IV. — Un intérêt plus grand encore se rattache
(i) Sur Amalaire et Agobard, voir le Dictionnaire d Archéologie chrétienne et de Litzirgie, t. I, c. ï323et 971.
Les Eclogae de officio inissae sont dans P. L., t. CV, c. i3i5-i332 ; la correction de l'Antiphonaire se rattache à l'office divin, non à la messe.
à l'œuvre désignée sous le nom de Alesse latine ou Messe de Flaccits Illyricus. Au XV!"" siècle, on a fait grand bruit autour de cette composition : en 1575 , le chef des centuriateurs de Magdebourg la publia à Strasbourg sous ce titre : Missa latina quae olini ante Romanant circa T.XX Doinini amiiLin in nsii fuit ; il prétendit qu'elle avait été usitée dans les Gaules avant l'introduction du canon romain. Mais on s'aperçut bientôt que le texte de ses formules était contre les erreurs du protestantisme et en faveur de la doctrine catholique (ainsi on y préconise la dévotion à la Sainte Vierge, le culte des saints, la doctrine de la messe du sacrifice et du sacerdoce, la prière pour les morts, etc.). Alors se produisit un changement de tactique chez les protestants, ils tentèrent de détruire le document. — Des études sérieuses ont permis d'en établir les origines. Dom Cabrol, se basant sur ces études et sur la considération du document lui-même, arrive à la conclusion suivante : La Missa latina de Flaccics Illyricus fut une tentative faite sous Charlemagne, et de cette tentative est sorti le Missel romain tel qu'il existe encore aujourd'hui. C'est de là ou d'une source voisine que certaines prières ont pris place dans ce Grégorien renouvelé et refondu, notamment les prières pour revêtir les ornements, quelques prières de l'offertoire et de la fin de la messe. Puis après comparaison faite entre plusieurs pièces de la Missa latina et les ouvrages liturgiques d'Alcuin, Dom Cabrol ajoute : il serait vraisemblable de croire qu'Alcuin fut l'auteur de la messe d'IUyricus. Cependant le manque d'arguments positifs l'arrête à cette autre conclusion plus large : La messe d'IUyricus fut composée non loin d'Alcuin, dans un cercle littéraire imbu de ses idées, au courant de ses procédés de composition, habitué à puiser aux mêmes sources
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que lui. Les formules y ont pris un développement considérable ; on se demande comment un célébrant pourrait les réciter à moins qu'on ne suppose un prélat au trône occupé à les dire pendant qu'on exécute les chants ; mais ces formules enveloppent une messe romaine dont on trouve les éléments prières de préparation, Gloria in excelsis, collecte, épître, graduel, alléluia, même la séquence, évangile, offertoire, prières de l'encensement et de l'oblation, secrète, préface, Sanctus, prièresdu canon... Dégagée de ses amplifications, la Missa latina est le type de celles qu'on trouve dans le Missel plénier ; elle mérite donc bien d'être rangée parmi les précurseurs de ce recueil, à côté de la Chartula Missalis d'Alcuin. Ajoutons qu'une des formules des prières de préparation figure dans les missels de nos jours comme prière d'action de grâces : Oratio Sancti Augustini : Anteoculos TUOS (l).
V. Les débuts du plénier au ix^ siècle n'ont rien d'officiel : les recueils désignés sous ce nom conservent un caractère privé, comme du reste le recueil d'Alcuin ; ils ont seulement les parties plus fréquemment employées pour la célébration de chaque jour, comme le commun des saints, les messes votives ou diverses. Ces messes sont pourvues, soit des parties chantées, soit des lectures, soit même des deux à la fois. Les messes
(i) P. Z., t. CXXXVIII, c. i324. Sur la Missa latina de Flaccus Illyricus, voir un article de Dom Cabrol dans la Revue Bénédictine, de ipoS, t. XXII, p. 1 5 1. Le texte de cette messe se lit dans P. Z., t. CXXXVIII, c. i3o2, et aussi dans Bona, Rertim litzirgicarnm libri dziOy t. I, p. 229. — M. Ed. Bishop n'accepte pas les conclusions de Dom Cabrol ; voir Journal of theological StttdieSy année 1906, t. VII, p. i23. — Dom Ménard a tiré d'un Ordo Roînamis ùm vi° siècle, le Codex Tiliamis, une autre Messe latine : à part quelques apologies et quelques rites, cette messe ressemble beaucoup à la Messe d'Illyricus. Voir P. L., t. LXXVIII, c. 245 et 566.
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propres demeurent ce qu'elles étaient dans les anciens Sacramentaires et ceux-ci prédominent encore.
Article II. — Le Missel plénier improprement dit.
On éprouve quelque embarras pour faire le classement des premiers Missels pléniers. Dans l'ouvrage plus d'une fois cité, Ebner l'a tenté avec succès ; le mieux est de suivre ici un si bon guide, tout en résumant la première de ses dissertations. Deux phases partagent l'époque de transition entre les Sacramentaires et le Missel plénier (ix^ et x*^ siècles) : dans la première, celle du missel plénier improprement dit, on utilise les manuscrits antérieurs, on fait comme une juxtaposition des différents recueils ; dans la seconde, celle du Missel plénier proprement dit, on fait une transcription nouvelle des éléments et on place ces éléments dans l'ordre où les récite le prêtre à l'autel. Le présent article traite du Missel plénier improprement dit.
On obtint ce recueil par divers procédés d'une combinaison purement extérieure. Ainsi : i° soit au commencement, soit à la fin de l'ancien Sacramentaire, se trouvent reliés tantôt un Antiphonaire (recueil des chants de la messe), tantôt un lectionnaire (épîtres et évangiles), tantôt les deux à la fois. Exemples : Dans le manuscrit de la Bibliothèque de Saint Marc à Venise, XI® siècle, Cod, lat., III, CXXIV, un Antiphonaire est relié au commencement d'un Sacramentaire ; à Udine, dans la Bibliothèque de l'Archevêché, le Cod. P. ip du xir siècle, le Sacramentaire est suivi du Graduel (i). Les manuscrits, Cod, F. i2d&San
(i Pour le manuscrit de Venise, voir P^bner, ouvr. citéy p. 278 ; pour celui d'Udine, ibid., p. 270. On peut placer dans la même catégorie les trois manuscrits de Saint-Gall 338, 339, 340, sur lesquels voir Delisle : Anciens Sacrament.
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Pietro à Rome, xr siècle, Cod, loo de la Bibliothèque capitulaire à Monza, x^ siècle, ont à la fin, mais séparés, le premier un évang-éliaire, le second un lectionnaire (i). Pour le Codex loi de la Bibliothèque capitulaire de Monza, ix'^-x® siècle, et le Codex //(^^ de la Bibliothèque de l'Université de Wursbourg-, XII® siècle, TAntiphonaire et le Lectionnaire à la fois sont reliés au Sacramentaire (2). 2° D'autres fois, on faisait au Sacramentaire des additions pour adapter le recueil aux usages liturgiques. C'est le cas du Codex 86 (ancien 81) de la Bibliothèque capitulaire de Vérone, XI^ siècle, où l'on trouve à la fin le texte de l'épître et de l'évangile pour diverses messes ; du Codex 2S^y (ancien 684 de Saint- Sauveur) de la Bibliothèque de l'Université de Bologne, XI® siècle, où pour les messes du commun et les messes diverses on trouve le texte des épîtres et des évangiles avec les premiers mots des parties chantées ; du Codex 123 de la Bibliothèque Laurentienne à Florence, XI® siècle, analogue au précédent sauf les parties chantées (3). 3^ Bientôt les additions pénétrèrent dans le recueil lui même, on opéra des additions en marge vis-à-vis de la messe qu'il s'agissait de compléter ; une première ou une seconde main y marquait le commencement des parties chantées ou le commencement des lectures. Tels sont, par exemple : a) le 3i3 àw fonds Ottoboni 2m Vatican, IX® siècle, avec
n' cv, cix et cviii, p. 263, 27061 269. Sur le n* 339, voir aussi la Paléographie viusica/e, t. I, p. 5i ; puis les Codices 7/ et 88 de Zurich ; Delisle, Ibid., p. 262 et 260.
(i) Pour San Pietro, voir Ebner, ibid., p. i85 ; pour Monza, cod. 100, ibid., p. 107 et Delisle, ouvr. cité, n* lxvi, p. 198.
(2) Voir : i. Ebner, Ibid., p. 108 ; 2. Ibid., p. 362, not. 3.
(3) Cod. ^<5'de Vérone^ voir Ebner, ibid., p. 286, et Delisler, Ibid., n° XXV, p. 128. Codex 2^47 de Bologne, Ebner, Ibid.\ p. i5. Cod. i24àe Florence, Ebner, Ibid.., p. 33,
additions ultérieures ; ce Sacramentaire, auquel Muratori a beaucoup emprunté pour son édition du Sacramentaire Gréo^orien, était à l'usag-e de l'ég-lise de Paris (i) ; âj \e manuscrit 320-2^2 de la Bibliothèque de Reims, premier Sacramentaire de l'abbaye de Saint-Thierry de Reims, primitivement à l'usage de l'église de Noyon, deuxième moitié du IX® siècle, les additions marginales sont du xi° siècle et concernent les parties chantées, premiers mots des introïts, graduels, etc. (2) ; p) le Missel de Léofric, document du ix^ siècle (3) ; les premiers mots des introïts, etc., ont été écrits par une première main à la marge, ceux des épîtres, évangiles et séquences ont été ajoutés ultérieurement ; ci) le Sacramentaire de l'Eglise de Lorsh, inaniiscrit ^ç 5 &w fonds palatin au Vatican X^-Xi® siècle ; on a ajouté la lecture évangélique pour quelques messes (4).
On le voit, la transformation de l'ancien Sacramentaire fut lente ; elle se borna d'abord à la juxtaposition des recueils ; elle amena ensuite quelques additions aux messes du commun, puis des annotations dans les marpfes du recueil. Gênéralement les parties chantées furent annexées les premières, puis vint l'indication de la lecture évangélique, enfin l'indication concernantl'épître ;
(1) Cod. jij, fonds Ottoboni au Vatican, voir Ebner. Ibld., p. 23i ; Delisle, Ibid., n" xxxv, p. 149 ; Ehrensberger, Lihri lihtrgici bibliothecae Vaticanae, p. 398 .
(2) Voir Delisle, Anciens Sacrant., n* xxi, p. 1 16.
(3) Le Missel de Léofric a été édité en ces derniers temps par F.-E. Warren, The Léofric Missal ; voir l'Introduction, p. xxxvii-xxxvm.
(4) Voir Delisle, Ibid. y n' xcv, p. 238 ; Ebner ouvr. cite, p. 247. Ehrensberger, ouvr. cité, p. 401. A cette série on peut ajouter encore les documents ambrosiens du x*-xï* siècle, décrits par Delisle : n' lxxii, p. 202 ; i.xxiv, p. 204 ; lxxv-lxxvii, pp. 2o5-2o6 ; Lxxi, p. 199, où l'on trouve les épîtres et les évangiles.
cela tient sans doute à ce que le prêtre à l'autel commença d'abord à réciter les parties chantées pendant que le chœur en exécutait le chant, puis dut chanter lui-même l'évangile à défaut du diacre, tandis qu'il pouvait laisser à un lévite de rang inférieur la lecture de l'épître (i).
Article III. — Le Missel plénier proprement dit.
La seconde phase de la formation du Missel plénier comporte une transformation plus intime et plus profonde de l'ancien Sacramentaire ; elle aussi est progressive. On y remarque deux principaux degrés.
1° Tout d'abord c'est VtUilisation des anciens recueils ; les copistes font disparaître des éléments qui ne servent plus et dans les espaces rendus libres par les ratures font entrer les indications placées autrefois en marge. Le Missel de l'abbaye de Saint-Augustin de Cantorbéry publié d'après un manuscrit du XI"" siècle (2) donne une idée assez exacte de ce genre de travail. Cinquante-six préfaces sur soixante-dix ont été raturées ; une seconde main a rempli les vides en y transcrivant tantôt les parties chantées en entier ainsi que les épîtres et évangiles (3) ; tantôt les parties chantées en entier avec le commencement des épîtres et des évangiles (4) ; d'autres fois, comme pour
(i) De nos jours encore, conformément aux rubriques g-énérales du Missel, un lecteur revêtu du surplis peut chanter l'Epître, quand on célèbre la messe solennelle sans diacre ni sous-diacre, mais le célébrant chante lui-même l'Evangile. Riibricae générales : ritus celebrandi missam, c. vi, n* 8. Cf. Lebrun, Explication des prières de la Messe, t. I, p. 199.
(2) Par M. Martin Rule, à Cambridge, 1898.
(3) Par exemple les fêtes de saint Etienne, de saint Jean, p. 12, de l'édition M. Rule.
(4) Aux dimanches de Septuagésime, de Sexagésime, p. 19.
les dimanches après la Pentecôte, sous le titre offinum et toujours à la place que devait occuper la préface se trouve dans son entier le texte des parties chantées, mais sans l'indication desépîtres et des évangiles (i). Dans le propre des Saints, reparaît au milieu du texte des parties chantées l'indication du commencement des épîtres et des évangiles (2). Un certain nombre de messes diverses présente absolument la même physionomie que celle de nos Missels : telles sont les messes de Sancta Trinïtate, de Sancta Maria, etc. (3). 2° Mais bientôt on transcrivit les éléments de l'ancien Sacramentaire et l'on y intercala, en suivant l'ordre de la récitation, les emprunts faits à l'Antiphonaire et auLectionnaire : ce fut alors en toute vérité le Missel plénier proprement dit. Il nous reste des documents du Xl*^ siècle à l'aide desquels nous pouvons nous en faire une idée. — 1° Le manuscrit latin 818 de la Bibliothèque Nationale de Paris, Sacramentaire ou Missel de l'église de Troyes (milieu du xr siècle) est, d'après L. Delisle (4) un excellent exemple de la transformation du Sacramentaire carlovingien. Il porte encore l'ancien titre : Incipit liber Sacrainentornin,.. qualiter inissa roinana cœlebratur, mais il contient tout ce qui constitue le Missel proprement dit ; avec les oraisons et la préface, nous y trouvons Tépître et l'évangile, l'introït, le graduel, l'offertoire et la communion : ces derniers morceaux sont accompagnés d'une notation en neumes. Le volume est incomplet : on distingue, fol. 3 : la préface, le canon et les diverses prières de la messe \ foL g : le calendrier ; sur \ç.fol. /J'ia
(i) Voir pp. 5(> et suiv.
(2) Voir p. 71.
(3) Voir pp. i3i, i36.
(4) Delisle : Anciens Sacramentaires , n' cxix, p. 296.
date initiale du comput est 1060 ] fol. 16, les prières avant la messe. Km/oL 24, commence le Missel proprement dit, où se trouvent seulement un fragment de la messe de la Purification et de la messe de la Septuagésime, les messes et offices depuis le Jeudi Saint jusqu*au mercredi après Pâques et depuis le mardi de la Pentecôte jusqu'au samedi suivant, les messes des fêtes des saints depuis le 13 avril jusqu'au 30 novembre, les messes du commun des saints et les messes diverses, les messes depuis le premier dimanche après la Pentecôte jusqu'au dimanche avant Noël. — 2^ Un autre document du xr siècle est le Codex 26"] ç (ancien Saint-Sauveur 686) de la Bibliothèque de l'Université de Bologne : on y trouve à leur place normale les parties chantées avec notation, les lectures de l'épître et de l'évangile. Le Missel commence avec la solennité de Pâques, donne un ordo pour la réception d'un catéchumène, un autre pour la bénédiction de l'eau. Dans l'ordinaire de la messe, les particularités suivantes sont à signaler, car c'est peut-être la première fois qu'on les rencontre : la Confessio ante altare comprend trois oraisons Ante conspectum majestatis,,. Deus propitius csto,.. Aufer a iiobis. Au baisement de l'autel il y a l'oraison. Oramus te,.. Quando evangelium osculatur, sacerdos dicit : Pax Chrisii qtùant nobis per evangelmm suuin tradidit confirinet... La bénédiction du diacre se donne avec la formule : Dontinus sitincorde tuo.., K\!o^^r\.o\x^ se lisent des formules dont les suivantes nous sont restées : Suscipe sancta Trinitas.,. Offeriinustibi.., Incensicm ïstud... Dirigatur. Après VAgnus et avant la communion, le prêtre s'incline et dit : Doînine sancte Pater. . . da niihihoc corpus. A la fin de la messe, après que le diacre a dit : lie missa est, le prêtre baise l'autel, prononce des formules analogues à nos formules d'absolution dans l'office
et enfin l'oraison Placeat. — Le recueil contient ensuite plusieurs messes votives, les messes du commun, les messes diverses et se termine par toute une série de bénédictions (i). — 3*^ Quelques autres particularités sont à signaler dans le Codex 5-fO du Mont-Cassin. Ce sont au i^'^ octobre, la dédicace de l'église du monastère (1071), l'indication est de première main ; les fêtes de sainte Marie Madeleine, de la Conception de Marie (8 déc.) de saint Thomas évêque et martyr (29déc.) (2).