‹ Le missel romainChapitre 6 sur 14 · ET DU PROPRE DES SAINTS · texte numérisé non relu

ET DU PROPRE DES SAINTS

I. — Le canon de la messe est désormais fixé et ne recevra aucune modification dans son contenu sinon pour la limitation des noms mentionnés dans le Comimtnicantes , le A^obis quoque et le Libéra nos. Mais les recueils sont appelés à recevoir plus d'une transformation et le canon, ou plutôt l'ordinaire de la messe, n'a pas trouvé jusqu'au XIII® siècle la place qu'il occupe à présent d'une façon invariable.

Au ix*" siècle, le système adopté tendait à placer le canon à la fin du Sacramentaire, à l'y encadrer dans la dernière des messes quotidiennes (i) ; il faut excepter les recueils ambrosiens qui mettaient à peu près régulièrement le

(i) On peut donner comme exemple les manuscrits gélasiens de RheinaUy Zurich, n° 3o, et de Saint- Gall, n° 348.

canon dans le propre du temps après l'octave de la Pentecôte.

Les manuscrits de Gaule, après l'envoi du Grégorien d'Adrien, ont le canon au début du recueil ; il fait suite au titre : Incipit et à une sorte d'introduction qui forme un Oi^do Missae abrégé. Cette disposition se maintient au X^ et au Xl*^ siècle dans la plupart des documents de l'article précédent. Tels sont, par exemple, les Codices 35^8 et 38 06 de la Bibliothèque Vaticane, les «°^ ^g5 et ^çp du fonds Palatin à la même Bibliothèque, le Codex B. 24 de la Vallicellane, le Cod. VI, 3 de la Bibliothèque publique d'Arezzo, etc.

Au xi*^ et au xii^ siècle, l'espèce d'introduction ajoutée au titre devint superflue ; les prières de la messe qui précèdent le canon, ayant pris un plus grand développement, furent insérées dans les manuscrits. Dès lors, pour plus de commodité, ces prières et le canon furent placés au milieu. On les trouve entre le propre du temps et le propre des saints, dans bon nombre de documents, des Xl*^ et xil^ siècles, qui sont plutôt des Missels pléniers (i). Le Codex îS^., du fonds Ottoboni, à la Bibliothèque Vaticane est à peu près le seul des Sacramentaires précédemment cités qui offre cette disposition. D'autres fois, quand le propre du temps et le propre des saints sont fondus ensemble, le canon est placé immédiatement avant la fête de Pâques ; le plus ancien exemple de ce genre nous est fourni par le Codex ^yyo de la Bibliothè jue du Vatican, un Missel plénier du X^-Xi^ siècle (2). Nous trouvons le canon à cette même place dans le Cod. P, i3 de San Pietro à Kome, du xiii^ siècle, le Cod. F. /^'dela même

(i) Ebner, ouvy. cité, p. 372.

(2) Ebner, Ibid.^ p. 278. Rhrensberger, ouvr. cité, p. 446.

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Bibliothèque (un document qui par ses additions est plutôt du xiv^ siècle) : ce sera, sauf le mélange des deux propres, la place assignée au canon de la messe dans les missels de l'avenir. Mais avant d'en venir à ce résultat, il faudra enregistrer plus d'une variante : ainsi le Cod. F. îo de San Pietro à Rome, document du xir siècle, a les prières préparatoires à la messe, les préfaces et le canon seulement après la vigile de la Pentecôte; le Cod, IL 20 de la Bibliothèque capitulaire de Modène (même époque), a le canon entre le propre du temps et le propre des saints. A cette même place, on le trouve dans le dernier des purs Sacramentaires, le Cod, XII, 6. {N, a. iSSS), un document du XV^ siècle à la Bibliothèque Barberini de Rome.

II. — Cette variation dans la place donnée au canon, à une époque où l'on tend à le mettre au milieu du recueil, tient à ce que la disposition du propre du temps et celle du propre des saints ne sont pas elles-mêmes définitivement arrêtées. Jusqu'à la fin du Xlii^ siècle, on trouve dans les recueils à peu près toutes les combinaisons possibles des deux parties. Tantôt le propre du temps et le propre des saints sont fondus ensemble, comme dans le cas du Cod. lat., ^yyo de la Bibliothèque Vaticane (x^-xr siècle), tantôt on les trouve séparés, comme dans le Cod. ^pS de la Bibliothèque Vaticane, fonds Palatin, etc. ; tantôt les deux propres sont mêlés l'un dans l'autre par suite de coupures plus ou moins nombreuses dans la partie d'hiver. Ainsi les coupures sont moins nombreuses dans le n^ JS^S de la Bibliothèque Vaticane : le propre du temps va se mêlant au propre des saints i jusqu'à l'Annonciation (25 mars) ; à cette date, le propre du temps reprend seul avec le dimanche de la Septuagésime et se poursuit jusqu'au dernier dimanche après la Pentecôte sans interrup-

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tion, à cette série s'ajoutent cinq dimanches de l'Avent. Puis vient le propre des saints, ininterrompu lui aussi depuis saint Léon, pape, jusqu'à saint Thomas, apôtre. Dans le Codex ^çç de la Bibliothèque Vaticane,y^;^<^^ Palatin, xi^ siècle, le propre du temps est coupé par le propre des saints de la façon suivante : a) propre du temps, de la vigile de Noël au sixième dimanche après l'Epiphanie ; ôj propre des saints depuis saint Sylvestre (31 décembre) jusqu'à saint Ambroise (27 mars) ; cj propre du temps, de la Septuagésime à l'octave de Pâques, puis, après intercalation de la seule fête de saint Léon pape, les quatre dimanches après l'octave de Pâques ; dj propre des saints depuis saint Tiburce, etc. (14 avril) jusqu'à sainte Pétronille (31 mai) ; ej le reste du propre du temps depuis la vigile de l'Ascension jusqu'au quatrième dimanche de l'Avent \fj enfin le reste du propre des saints.

A quelques nuances près, c'est la division que donnent le Cod. L (lai.) DIX ào. la Bibliothèque de Saint-Marc à Venise, comme aussi les deux Sacramentaires de l'abbaye Saint-Thierry de Reims dont Hugues Méhard s'est servi pour l'édition du Sacramentaire Grégorien. Les coupures de ce dernier sont au 15 janvier, saint Marcel; au 14 février, saint Valentin; au 25 mars, Annonciation ; au 14 avril, saint Tiburce, etc. ; au 24 mai, saint Urbain; au 1®'' juin, dédicace delà basilique de Saint Nicomède. Plus communément les coupures se font au 25 mars où se place le dimanche de la Septuagésime, au 25 mai ou au i*^''juin où commence la série des dimanches après la Pentecôte.

Le plus ordinairement, les recueils commencent à la vigile de Noël et se terminent avec les dimanches de l'Avent. Néanmoins quelques manuscrits inaugurent la pratique de débuter avec le

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i^'^ dimanche de l'Avent : tel est le cas, par exemple, du Cod. VI, 3, de la Bibliothèque publique d'Arezzo, Xl"^ siècle ; des Codices F. i3, P, 14, F. îS, de la Bibliothèque San Pietro à Rome, xir et Xlir siècles, etc., du Codex 1S4 de la Bibliothèque Vaticane,/^?;^^^ Ottoboni, Xlii^ siècle.

§ II. DÉVELOPPEMENT DONNÉ A l'ORDINAIRE DE LA MESSE.

Pour étudier l'ordinaire de la messe pendant les xr, Xli^ et XIII" siècles, il est bon de mettre à part le canon et les deux parties qui l'encadrent. Sur le canon lui-même, il reste peu d'explications à donner, car fixé définitivement au IX® siècle, il subit à peine quelques modifications de détail (i). Mais l'oblation qui le précède et la communion qui le suit, dans la partie appelée messe des fidèles, sont encore en voie de formation, et il en faut dire autant des prières de préparation et d'introduction dans la messe des catéchumènes : là nous trouvons des nuances entre la liturgie romano-gallicane et la liturgie ambrosienne qui survécut aux tentatives d'unification faites d'abord par Charlemagne et un peu plus tard par Nicolas 11(1058-1061). Ces nuances se perpétueront jusqu'à nos jours dans la liturgie milanaise, puis dans la liturgie lyonnaise, un mélange de romain et de gallican plus accentué que celui de la liturgie romaine, enfin dans la liturgie de certains ordres religieux, comme les Chartreux, les Carmes, les Dominicains. — Quant aux Franciscains, par le Missel de la Curie romaine ils travailleront à conserver l'œuvre de saint Grégoire VII (1073- 1085). Parles soins de

(i) Il va sans dire qu'on ne peut donner, dans cet opuscule, un résumé même succinct des explications mystiques si longuement développées dans les liturgistes du moyen âge. Notons seulement que leurs œuvres fournissent un précieux témoignage en faveur de l'existence des rites.

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ce saint Pontife, la liturgie romaine a remplacé la liturgie gothique en Espagne (i).

Nous renvoyons au chapitre suivant l'étude des Missels des Religieux. Présentement, il nous suffira de suivre le développement de l'ordinaire de la messe dans la liturgie romano-gallicane et dans la liturgie ambrosienne.

I. — Liturgie romano-gallicane oiù liturgie romaine après Charlemagne,

I. Messe des Catéchumènes. — Prières préparatoires. — On ne les trouve pas écrites dans les recueils antérieurs au ix^ siècle, c'est qu'alors le choix en était laissé aux évêques et aux prêtres. Au Xl*^ siècle, l'auteur du Micrologue indique quatre psaumes : r.XXXIlI-LXXXV : Qua^n dilecta ; Benedixisii Domine, Inclina; et CXV, Credidi, avec Kyrie, Pater noster^ et une oraison pour obtenir le pardon des péchés : c'est là, dit-il, la coutume romaine. Le Sacramentaire de Trêves, document du X*^ siècle, marque les trois premiers psaumes signalés dans le Micrologue et les fait suivre de longues litanies (2). Le Missale mixtum place après l'octave de Pâques les prières de préparation à la Messe (3).

Vêture des ornements sacerdotaux, — Après l'ablution des mains, le célébrant revêt les ornements, les mêmes que de nos jours. On les présente parfois dans un ordre différent : ainsi Y Ordo Romamts I fait revêtir l'aube, le cordon, puis l'amict (4) , ensuite la tunique, la dalmatique (l'étole

(i) D. Guéranger, InstihiHons lituygiques, t. I, p. 187 et 449.

(2) Lebrun, Explications des Prières de la Messe, t. I, p. 35. Delisle, ouvr. cité, n* lxxxii, p. 221.

(3) P. L., t. LXXXV, c. 522.

(4) P. L., t. LXXVIII, c. 940.

est passée SOUS silence), la chasuble, le manipule. Du IX® au xr siècle, beaucoup de documents renferment les formules que le célébrant récite en revêtant ces ornements : tels par exemple, la messe d'IUyricus, le Sacramentaire de Trêves, celui de Noyon, etc. Pour le revêtement de la chasuble, le Sacramentaire de Senlis donne une formule qui rappelle celle prononcée dans l'ordination du prêtre : Benedictio Patris et Filii et Spiriius Sancti descendat ( i ) .

Prières du bas de l'autel. — Un Sacramentaire du XII® siècle, conservé à Rome, le Cod. P. /J'de San Pïetro, indique : Introïbo, Judïca, Conjîteor. Le Missel mozarabe a l'antienne Introibo au début, puis le psaumey?^^?'(f<3;, à l'offertoire seulement (2). Parfois l'évêque commençait à réciter ces prières en allant de la sacristie à l'autel. — Il y avait des variantes dans la formule du Confiteor ; celle que nous récitons actuellement date du XII^ siècle : Rome alors l'adopta.

Les pj'ières : Aufer a nobis et Orainus te; r encensement de l'autel aux messes solennelles.

La première formule empruntée au Sacramentaire léonien, se trouve placée en cet endroit par le Codex C. 32 delà Vallicellane, xr siècle ; elle y est précédée de l'oraison Aures tuae pietatis . La deuxième formule : Oramus te, se lit dans un Pontifical de Narbonne du XIII*^ siècle. La Messe d'Illyricus donne cette prière au singulier Oro te. . . et la fait réciter par le célébrant au moment où il s'approche de l'autel pour l'oblation ; ce même

(1) Delisle, ouvr. cité, n° XXXII, p. ii3; — P. Z., t. LXXVIII, c. 223. — Ces prières sont indiquées sommairement dans un Sacramentaire du Mont-Cassin xi* siècle. Bibliothèque de la Vallicellane, Cod. C. 32, à Rome. Voir E^hnev^ouvr. cité, p. 202 et 339.

(2) Ebner, ouvr. cité, p. 188. Lebrun, Ibid.y p. iii.Bona, Rerum Liturgie, libri dtcoy t. III, p. 34.

document place la formule Aitfer a nobts avant introïbo çX Jîcdica me, et au milieu de beaucoup d'autres invocations place l'oraison Aures tuae pietatïs (i). La pratique de l'encensement de l'autel à rintroït et à l'offertoire des messes solennelles est entrée dans la liturgie de l'église latine dès le X^ ou le Xl® siècle : cependant d'après un ancien Missel de Narbonne, l'encensement de l'autel n'avait lieu qu'à l'offertoire ; les premiers Ordines Romanis^ contentent de dire qu'à l'entrée du célébrant, des ministres ouvrent la marche en portant des encensoirs fumants (2).

Introït et Gloria in excelsis. Au moment o\x se faisait cette entrée le chœur chantait X Introït (voir Antiphonairé). Au ix*^ siècle seulement, d'après un bon nombre de liturgistes, le célébrant commença à lire cet introït ; d'autres liturgistes veulent reculer les débuts de cette pratique jusqu'au xiv^ siècle (3). Les Ordines Romani gardent le silence à ce sujet : d'après V Ordo Romanus III, le Pontife arrivé au trône, se tient debout tourné vers l'Orient ; l'antienne terminée, la Schola entonne Kyrie et le chef de la Schola doit, pendant le chant à.\x Kyrie, regarder le Pontife pour savoir de lui s'il veut changer le nombre des invocations ; après quoi le célébrant entonne Gloria in excelsis (4) Ainsi donc, le Pontife était libre de déterminer à son gré le nombre des Kyrie à chanter ; il n'est pas dit qu'il fut lui-même obligé de réciter ces invocations pendant l'exécution du

(i) Pour la messe d'illyricîis, voir P. L., t. CXXXVIII, c. 1324.

(2) Voir Ordo Romamts /et II, P. L., t. LXXVIII, c. 941 et 969.

(3) Selon toute probabilité, la lecture de l'introït par le célébrant ne devint obligatoire qu'à partir du xiv* siècle. Bona, ouvy. cité, t. III, p. 5i.

(4) P. L., t. LXXVIII, c. 979.

chant. Depuis le pontificat de saint Grégoire le Grand (590-604), le Gloria in excelsis devait être dit les dimanches et fêtes par les évêques, mais non par les simples prêtres ; ceux-ci pouvaient le dire une fois l'année en la seule fête de Pâques : au Xl*' siècle, Bernon d'Augias écrivait que cette concession devait s'étendre tout aussi bien à la fête de Noël et même qu'on devait permettre aux simples prêtres de dire le Gloria tous les dimanches et toutes les fêtes des saints (i) ; ce fut le point de départ de l'usage qui s'est maintenu jusqu'à nos jours. L'auteur du Micrologue ne fait plus de distinction sous ce rapport entre évêques et prêtres (2) et les Sacramentaires de cette époque commencent à mentionner léchant du Gloria pendant lequel le célébrant récite une prière (3). La formule de l'hymne angélique est, dès le IX^ siècle identique à la nôtre : toutefois la messe d'Illyricus insère les mots : hymmun diciinus tibi, entre Glorificainits te et Gratias agiinus (â^... Sur des feuillets écritsauxir siècle, le manuscrit latin loSoi de la Bibliothèque Nationale, Sacramentaire de Saint-Symphorien de Metz, porte des indications pour le chant du Gloria i7i excelsis (5).

Collecte, — Les premiers Ordines Romani donnent Fax vobis ou Fax vobiscuin, comme formule de salutation aux fidèles ; mais au x^ siècle, le pape Léon VII (936-939) sanctionna que la formule : Fax vobis serait réservée aux cardinaux et

(i) Libellus de quibusdam ad inissam pertînentîbzis y P. L., t. CXLII, c. io58.

(2) P. L., t. CLI, c. 976.

(3) Voir par ex. le Codex B. 23 de la Vallicellane, xi'-xii* s. Ebner, ouvr. cité, p. 337.

(4) P. L., t. CXXXVIII, c. i3i4-i3i5.

(5) Delisle, Anciens Sacramentaires, n* lxxxii, p. 222.

aux évêques (i), les simples prêtres devront employer la salutation : Dominus vobisctLm, Suit l'invitation à prier : Oreinus, Primitivement, ce n'était pas la seule adressée aux fidèles pendant le saint Sacrifice; il y avait de fréquentes invitations au recueillement prononcées par le diacre, par exemple : Aiires ad Dojitiiiuut ; Silentium facite (2). Le mot Orentus leur a été substitué presque partout ; il se trouve au moins cinq fois au cours de la messe romaine. Il était suivi d'un développement exposant l'objet de la prière, comme cela se pratique à l'office du Vendredi saint. L'auteur du Micrologue constatait au xr siècle que VOrdo RomaniLS comportait une oraison unique, conformément à la structure du Sacramentaire grégorien, néanmoins il signalait la tendance de quelques-uns à multiplier les oraisons jusqu'à fatiguer les oreilles des auditeurs; les additions se faisaient en nombre impair de façon à ne pas dépasser le nombre sept (allusion aux sept demandes du Pater) (3).

Lectures et chants, — L'usage primitif était que tousles assistants, même le prêtre, devaient écouter le lecteur, sous-diacre ou diacre, pendant l'épître et l'évangile, absolument comme cela se pratique pour les leçons du bréviaire quand on le récite en commun. Mais, dans le cours de la période que nous étudions (xi^'-XIir siècle), certains célébrants, n'entendant pas bien la lecture, par suite de la distance où ils se trouvaient de l'ambon, prirent le parti de lire eux-mêmes le passage de l'apôtre et de l'évangile ; certains ordinaires, comme les coutumes de Cîteaux, donnent cette pratique comme facultative ; au XIII^ siècle, l'ordinaire des

(i) Voir P. L., t. CI, c. 1249, Pax vobis dô»fto, comme Salutatio eplscopalis.

(2) P. L., t. LXXXV, c. 539, note.

(3) P, L., t. CLI, c. 980.

religieux Dominicains marque que le célébrant s'étant assis, on lui met sur les genoux une serviette et un Missel pour qu'il lise ce qui lui plaira (i). On trouvera dans l'opuscule Antiphonaire, les détails concernant les chants interlectionnaires, comme Graduel, Allehna ou Traït. Notons seulement ici qu'au IX*^ siècle, X^Jubihcs (groupe de notes modulées sur la dernière syllabe du mot Allelwid)^ appelé aussi Sequeniïa ou protractio , donna naissance à des compositions nouvelles en prose (ix^ siècle) ou en vers (xir siècle) : ce furent nos séquences ou proses. On fait remonter les premières à Notker de Saint-Gall (ix^ siècle), le nombre s'en accrut considérablement dans les siècles suivants. Chartreux et Cisterciens refusèrent de les admettre dans leurs Missels (2). Certaines liturgies, comme la gallicane et la mozarabe, avaient ajouté aux cantiques interlectionnaires le Trisagîon distinct de celui qui se chante après la préface ; l'ordinaire romain n'a jamais inséré cette pratique. La coutume de chanter le Credo s'introduisit dans les églises de Gaule au IX^ siècle comme une protestation contre l'erreur de l'adoptianisme ; à Rome, on ne le disait pas encore au commencement du xi^ siècle (3).

(i) Lebrun, Explication des prières de la Messe, t. I, p. 200. Pour les autres particularités des lectures, voir Lec~ tionnaires et Evangéliaires. Une rubrique imprimée dans le Missel de 1604, publié par Clément VIII, déclare la lecture de l'épître par le prêtre obligatoire. Lebrun, otivr. cité, 1. 1, p. 201.

(2) Les correcteurs du Missel Romain sous le pontificat de saint Pie V, n'en ont laissé subsister que quatre : Victitnae Paschali, attribuée à Notker ; Veni Sancte Spiritus attribuée à Herraann Contract ou au pieux roi Robert ; Lauda Sion, composée par saint Thomas d'Aquin ; Dies irae, qui est d'un auteur incertain, peut-être du dominicain Frangipani. On a ajouté depuis, pour les sept douleurs de Marie, le Stabat Mater du franciscain Jacopone.

(3) Lebrun, oiivr. cité, t. I, p. 242 etBona, ouvr. cité, t. III, p. 171.

2. Messe des fidèles. — On y àisiingw^ trois parties : l'oblation ou offrande, la consécration ou canon et la communion.

A. Oblation. Le silence qui suit l'invitation OrefitîiS de l'offertoire semble marquer la place des prières, appelées oj^ationes ,ire7iicae , récitées pour les diverses classes des fidèles. Pendant le temps consacré à recevoir les offrandes, le chœur chantait plusieurs versets d'un psaume avec reprise d'un refrain ; c'est notre antienne de l'offertoire, on en a retranché la reprise (i). Le prêtre récite maintenant cette antienne avant de faire l'oblation ; la pratique de cette récitation remonte sans doute à la même époque que celle de l'introït et du graduel, et il faut en dire autant de la communion.

L'offrande en Gaule se plaçait avant la messe ou du moins avant l'évangile ; de cette pratique est né le rite observé aujourd'hui encore dans certaines liturgies et dont il sera question au chapitre suivant. A partir du xi^ siècle, l'offrande des fidèles, en Gaule comme à Rome, fut renvoyée après l'oblation et avant le lavement des mains (2). En recevant les offrandes de chacun, le célébrant récitait une formule : Sziscïpe sancfa Tririitas ; elle a beaucoup d'analogie avec celle dont on parlera plus loin (3). Cette offrande terminée, on étendait le corporal sur l'autel, et il y avait une prière accompagnant cet acte : on la trouve dans le Sacramentaire d'Albi, document du xir siècle (4).

( I ) Rerai d' Auxerre, Exposîtio de celebratione 7nissae et ejus significatione ; intey opéra Alcuini. P. L., t. CI, c. i25i.

(2) Lebrun, oiivr. cité^ t. I, p. 287.

(3) Ebner, p. 339, a relevé cette formule dans le Cod. C. J2 de la Vallicellane.

(4) Delisle, Anciens Sacramentaires, n" lxxxvi-lxxxviii, p. 227.

Dans le rite ambrosien, elle est désignée sous le nom dH O ratio super sindonem (i).

Pour la préparation du calice, il n'était pas encore conforme à la pratique de Rome qu'à la messe solennelle le sous-diacre fût admis à verser l'eau dans le calice ; Amalaire assigne cette fonction au diacre (2) ; Innocent III et VOrdo Romanus XIV la. réservQnt au célébrant-lui-même qui prononce en même temps l'oraison : jDezis qui huinaiiae substantiae (3).

De toutes les prières qui se récitent actuellement à l'oblation de l'hostie et du calice, aucune ne figure dans les anciens Sacra mentaires ; Alcuin et Amalaire gardent le silence à leur sujet ; la Messe d'iUyricus a les deux prières : Offerimus et Veni sanctifie ator, la première est aussi dans le Missel mozarabe et le sacramentaire de Trêves ; on trouve également In spiritn huiniliiatis dans le Missel mozarabe et quelques missels du iX-X^siècle. Enfin l'auteur du Micrologue mentionne Veni sanctificator, comme une prière de la liturgie gallicane (4). En somme, d'après Lebrun, c'est vers la fin du xr siècle que Rome emprunte au Missel mozarabe les quatre prières : Suscipe sancte Pater, Offerintus tibi, In spiritu huinilitatis e t Veii i sanctificator ( 5 ) .

Il a déjà été question de l'encensement à propos de l'introït. Pour l'encensement des oblats à l'offertoire, il se rencontre, au IX® siècle, quelques

(i) Lebrun, ouvr.- cité, t. I, p. 197.

(2) P. L., t. CV, c. ii3o. et dans les Eclogae de officîo missae^ même volume, c. 1324.

(3) Pour Innocent III, voir P. L., t. CCXVil, c. 833 ; pour VOydo Romamts XIV, P. L., t. LXXVIII, c. Z164.

(4) P. Z., t. CLI, c. 984.

(5) Lebrun, ouvr. cité, t. I, p. 296 et seq. ; on trouve ces prières dans le Cod. C. $2 de la Vallicellane. Ebner, p. 339.

témoignages en apparence contradictoires. Amalaire, dans le prologue de son traité De officiis ecclesiasticiSy dit qu'il n'y a point d'encensement (i), d'autre part Rémi d'Auxerre mentionne l'encensement à l'offertoire (2). Il paraît bien que ce dernier est dans le vrai, si l'on tient compte decertaines assertions consignées ailleurs, par exemple celle de Réginon de Prûm (3). D'ailleurs, la prière pour la bénédiction de l'encens : Per intercessioiteiit est à cet endroit dans la messe d'Illyricus avec le nom de Gabriel'dM lieu de J//(f//^/(4). A partir du IX^ siècle, les églises d'Allemagne et de Gaule ont placé le lavement des mains après la réception des offrandes et après l'encensement ; il paraît même qu'il y a eu deux ablutions, l'une après la réception des offrandes^ l'autre après l'encensement. Il n'y est pas question du psaume Lavabo ; cependant dans certaines églises, le célébrant en récitait quelques versets. Le Missel romain en le faisant dire tout entier est plus conforme aux anciennes liturgies d'Orient (5). Le rite du lavement des doigts date des temps apostoliques, la récitation du psaume est signalée dans la liturgie de saint Chrysostome, elle devint d'un usage général dans l'église latine seulement au xv^ siècle.

La prière : Stiscipe sancta Trinitas est en substance dans les liturgies grecques, puis on la trouve dans le Missel ambrosien ; de là vient sans doute qu'un Missel d'Auxerre du XIIl^ siècle l'attribuait à saint Ambroise. Au Xl"" siècle, elle

(1) L. P., t. CV, c. 992.

(2) Rémi d'Auxerre, loc. cit. P. Z., t. C, c. 1252, parmi les œuvres attribuées à Alcuin.

(3) Z. P., t. CXXXVII, c. 204.

(4) P. Z., t. CXXXVIII, c. i328.

(5) Lebrun, Ibid., I, p. 347.

n'était encore écrite ni dans l'ordre romain ni dans le gallican : l'auteur du Micrologue, à qui nous devons cette constatation, ajoute que, de son temps, cette prière était récitée en vertu d'une coutume ecclésiastique (i).

La formule : Orafe /ratres présente tout d'abord bien des variantes. Ainsi la messe d'IUyricus porte : Oraie pro me peccatorey fratres et sororeSy ut.,. Et tous répondent : Suscipiat... et oraiiones tuae ascendant i7t •jneinoriant ante Doininum ipseque te exaudiat qui te constituit intercessorem pro peccatis nostris (2). L'usage de cette invitation se répand au xil^ et au XIII® siècle en plusieurs églises éloignées de Rome : la formule est parfois plus brève, par exemple : Oratepro me peccatore ^ dans le Sacramentaire de Trêves ; Orate pro ine^ dans V Ordo Romanus VI et les us de Cîteaux (3). Rémi d'Auxerre ajoute le premier comme explication ut ineuin ac vestrum (4). . . ; les réponses aussi sont diverses ; ainsi Amalaire indique trois versets du psaume Exaudiat, savoir : Mittai tibi etc. (5) comme le pratiquent encore les Carmes ; des Missels des xr et xil® siècles n'ont aucune réponse, et c'est ainsi qu'en agissent les Chartreux (6).

La secrète est prononcée par le prêtre, sans oreinus et à voix basse (d'où lui est venu son nom). Vers le xr ou XII® siècle, des missels placèrent ici Oremus, quelquefois avec Domine, exaudi orationem ^neam; la rubrique romaine a jugé qu'il suffisait de l'invitation : Orate fratres, La secrète est encore appelée : Oratio super

(i) P. Z., t. CLI, c. 984.

(2) P, L., t. CXXXVIII, c. 1329.

(3) P. L., t. LXXVIII, c. 993.

(4) P. L., t. CI, c. 1252.

(5) P. Z., t. CV, c. ii32.

(6) Lebrun, ouvr, cité, t. I, p. 369-374.

oblata, et le per oinnia de la préface lui sert de conclusion. Jusqu'au Xl^ siècle, les préfaces furent très nombreuses, il y en eut pour chaque messe ayant des oraisons spéciales ; en des termes improvisés par le célébrant elles exprimaient le caractère du mystère commémoré. Au début du Xir siècle, le nombre en fut réduit à neuf (i) : Noël, Epiphanie, Carême, Pâques, Ascension, Pentecôte, Trinité, Croix et Apôtres; deux autres ont été ajoutées à ce chiffre, la préface commune que l'on attribue à saint Gélase, et la préface de la sainte Vierge attribuée à Urbain II (1088- 1099) (2). Une rubrique consignée dans le Cod. B , 24 de la Vallicellane, XI® siècle, fait dire une oraison parle prêtre pendant qu'on chante le Sanctus (3) ; d'autres documents attestent que cette prière commençait par les mots : Aperi, Domine, os metini... Cette pratique n'a pas été conservée.

B. Consécration oîo Canon. — Nous passerons rapidement sur cette partie importante du saint Sacrifice, car il en a été longuement question dans la première et la seconde période; les détails de rubriques que nous aurions pu omettre trouveront place dans le Cérémonial ou dans la des-

(i) On a prétendu sans raison suffisante que cette réduction avait été faite par Pelage 11(579-590) le prédécesseur de saint Grégoire le Grand ; on alléguait une lettre de ce pape aux évèques d'Allemagne et de Gaule^ cette lettre n'est pas authentique. Zaccaria Onomaslicon, p. loi. Voir aussi P. L., t. LXXVIII, c. 285. ^ox\2.^ouvr. cité, t., III. p. 233.

(2) Le rite ambrosien a conservé un plus grand nombre de préfaces.

(3) Ebner, ouvr. cité, p. 196 et 338. Cette prière fut ajoutée après le ix* siècle, quand le prêtre cessa de chanter le Sanctus avec le chœur, Lebrun, ouvy. cité, t. I. p. 394. On trouve aux XI* et XII* siècles bien des exemples de ce genre ; les deux formules les plus usitées \ facturus memoriamy et Aperz font demander, parle prêtre, la pureté, le recueillement nécessaires pour l'offrande du sacrifice. Voir encore Cod. 1084^ Bologne Cod. i2y^ Monte-Cassino, etc. Ebner, p. 396.

cription du Missel des religieux. Bornons-nous ici à quelques réflexions sur le texte. La finale : et omnibus orthodoxis, etc. du Te igitur, était jugée comme superflue par l'auteur du Micrologue (i) ; de fait, le Sacramentaire de Trêves au X^ siècle ne contient pas ces mots, et le Sacramentaire de Worms, de la même époque, les a comme addition à la marge. Toutefois, dit Lebrun, la raison donnée par l'auteur du Micrologue ne doit pas être acceptée (2). Dans le Meinenio des vivants, l'incidente : pro quibus tibi offerimus vel est signalée au xr siècle par saint Pierre Damien et par l'auteur du Micrologue (3) ; elle se trouve dans le Sacramentaire de Senlis dont Delisle croit pouvoir rapporter l'écriture à l'an 880 (4). Cependant, même après le xr siècle, des manuscrits ne l'ont pas. Le moyen âge ajouta à ce Mémento des vivants, une mention du prêtre célébrant : elle commençait ordinairement ainsi : Mihi quoque... (du xi'^au xv^ siècle). L'ancienne lecture des diptyques amena en cet endroit des développements contre lesquels il fallut réagir pour reprendre la forme romaine primitive : le Cod, 4y'jo de la Bibliothèque Vaticane fournit un exemple de ces développements. Après les noms Cosmae et Damiani du Communicantes , beaucoup de Sacra mentaires et d'anciens Missels ajoutent le nom d'autres saints, comme Hilarii, Martini, les noms d'Hilaire et Martin montrent que les additions se produisirent dans les recueils gallicans ;

(i) P. Z., t. CLI, c. 985.

(2) Lebrun, ouvr. cité^ t. I, p. 4i5; — P. L., t. LXXVIII, c. 275, les personnes explicitement nommées étaient le pape, révêque, le roi ou l'empereur. — Ebner, ouvr. cité, p. 398.

(3) Même référence que i .

(4) Delisle, ouvr. cité, n° xxxii, p. 143; — Ebner, ouvr, cité, pp. 402, 403.

LK MISSEL ROMAIM 49

on ajouta ensuite deux à deux les noms d'Augustin et Grégoire, Jérôme et Benoît, etc. Saint Grégoire III (731 -741) souhaitait qu'on fit une mention expresse du saint ou des saints dont on célébrait la fête en disant : cuJîls ou qiioritm solemnitas hodie (i).,,\ la pratique a été observée pendant un certain temps et en certaines églises, mais n'a point prévalu, on peut dire qu'elle finit avec le moyen âge. Aux XIII^ et XIV^ siècles, on inscrivait encore cette commémoraison dans les Missels où elle manquait (2). De nos jours le début de la prière Continunicantes est modifié pour les solennités de Noël, Epiphanie, Jeudi saint, Pâques, Ascension et Pentecôte ; on y met en relief la pensée de la fête ; le début de Hanc igitiir varie pour le Jeudi saint, Pâques et la Pentecôte. Ces additions sont fondées sur le texte des plus anciens Sacramentaires ; on en trouve déjà dans le Léonien et le Gélasien. A en juger par le grand nombre de formules : Hancigitzcr (38) contenues dans ce dernier, on pourrait croire que cette variation est due à l'influence gallicane (le manuscrit Regmensis Jj!& est en effet d'origine gauloise), mais les variations se retrouvent en d'autres régions ; dans le Sacramentaire de Brescia (Bibliotheca Qiceriniana IX*^ siècle), il en existe une considérable due, selon toute vraisemblance, àl'évêque Paulin d'Aquilée (t8o2). Le Grégorien d'Adrien renferme un nombre beaucoup moindre de Hanc igitur ; il témoigne ainsi d'une tendance à la simplicité et à la fixité des formules liturgiques (3). La grande élévation actuelle, aussitôt après les paroles de la consécra-

(1) Lebrun, ouvr. cité, t. I. p. 436. Notes de Dom Ménard sur le Sacramentaire Grégorien, P. Z., t. LXXVIII, c. 276.

(2) Ebner, ouvr. cité, p. 410.

(3) Ebner, ouvr, cité, pp. 410-416.

LE MISSEL ROMAIN. — Tome II. 4

5o LE MISSEL ROMAIN

tion, fut introduite en Gaule dans la seconde moitié du xi^ siècle, comme une protestation contre l'erreur de Bérenger ; de Gaule elle s'étendit dans les autres régions de l'Eglise latine ; auXlil^ siècle, elle était d'un usage universel. Telle est l'origine de l'élévation de l'hostie et du calice : quelques-uns voulurent qu'on attendît la fin des paroles de la consécration du vin pour faire l'élévation de l'hostie, c'était mal comprendre la force des paroles de la consécration du pain. Par contre, Eudes de Sully, évêque de Paris, prescrit l'élévation de l'hostie après les paroles : Hoc est corpus meum, et ne parle point de l'élévation du calice : de fait, les Chartreux ne pratiquent pas cette dernière élévation (i). Pour l'anamnèse : Unde qui suit la consécration, quelques manuscrits mentionnent la Nativité avant la Passion ; ce que blâme l'auteur du Micrologue (2). D'autres, sans doute par distraction omettent l'Ascension.

Dans certains Sacramentaires du x^ siècle (le Sacramentaire de Worms par exemple et celui de Trêves où il est écrit seulement en marge) ne figure pas le Me^inento des morts; Florus explique cette lacune en disant que ce Meinento est contenu dans le canon, d'autres disent que cette prière était écrite dans un livre séparé appelé les Diptyques (d'où l'expression oratio super dipty-

(i) Manifestement il y eut bien des variantes avant d'en venir à la pratique actuelle : ainsi au xii* siècle, le prêtre élevait l'hostie avant la consécration ; — voir un Pontifical du Mont-Cassin le Cod. 614 de la Bibliotheca Casanatensis à Rome, dans Ebner, ouvr . cité y p. 329. Le R. P. Thurston a donné des articles intéressants sur les Origiftes de l'élévation, dans le Tablet, année 1907, 19 et 26 octobre, 2 novembre. Ces articles ont été traduits en français et publiés dans la Revue du Clergé français, année 1908, t. LIV, p. 535, et LV, p. 60. Voir aussi le Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et de Liturgie, au mot Amen, t. I, c. i558.

(2) Cap. 13, P. Z., t. CLI, c. 985.

LE MISSEL ROMAIN Si

chd). Ebner ne pense pas qu'un renvoi aux diptyques suffise pour expliquer cette absence ; à ses yeux, elle tient plutôt à ce que cette prière n'avait point de place fixe dans le canon. Ainsi dans le Cod. 3o de Zurich, g-élasien du Vlll^ siècle, ce Mémento est en double, d'abord après le Mémento des vivants, puis à sa place actuelle ; dans le Cod. B , A, 2, de Florence, il se trouve après Nobis quoqtie peccator'ibus en une forme originairement plus brève (celle du X*^ siècle) complétée plus tard au Xlir siècle (ij. Plusieurs documents ont avant ce Mémento un souvenir spécial pour le prêtre, ce qui explique la conjonction etiant (2). Dans des manuscritsdu xr siècle, ce Mémento pour le prêtre est tantôt avant, tantôt après Supplices ; quelquefois il précède le Mem,ento des vivants, comme dans certains manuscrits d'Italie ; d'autres fois il est après le Mémento des défunts. De plus, il y eut, dans ce dernier, des additions concernant divers états ; elles sont ou de première ou de seconde main, parfois on les a ajoutées pour les effacer ensuite (3). Au Nobis qîwqiie, on a inscrit plusieurs noms de martyrs particulièrement honorés à Rome ; la liste, du IX^ siècle, dans quelques églises de Gaule, en était plus considérable, on y lisait les noms des confesseurs particulièrement vénérés dans ce pays, comme Martin, Hilaire, etc. Plus tard sera remise en vigueur la règle de mentionner ici exclusivement des martyrs (4). — Contrairement à l'interprétation des liturgistes

(i) Ebner, ouvr. cité, p. 421-423.

(2) Lebrun, oîivr. cité^ t. I, p. 5 12.

(3) Voir le Cod. lat. 4^72 de la Bibliothèque du Vatican, un Sacramentaire d'Arezzo au xi* siècle. Ebner, p. 224 ; — le Missel de Léo/rie^ édit. Warren, p. 61 ; — le Cod. lat. 4yyo de la Bib. Vaticane, Ebner, p. 219, etc..

(4) Lebrun, Ibid.^ t. I, p. 522.

52 LE MISSEL ROiMAIN

du IX^ et du X® siècle, les mots : Per quent hœc omnia, se rapportent aux saintes espèces : c'est en vain qu'on a voulu les rapporter aux nouveaux fruits ou à l'ag-neau, ou aux autres offrandes que l'on bénissait à ce moment (i).

Antérieurement au xil° siècle, le célébrant se contentait d'élever les dons sacrés à la fin du canon, aux mots : Per ipsuin^ et toute l'assemblée restait inclinée jusqu'à ce moment-là. L'élévation commençait k Per ïpsîini pour finira Omnis honor et gloj^a; c'est pourquoi nul signe de croix n'est marqué à ces mots dans les Sacramentaires écrits avant la fin du ix*^ siècle. Même d'après les documents du IX^ au xi^ siècle, le prêtre continuait de tenir élevés l'hostie et le calice jusqu'après la réponse: ^;/2^/^ de Per omnia, — Vers le Xlll* siècle, on fait couvrir le calice avant Per omnia et ces mots qui autrefois formaient la conclusion du Canon, paraissent se rattacher au Pater. Rome adopta cette pratique au début du XV® siècle, comme on le voit dans VOrdo Romamis XIV {2).

C. Conimtmion. — Dans les premiers temps, la seule préparation à la communion fut la récitation Am Pater. La liturgie mozarabe fit précéder cette récitation de celle du symbole (3). Dans l'église grecque et dans les Gaules, avant Charlemagne, le prêtre et les fidèles disaient ensemble le Pater à haute voix ; en Afrique et à Rome, le prêtre seul récitait la prière et le peuple écoutait (4). Ce

(i) Ibid., p. 526. Nous abandonnons ici le sentiment formulé dans les Notions générales de lihtr^ie, pp. 3o-3i.

(2) Voir les Ordines Romani, P. Z., t. LXXVIII ; Ord. Rom. I, c. 945 ; Ord. Rotn. II, c. 974 ; Of^d. Rom. III, c. 98 1 ; Ord. Rom. XIV, c. 1167.

(3) P. Z., t. LXXXV, c. 556.

(4) EpisL S. Gre^orii Mag-ni, lib. IX, ép. 12, P. L., t. LXXVIT, c. 957.

LE MISSEL ROMAL^ 53

dernier usage a prévalu, mais le peuple récite la dernière demande comme récapitulation ; V Amen dit par le prêtre ne figure pas dans les anciens Sacramentaires, par exemple le Sacramentaire de Worms ; cependant Rémi d'Auxerre assure qu'on l'y trouve communément au IX^ siècle (i). C'est que la prière Libéra nos fut considérée comme un développement, une explication de la dernière demande ; on la reliait donc le plus étroitement possible à cette demande. Pierre de Blois donne au Libéra nos le nom A' Enibolisme, c'est-à-dire, insertion, intercalation, et cette expression se lit aussi dans V 07^do Roinanus II (2). Dans un bon nombre des manuscrits signalés à l'article i^'', on peut voir que les églises particulières nommaient après saint André d'autres saints auxquels elles avaient une spéciale dévotion ; l'auteur du Micrologue observe que toute latitude était laissée sous ce rapport (3). — Le même auteur indique aussi le mode de fraction de l'hostie sainte et la destination des parties ; la fraction en trois parties se faisait sur la patène, une partie était mise dans le calice, une autre devait servir à la communion du prêtre, la troisième était réservée pour la communion des infirmes (4). A Rome, à la messe du Pape, cette troisième partie était partagée et distribuée aux diverses églises de la ville : c'est ce qu'on appelait \ç^ fermentnni (5). La fraction, partout pratiquée, comportait des rites spéciaux qui variaient suivant les églises : Dom Gougaud, dans

(i) Z'. L., t. LXXVIII, c. 28.

(2) Zaccaria, Onoynasticon, p. 1 25 ; pour VOrdo Roinanus II, voir P. Z., t. LXXVIII, c. 974.

(3) P. Z., t. CLI, c. 994.

(4) Ibid.^ c. 995 et 988.

(5) Lebrun, ouvr. cité, t. I, p. 569. — Voir aussi Notions générales de Liturgie, p. 32.

un rapport présenté au Congrès Eucharistique de Londres a signalé sur ce point les particularités de l'église celtique (i); il y trouve un rapprochement avec le mode de fraction de la liturgie mozarabe oii l'hostie est partagée en neuf parcelles, sept de ces parcelles sont ensuite disposées sur la patène de manière à former une croix, les deux autres sont placées sous le bras droit de la croix, chacune reçoit une désignation, puis une destination spéciale (2). — Le moment où le prêtre tenait, comme de nos jours, la petite parcelle et formait avec elle le signe de la croix sur le calice était, au ix^ siècle, le signal d'un baiser de paix que se donnaient les fidèles, d'où les mots : Pax Domini sit (3). Dans la liturgie gallicane et celles qui s'y rattachent, comme la mozarabe, avant Pax Domini,., l'évêque donnait une Bénédiction ; des formules variant pour chaque mystère comme les préfaces sont données à cet effet dans les recueils, on désigne ces formules sous le nom de Béiiédictions épiscopales, parce que les simples prêtres n'en pouvaient user (4).

La fraction de l'hostie est suivie du mélange des saintes espèces ; unç^ partie de la sainte hostie est mise dans le calice ; la formule prononcée à ce moment a varié : d'après le Micrologue, le prêtre dit à voix basse : Piat coimnixiio et coiisecratio corpovis et sanguinis D , N.J, C. (5); d'après

( I ) Les rites de la consécration et de la fraction dans la liturgie celtiqzie : Report of the nineteenth Eucharistie Congress. London, 1909, p. 357 ^^ s^^*

(2) P. Z., t. LXXXV, c. 557.

(3) Avant cette époque, le baiser de paix précédait la fraction ; voir les Ordines Romani 1, II ei V, P. Z., t. LXXVIII, c. 945, 975, 988.

(4) Dictionnaire d'Archéologie chrétienize et de Liturgie: Bénédictions épiscopales, t. II, c. 717.

(5) P. Z., t. CLI, c. 989.

un manuscrit du Xi" siècle conservé à la Bibliothèque capitulaire d'Udîne, Cod. y 6, V, la formule est un peu plus longue : F'ïat nobis et oinîiibus sumeiitibus, qiiaesttimcs Domine, couiutixtio et consecratio corpon's et sangicinis D. N. J. C. remissîo omnium peccaioricm testamentum quoque mentis et corporis et ad vitam capessendam aeternam praeparatio saliitaris (i). — Dans le Cod. IV y 3 de la Bibliothèque publique d'Arezzo le rite de la fraction est intercalé entre les Agnus Dei (2) ; mais d'ordinaire V Agnus Dei suit la fraction. La triple invocation attribuée au Pape Sergius P'' (687-761) fut d'abord chantée par le clergé et les fidèles, puis, vers le xil*^ siècle, les prêtres commencèrent à la réciter à l'autel, non pas toutefois d'une façon uniforme : des documents disent trois fois, d'autres deux fois seulement, d'autres trois fois, mais en intercalant des rites différents (3). D'après Innocent III, on disait miserere nobis à chaque fois (4) ; le Missel ambrosien met ces invocations seulement aux messes des morts avec : dona eis requiem.

Oraisons avant la Communion. — La première se lit dans la Messe d'IUyricus (5) et dansleSacramentaire de Trêves ; elle manque dans l'ordinaire reproduit par l'auteur du Micrologue (6). Quant aux deux autres, elles ne figurent pas dans les anciens documents ; toutes les prières de la messe paraissaient une préparation suffisante à la Com-

(i) Ebner, ouvr. cité, pp. 258; Ibid.^ p. 191 et 335, pp. 196 et 338.

(2) Ibid., p. 4.

(3) Lebrun, ouvr . cite, t. I, p. 579.

(4) P. L., t. CCXVII, c. 908.

(5) P. L., t. CXXXVIII, c. i332.

(6) P. L., CLI, c. 989. Voir dans Ebner, ouvr, cttéf le Cod. F, 18 de San Pietro, à Rome, pp. 191 et 335.

munion. A partir du ix® siècle, la messe d'Illyricus donne : Percepiio avant et D. J.-C. Fili Deivnn après la Communion ; le Micrologue mentionne la seconde de ces deux oraisons et dit qu'elle est récitée en vertu d'une tradition chez les religieux (i).

Jusque vers l'an 1200, ni les Ordmes Routaiii, ni les liturgistes n'ont dit qui devait prendre la parcelle de l'hostie sainte mise dans le calice. Diverses coutumes l'attribuaient au célébrant ; Durand, au XIIl^ siècle, dit que l'Evêque la donnait au diacre ou au sous-diacre, ce qui s'observe encore pour la messe papale. La prière : Quodore est très ancienne ; elle figure comme postcommunion dans le Sacramentaire léonien (2), elle est passée de là dans le Gélasien et le Grégorien. Les plus anciens Ordines Romani, Amalaire, la Messe d'Illyricus, le Micrologue, marquent cette oraison comme devant être dite par le prêtre après la communion. — La seconde prière : Corp^LS tuum est aussi très ancienne : dans le Missale Gothicum elle figure comme postcommunion, et au pluriel, parce qu'avant Charlemagne les fidèles communiaient ordinairement sous les deux espèces (3). La messe d'Illyricus la signale en cet endroit, mais non l'auteur du Micrologue. — Jusqu'à Innocent III, les ablutions ne se pratiquaient pas comme maintenant ; les liturgistes remarquent que le prêtre se lave les mains et qu'on jette l'eau dans la piscine.

L'antienne poitr la Coinimmion est marquée distinctement dans les Ordines Romani, pour être chantée soit pendant le temps que dure la Com-

{}) P. L., CLI, c. i333, et Ibîd., c. 989 et 995.

(2) Feltoe, Sacramentarmm leonianum, p. 69 et 193.

(3) Lebrun, ouvr. cité, t. I, p. 620.

munion des fidèles, soit au gré du Pontife (i). D'après le Microlog-ue, on y joint le psaume chanté à l'introït à moins que l'antienne ne soit extraite d'un autre psaume (2). Les potscommunions se disent en même nombre que les collectes et les secrètes (3). Au ix^ siècle, tout se termine à Ite missa est. — Quant à l'oraison Placeat, elle se récitait à la sacristie, soit avant de quitter les habits sacerdotaux, soit après. Le célébrant donnait alors une bénédiction à ses ministres, récitait les prières d'actions de grâces (les mêmes qu'aujourd'hui, d'après le Micrologue) (4). C'est seulement au Xlir siècle que certains prêtres par dévotion récitent de mémoire le début de l'évangile selon saint Jean en allant de l'autel à la sacristie. — Un manuscrit du XI^ siècle, le Codex 264^ (S. Salvatoris 684) de la Bibliothèque de l'Université de Bologne, dit qu'à la fin de la messe le prêtre bénit le peuple en disant : Benedictio Dei Patris et Filii et Spiritiis sancti desceridat super vos. C'est sans doute le plus ancien exemple que l'on puisse donner de cette pratique à la fin de la messe. Un canon du Concile d'Adge (506) (5) porte défense aux fidèles de sortir de la messe avant la bénédiction du prêtre : cette décision n'a pas manqué d'embarrasser nos liturgistes du moyen âge. Walafrid Strabon (6) expliquait la bénédiction du concile d'Agde (qu'il appelait Concile d'Orléans) dans le sens de la dernière

(i) Ofdo Romamts II, III, P.L., t. LXXVIII, c. 976 et 982.

(2) P. L.y t. CLI, c. 989, 990.

(3) La potscommunion est appelée Oratio ad complendzim : aux fériés de Carême, on la fait suivre d'une autre prière, appelée : Oratio sztpra populum.

(4) Ibid., c. 995.

(5) Sur ce concile, voir D. Leclerq et Héfélé, Histoire des Conciles, t. II, p. 999.

(6) De rebzts Bcclesiasticis, c. 22, P. L., t. CXJV, c. 951.

oraison de la messe ; Amalaire se contente de mentionner la dernière bénédiction qui précède le renvoi sans dire en quels termes elle était donnée ; Raban Maur paraît être de l'avis de Walafrid Strabon. Quoi qu'il en soit, la dernière bénédiction telle qu'on la donne maintenant n'est pas mentionnée dans les anciens manuscrits, le document de la Bibliothèque de l'Université de Bologne est un des rares où on la trouve.

Pourcette dernière partie de la messe des fidèles, comme pour le début de la messe des catéchumènes, il y a des renseignements intéressants dans Ebner, à l'endroit où il fait le relevé des indications de rubriques et de formules (i). Malheureusement nous ne pouvons tout citer; aux références signalées dans le cours de ce paragraphe, ajoutons encore le inamcscrit 1084 de la Bibliothèque de l'Université de Bologne, document du xf siècle, indiqué à tort au catalogue comme Missel gallican du xiv^ siècle (2) ; deux manuscrits de Florence, Bibliothèque Riccard, du xi*^ siècle, le Cod, 2^ç et le Cod. 3oo etc., etc. (3). — Celui de la Bibliothèque Ambrosienne de Milan, le Cod, H.^ 255, du xn^ siècle est d'un intérêt spécial pour le rite ambrosien (4).

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