DU SECOND EMPÊCHEMENT DE LA PENITENCE , QUI EST
l'endurcissement DU COEUR.
Hodiê , si vocem Domini audierilis nolite obdurare corda vestra. (Psal. 94.)
Il y a tant de rapport, tant d'alliance et de sympathie entre notre entendement, notre volonté, que si l'entendement étant enveloppé de ténèbres, ne connaît le souverain bien; la volonté n'a point d'inclination de se tourner vers lui et de le posséder par amour : Ignoti nulla cupido; quand l'âme est une fois frappée de l'aveuglement d'esprit, elle tombe infailliblement dans l'endurcissement du cœur; c'est le second empêchement qui s'oppose à notre conversion et au dessein de la pénitence. Il faut donc considérer les dispositions d'un si grand mal , afin de les éviter. Il n'est rien qui amollisse mieux les tumeurs du corps que l'huile; rien qui amollisse mieux l'endurcissement du cœur, que l'invocation de votre sacré nom , ô sainte Vierge 1 Oleurn effusum nomen tuum ! Pour cela, votre serviteur, saint Casimir, nous donne cet avis salutaire : Ipsam cole ut de mole criminum te liberet. Hanc appella ne procella vitiorum superet. Ensuite, de ce sage conseil nous vous honorons, nous vous invoquons , nous vous saluons. Ave, Maria.
Punctum unicum. — I. Zacharias , visione amphorse portât» in Sennaar, exprimit quinque gradus quibus pervenitur ad duritiem cordis. — Il.Primus est derelictio à Deo, cum post completum cumulum peccatorum deserit animam. — III. 1. Seripturâ. — IV. 2. Patribus. — V. 3. Exemplis. — VI. Gradus insensibilitas, ad damna spiritualia. — VII. Ad temporalia. — VIII. Gradus assiduitas peccandi. — IX. Imprudentia. — X. Stabilitas in malo.
Conclusio. — XI. Per eximium locum S. Bernardi ad Eugenium. — XII. Per recapitulationem .
1 Multum vereor occulta mea quae nôrunt oculi tui, mei autem non tu nostri de hàc re. Ad te gemitus cordis mei et flumina oculorum meorum, multum vereor occulla mea (Aug., 1. 40, Conf., c. 47).
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Point unique. — I. Le prophète Zacharie, dans ses divines révélations, nous propose un bel emblème, auquel il dépeint comme dans un tableau raccourci, mais avec de vives couleurs, tout ce qu'on peut considérer sur le sujet de l'endurcissement et de l'obstination de cœur. Il raconte qu'un ange lui fit voir une cruche, et qu'une femme qui s'appelait {'Impiété fut jetée dans le milieu de cette cruche, qu'on la boucha avec une masse de plomb, et en même temps il vit deux autres femmes qui avaient des ailes de milan, qui prirent cette cruche , l'enlevèrent entre le ciel et la terre et l'emportèrent dans la terre de Sennaar, qui est Babylone, où elle fut posée sur sa base pour y demeurer éternellement : Et egressus est angélus qui loquebatur in me, et diœit ad me : leva oculos tuos, et vide, et ecce amphora egrediens, et ecce talentum plumbi portabatur, et ecce millier una sedens in medio amphorx et diœit : hœc est impietas , etc. (Zach. 5). Cette vision se passa sur la terre , et toutefois l'ange qui parlait à Zacharie, lui dit : Elevez vos yeux; pour lui enseigner que ce malheur d'endurcissement arrive par la permission de Dieu, et que c'est une vengeance du ciel ; vengeance la plus sévère , la plus terrible et la plus redoutable que la justice de Dieu puisse décréter contre une âme.
Le Prophète avait eu une autre vision au même chapitre, et immédiatement devant celle-ci. Il avait vu une faux qui descendait du ciel ; car au lieu qu'au texte latin il y a : Erat volumen volans, les Septante interprètes, et après eux saint Chrysostome, traduisent : Erat faix volans. Ubi habemus et ecce volumen volans; Kat îooù 8peW,/ov 'jrrrcoojj.ov : Et ecce faix volans; et l'ange dit au Prophète : Que cette faux représenterait la guerre, la famine, les maladies et les autres fléaux que la malédiction de Dieu envoie de temps en temps aux familles et aux Etats, en punition des parjures, larcins et autres crimes qui s'y commettent. Après cette menace des punitions temporelles, le Prophète ajoute la vision qui exprime l'endurcissement, pour enchérir et mettre le comble à ses menaces; car, en effet, cet endurcissement est une punition incomparablement plus effroyable que toutes les afflictions temporelles. C'est (si on le peut dire), le faubourg de l'enfer, la veille de la réprobation finale et la dernière disposition à la damnation éternelle.
II. On ne tombe pas d'abord dans un abîme si profond : Extrema primo nemo tentavit loco ; on y descend par divers degrés, et il est bon de les apprendre pour les appréhender. Or, il y en a cinq principaux, exprimés aux circonstances de la vision de Zacharie. Le premier est l'abandon de Dieu , lorsqu'en punition des négligences à son service , des résistances à ses inspirations , ou des ingratitudes à ses bénéfices, par un jugement secret et caché, mais toujours très-adorable et très-juste , il abandonne l'âme, il retire d'elle ses faveurs extraordinaires, sa protection et assistance particulière ; il permet que le péché entre jusques au fond , à la moelle et au centre de son cœur, qui est admirablement bien représenté par la cruche , à cause de sa fragilité : Hœc est impietas , et projetât eam in medio amphorœ, au lieu de ce mot amphora , qui est au texte latin , en hébreu il y a epha, ou ephi; c'était une certaine mesure dont on se servait ordinairement au marché pour mesurer
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le froment, l'orge et autres semblables grains, mensura aridorum. Le cœur de l'homme est représenté par cette cruche , et cette cruche est une certaine mesure. Cela nous apprend une vérité trèsimportante et si digne d'appréhension , que si elle était bien pénétrée, elle nous servirait de bride pour nous empêcher d'offenser Dieu , pour peu que nous eussions de désir de faire notre salut. Mon Dieu ! faites-moi la grâce que ma langue soit un burin d'acier ou de diamant, pour graver si profondément cette vérité dans l'esprit de mes Auditeurs , qu'elle n'en soit jamais effacée. Le trésor et le magasin des grâces de Dieu est inépuisable, si est-ce néanmoins qu'il donne ses grâces par compte. Sa patience est infinie , mais il n'en use pas infiniment ; sa miséricorde est immense , mais il l'exerce par mesure.
Entendez-moi bien, et ne prenez pas le change. Je ne dis pas qu'il y ait de pécheur si grand, si prostitué, si abominable et si désespéré, qu'il ne puisse obtenir sa grâce. Non ; car c'est un article de foi , que vous pouvez avoir pardon de tous vos péchés, pour grands, énormes, excessifs et en grand nombre qu'ils soient, pourvu que vous vous en repentiez comme il faut, et que vous en demandiez pardon de bon cœur. Mais je dis qu'il y a certain nombre de péchés , aux uns plus grand , aux autres moindre , et à quelques-uns fort petit , après lequel Dieu ne vous donne plus de loisir, ne vous fait plus la grâce efficace de vous en repentir comme il faut, ni de lui en demander pardon de bon cœur; il permet que vous vous abandonniez désespérément au péché , que vous vous y attachiez et colliez inséparablement. Dieu a dit , par exemple , en ses divines idées, en ses projets et prénotions éternelles : Je veux par patience attendre à pénitence un tel durant dix ans, un tel vingt ans, un tel trente ans , mais s'il ne se convertit dans ce temps-là , s'il laisse écouler le dernier moment de ce temps préûx sans se convertir, il ne le fera jamais, je le retirerai du monde. Je veux pardonner cinquante péchés à une telle , ou cent à une telle : car nous n'en savons pas le nombre, Dieu le sait bien ; si elle en commet un seul davantage , je ne l'en relèverai jamais; elle se damnera très-assurément, ce sera volontairement, mais infailliblement.
III. Le Saint-Esprit dit en V Ecclésiastique : Gardez-vous bien de dire : La commisération de Dieu est grande , il aura pitié du grand nombre de mes péchés : De propitiatopeccato noli esse sine metu , neque adjicias peccatum super peccatum , et ne dicas : Miseratio Domini magna est, multitudinis peccatorum meorum misère bitur ; misericordia enim et ira ab illo cito proximant et in peccatores respicit ira illius (Eccl. 5 ). Comment est-ce que cela s'entend ; la miséricorde de Dieu n'est-elle pas très-grande, immense, et infinie? si elle est telle , pourquoi ne le dirions-nous pas? David l'a dit, pourquoi ne le dirions-nous pas comme lui? il parle fort proprement , il sait bien ce qu'il dit; il ne dit pas : Gardez-vous de dire que la miséricorde de Dieu est grande , mais que sa commisération est grande : Misericordia tua magna est (Ps. 85). Il y a différence en ces deux paroles, la commisération est l'effet de la miséricorde : les attributs de Dieu sont infinis , mais leurs productions ne sont pas infinies; les perfections divines n'ont point de
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bornes, parce qu'elles sont en Dieu, et tout ce qui est en Dieu est infini ; mais les effets de ses perfections sont en la créature, et tout ce qui est en la créature est limité. La miséricorde de Dieu est grande , et plus grande qu'on ne saurait s'imaginer ni concevoir, elle est immense et infinie ; mais les effets de cette miséricorde , les commisérations, le pardon des péchés, les grâces qu'il donne aux pécheurs ne sont pas infinies et innombrables. Le Sage en rend la vraie raison , quand il ajoute : Misericordia enim et ira, ab illo cité proximant. Il n'est pas seulement miséricordieux , mais il est juste ; en lui ces deux perfections ne sont point contraires l'une à l'autre : en Dieu la miséricorde n'est pas opposée à la justice, elles sont une même chose, et ainsi l'une et l'autre est infinie : mais quand il les exerce envers nous, elles ont des effets contraires , et les effets de l'une empêchent que les effets de l'autre ne soient infinis et innombrables. Il est miséricordieux, pour ce il nous attend quelque temps, et nous pardonne quelques péchés ; mais il est juste , et sa justice doit avoir son cours; pour cela il ne nous attend pas toujours, et ne nous pardonne pas des péchés sans nombre. Et le conseil du Sage est très-salutaire : De propitiato peccato noli esse sine metu. Quand vous sauriez très assurément, par révélation divine , que Dieu vous a pardonné votre péché, quant à la coulpe et quant à la peine, ne le mettez pas en oubli; ne laissez pas d'en appréhender et d'en redouter les mauvais effets. Or, quels mauvais effets peut avoir un péché entièrement remis? Dieu punit-il deux fois un même crime? Nenni ; mais c'est que si vous en commettez de nouveaux, le péché autrefois commis, quoique pardonné tout à fait, entre en ligne de compte pour grossir le nombre préfix et déterminé ; le nombre dis-je , après lequel Dieu a résolu de ne vous plus pardonner; mais de vous retirer de ce monde en mauvais état : De propitiato peccato noli esse metu , neque adjicias peccatum super peccatum.
IV. Saint Augustin , ou l'auteur du Livre de la vie chrétienne qui est entre ses œuvres, enseigne clairement cette vérité, disant : Il est évident et assuré, par le témoignage de Dieu même, qu'il y a une certaine mesure de péchés, et que chacun est appelé au jugement de Dieu , plus tôt ou plus tard, selon qu'il a rempli sa mesure. Ce qu'ayant prouvé par les exemples de l'Ecriture , que j'alléguerai incontinent, il ajoute : D'où nous apprenons clairement que Dieu attend patiemment à pénitence chacun de nous, jusques à ce qu'il ait achevé le comble de ses péchés '.
V. En Amos, chapitre premier, Dieu avait prescrit que si les habitants de Damas , de Tyr, de Gaza et d'autres villes, commettaient plus de trois péchés , leur mesure serait comblée : ils en commirent sept, elle fut remplie, Dieu ne les convertit pas. Ainsi les Israélites dans le désert, s'étant révoltés dix fois contre Dieu,
1 Esse certum peccatorum modum atque mensuram , Dei ipsius testimonio comprobatur, et quod unusquisque celerius vel tardius prout peccatorum suorum modum expleverit judicetur, evidentissime demonstratur. Et infrà. TJndè manifestissimè docemur singulos tamdiù ut convertantur sustineri , quamdiù delictorum suorum cumulum non habuerint consummatum (Lib. de vitâ Christ., c. 4. Operum. August.).
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firent le comble delà mesure; ce qui fut cause que Dieu les priva de l'entrée de la Terre promise. Et au premier livre des Rois, chapitres treizième et quinzième, Saiil, après cinquante-deux ans d'innocence, cinquante en une vie privée et particulière, deux ans dans le trône royal, désobéit deux fois au commandement de Dieu; il est réprouvé , il s'abandonne au mal, il persécute injustement David, et il se tue soi-même. Mais ce qui m'étonne le plus, et qui jette la frayeur dans mon cœur, c'est de voir que les anges n'ont eu qu'une ou deux grâces, que deux ou trois moments pour gagner le ciel ; que le premier péché qu'ils ont commis a comblé la mesure qui leur était préfixe, et que Dieu avait dit en ses idées : Si l'ange fait un seul péché, je ne lui pardonnerai pas. Ainsi il a dit en ses décrets : Si un tel et une telle de la ville de Paris commet tant de péchés, trente, quarante, ou cent, dont nous ne savons pas le nombre , mais que lui seul sait et a déterminé , je ne le convertirai pas. Pour cela David n'ayant commis que deux ou trois péchés, et faisant pénitence pour en éviter les funestes effets , criait à Dieu si souvent : Mon Dieu , ne vous éloignez pas de moi; ne me délaissez pas, ne me méprisez pas! sachant qu'il ne faut quelquefois que deux ou trois péchés pour donner sujet à Dieu de nous abandonner et de nous laisser perdre.
VI. De cet abandon de Dieu, on descend aisément au second degré qui est l'insensibilité , très-bien exprimée par cette masse de plomb qui fut mise à l'entrée de la cruche. Notre cœur se ferme tellement, que rien de bon n'y peut pénétrer, qu'il semble être bouché d'une masse de plomb. Le plomb est le plus vil de tous les métaux, qui ne résonne point, qui ne rend point de son, quand on le frappe; c'est le symbole de la stupidité, qui nous rend insensibles à toutes les pertes spirituelles et temporelles, que le péché nous cause , et à tous les accidents de celte vie, qui nous devraient faire rentrer en nous-mêmes, et nous convertir à Dieu. Le prophète Abdias s'en plaint : Si pures introissent ad te , si latrones de noctc, quomodô conticuisses? Si un larron allait chez vous, et commençait à crocheter vos coffres et à dérober votre argent ou vos meubles ; quand vous le verriez ou l'entendriez, ne diriez vous mot? Seriezvous comme le plomb qui ne retentit point? craindriez-vous de le scandaliser? nenni. Ce fripon prétend par ses cajoleries, vous faire perdre votre honneur, la grâce de Dieu, votre salut, on vous dit : Dites-le à votre père , plaignez-vous à votre mère ou à votre maîtresse, qu'il vous tente de votre déshonneur. Et vous dites : Je n'oserais, je crains de le scandaliser, on le chasserait du logis. Et c'est pour cela qu'il le faudrait dire, afin qu'on le chassât de la maison , comme on crie au larron , afin qu'il sorte du logis, et qu'il s'enfuie. Quoi! un peu d'argent est-il plus précieux que la grâce de Dieu qui coûte le sang précieux du Sauveur? un peu de linge ou autre meuble, est-il plus à estimer que votre honneur et que votre salut? Si vindemiatores introissent ad te, numquid saltem racemum reliquissent tibi (Abdiae , 5)? ajoute le Prophète. Si une compagnie tout entière de jeunes gens était entrée en votre vigne pour la vendanger à la dérobée , cette perte vous serait sensible ; et néanmoins ils vous auraient laissé encore quelques raisins à
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grappiller. Ce méchant ravage la vigne de votre âme, par le péché, il ruine en vous les dons du Saint-Esprit, les vertus infuses, les habitudes surnaturelles , mais si absolument, qu'il ne vous laisse pas un seul fruit , pas un petit grain de mérite de vos bonnes œuvres passées , et vous êtes insensible à cette perte !
Saint Chrysostome (nom. in epist. ad Rom.) vous compare à ces serviteurs de charlatans. Vous voyez sur un théâtre un pauvre souffre-douleur, à qui on fait mille indignités, et il ne fait que s'en jouer; son maître le bafoue et se moque de lui , il lui donne des soufflets et des coups de poings; il lui fait dire mille sottises , lui fait faire mille impertinences : les assistants se moquent de lui , et il endure tout, il se met à rire; une franche repue qu'on lui donne après la comédie essuie toutes ces indignités. Vous êtes comme ce niais, depuis que cet homme impudique a gagné votre cœur, vous êtes insensible à tout : Verberaverunt me : et non dolui, traxerunt me , et ego non sensi (Proverb. 23, 35). Vous êtes insensible à la perte du temps, à la perte de votre liberté et à la perte de votre argent.
Quand vous étiez en bon état, si vous perdiez vêpres, une petite fête , vous étiez en scrupule et en peine ; si vous eussiez manqué à la communion un seul dimanche, vous en eussiez été affligé tout le jour : ce méchant homme vous fait perdre vêpres, la grand'messe, la communion les mois, les deux mois et les trois mois entiers, et vous n'en êtes pas en peine!
VII. Vous aimiez tellement votre liberté, à n'être maîtrisée de personne, et à avoir l'ascendant partout, cependant il vous baffoue , il vous commande d'aller à sa maison , de le laisser entrer en la vôtre à heure indue, vous êtes regardée des voisins, il vous fait faire mille actions noires, honteuses, infâmes contre votre inclination; et vous êtes insensible à cette servitude, vous êtes si avaricieuse, et si réservée à donner aux pauvres ; cependant vous lui faites des présents, vous lui prêtez de l'argent qu'il ne vous rendra jamais, vous lui donnez du vin, ou du bien de votre maître, qu'il vous faudra restituer; vous êtes insensible à tous ces dommages : Traxerunt me, et non sensi. Vous êtes à l'épreuve de toutes les afflictions que Dieu vous envoie pour vous réveiller et vous retirer du mal? vous avez perdu votre procès, on vous surcharge de tailles; votre mari ou votre enfant est mort; on flétrit votre réputation; vous êtes souvent malade, et rien ne vous convertit! vous êtes insensible à toutes ces piqûres : Verberaverunt me, et non dolui. N'ayant donc point de sentiment des maux qui vous arrivent, ni de ceux que vous faites , vous vous y accoutumez aisément, et vous tombez au troisième degré d'endurcissement, qui est l'assiduité au péché.
VIII. Deux femmes qui avaient des ailes de milan , et qui emportèrent cette cruche , représentent la concupiscence et l'accoutumance qui font courir le cœur de péché en péché, d'une trèsgrande vitesse , comme s'il avait des ailes de milan : Dimisi eos , secundum desideria cordis eorum ibunt (Psal. 80, 13). Ils sont à l'abandon de leur concupiscence et de leur mauvaise habitude: Ibunt, ils courent au mal promptement et avec précipitation : l'es-
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prit malin y contribue beaucoup , allumant les mauvais désirs, et les habitudes vicieuses avec ses halenées contagieuses : Spirilus in a lis earum.
Les réprouvés sont au chemin de perdition , comme les prédestinés au chemin du ciel. Saint Paul, le patron des âmes choisies, disait aux Philippiens : Je ne pense point être arrivé au terme de la perfection, je ne tourne point la tête vers le chemin que j'ai déjà fait, j'oublie tout ce que j'ai laissé derrière, je n'ai des yeux que pour ce qui est devant moi , et je fais toujours de nouveaux efforts, afin d'avancer vers le bout de la carrière et de recevoir la récompense de la vocation céleste : Ego me non arbitror comprehendisse : unum autem qux quidem rétro sunt obliviscens ad ea verà quœ sunt prlora extendens me ipsum, ad destinatum persequor, ad bravium supemœ vocationis Del (Philip. 3, 13). Les prédestinés en font de même, ils sont infatigables au chemin du ciel, insatiables de bonnes œuvres , ils ne se lassent jamais de bien faire : ils mettent en oubli leurs bonnes actions passées , et comme s'ils commençaient chaque jour, ils se hâtent, ils se pressent et s'avancent sans cesse ; ils vont haletant continuellement et aspirant à de nouvelles vertus. Le matin, ils font quelque action de piété, pendant le repas une pratique de mortification , après dîner une œuvre de miséricorde, aujourd'hui ils jeûnent, demain ils portent le cilice, après demain ils visiteront l'hôpital : Ibunt de virtute in virtutem. Ainsi les réprouvés : Ibunt in ad invention Ibus suis (Psal. 83, 7); ils laissent derrière eux leurs débauches précédentes, ils ne regardent jamais le grand nombre des péchés qu'ils ont commis, ni le trésor et l'amas des punitions qu'ils ont méritées; ils courent à gueule béante après quelque nouvelle proie : la nuit ils feront une impureté , le matin une insolence à l'église, en dînant une intempérance, après dîner un jurement en jouant, aujourd'hui une ivrognerie, demain un blasphème , et après demain une médisance : Ibunt, ibunt.
Au chapitre septième des Proverbes, le Saint-Esprit nous dépeint la tentation sous la figure d'une courtisane qui veut débaucher et perdre un jeune homme. Elle l'a gagné, dit-il , par les charmes de ses belles paroles; il va après elle comme un bœuf qu'on traîne à la boucherie, comme un agneau qui s'en va bondissant, et comme un oiseau qui fond sur la proie où il y a un piège, et il ne considère pas qu'il court risque de son salut : Blanditils labiorumprotraxit lllum , sequitur eam quasi bos ductus ad victlmam : et quasi agnus lascivlens ignorans quod ad vincula trahitur (Prov. 7).
Quand on commença à vous parler de tomber en ce péché , que de surprise? que d'élôignement et d'horreur en eûtes-vous? que de refus, de renvois et de résistances fîtes-vous la première et seconde fois que vous y tombâtes? que de répugnance ! que de crainte! que de honte 1 que d'appréhension 1 que d'aversion , et que de difficulté sentiez-vous! Vous y alliez pesamment, tardivement, à regret et à contre-cœur, comme un bœuf qu'on traîne à la boucherie , comme si on vous eût conduit au supplice. Quand vous étiez tombé , que de tristesse, que d'amertume , que de repentir, que de remords de