‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 20 sur 85 · SERMON XII · texte numérisé non relu

SERMON XII

DU TEMPS DE LA PENITENCE, QU'lL NE FAUT PAS REMETTRE AU TEMPS A VENIR.

Nunc annuntiat Deus hominibus , ut omnes pœnitentiam agant. (Act. 17.)

Le dévot saint Bernard faisant un beau commentaire sur ces paroles du Cantique : Vinex florentes dederunt odorem suum, tempus putationis advenit, dit que les vignes, en l'Ecriture sainte, représentent les âmes chrétiennes, et que ces vignes sont taillées quand, par le fer de la pénitence, nous retranchons les imperfections et les vices qui peuvent empêcher les fruits des bonnes œuvres. Mais il remarque que l'Epoux a dit : Tempus putationis advenit, d'autant que la pénitence, pour être utile et fructueuse, doit être faite en temps et en saison. Or, le temps commode et salutaire, c'est le temps présent que Dieu nous offre; car il nous dit par son Apôtre : Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour de salut. Et derechef, Dieu annonce maintenant aux hommes que tous fassent pénitence. Et par son Prophète : Si vous entendez aujourd'hui sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs. C'est ce temps que nous devons choisir et bien ménager à votre exemple et par vos intercessions, ô sainte Vierge! L'Eglise, en ses dévotions , vous nomme tous les jours Vierge Adèle par excellence. La fidélité de la créature au regard de son Créateur, consiste à lui obéir promptement, pleinement et ponctuellement. Vous lui avez toujours obéi ponctuellement, ne laissant jamais écouler aucune de ses inspirations, sans y correspondre très-exactement. Vous lui avez obéi pleinement, coopérant toujours à ses grâces, selon toute leur, étendue : vous lui avez obéi promptement, ne différant jamais un seul moment à faire ce que

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vous connaissiez être de son bon plaisir. Et c'est cette promptitude que nous désirons imiter en vous, puisque notre salut a commencé par la promptitude avec laquelle vous avez consenti aux semonces de Fange, quand il vous salua par ces paroles : Ave, Maria.

IDEA SERMONIS

I. Punctum. — I. Conversio dilata in posterum est incerta, ob diem mortis incertum. — II. 1. Scripturâ. — III. 2. Patribus. — IV. 3. Comparatione. — V. 4. Ratione.

II. Punctum. — VI. Conversio erit difficilior. — VII. Rationes ex parte Dei. — VIII. Ex parte dfemonis. — IX. Ex parte nostrî.

III. Punctum. — X. Conversio erit minus fructuosa. 1. Scripturâ. — XI. 2. Patribus. — XII. 3. Comparatione. — XIII. 4. Rationibus. — XIV. 5. Exemplo Augustini.

Conclusio. — Rationes conglobatœ ex^tribus punctis.

Ce n'est rien faire , que de prêcher à l'âme pécheresse que la pénitence lui est nécessaire, que c'est un faire le faut, une nécessité nécessitante et absolue , qu'il y va du salut éternel , puisque le Fils de Dieu a dit si expressément : Si vous ne faites pénitence , vous périrez tous. Elle le sait bien, elle n'en doute pas, elle en est très-assurée, puisqu'elle est chrétienne, peut-être même qu'elle le prêche aux autres. Mais la question est : Quand est-ce qu'il faut faire pénitence ; car le mondain dit qu'il a beau loisir de la faire , que rien ne presse , qu'il la fera quand il aura passé les ardeurs de sa jeunesse; quand il aura achevé ses études, gagné son procès, élevé et pourvu ses enfants , acquis cet office ou ce bénéfice , il se donnera à Dieu et fera pénitence. Et je vous veux faire voir que si vous êtes sages, et tant soit peu curieux de votre salut, il la faut faire à présent, sans plus attendre. Je le montre, dis-je, par trois puissantes raisons. Premièrement, parce que cette conversion et pénitence que vous prétendez faire à l'avenir est incertaine. En second lieu , parce qu'elle sera plus difficile qu'à présent. En troisième lieu, elle sera moins fructueuse.

Premier point. — I. Le philosophe moral traitant de la mort, dit une parole qui vaut son pesant d'or, quand elle est bien pesée : Citamur ad depositum, non ad censum : Quand Dieu nous a mis en ce monde, il nous a donné la vie , non à rente, mais en dépôt. Il y a grande différence entre une rente et un dépôt : car premièrement , quand je vous ai donné de l'argent à rente , sitôt que le contrat est passé, l'argent est à vous, vous en avez l'usage et la propriété. Jouez-le, employez-le en trafic, jetez-le dans la rivière, vous ne me faites point de tort, pourvu que vous m'en payez tous les ans les arrérages. Mais si je vous ai donné en dépôt un plat d'argent, une chaîne d'or ou autre chose, vous n'en avez ni le domaine, ni la propriété, ni l'usage, et vous n'en pouvez disposer, ni vous en servir, qu'autant et en la manière qu'il me plaira. En second lieu , si c'est une chose utile et fructueuse que je vous ai donnée en dépôt, les fruits et émoluments appartiennent, non à vous, mais à moi. Si c'est une brebis, par exemple, qui fasse des agneaux; si c'est un cheval qu'on donne à louage, le profit ne vous en revient pas, mais à moi. En troisième lieu, vous êtes obligé de me rendre le dépôt à ma première réquisition, sans user

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de remise, sans pouvoir justement apporter aucun prétexte de délai, et même on propose une question en droit : Supposé que je vous doive cent écus, très-justement et de droit, et que je refuse de vous les payer; si, d'autre part, je vous ai donné en garde un meuble qui n'en vaut que cinquante, pouvez-vous me retenir ce dépôt pour user de compensation? Les jurisconsultes répondent que non , tant la fidélité du dépôt est sacrée et inviolable. La résolution en est toute formelle au droit canon : Cap. bona fides de deposito; et au droit civil, § In bonœ fidei instit. de actionibus ; et en la loi , Si quis vel pecunias, Cod. depositi, où il est dit, que si le dépositaire a quelque action réelle ou personnelle contre le déposant, il doit se pourvoir par quelque autre voie, et être contraint par le juge à rendre le dépôt, et n'être reçu à aucune exception : Ut contractas qui ex fi de oritur, adperfidiam minime referatur, dit le texte de la loi.

Citamur, encore une fois, ad depositum, non ad censum. Notre vie nous est-elle donnée à rente? Non , car en toute sorte de rente, soit foncière ou autre , le cessionnaire est rendu maître et propriétaire de la chose. Et nous n'avons pas le domaine ni la propriété de notre vie, c'est Dieu, c'est Dieu qui en est le maître, et non seulement le dépositaire. C'est des saints qui sont au ciel , non des hommes qui rampent sur terre, qu'on chante après le Psalmiste : Vitam petiit à te, et tribuisti ei; aussi on ajoute, pour montrer qu'on parle de l'autre vie : longitudinem dierum in sxculum sxculi; c'est ce que les païens mêmes ont reconnu par la lumière de la nature : car le philosophe Socrate, dans Platon, au dialogue intitulé Phedo , ou de Anima , étant en la conciergerie d'Athènes, prêt à avaler la mortelle ciguë, dit que son cœur tressaille d'allégresse , pour se voir si proche de la mort qu'il avait longtemps désirée; ainsi que le cygne, sur le déclin de sa vie, chante plus mélodieusement. Et comme Cébès, un des amis de Socrate, lui objecte : Oui, mais si c'est un si grand bien que la mort, et si vous l'avez tant souhaitée, que ne lavez-vous cherchée de meilleure heure? Pourquoi avez-vous attendu l'arrêt de la cour? Il n'y a qu'une porte pour entrer en ce monde, mais il y en a plusieurs pour en sortir. Ne pouviez-vous pas vous faire mourir en telle et telle manière? Le philosophe répond fort sagement, que notre vie est un bien qui est à Dieu, que nous ne pouvons aliéner, ni en disposer à notre fantaisie , mais seulement par le commandement de Dieu ou des juges qui tiennent sa place.

Notre vie donc ne nous est pas donnée à rente, mais en dépôt seulement : Custodi animant tuam sollicité; ce dépôt n'est pas à nous; nous n'en pouvons pas disposer, nous ne pouvons pas nous en servir à jouer, passer le temps, cajoler, folâtrer. De l'argent que nous avons à rente, nous pouvons dire, sans faire tort à nos créanciers: J'en emploierai une partie à me divertir, une autre à mon trafic, et le reste à payer mes dettes. Mais de notre vie, que nous n'avons qu'en dépôt, nous n'en pouvons pas disposer de la sorte : J'emploierai ma jeunesse en excès , ma virilité à acquérir du bien , ma vieillesse à faire péuitence et payer mes dettes à la justice divine. Nous ne pouvons sans injustice en employer la moindre

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