‹ Le missel romainChapitre 8 sur 14 · I. Propre du temps. — Au Xl® siècle, quand · texte numérisé non relu

I. Propre du temps. — Au Xl® siècle, quand

(i) C'est la formule du De Sacramentis, P. L., t. XVI, c. 445.

(2) Ce sont là quelques particularités du Calendrier ambrosien, dans lequel figurent beaucoup de saints, sauf entre le i8 février et le 10 avril ; on ne trouve là que la fête de l'Annonciation. Cuthbert Atchley, The A^nbrosian liturgy.

l'auteur du Micrologue écrivait son traité, les dimanches qui suivent l'Epiphanie avaient tous le même introït et probablement aussi les mêmes autres parties chantées (i). Le jeûne du Carême fut étendu au samedi (2) ; il ne fut plus alors nécessaire d'en faire remonter le commencement aux dimanches de la Sexagésime ou de la Quinquagésime, néanmoins l'office de ce dimanche resta ce qu'il était auparavant (3). Au point de vue liturgique, le commencement du Carême se place au Mercredi des Cendres, Voratio super popîUuni, intimement liée à l'observation du jeûne est récitée pendant les quatre jours qui précèdent le premier dimanche comme pendant toutes les fériés du Carême : on croit généralement que cette pratique remonte à saint Grégoire, néanmoins on pourrait la faire remonter plus haut, si l'on tient compte d'une rubrique du Sacramentaire Gélasien (4). La bénédiction et l'imposition des cendres au jour appelé Captit jejîcnii se rattachent à la récitation des prières sur ceux qui étaient assujettis à la pénitence publique : on trouve cette cérémonie mentionnée dans le concile d'Agde (506). A quelle époque fut- elle étendue à tous les fidèles ? \J Ordo Roinanus XII permet de placer ce rite au plus tard vers la fin du Xll® siècle : cet Ordo nous dit comment le pape lui-même reçoit les cendres bénites par le plus jeune des cardinaux et comment il les impose ensuite à tout le clergé (5). Les offices des jeudis

(i) P. L., t. CLI, c. 1009.

(2) Concile d'Agde, can. 12. — 4* Concile d'Orléans (541), can. 2. (5o6). Voir Héfélé-Leclercq. Histoire des Conciles, t. II. pp. 986 et ii65.

(3) P. L., t. LXXVIII, c. 3o5.

(4) Edit. Wilson, p. i5.

(5) UOrdo Romanus XII fut rédigé par Cencius sous Célestin III (1191-1198).

de Carême (le Jeudi saint excepté) furent institués seulement au vili^ siècle par le pape saint Grégoire II {715-731) ; le Souverain Pontife prescrivit alors de jeûner et de célébrer la messe ce jour-là comme les autres jours ; les éléments de la messe durent être pris un peu partout et surtout dans les dimanches de l'été (i). Aux renseignements donnés ailleurs sur les Quatre-Temps nous ajouterons ici quelques remarques : une indication du Sacramentaire Grégorien nous apprend que l'annonce des Quatre-Temps avait lieu à la messe (sans doute du dimanche précédent) après les paroles : Pax Doimiii sit seinper. La date de ces jours de pénitence pour le commencement de chaque saison fut définitivement fixée à Rome par saint Grégoire VII (1073- 1085) ; toute la chrétienté en adopta successivement la pratique, l'Espagne seulement au xr siècle ; Milan devait attendre encore jusqu'au temps de saint Charles Borromée (xvr siècle) (2). Pour chaque saison, le lendemain du samedi des Quatre-Temps est marqué de la rubrique : Dommica vacat, dans beaucoup de documents, sans doute parce que les ordre conférés la veille de ce dimanche avaient occasionné une fatigue considérable et qu'il n'y avait alors ni procession ni homélie. Le Vacat à.w samedi veille des Rameaux donne à entendre que

(i) Voir \ç. Micrologue , P. L., t. CLI, c. 10 14 ; Duchesne : Liber Pontificalis, t. I, p. 402.

(2) Voir opuscule : Bréviaire Romain, pp. 14, 58 et 71 ; D. Morin, Revue Bénédictine, 1897, t. XIV, p. 337. Bernon d'Augias, auteur du xi* siècle, dans son traité : De quibusdatn rébus ad m-issam spectantibtts, a tout un chapitre sur les Quatre-Temps, P. Z., t. CXLII, c. 1087. Le début de l'annonce des Quatre-Temps fait connaître le motif de ce jeûne : Anniversariam jejunii furitatem qtia et corporis et animae acquîritur sanctitas nos coinmonet mensis instauratadevotio. P. L., t. LXXVIII, c. 118.

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la messe donnée ce jour-là par les documents est postérieure à saint Grégoire.

Une partie des offices du Jeudi saint, la consécration des saintes huiles (i), passe des Sacramen-. taires aux Pontificaux, le reste demeure dans les Missels comme aussi les offices du Vendredi et du Samedi saint. L'office du Vendredi saint, au xr siècle et aux siècles suivants est conforme à la description qu'on trouve dans le De divims officiîs du pseudo Alcuin : on sait que la messe des Présanctifiés tire son nom d'une particularité spéciale à ce jour : le célébrant seul communie avec une hostie consacrée la veille. Ce rite très ancien est plus fréquent dans l'église orientale, les Grecs l'observaient en Carême, sauf les dimanches, et la fête de l'Annonciation, c'est-à-dire tous les jours où l'on observait le jeûne (2). Les offices du Samedi saint ont conservé des vestiges de l'administration solennelle du baptême qui avait lieu ce jour-là ; notons seulement que le nombre des lectures (aujourd'hui de douze) varie beaucoup dans les anciens documents, il est de SIX dans la publication de Pamélius, de huit dans celle de Dom Ménard, de dix dans le Sacramentaire Gélasien ; le nombre actuel a été emprunté aux recueils gallicans (3). La même variété a régné pour les oraisons qui suivent ces lectures. Il n'y a pas ^ Introït ^m début de la messe, le Kyrie eleison est la conclusion de la litanie chantée au retour des fonts : certains documents appellent cette litanie, litania septena^ probablement parce

(i) N. B. — La bénédiction et procession du dimanche des Rameaux remonte à une haute antiquité ; le De divinis officiis, attribué à Alcuin, décrit la cérémonie (oraisons et chants y compris le Gloria laits). P» Z., t. CI, c. 1 200-1 201 ; voir aussi P.L., t. LXXVIII, c. 3io.

(2) P. L., t. LXXVIII, c. 324.

(3) Note de Lesley dans P. L., t. LXXXV, c. 446.

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qu'on la chantait à sept chœurs (i), les invocations de saints varient selon les recueils et à ce point de vue l'étude comparative de ces invocations peut servir à déterminer l'époque et le pays des manuscrits. — Durant toute l'octave de Pâques jusqu'au samedi, veille de Quasimodo, deux messes étaient célébrées, dont une matinale était pour les nouveaux baptisés : telle était la pratique de Milan et des Gaules, on n'ose pas assurer qu'il en fut ainsi pour l'Espagne (2). Certains recueils n'ont pas la série des dimanches après Pâques ; les autres ne s'accordent pas sur la manière de compter, ils donnent quatre, cinq, ou six post claiisum paschae : le P. Lesley estime qu'on peut tout concilier et ramener à la supputation actuelle ; les recueils qui vont jusqu'à six comprennent dans ce chiffre le dimanche de Pâques, ceux qui n'ont que quatre font abstraction de ce dimanche et de celui de Quasiinodo (3). Au xil"" siècle, nous trouvons dans les documents des traces certaines de Litanies des Rogations à Rome : il faut même en faire remonter à saint Léon III (795-816) l'importation dans la capitale du monde chrétien ; elles avaient été établies au v® siècle dans les Gaules par saint Mamert, évêque de Vienne. La dénomina tion de litanies mineures est diversement expliquée par les liturg-istes ; Beleth dit qu'elle tient à la moindre importance du personnage qui les institua, la litanie ntajeure du 25 avril étant attribuée à saint Grégoire le Grand (4). Mais il est bon de remarquer que les litanies des Rog'ationsi sont appelées aussi litanies inajeztres dans certains

(i) P. L.y t. LXXVIII, c. 88 et 338. Zaccaria. Onomasticon p. 189.

(2) P. L., t. LXXV, c. 5i5.

C3) P. L., Ibîd.y c. 579.

(4) J. Beleth, Rationale. P. L., t. CCII, c.

documents ; dès lors, rappellation viendrait aux majeures de leur plus grande solennité (i).

Le samedi, veille de la Pentecôte, et toute l'octave de cette fête sont calqués sur les solennités de Pâques et de son octave (actuellement le samedi a six lectures au lieu de douze). Alors se faisait une nouvelle administration solennelle du baptême pour ceux qui n'avaient pu être admis à Pâques.

Certaines églises avaient aussi le baptême solennel au jour de l'Epiphanie, certaines autres aux fêtes des saints martyrs ; le pape saint Léon s'opposa à cette extension (2). Comme le dimanche octave de la Pentecôte se trouvait être le lendemain des Quatre-Temps, il n'aurait pas dû avoir de messe spéciale. Vers le xi^ siècle, on y plaçala fête delà Sai7ite Trinité déjà établie àLiège un siècle auparavant. L'innovation rencontra l'opposition des Papes Léon IX et Alexandre II (i* 1073)5 l'auteur du Micrologue a consigné quelques-unes des objections soulevées de son temps ; « tous les jours de dimanche, dit-il, sont consacrés à honorer ce mystère, les papes euxmêmes n'y sont pas favorables, on n'a pas de fête spéciale pour honorer l'unité de nature (3) ».

Nous n'avons rien de spécial à ajouter pour les dimanches après la Pentecôte, le nombre en est désormais fixé comme il le sera jusqu'à nos jours : il règne néanmoins un certain écart entre les divers manuscrits, les uns en donnent jusqu'à 27,

(1) Ainsi les autres Kyrie chantés au cours de l'année n'ont pas le caractère de cette supplication où chaque invocation est répétée deux fois. Voir Tommasi, Œuvres, t. IV, pp. 106 et 1 10 ; les Ordînes Romani XIII et XIV^ dans P» L., t. LXXVIII, c. iriQ, ri 54; Le Micrologtie, P. L., t. CLI, c. 1018.

(2) P, L, t. LXXVIII, c. 389-390.

(3) P. L, t. CLI, c. 1019.

d'autres 26 ou 25, le plus grand nombre s'arrête à 24. Des documents établissent des subdivisions dans ce groupe comme on peut le voir dans Tommasi (i). La divergence pour le nombre pourrait bien provenir de celle qui existait pour la durée de l'Avent, certaines églises comptant cinq et même six dimanches avant Noël.

IL Propre des Samts, — Impossible d'entrer ici dans le détail des saints ajoutés aux documents des églises particulières, il faut nécessairement se borner à ceux qui sont restés dans notre Missel romain. Suivant la remarque de M. Ed. Bishop, vers le milieu du ix^ siècle, on commença à intercaler à leurs dates, dans les recueils des messes, des saints qui n'avaient pas jusque-là figuré dans le Sanctoral grégorien : ainsi, dans le cours dux® et du XI^ siècle, on voit faire leur entrée, les Quarante martyrs au 9 mars, sainte Potentienne au 19 mai, sainte Praxède au 21 juillet, Apollinaire au 21 juillet, etc. (2). Au 13 mai, la dédicace de Sainte-Marie aux Martyrs cesse de paraître dans les documents : une autre dédicace de cette église par Grégoire IV (824-827) sera, il est vrai, mentionnée au i^^ novembre. Cependant Dom Quentin fait des réserves à propos de la notice consacrée à cette dédicace dans les martyrologes, pour expliquer les origines de la Toussaint : ces origines, dit-il, demeurent encore obscures (3), car l'assertion du Martyrologe d^Adon aurait besoin d'être contrôlée. Le saint Nicomède du i^^ juin disparaît pour ne plus figurer qu'au 15 septembre, anniversaire de son martyre. Les fêtes de saint Jean-Baptiste et des

(i) Tommasi, Œtivres, t. V, p. 43 1 ; voir Les Evangéliaires, p. 80.

(2) Gasquet et Bishop, The Bosworth Psalter, pp. 16,17,21.

(3) D. Quentin : Les Martyrologes ati vtoyen âge, pp. (t^i'jy 640.

saints Pierre et Paul figurent avec une vigile (23 et 28 juin), la rubrique suppose deux messes pour chacune de ces vigiles (i). Des documents ont, au 6 juillet, une octave des saints Apôtres ; d'autres placent, à cette même date, soit une translation de saint Martin, soit l'anniversaire de son ordination et de la dédicace de son église (2). Les recueils bénédictins ont au 10 juillet la vigile et au II le Natale de saint Benoît ; on pense que certaines églises ont transféré à cette date la fête du saint patriarche des moines d'occident, l'échéance du 21 mars en Carême ne permettant pas de lui donner toute la solennité désirable (3). Au i^"" août, pendant que certains documents ont deux messes, l'une de saint Pierre es liens, l'autre des Machabées, certains autres mentionnent seulement la seconde (4); au 6 août, fête de saint Sixte, les Sacramentaires de Rodrade et de Ratold ont une bénédiction des raisins (ou des fèves) (5). Le 1®^ octobre, dans le Codex de Reims, on voit saint Rémi avec une vigile ; c'est l'anniversaire de la Translation du corps de ce saint évêque dont la mort est au 13 janvier. Le i^^ novembre rappelle non plus seulement l'anniversaire de la mort d'un saint Césaire martyr, mais la fête de tous les saints comme on vient de le voir à propos du 13 mai (6).

Nous terminerons ce bref aperçu par une revue des fêtes en l'honneur de Marie aux xi^ et xir s. Depuis longtemps déjà la Purification figurait au calendrier, au 15, puis au 2 février; il est

(i) P. L., t. LXXVIII, c. 394.

(2) Ibid.y c. 396.

(3) Ibid., c. 397.

(4) Ibid., c. 400.

(5) Ibid,, c. 400.

(6) Ibid., c. 410,

curieux de constater que si les anciens documents parlent de cierges à l'occasion de cette fête, ils gardent le silence sur leur bénédiction ; ainsi font les liturgistes, Alcuin se contente de dire que le pontife distribue des cierges aux fidèles. Le premier Sacramentaire qui donne une formule de bénédiction est peut-être le vSacramentaire des abbayes de Saint -Wast et de Corbie, copié par les soins de l'abbé Ratold, manuscrit du x^ siècle (i). Les fêtes de l'Annonciation et de l'Assomption trouvent désormais leur place au calendrier la première au 25 mars, la deuxième au 15 août. De la fête de la Visitation, il ne sera question qu'au siècle suivant. La fête de la Nativité a depuis longtemps sa place au 8 septembre. Celle de la Présentation au 21 novembre était célébrée en Angleterre dès le début du XI® siècle (2). Il se confirme de plus en plus qu'à cette même date du Xl^ siècle, l'Angleterre célébrait le 8 décembre une fête en l'honneur de la Conception de Marie : en deux calendriers de Winchester (Vitellius E. XVII et Titus D. XXVII) les deux fêtes du 21 novembre et du 8 décembre sont en connexion l'une avec l'autre. A la suite de recherches faites récemment à ce sujet, M. Ed. Bishop; établit que des moines grecs, existant au ix® siècle dans la Basse-Italie, avaient les deux fêtes de la Présentation de Marie au 21 novembre et de sa Conception au 9 décembre regardées chez eux comme traditionnelles : « Je crois, dit-il, que c'est par le contact des Anglais avec ces moines grecs que ces deux fêtes nous sont venues vers les premières décades du xf siècle (3).

{i) P. L, \., LXXVIII, c. 298, et Delisle, Anciens Sacra^ mentaireSy n* lvi, p. 188, sur le manuscrit latin \ioSi de la Bibliothèque Nationale.

(2) Gasquet et Bishop, The Bosworth Psalter, pp. 43-53

(3) Dans le passage indiqué, M. Bishop commence par donner une excellente bibliographie du sujet, et fournit ensuite!

§ IV. — Ecrit i RE et ornementation

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