DES MANUSCRITS
Le lecteur aimera sans doute, à être renseig-né sur l'écriture et rornementation des documents énun-iérés au cours de cette histoire ; il connaîtrait imparfaitement Sacramentaires et Missels s'il n'avai pas au moins une idée sommaire de l'influence exercée par ces livres liturg-iques sur le développement de la calligraphie et de la miniatu-e. Aussi bien est- on en mesure de signaler dans ce genre de manuscrits des chefs-d'œuvre qui font l'admiration des connaisseurs et constituent le plus riche ornement de nos bibliothèques. i\ous réunirons dans ce paragraphe ce qui concerne les Sacramentaires et les Missels envisagés lu point de vue de l'art, ceux qui ont été mentiojnés précédemment comme ceux qui feront l'objtt du chapitre suivant ; il y aurait peu d'intérêt à -épartir cette matière sur différents chapitres.
I. Ecriture — On trouvera dans Reusens (i) des explications sur les écritures dites nationales, comme la imrovingienne , V irlandaise , Vanglosaxon7ie, la vi^igothique, la lombarde et la carolingienne. De (es écritures diverses, la dernière surtout nous inéresse, car elle domine dans les Sacramentaires >x. les Missels pendant la période brillante des maïuscrits (ix^ à Xlll® siècles) ; aux xii^ et XIII^ sièces on voit paraître l'écriture gotkiqîte, une dérénération de la demi-onciale Caroline. Si l'on accepte quelques recueils liturgiques plus ancien;, écrits en caractères mérovingiens comme le maïuscrit latin 9427 de la Biblio-
les explications que nou venons de résumer. Ses dernières conclusions l'inclinent à 6andonner les vues du R. P. Thurston sur les origines irlandaissàe. la fête deTImmaculée Conception (art. de la revue The Moni^ , 2LX\v\k:ç. 1904, vol. CIV pp. 459,568.)
(i) Reusens, Eléments cp paléographie, chdi^. 11, pp. 37-92.
thèque Nationale, un Lectionnaire du vil^ sièc?e provenant de l'abbaye de Luxeuil (i), ou en caractères lombards comme le manuscrit 348 de Saint-Gall, Sacramentaire de Rémédius, évêque de Coire (800-820) (2), la plupart des manuscrits subsistants sont en écriture carolingienne. Ce genre qui comprend la capitale^ Voiiciale, la deinionciale et la imiiiiscule fut, à partir du ix*^ siècle, cultivé dans les abbayes de Metz, Reims, Saint- Denis près Paris, Corbie, Orléans et surtout Saint-Martin de Tours. La capitale fut enployée dans les vSacramentaires pour les tïtjes, puis Vonciale et la demi-onciale pour le texte. M. Léopold Delisle, dans son Mémoire, indique le genre d'écriture de chaque manuscrit (3).
II. Ornementation, — Ici, les Sacramentaires et les Missels présentent le plus grand intérêt ; dans ces livres liturgiques en effet, comme d'ailleurs dans les Evangéliaires et les Pontificmx, l'art de la peinture et de l'enluminure se développe sur un champ bien restreint, il est vrai, mais avec un fini de détails, un éclat et une richesse que nous parvenons difficilement à reprodiire avec des moyens plus perfectionnés (4) La iécoration des manuscrits peut être envisagée soit en général
(i) Reusens, ouvr, cité, pp. 37 et 43.
(2) L'écriture lombarde, importée d'Itaîe en France par des moines, fut cultivée au viii° siècle à Cortie et à Soissons ; au IX* siècle elle se développa dans l'Italie méridionale, notamment à l'abbaye du Mont-Cassin, puis fia Cava. — Reusens, Ibid., p. 61. Voir aussi Delisle, Amiens Sacramentaires, n- X, p. 84. /
(3) Delisle, ouvr. cité, passim.
(4) Uor fut employé pour les lett)fes ou comme fond aux premières pages : cette magnifîcen^ atteint son plus haut point à l'époque carolingienne. \pr disparaît du xi* au XIII* siècle, puis revient comme encjdrement au xiv*. Comme fond on emploie aussi le pozir^re ^r vélin soit pour le frontispice, soit pour le canon.
LE MISSEL ROMATN 7.")
dans l'ensemble du recueil, soit en particulier dans ses parties principales.
I. En général. — Aux Vll'^ et viir siècles, l'ornementation des initiales commence timidement dans les préfaces des recueils gallicans, le Missale Francoriim, le Goihicuni et le Gallïcanum, On peut donner comme type de la décoration aux temps mérovingiens le n° 316 du fonds de la Reine au Vatican, ou Sacramentaire Gélasien ; il y a toute une page ornée au commencement de chacune des trois parties, y^'/. 3, i3i, ij2. Muratori (i) en a donné des fac-similés très insuffisants ; les spécimens d'Ebner (2) sont mieux réussis ; dans l'arcade est dessinée une croix et aux bras de la croix pendent \ alpha et \ oméga. Au VIII® siècle, l'ornementation prend un plus grand développement dans le mamiscrit latin 12048 , ou Sacramentaire de Gellone. Les dessins, dit Delisle, en sont très remarquables (3) ; l'œuvre n'est encore qu'un essai , elle mérite néanmoins d'attirer l'attention. Le canon de la messe s'ouvre par l'image du Sauveur sur la croix ; du corps de Notre Seigneur s'échappent des gouttes de sang, au-dessus de la tête est le titre : IH I S X P S^ et de chaque côté au-dessus des bras planent deux anges. Dans tout le cours du recueil, les initiales sont formées de dessins dont les oiseaux et les poissons fournissent ordinairement le thème ; on y voit aussi des têtes de personnages. L'enlumineur s'essaie à une adaptation de son sujet aux circonstances : ainsi, par exemple,/^/. 77, à la messe de l'Invention de la sainte Croix, dans la première lettre de la collecte sont inscrites trois croix, puis à côté
(i) Muratori, Lihiygia roinana vêtus, I, c. 63, 64.
(2) Ebner, ouvr. cité, pp. 240 et 241.
(3) Delisle, Anciens Sacramentaires, n° vu, p. 80, avec indications bibliog^raphiques, voir D. Guéranger, Instittitions liturgiqtics, t. IV, pp. 33.S et 349.
un homme est occupé à équarrir une autre croix ; foL 23o, à la messe de tentpore belli, la première lettre de la collecte a un cavalier armé sur le pied de guerre, dans la troisième lettre initiale est une main tenant une hache élevée. Au IX^ siècle, l'art caroling-ien, sous l'influence g-ermanique et irlandaise, développe la décoration des Sacramentaires, en lui donnant plus d'orig-inalité ; un vaste champ lui est ouvert par la diffusion du Grégorien d'Adrien. Les miniaturistes et les enlumineurs ne se contentent plus de chercher leurs modèles dans le règne végétal et animal, ils donnent à leurs personnages de plus grandes et de plus exactes proportions, tantôt resserrant la scène qu'ils représentent dans une simple initiale, tantôt l'étendant en tableaux merveilleux qui remplissent la page entière du manuscrit. Et l'œuvre se perfectionne durant tout le moyen âge ; la préface et le canon reportés au commencement du recueil, puis placés au milieu, reçoivent les décorations de préférence aux autres parties. Aussi les Missels des xiir et xiv*^ siècles figurent-ils dignement à côté des Bibles et des Evangéliaires de la meilleure époque (i).
2. En particulier. — Si nous entrons un peu dans le détail, nous verrons que l'originalité de la décoration des Sacramentaires et Missels se produit dans le début de la préface, dans le début du canon, puis à l'occasion des principales fêtes.
A. Préface. Les premières paroles : Vere dignuin, toujours les mêmes, donnent naissance à une décoration dont on peut suivre le développement à travers les manuscrits. Tout d'abord, on abrège les deux mots d'une manière uniforme : V. D. deviennent (2) ; bientôt le trait d'abrévia-
(i) Voir Les Evangéliaires, pp. 1 02-1 10. (2) Les deux lettres V et D sont accolées l'une à l'autre ; il y a un trait dans l'ouverture du V.
tion placé dans l'ouverture du V s'abaisse pour couper la ligne commune, on obtient une croix inscrite en (i) ou mieux (2). Sur ce motif reposent les décorations enchevêtrées et parfois fantastiques qui remplissent presque une page entière du manuscrit : ces décorations sont placées au début de la préface commune. Ainsi, pendant que les plus anciens Sacramentaires gallicans écrivent les mots : Vere digmtin dans leur entier, les manuscrits du ix^ et du x^ siècle ont le dessin dont Ebner donne une reproduction d'après le Codex 8y (ancien 82) de la Bibliothèque capitulaire de Vérone (3). Il y a comme une gradation dans le dessin : tantôt le trait transversal est représenté par une feuille élancée, tantôt il est marqué simplement par deux points (4) comme dans le Codex A 2^dù àQ la Bibliothèque Ambrosienne à Milan (5) ; en Italie, au x"^ siècle, les traits de la lettre se perdent dans un tissu de vrilles et de branches, puis des bandes chargées de bourgeons et de fleurs s'échappent des extrémités de la lettre pour l'entourer; en Toscane, au Xl^ siècle, une réaction se produit contre cette décoration exagérée. Dans la basse-Italie, à la même époque, le signe se développe en une croix avec médaillons aux extrémités. — Aux xir et Xlir siècles, l'art gothique ramène une sorte de simplicité dans la représentation du signe, mais il en varie bientôt les couleurs et en multiplie les lignes ; puis le signe est lui-même transformé ; on a (6) ou
(i) Le trait primitivement placé dans l'ouverture du V s'abaisse et croise la ligne commune aux deux lettres.
(2) Les deux lettres s'arrondissent.
(3) Ebner, Oîivr. cité, pp. 436 et 288.
(4) Le trait du milieu est remplacé par deux points.
(5) Ebner^ ouvr. cité, pp. 434 et 73.
(6) Les deux lettres sont fermées par un trait supérieur léorèrement arrondi.
(i) OU un cercle fermé avec une croix inscrite, un léger trait de plume laisse apercevoir les lettres V. D. L'ornementation très chargée est accompagnée de formes animales grotesques, elle diminue à la fin du moyen âge. Enfin, aux XIV"^ et xv^ siècles, le signe disparaît ou quelquefois prend la forme soit du D soit du V avec une croix, parfois cette dernière entre dans l'initiale du mot jEterne, (2). — En d'autres manuscrits, on substitua aux deux lettres V. D. une représentation de Dieu le Père dans sa majesté : ce qu'on appela la Majesté du Seigneur Majestas Doinini. Cette image fut ou plus compliquée ou plus simple. Le plus ancien exemple de cette substitution se rencontre dans un document du IX"" siècle, le Codex ii/f.i de la Bibliothèque Nationale, un des plus précieux monuments de l'art carolingien (3). L'image est assez compliquée, le Seigneur est assis sur son trône, cinq ordres d'esprits célestes l'entourent. D'autres fois, l'image est plus simple : le Seigneur à figure de vieillard est assis sur un trône ou sur l'arc-en-ciel, il lève la main droite comme pour bénir ou pour enseigner tandis que la main gauche tient un livre ouvert ou fermé, les pieds reposent sur un escabeau, la tête est ornée d'un nimbe où la croix est inscrite, deux ou quatre anges sont de chaque côté. Parfois il y a simplement le buste du Seigneur inscrit dans un demi-cercle au-dessus du signe (4) ou dans un médaillon (5). Plus tard on confondit dans une même représentation Dieu le Père qui est invoqué comme souveraine majesté et Dieu le
(i) Le trait légèrement arrondi est placé en dessous.
(2) Les deux lettres majuscules O, E, sont accolées l'une à l'autre, une croix est inscrite dans O.
(3) Delisle, Anciens Sacramentaires , n° xxxiii, p. 146.
(4) Comme à la page 75, note i.
(5) Codex F. 18, San Pietro, à Rome. Ebner, Ibid., p. 191.
Fils dont on célèbre le sacrifice ; on ajouta alors le symbole des Evangélistes. Le Sauveur Jésus représenté ici dans sa gloire faisait contraste avec l'Homme-Dieu humilié sur la croix tel qu'il apparaissait au début du canon. Plus rarement on joignit à cette représentation de la majesté divine d'autres figures, par exemple celle de la Sainte Vierge (i), ou des personnages bibliques comme Abel ou Melchisedech (2). Ailleurs, on opposa l'église et la synagogue (3) ; enfin certains manuscrits étendent la décoration 2lM P Aç^ per outnia, qui remplit toute la hauteur de la page (4).
Remarquons, en terminant cette première revue, que les liturgistes du moyen âge ont trouvé à ces représentations par l'image des explications allégoriques. Telles sont, entre beaucoup d'autres, celle de Jean Beleth (xil^ siècle, et de Sicard de Crémone (xill^ siècle). Par le delta fermé en cercle, dit le premier, est représentée la nature divine qui n'a ni commencement ni fin, le /^exprime la nature humaine du Christ quia eu un commencement dans le sein de la Vierge, mais n'aura pas de fin. Le trait transversal représente la croix comme une sorte de trait d'union entre l'humanité et la divinité du Sauveur (5). — Le V, dit à son tour Sicard de Crémone, signifie l'humanité du Christ, le D sa divinité ; le V est ouvert à une extrémité et fermé par l'autre, pour nous apprendre que l'humanité du Christ émane visiblement du Saint-Esprit ; le D est complète-
(i) Codex s^4y de la Bibliothèque Vaticane. Ebner, Ibid.y p. 206.
(2) Codex F. 18 , San Pietro, ut supra.
(3) Sacramentaire de Drogonde Met:::, inanuscrit lat, 9428, Bibliothèque Nationale. Delisle, Ibid,, n" xvii, p. loo.
(4) Cod. 614 de la Bibliothèque Casanat, à Rome. Ebner, Ibid., p. i55.
(5) J. Beleth, Rationale, F, L., t. CCII, c. 53.
ment fermé parce que la divinité est éternelle, c'est-à-dire sans commencement ni fin ; le trait du milieu formant la croix symbolise la passion de notre Sauveur (i).
B. Caîion. — C'est seulement à l'époque carolingienne que commence la décoration du 7^ initial de Te igitur, La forme la plus simple fut (2) ; mais aux initiales pures on ne tarda pas à joindre les images tirées soit du règne végétal, soit du règne animal ; puis les deux premiers mots furent attirés dans la décoration par des entrelacements artistiques, comme on le voit surtout dans le groupe des manuscrits de l'Italie centrale au xr siècle. Le dessin y est plus varié que pour la préface. L'idée vint vite de représenter à cette occasion le Sauveur souffrant sur la Croix, la messe étant la continuation et la représentation du Sacrifice du Calvaire et la forme du T ayant beaucoup d'analogie avec la forme de la croix. Déjà dans le Gellone (viii^ siècle), le canon de la messe s'ouvre par l'image de la croix ; l'exemple ne fut guère suivi au IX*^ siècle. Puis au x^ siècle (3) et dans les siècles suivants, on groupe des personnages au pied du crucifix. D'autres fois, comme au xil^ siècle, on substitue la majesté du Seigneur à l'image qui rappelle ses souffrances, puis le 7^ prend la forme d'un évêque priant les bras en croix. Il est des documents où règne une plus grande simplicité : dans un cadre avec mé-
(i) Sicard, Mitrale, P. L., t. CCXIII, c. 122.
(2) Un T dans lequel fut inscrit un E de moindre proportion.
(3) Ex. le Çod. A, 24, de la Bibliotheqtie Ambrosienne, à Milan, x* siècle. Ebner, ouvr, cité, p. 443. Dans un manuscrit du ix'-x* siècle, le Codex 184 de la Bibliothèque de Tours, des aisselles du grand Z* initial tombent deux fleurs de lis ; à gauche du T une peinture assez grossière représente un prêtre en prière, les mains élevées, devant un autel sur lequel sont le calice et l'hostie. Delisle, ouvr. cîféy n° xxviii, p. i35.
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dallions aux quatre coins est inscrit un crucifix, puis de chaque côté sous les bras est écrit le texte : e igititr clenientissime Pater, en lettres capitales, une guirlande de feuilles d'acanthe forme l'encadrement (i). Un manuscrit du xii^ siècle, au couvent d'Oberminster à Ratisbonne représente le sein cV Abraham, sinus Abrahae^ on croit que ce manuscrit était destiné aux messes pour les défunts. Les autres parties de l'ordinaire de la messe ont aussi quelques dessins. Par exemple, à V AgntLS Deiy on voit un médaillon portant l'Agneau de Dieu, ou encore saint Jean-Baptiste désignant le Sauveur par ce symbole. Un Codex n^ 23 1 actuellement à Gôttingen et originaire de Fulda, donne à cet endroit une représentation symbolique : quatre médaillons portant les évangélistes sont réunis par des diagonales à un médaillon central où est peint l'Agneau blessé, étendu sur une barque ; près des eaux où plonge la barque et sur une colline verdoyante se tient une femme symbole de l'Eglise ; celle-ci a un calice pour recevoir le sang de l'Agneau. Dans le Sacramentaire de Mtmic/t, dm 4^56, écrit probablement à Ratisbonne au début du xr siècle, deux pages décorées terminent le canon, la première représente la main de Dieu dans un médaillon, la deuxième contient un Agnus Dei, Quelquefois l'image du Sauveur lui-même remplace celle de l'Agneau de Dieu (2). Une pieuse tradition voulait qu'on baisât le livre à l'endroit de ces images osculum libri. Plus rares sont les
(i) Cod. 1084 de la Bibliothèque Universitaire de Bologne, 11* siècle, Ebner. ouvr. cité, p. 9. On peut rapprocher de ce document le 7ns. lat. 1800^ de la B. N., Sacramentaire pour une église de la province de Trêves. Delisle, ouvr. cité, n* xcviir, p. 25o.
(2) Ex. le Missel d'Eichstadt, xv" siècle, à la Bibliothèque capitulaire de cette ville et le Missel de Volfenbuttel, xv* siècle, Cod. Helmstad, 35.
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décorations au Pater et au Libéra nos, et elles se bornent à des initiales richement ornées.
Comme pour la préface, les liturgistes du Xll®- XIII^ siècle n'ont pas manqué d'exposer le symbolisme de ces images. « Le canon, ditj. Beleth, commence par la lettre Tau, cette let'tre a la forme d'une croix : tout ce qui s'accomplit à la messe s'est réalisé sur la croix par la passion du Sauveur et tire de la croix toute son efficacité. Dès lors, il faut peindre en cet endroit l'image de la croix (i). » Innocent III, dit dans le même sens : Dans le canon, on rappelle le souvenir de la passion... Voilà pourquoi, entre la préface et le canon, dans la plupart des Sacramentaires, on peint l'image du Christ, pour que non seulement l'intelligence du texte, mais aussi la vue de l'image réveille la mémoire de la passion du Sauveur. C'est donc sans doute par un effet de la divine providence que le canon commence par cette lettre T (tau) qui par sa forme rappelle la croix (2).
C. Principales j êtes. — La décoration se borne aux initiales ou s'étend sur les pages entières. — I. Y^ç^ dessin des initiales inauguré, comme on l'a dit, au vil^ siècle dans les manuscrits gallicans, se développe timidement au viir siècle et atteint son plus haut degré de splendeur au ix^ siècle (3). Aux xiv^ et XV^ siècles, ces initiales servent de cadre à des tableaux en miniature d'une exécution merveilleuse, telle Missel de Clément VII 2t. Avignon. Beaucoup de manuscrits à cette époque ont des vignettes en tête de chaque mois dans le calendrier. D'autres du x^ et xr siècles ont deux
{i)Expl. divin, offtciorum, c. 46 ; Edit. Ltigd. , i562,p.i5i.
(2) Innocent III, de Sacrificio Missae, P. L., i. CCXVII, c. 840.
(3) Le Sacramentaire de Di^ogoii déjà mentionné ; ms . lat. p428t Bibliothèque Nationale. Delisle, n° xvii, p. 100.
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sortes d'initiales, savoir ; des lettres capitales d'un dessin très pur en rouge ou or ; des lettres (or ou argent) fleuronnées sur champ bleu, violet ou vert (i). — 2. Tableaicx S2tr des pages entières. Indépendamment du début du canon, beaucoup de recueils renferment divers sujets représentés. Le Sacramentaire d'Aîitu7i, n° igàis du Séminaire, représente les ordres sacrés (2). Souvent, dans les manuscrits des premiers temps du moyen âge, on trouve les images de saint Gélase, et de saint Grégoire le Grand, comme auteurs du recueil. L'image de saint Grégoire, absente des manuscrits d'Italie (3), n'est pas rare dans les manuscrits de France et d'Allemagne : presque toujours le saint Pape y est représenté assis, comme dans le Sacra7nentaire de Drogon. Puis les tableaux sont plus ou moins nombreux pour retracer tel mystère ou telle fête de Tannée liturgique. Les manuscrits de Fulda et ceux qui se rattachent à cette école ont un cycle typique comprenant les plus grandes fêtes du Seigneur et des saints, souvent les images se présentent deux à deux ou trois à trois dans une parfaite unité de but et de cadre. Le Codex î2yS de la Bibliothèque publique de Lucques, X" siècle, a les représentations suivantes : entrée de Jésus à Jérusalem le jour des Rameaux, le lavement des pieds, la résurrection, l'Ascension, la Pentecôte, le Martyre de saint Boniface, saint Jean-Baptiste, saint Laurent (4). Le Codex 3S^8 de la Bibliothèque Vaticane, xr siècle, a une Nativité, une Epiphanie (5) ;
(i) Delisle, ouvr. cite, n* lxxxii, p. 221 ; n* xcviii, p. aSo.
(2) DelislCj Ibid., n° xvi, p. g6 : on trouvera une reproduction et une description dans le Dictionnaire (P Archéologie clirétienne et de Liturgie, t. I, c. 32 10.
(3) Il faut excepter le Codex 86 du chapitre d'Ivrée. Voir Ebner, ouvr. cité, p. 52 et Delisle, Ibid., n* xc, p. 2.33.
(4) Ebner, ouvr, cité, p. 67.
(5) Ibid., p. 211 .
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le Codex y 6 V, Bibliothèque capitulaire d'Udine, XI"" siècle, a de plus la Purification, la Descente de croix et la mise au tombeau, saint Pierre et saint Paul, saint Michel, la Toussaint, saint Willehad, saint Martin, saint André (i). Le inanuscrit 86 du chapitre d'Ivrée, xi^ siècle, a des images du sacre des Rois, de la consécration des évêques, de l'adoration des Mages, du martyre de saint Etienne, etc., les représentations des Sacrements de Baptême et d'Extrême-Onction : il est unique en son genre pour l'illustration des communs et des messes votives (2).