous ne doutons paj de l'humeur avec laquelle II convient d'accueillir ces cinq actes. Bien qu'Us soient d'une valeur inégale, leur intérêt ne faiblit pas un instant. Et pourtant rien ne saurait tout d'abord noué laisser plué froide que leé Incessantej récriminations d'Alceste. On sent que là ne réside pas l'Intérêt de l'ouvrage. Par un curieux retour deé choses et des sentlmentj, c'est justement à ce que yJIoUère condamne avec

Vm LE MISANTHROPE

le pUu de force que noué prenons plaiyu; nouj réjouU^aiit D'autant que, lui-même, /en indigne. Je ne j'aie quoi de pluj l'iAble, en effet, que le,f mouvements d' Alceste pour condamner le fameux j-onnet d'Oronte. Comment! dira-t-on, cet ennemi juré ded ruelleô n'a-t-il paj prié la peine, pour mieux nous com'aincre, d'emprunter un autre langage que celui des Précieuses? On jurerait qu'il est rai'i d'être entendu de ceux-là qui prisent les conversations quintessenciées. Le parterre se montra fort choqué du jugement que l'auteur émit a cette occasion. Pour nous, il n'est paà croyable que Aloliêre ait cherché la autre chose qu'un dii>ertissement joyeux. Car, il faut bien l'ai'ouer, ce sonnet est un ded meilleure du genre, et oan^i l'ouloir l'attribuer à Benserade, comme on l'a fait depuis, nous croyons que jamais V^oiture n'en écrwit de si parfait. Je ne proposerai paj, toutefois, de rappeler le parallèle que quelques uns ont i>oulu établir par la suite entre ces vers galants et la Chanson du roi Henri. On devine sans peine oii vont nos préférences. S'il nous fallait prendre parti et conclure, nous ne manquerions par d'adopter l'avis d'un homme d'esprit et de talent qui, hier encore, s'étonnait que Aloliere ait pu piétiner ainsi d'honnêtes vers d'album, lui qui ne Je souciait pas toujours d'éviter leà incorrection,) et lej licencejet qui faisait son projit du /argon à la mode, ce jargon fùt-il d'un goût douteux. Alais ce ne sont pas seulement les boutades et les propos outranciers d' Alceste qui nous surprennent et jqui nouj surprendraient plus encore si nous n'éiionj pré-

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