‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 22 sur 85 · SERMON XIII · texte numérisé non relu

SERMON XIII

qu'il ne faut pas remettre la pénitence a l'heure de la mort, ou a la dernière maladie.

Nunc annuntiat Deus hominibus ut omnes Pœnitentiarn ayant. (Act. 17.)

Si c'est une grande faute d'attendre à faire pénitence jusques à la vieillesse, ou au temps à venir, comme nous considérions hier, à plus forte raison de remettre cette affaire, jusques à l'heure de la mort, ou de la dernière maladie. Cependant cet abus est si commun dans le monde et si précieux à notre salut, que je me sens obligé de le battre en ruine par deux prédications. Aujourd'hui j'y opposerai l'autorité de l'Ecriture sainte, le sentiment des Pères et quelques raisons de théologie. Et demain. Dieu aidant, nous continuerons le même sujet par des raisons puissantes et convaincantes; mais nous y devons principalement employer vos intercessions, ô sainte Vierge! vous êtes souvent appelée en l'Eglise Etoile du matin, et jamais étoile du soir : Stella matutina; parce que vous n'aidez pas si volontiers ceux qui attendent a vous invoquer jusques au soir de leur vie , jusques à l'heure de la mort : vous voulez que ce soit du matin , de bonne heure , dès l'aurore de la jeunesse : Qui manè vigilaverint ad me , invenient me. Vous n'aimez pas que nous attendions à demander votre secours, quand nous ne pourrons plus nous en servir; vous voulez que ce soit à présent, quand nous avons le temps, la santé et la vigueur pour coopérer aux grâces de votre Fils, que nous implorons en vous saluant, Ave, Maria.

IDEA SERMONIS

Exordium. I. Leges human» sanciunt ultimam voluntatera esse liberani, multo ma-

gis lex divina. II. At pœnitentia in morte , non est libéra , ergo periculosa.

I. Punctum. III. Eam esse perieulosam, probatur quatuor Scripturae locis.

II. Punctum. IV. Idem probatur et Patribus antiquis, in Africâ, Tertulliano. —

V. Cypriano. —VI. Augustino. —VII. In Europâ Salviano, et aliis. —VIII. In Asiâ , Patribus eoncilii Neocaisariensis. — IX. Patribns recentioribus.

III. Punctum. — X. Idem probatur rationibus. 1. Ex parte Dei. — XI. 2. Ex parte nostrî. — XII. 3. Ex parte pœnitentiœ.

Conclusio. — Per recapitulationem.

Exorde. — I. Dispone domui tuœ , quia morieris tu , et non vives. Sire, mettez ordre à vos affaires, car sans doute vous de-

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vez mourir, disait le prophète Isaïe au roi Ezéchias. La sainteté de celui qui dit ces paroles , et la qualité de celui à qui il les dit , nous obligent de croire qu'il ne parle pas seulement ni principalement des affaires temporelles de sa maison , mais du salut de son âme , de l'état de sa conscience : Dispone. C'est un terme de droit et de testament. Les lois civiles ne demandent jamais une liberté plus entière en aucun contrat que ce puisse être , qu'elles font en notre testament et disposition de notre dernière volonté : Nihil enim magis debetur hominibus, quàm ut supremœ voluntatis , postquàmjàtn aliud velle non possunt , liber sit stilus , et licitum quod iterumnon redit ad arbitrium, dit l'empereur Constantin (L. habeat Cod. de sacrosanctis Ecclesiis). Premièrement, le testateur doit être libre quant à l'esprit et à l'usage de raison ; le notaire a coutume de mettre en la minute qu'il était sain et entier de jugement; faute de cette condition, les pupilles qui n'ont pas encore atteint 1 âge nubile, ne peuvent pas faire de testament : Quia nullum aut parvum est eorum aniini judicium : g Prœtereà instit. quibus non est permissum facere testamentum. En second lieu , le testateur doit être parfaitement libre quant à l'usage de sa volonté, et un testament est déclaré nul, si on peut prouver qu'il a été suggéré, forcé ou extorqué par importunité , ou crainte, ou surprise, ou autre voie qui diminue la liberté ; comme si un malade fait héritier son médecin, ou un captif fait son testament pendant qu'il est en la puissance de son ennemi (L. facere ff. de testamento militis). Et de là vient encore qu'aux autres contrats, ou actes judiciaires, fort peu de témoins sont requis : un seul est beaucoup considéré en certain cas, comme au cas rapporté par la glose , en la loi Jurisjurandi, Codice de testibus. Deux ou trois font une preuve entière, dit le Sauveur; mais en un testament, il n'en faut pas moins de sept dans le droit écrit (L. hàc consultissimà. Cod. qui testamenta facere possunt vel non). Et derechef, les lois ont cette liberté en si grande recommandation , que non-seulement le testateur, mais encore les témoins doivent être libres : et pour cela un mineur de quatorze ans , un esclave , un homme infâme , ou qu'on peut aisément corrompre, ne peuvent pas être témoins d'un testament (§ Testes autem, instit. de testamentis ordinandis), ni les serviteurs de l'héritier, ou autres personnes qui sont en sa puissance (g Sed neque institit. eodem titulo). Sur quoi saint Chrysostome, en l'homélie première sur les Actes, dit : Les lois civiles ne vous permettent pas de disposer d'un pouce de terre, d'un méchant petit héritage, si vous n'êtes sain et entier de jugement, en pleine et parfaite liberté. Et ainsi pensez-vous que les lois divines vous permettent de disposer de votre âme, de votre salut, de votre éternité, de votre part de paradis, quand vous seriez interdit de jugement par les symptômes de la maladie.

II. Quand vous vous donnez à Dieu , et que vous renoncez au péché en la dernière maladie, cette donation, cette renonciation n'est pas bien libre ; elle est suggérée et extorquée par la crainte de la mort , et par l'impuissance de davantage pécher. Ce que je prouve par autant de témoins qu'on en peut désirer en toute rigueur. En une affaire de grande conséquence, on n'en peut demander que

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quarante, pas davantage, dit le texte du droit canon (Cap.) cùm causam extra de tesiibus , et j'en veux alléguer plus de cent, et de trois parties du monde : de l'Afrique, saint Cyprien et saint Augustin ; de l'Europe, saint Salvien, évêque de Marseille; saint Césarius, évêque d'Arles; saint Eloi , évêque de Noyon; saint Isidore de Séville; les Pères du premier concile d'Arles, qui étaient pour le moins trois cents; de l'Asie, les évêques du concile de Néocésarée ; et celui qui en vaut cent mille, le Saint-Esprit dans l'Ecriture sainte. Mais avant que d'alléguer leurs dépositions, il faut que je propose un argument semblable à celui qu'on fait quelquefois contre les hérétiques de ce temps , pour les convaincre de leur erreur.

Je demande à un calviniste : Puis-je me sauver en ma loi , en gardant les commandements de Dieu de tout mon possible , ne faisant tort à personne, ne commettant point de péché. Serai-je sauvé vivant et mourant en l'Eglise romaine? S'il veut répondre conformément à ses principes , il faut qu'il dise : Oui; et s'il ne l'avoue, on le contraindra par ses maximes de l'avouer ; car ils disent que pour être sauvé, il ne faut qu'avoir la foi , croire Notre Seigneur, espérer que par ses mérites nos péchés nous seront pardonnes. Hé ! j'ai la foi, grâces à Dieu; je crois et j'espère en Notre Sauveur : donc je suis assuré de tout .point, je ne dois aucunement douter en ma religion. Car, selon vous et selon moi , selon l'opinion de ceux de votre parti, et selon la créance des nôtres, je suis assuré de mon salut faisant ce que ma religion me commande ; au lieu qu'il n'est point de docteur parmi nous, point de vrai catholique qui ne tienne pour indubitable, que vous ne pouvez vous sauver en votre religion , quelques bonnes œuvres que vous fassiez. Donc, pour le moins, vous êtes mal assuré, vous devez douter de votre loi, vous êtes en danger de damnation. Et n'est-ce pas une grande imprudence, et même une extrême folie, de quitter le certain pour Tincertain; ce qui est assuré pour ce qui est douteux; ce qui est indubitable pour ce qui est dangereux , en manière d'éternité où il s'agit d'être brûlé tout vif, ou de régner dans le ciel à jamais? J'en dis de même à votre sujet, vous abstenir de péché mortel , et vivre chrétiennement , vertueusement, saintement, tout le temps de votre vie, c'est ce qui est assuré. L'Ecriture sainte et les saints Pères vous assurent que faisant ain?i vous serez sauvé : prendre vos plaisirs , offenser Dieu, commettre les péchés mortels de temps en temps pendant votre vie, prétendre dire le peccavi à la mort, et vous sauver par ce moyen, c'est ce qui est très-incertain. L'Ecriture, les Pères, les raisons de théologie montrent qu'il n'est rien de si dangereux, de si douteux et si mal assuré. Ecoutons premièrement l'Ecriture.

Premier point. — III. Outre les passages qui sont souvent rebattus en chaire, et plusieurs autres que je pourrais alléguer, j'en produis seulement quatre, deux de l'Ancien Testament et deux du Nouveau. Le premier est au chapitre 24 de Job, où ce saint homme, parlant de celui qui abuse des occasions que Dieu lui présente pour faire pénitence , dit : Peccatum ejus usque ad inferos

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obliviscatur ejus miser icordia , conteratur quasi lignum infructuosum; dédit ei Deus locum pœnitentiœ, et ille abutitur eo in superbiam. Dieu vous donne le temps, la commodité, et l'inspiration <1e faire pénitence, et vous en abusez! vous perdez les jours, les mois et les années entières en vanité, en mondanité, en débauches ou en divertissements inutiles; votre péché vous conduira jusques aux enfers , Dieu oubliera de vous faire miséricorde , on vous trouvera à la mort dépourvu de bonnes œuvres , vous serez brûlé comme un arbre sec, stérile et infructueux.

En second lieu, le Sage dit : Cor durum maie habebit in novissimo , et qui arnat periculum peribit in Mo. Vous êtes un cœur endurci, vous le savez bien : on ne gagne rien sur vous, on ne saurait enfoncer ce cœur acéré, vous êtes à l'épreuve de toutes les inspirations, remontrances, prédications, menaces et promesses. Après tant de prédications, avez-vous démordu d'un seul point de vos vanités, jurements et autres mauvaises coutumes? Vous serez très-mal à la fin de votre vie, vous vous trouverez bien loin de votre compte : vous aimez le péril, vous préférez l'incertain à ce qui est assuré , vous périrez dans le danger.

Le Fils de Dieu vous dit en saint Matthieu : Non omnis qui dicit mihi: Domine, Domine, introibit in regnum cœlorum. Ne pensez pas que je me contente des belles paroles, que je me laisse gagner par de beaux compliments, que tous ceux qui m'appellent : Seigneur, Seigneur, soient sauvés. N'est-ce pas ce que vous ferez au lit de la mort, des belles paroles , des promesses à perte de vue : Mon Dieu , ayez pitié de moi : Maria , Mater gratis; ; cela vaut mieux que rien. Mais très-probablement vous n'entrerez pas pour cela au royaume des cieux : Sed qui fecerit. Il ne dit pas faciet, celui qui fera ; mais celui qui aura fait la volonté de mon Père , il entrera au royaume des cieux.

Et au chapitre 24 du même évangile , le Sauveur dit derechef : Le serviteur qui , durant l'absence de son maître , ne fait pas son devoir, s'endort ou s'adonne à des friponneries; si son maître le surprend en cet état , s'il ne le trouve vigilant et sur pied quand il frappera à la porte , il le brisera de coups , et le mettra au rang des hypocrites. Saint Grégoire dit1, que quand la dernière maladie vous arrive, c'est Dieu qui frappe à votre porte ; s'il vous trouve en bon et .t , homme de bien et vertueux, à la bonne heure, vous serez récompensé ; mais s'il vous trouve en mauvais état , endormi en votre devoir, sujet aux débauches et aux vanités, quelques belles paroles que vous disiez, vous serez roué de coups et mis au nombre des hypocrites, parce que ces belles paroles sont ordinairement pures hypocrisies, déguisements et momeries.

Deuxième partie. — IV. Les Pères tiennent le même langage que l'Ecriture, parce qu'ils sont aimés et conduits du même esprit. En Afrique, Tertullien invectivant contre certains catéchumènes vicieux , qui ne voulaient commencer à bien vivre que lorsqu'ils

•Puisât Dominus cùm per aegritudinis molestias mortem, vicinam esse désignât (Greg., hom. <!3 inEvang.).

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seraient baptisés, sous prétexte que le baptême efface tous les péchés , quant à la coulpe et quant à la peine , disait, au livre de la Pénitence : Si nous ne commençons à vivre saintement qu'au jour de notre baptême , nous embrassons la vertu , non pas de bonne volonté , mais plutôt par nécessité '.

Cela est bien plus vrai de ceux qui ne quittent leur mauvaise vie qu'à l'heure de la mort ; car l'impuissance de pécher où le baptême nous met, n'est qu'une impuissance morale; savoir, la défense de Dieu et de l'Eglise, qui ne diminue pas la liberté, mais plutôt qui la perfectionne et qui la rend plus méritoire : au lieu que la mort nous met dans une impuissance naturelle d'agir, et par conséquent nous ôte l'indifférence au bien et au mal , à la vertu et au vice.

V. Saint Cyprien, évêque de Carthage, qui a signé de son sang sa doctrine, écrivant à Antonin : Mon très-cher frère, lui dit-il, nous avons cru que nous devipns absolument retrancher l'espérance de la communion et de la réconciliation avec l'Eglise, à tous ceux qui, n'ayant point fait pénitence, ni témoigné la douleur qu'ils ont de leurs crimes , par un ressentiment véritable de leur cœur, et par les marques visibles de leurs gémissements et de leurs larmes, ont recours aux prêtres lorsqu'ils sont malades et en danger de mourir; parce que ce n'est pas le regret de leur crime, mais les menaces de la mort présente, qui les poussent à s'acquitter de ce devoir ; et que celui qui n'a pas considéré qu'il devait mourir un jour, n'est pas digne de recevoir cette consolation à la mort2. Notez que saint Cyprien écrit cette épître tout exprès, pour prouver, contre les Novàtiens, qu'il faut recevoir à miséricorde et à la participation des sacrements les pécheurs qui se convertissent; et toutefois, il dit ce que dessus, contre ceux qui ne se convertissent qu'en la dernière maladie, tant il estime leur pénitence fautive, trompeuse et mal assurée.

VI. Saint Augustin en la même province, au livre des cinquante Homélies. Je vous parle , dit-il , comme si j'étais devant Dieu , et je vous déclare l'appréhension où je suis, si vous êtes capable d'appréhender comme moi. Celui qui a violé son baptême en commettant un péché mortel, s'il fait pénitence de tout son cœur, et reçoit l'absolution ; et si après avoir été réconcilié par les sacrements*, il mène une vie sainte comme il devait faire auparavant, venant à mourir après cela , il s'en va à Dieu , il va au repos éternel. Mais si quelqu'un étant à l'extrême nécessité de la maladie , demande la pénitence , et reçoit l'absolution et meurt là-dessus , je vous avoue que nous ne lui refusons pas ce qu'il demande , mais nous n'osons

1 Si ab aquis tantum peccare desistimus , necessitate, non sponte , innocentiam induimus (Tertul., dePœn., c. 7).

2 Fraler charissime, pœnitentiam non agentes , nec dolorem delictorum suorum toto corde et manifesta lamentationis suœ , professionem testantes , prohibendos omnes censuimus à spe communicationis et pacis, si in infirmitate, atque periculo ceperint deprecari : quia rogare illos non delicti pœnitentia, sed mortis urgentis admonitio compellit , nec dignus est in morte accipere solatium , qui se non cogitavit esse moriturum (Gyp., tertia circiter columna antè finem , ep. 32. ad Anton.).

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pas dire qu'il meurt bien. Je ne veux point être présomptueux, je ne veux point vous tromper; le chrétien qui vit vertueusement est assuré de son salut ; celui qui , étant en bonne santé, fait pénitence et reçoit l'absolution , et qui, après, vit saintement, est assuré de son sâlut. Celui qui ne fait point pénitence, et ne reçoit l'absolution qu'à la fin de sa vie, je ne suis pas assuré s'il est assuré de son salut. Où je trouve lieu de m'assurer, je donne assurance ; où je ne trouve point lieu de le faire, je puis donner la pénitence qu'on me demande , mais je ne puis pas donner l'assurance que je n'ai point. Voulez-vous donc vous délivrer du danger, voulez-vous éviter ce qui est incertain , et le risque de votre salut ; faites pénitence pendant que vous êtes en bonne santé1.

VII. En l'Europe , saint Salvien , qui est appelé , par Tritème , le maître des évêques, écrivant à toute l'Eglise, dit : Celui-là ne cesse pas de pécher qui, étant en l'extrémité de sa vie , se retire de ses crimes par impossibilité de les commettre; car celui qui ne s'abstient de mal faire qu'à l'heure de la mort, il ne quitte pas les péchés, mais ce sont les péchés qui le quittent2. Saint César, saint Eloi, saint Isidore, et les autres Pères , ont le même sentiment; je n'allègue pas leurs paroles , de peur de vous ennuyer, et parce que ce sont quasi les mêmes que celles de saint Augustin.

VIII. En Asie, le concile de Néocésarée défendait de recevoir à la prêtrise un chrétien qui avait été baptisé étant malade. Le même se voit dans Eusèbe , et la raison que le concile en apporte , fait à notre propos; parce, dit-il, que la foi d'un tel homme n'a pas été volontaire, mais extorquée par la nécessité. Et de là vient que ceux qui avaient été ainsi convertis et baptisés en la maladie, s'ils retournaient en bonne santé , étaient remis au rang des pénitents; parce qu'on doutait fort s'ils avaient reçu la grâce du baptême, et ils étaient appelés cliniques, clinici, personnes alitées, comme il se voit dans saint Cyprien; et la pénitence d'un chrétien en la dernière maladie était jugée si trompeuse, si illégitime et si hors de saison, qu'il a été un temps qu'on leur refusait l'absolution, comme

1 Dico , in conspectu Dei , timori vestro timorem meum : qui autem non timet, timentem me contemnit, sed malo suo, etc. Baptisatus, violalor tanli mysterii, si agat pœnitentiam ex toto corde, et solulus kfuerit ligamento quo erat obstrictus, et benè post reconciliationem vixerit, sicut antè pœnitentiam vivere debuit, quandocumque defunctus fuerit ad Deum vadit , ad requiem vadit. Si quis autem positus in ultimâ necessitate aegritudinis suse voluerit accipere pœnitentiam, et accipit , et mox reconciliatur, et hinc vadit : fateor vobis, non illi negamus quod petit, sed non prœsumimus, quia benè hineexit : non praesumo, non vos fallo. Fidelis benè vivens, securus hinc exit. Agens pœnitentiam et reconciliatus. Cum sanus est et posteâ benè vivens, securus hinc exit. Agens pœnitentiam ad ultimum et reconciliatus , si securus hinc exit , ego non sum securus , undè securus sum, do securitatem, undè non sum securus, pœnitentiam dare possum, securitatem dare non possum. Vis te dubio liberare, vis quod incertum est evadere, âge pœnitentiam clùm sanus es (Aug., tom. 3, Hom. 41, ex Quinquag.).

2 Ule peccare non desinit quem in extremis positum recedere à criminibus, sola facit impossibilitas, non voluntas, qui enim à malis actibus tantùm in morte discedit, non relinquit scelera, sed relinquitur à sceleribus (Salv., 1. 1, ad Ecoles. Cathol. stib médium).

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saint Cyprien l'a dit ci-dessus. Depuis, on leur fut un peu plus indulgent : on leur accorda l'absolution, mais non pas l'Eucharistie. Cela se voit au premier concile. d'Arles, assemblé de toutes les parties de la chrétienté, sous le pape saint Sylvestre, au commencement du quatrième siècle. Ce grand concile parlant de ceux qui avaient renoncé à la foi par la crainte des supplices, et avaient négligé de faire pénitence en bonne santé, dit que s'ils demandent la communion étant malades, il la leur faut refuser jusqu'à ce qu'étant guéris ils fassent des fruits dignes de pénitence '. Enfin, avec succession de temps, on leur accorda la communion, mais par pure miséricorde , et de peur que l'Eglise ne semblât favoriser l'erreur des Novatiens, comme on peut voir en l'épitre troisième du pape Innocent I, qu'il écrit à saint Exupère, évêque de Toulouse : Vous m'avez demandé, dit-il, comme il se faut comporter envers ceux qui, après le baptême, se sont vautrés toute leur vie dans les voluptés sensuelles, et étant à l'extrémité demandent l'absolution et l'Eucharistie? L'Eglise était auparavant plus rigoureuse envers eux , qu'elle n'est à présent : car auparavant on leur donnait l'absolution, et on leur refusait l'Eucharistie; mais à présent , il me semble à propos de leur accorder la communion pour viatique par la miséricorde de Dieu, et de peur qu'on ne pense que nous favorisions les hérétiques novatiens, qui n'accordent point de pardon à ceux qui ont péché après le baptême. Voilà quel était le sentiment des saints Pères touchant la pénitence finale, et le bon peccavi prétendu.

IX. Mais si les auteurs récents vous agréent davantage , parce qu'ils ont recueilli toutes les lumières des anciens, en voici de divers ordres, qui sont de même avis que leurs ancêtres. En l'Ordre de Saint-Augustin , Hugues de Saint-Victor (lib. 2, de fac. fidei, part. 14, c. 5) ; en l'Ordre de Cîteaux, saint Bernard (Serm. 38. Ex parvis et 1. de modo benè, v. vendic. 27) ; en celui de Saint-Dominique , Albert le Grand (in 4 dist. 20. Scotus ibidem) ; et le trèspieux Grenade (1. 1 de la Guid., 26); en celui de Saint-François, le subtil Scot et le dévot Stella (p. 1 de la vanité du monde , c. 99) : en la congrégation de l'Oratoire, le cardinal Baronius (ann. 25, n. 79); et en l'Ordre des Solitaires, Denys le Chartreux (Dial. de conversione peccatoris , art. 2, ubi ait) 2. Les raisons qui ont porté ces saints docteurs à enseigner cette doctrine , se peuvent prendre de la part de Dieu , ou de la part des hommes, ou de la part de la pénitence.

Troisième point. — X. De la part de Dieu , ils ont considéré que personne ne se peut convertir en quelque temps que ce soit , sans sa faveur particulière, que Dieu ne la doit à personne , qu'il

1 De his, qui apostatant, et antequam se ad ecclesiam repraesentent , nec quidem pœnitentiam agere quaerunt, et posteà infirmitate correpti , petunt communionem , placuit eis non dandam communioriem , nisi revaluerint , et egerint dignos fructus pœnitentiee (Conc. Arel. 1, can. 23).

2 Paucissimi talium , veram habent contritionem , et confitentur ex consuetudine quadam : aut ex servili timoré non ex vero zelo justitiae et charitatis Dei , sine quà nihil proficit ad salutem.

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la refuse à plusieurs , comme l'expérience le montre; qu'il a sujet de la refuser à ceux qui ne lui ont réservé que le temps le plus incertain, le plus incommode et le plus inutile de leur vie. Oui: mais, me direz-vous, il fait cette faveur au bon larron, qui avait attendu à se convertir jusques à l'extrémité. Qui vous l'a dit qu'il avait tant attendu ? Que savons-nous , dit saint Bernard (ep. 77, ad Hug. à S. Vict., circà médium), peut-être qu'il s'était converti longtemps auparavant , peut-être qu'ayant entendu quelques prédications du Fils de Dieu, il avait quitté sa mauvaise vie? peutêtre qu'il avait été baptisé par les Apôtres; que depuis, étant pris par la justice, il fut condamné pour ses brigandages précédents. Car, encore que saint Matthieu dise, que les larrons blasphémaient contre le Sauveur en la croix , il n'est pas certain ni probable que le bon larron l'ait fait; il n'eut pas eu la hardiesse d'en reprendre, comme il fit incontinent après, son compagnon; mais saint Matthieu parle ainsi par une figure de grammaire qui lui est usitée , mettant le nombre pluriel pour le singulier, comme au chapitre précédent , il dit que les disciples se fâchèrent et murmurèrent contre sainte Magdeleine, de ce qu'elle avait répandu une boîte de parfum sur la tête du Sauveur; et néanmoins il paraît, par les autres Evangélistes , que ce fut Judas seul qui murmura ainsi par pure avarice.

Ou si vous voulez, je dirai avec Eusèbe d'Emèse, que ce larron a reçu miséricorde à cette dernière heure, parce que peut-être fùtcela première fois qu'il fut éclairé de la foi et de la lumière du Saint-Esprit1, et ainsi il ne s'était pas endurci , et n'avait pas résisté opiniâtrement aux semonces de Dieu , comme vous faites. Et quand tout cela ne serait pas , est-ce être bien avisé d'établir l'espérance de notre salut sur un exemple singulier , qui n'a pas son semblable en toute l'Ecriture : In toto canone Scripturarum, nullum alium prœter hune latronem inventes sic salvatum, dit saint Bernard.

XI. Cependant vous ne cessez point de dire : Il ne faut qu'un bon peccavi. Vous dites vrai; mais l'importance est qu'il soit bon, que ce soit un bon peccavi , et très-probablement , il ne sera pas bon en vous , parce que vous n'en aurez pas le loisir, la force ni l'habitude. Quand vous, serez au lit de la mort, vous serez entouré de gens, qui feront comme les enfants de Zébédée; quand le Fils de Dieu leur parlait de la mort, ils lui parlaient d'ambition , et lui demandaient les premiers rangs. En la dernière maladie , au lieu de vous parler de Dieu et de notre salut , on vous parlera des affaires du monde , de votre succession et du choix de votre héritier ; vous êtes occupé à faire un testament , un fidéicommis, des substitutions , des legs pieux ou officieux ; il faut conférer avec le médecin , parler au chirurgien et à l'apothicaire; prendre les médecines, sirops, juleps, gargarismes, ventouses et autres remèdes, recevoir les parents et les amis qui vous viennent voir, et se condouloir avec vous. Que d'embarras, que d'affaires, le testament,

1 Placuit in extremo , quia ad consequendam fidem non fuit extrema illa hora sed prima (Eus. Emiss., ho. de latroné).

HO Sermon XIII.

les médicaments, les compliments, les sacrements? entre tant d'actions qu'on fait toutes à la fois , il y a grand danger que quelqu'une sera mal faite , et ce sera celle à laquelle vous avez moins d'affection et de disposition , et pour laquelle il en faudrait avoir davanlage. Si, à présent, que vous avez l'esprit et le corps sain , entier et vigoureux , vous avez tant de peine de résister aux tentations , de vaincre vos mauvaises habitudes, de dompter vos inclinations vicieuses, d'étouffer cet esprit de vengeance et autres passions; comment pourrez-vous faire en la dernière maladie, quand vous aurez le corps à demi-mort; l'âme toute languissante, l'esprit abattu et les forces tout épuisées.

XII. Il ne faut qu'un peccavi; oui , pourvu qu'il soit bien dit. Mais Pharaon a dit : Peccavi; Saùl a dit : Peccavi; Antiochusadit : Peccavi; Judas a dit : Peccavi, et ils ne laissent pas d'être damnés, parce qu'ils ne l'ont pas bien dit. Qui vous a dit que vous le dites mieux? Le même leur est arrivé qu'à ces infortunés Ephratéens, dont l'Ecriture fait mention au livre des Juges : ils déclarèrent injustement la guerre à Jephté et à ceux de Galaad qui étaient avec lui; ils furent mis en déroute, et, ne pouvant s'en retourner en leur pays sans passer le Jourdain, leurs ennemis les attendaient au passage ; quand ils en attrapaient quelqu'un , on lui demandait : D'où êtes-vous? n'ètes-vous pas de la tribu d'Ephraïm? Non, je suis de Galaad : dites Schibbolet : ce pauvre homme n'étant pas accoutumé à bien prononcer ce mot du gosier comme il fallait, ne le prononçait que du bout des lèvres et des dents : Sibolet , et on l'égorgeaii sur-le-champ. Le détroit de la mort, c'est le passage du Jourdain; car Jourdain en hébreu , signifie fluviiJudicii,el de la mort nous allons au jugement. Nos ennemis nous attendent à ce passage; les gens de bien et les méchants disent : Peccavi, se reconnaissent pécheurs et demandent pardon. Tous réclament la miséricorde de Dieu, mais avec grande différence : les justes y étant accoutumés, le disent bien, ils le profèrent du fond du cœur, d'un fonds de piété et de bonne disposition qu'ils ont acquise de longue main ; les réprouvés n'étant pas habitués aux actes de repentance et de dévotion , disent : Peccavi, à la mort, mais ce n'est que du bout des lèvres; ils le disent de bouche, mais le cœur n'y touche pas; et on leur peut dire comme à ce grand de notre temps, que je ne veux pas nommer.

Un gouverneur de province en France , qui avait été le tyran de tout le pays, commettant mille injustices et oppressions tyranniques, étant au lit de la mort, se fit donner un habit de religieux pour mourir et être enterré avec ce sac de pénitence. Un pauvre villageois, qui avait été ruiné par ses concussions, le voyant porter en terre dans cet habit : François! François! tu as beau te déguiser, tu vas en un pays où l'on te reconnaîtra bien. Vous avez beau vous déguiser par votre bon peccavi, par des larmes et belles paroles; c'est un peccavi de Judas , ce sont des larmes de crocodile ; c'est une pénitence de Pharaon, vaine, frivole, fourrée et contrefaite.

Conclusion. — Croyez-moi donc, ne permettez pas qu'on puisse dire de vous cette parole de Job : Dédit ei Deus pœnitcntiœ, et ille

Ne pas différer la pénitence à l'heure de la mort. 141

eo abutitur ; et cette parole de l'Apocalypse : Dédit ei tempus ut pœnitentiam ageret , et non vult pœnitere. Dieu vous donne le temps de faire pénitence : tant de jours, tant de mois, tant d'années qui s'écoulent insensiblement; il vous donne le lieu, vous êtes en une ville, en une paroisse, en une maison où rien ne vous manque pour un si bon dessein. Il vous en donne le modèle par l'exemple de tant de saintes âmes qui font pénitence; il vous en donne la commodité, par tant de confesseurs qui sont en la ville, tant de sacrements que vous pouvez recevoir, tant d'indulgences que vous pouvez gagner. Il vous en donne le trésor qu'il a acquis par sa passion : Oportuit Christum pati et prsedicari in nomine ejus pœnitentiam. Il vous en donne l'avis et le conseil, disant en ses prédications : Faites pénitence ! Il vous en donne le commandement , disant en saint Luc : Si yous ne faites pénitence, vous périrez tous! Il vous en donne l'instruction, disant par son Précurseur : Faites des fruits dignes de pénitence! Si vous attendez de vous convertir en la dernière maladie , vous aurez abusé du temps de pénitence, vous aurez été un arbre infructueux et un cœur endurci; vous n'aurez pas fait la volonté du Père céleste, mais vous aurez seulement dit : Seigneur ! Seigneur ! Vous aurez été surpris de votre maître frappant à la porte, vous n'aurez pas fait des fruits dignes de pénitence.

Vous voyez que, selon l'Ecriture sainte, selon les saints Pères de l'Eglise et selon les théologiens, votre bon peccavi prétendu n'est qu'une planche pourrie. Admirez donc votre aveuglement et votre stupidité effroyable. Les Pères anciens que je vous ai allégués au second point savaient l'Ecriture sainte, ils la lisaient, la relisaient et l'étudiaient, la méditaient continuellement jour et nuit, et ils en avaient la vraie intelligence si jamais personne l'a eue. Ils étaient éclairés de Dieu, instruits immédiatement des Apôtres ou de leurs successeurs; ils étaient désintéressés et ils étaient aux siècles auxquels même, selon Calvin , l'Eglise était en sa pureté comme plus proche de sa source. Je vous laisse à penser après cela , si c'est faire sagement de vous fier à cette pénitence tardive, et que tant de grands saints estimaient inutile; de conduire le procès de votre éternité par une manière de procédure , que tant de bons avocats assurent ne pouvoir réussir. Prendre la médecine de votre âme en saison incommode , que tant d'experts médecins jugent être dangereuse; de suivre au voyage du ciel un chemin mal assuré, que tant de sages directeurs vous décrient et vous déconseillent? Voudriezvous retourner en votre maison, par un chemin où, de cent personnes, quatre-vingt-dix se rompent le cou, et vous voulez aller en paradis par un chemin où, de cent personnes , les nonante se damnent? Nulla satis magna securitas, ubi periclitatur œternitas. On ne saurait voir trop d'assurance en un sujet de si grande importance; on ne saurait être trop ponctuel où il s'agit du salut éternel. Ruminez ce mot, et allez en paix. Amen.

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