‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 27 sur 85 · I. - SL · texte numérisé non relu

I. - SL

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conscience , que de reproches de la part de la syndérèse 1 vous ne dormiez pas d'un bon somme; vous vous éveilliez en sursaut, vous n'aviez pas une bonne heure au jour, vous ne mangiez pas un morceau qui vous semblât savoureux : il vous semblait que tout le monde vous regardait. Après cela vous y êtes allé : Quasi agnus lasciuiens , en bondissant , en sautant , sans aucune résistance, franchement. Enfin maintenant vous y allez : Velut si avis festinet ad laqueum (Prov. 7, 23), comme un oiseau qui vole du haut en bas, pour se lancer sur la proie à tire d'aile, promptement, non-seulement sans répugnance, mais avec gaîté et allégresse; et voilà justement les ailes de milan qui font mouvoir la cruche du cœur humain. Mais le Prophète dit qu'elle fut élevée entre le ciel et la terre. Ce qui exprime et signifie :

IX. La quatrième marche qui est l'effronterie et l'impudence : lorsqu'à la vue du ciel et de la terre, des hommes et des anges, vous commettez le péché. C'est ce que Jérémie (3 , 3) vous reproche, frons rneretricis jacta est tibi, noluisti erubescere, vous n'avez plus la couleur de la vertu , une sainte pudeur ne couvre plus votre front : vous avez essuyé toute honte. Vous savez qu'autrefois si votre compagne eut fait la moindre des actions honteuses, que vous faites à présent, vous auriez dit : Je m'en étonne ; si j'étais en sa place je mourrais de honte : cependant vous en faites de mille et mille fois plus infâmes , et vous n'en avez point de confusion. Vous êtes si friande du faux honneur, et vous faites litière de la vraie gloire 1 Ce mauvais homme se moque de vous; quand vous êtes sortie de sa maison , il dit en lui-même : Quelle effronterie! il n'est pas possible d'être plus bête que cela! Il le conte à ses compagnons de débauche , ils en font des railleries et des farces ; on vous montre au doigt par la ville , tout le monde sait votre vie ; on ne parle que de vos mauvais déporlements , vous êtes le sujet de l'entretien des compagnies, et vous marchez la tête levée! Quelle impudence! Noluisti erubescere.

Tenuit eos superbia , operti surit iniquitate et impietate suâ. (Psal. 72 , 6). Ils ne se contentent pas d'avoir l'impiété au cœur, ils en sont environnés ; ils ne se contentent pas de commettre l'iniquité en secret , ils la commettent en public, au sermon, à lagrand'messe, au chœur de l'église, en présence de Saint-Sacrement, à la vue de tous les fidèles; ils jettent des œillades impudiques ; ils ont des yeux de vautour pour des innocentes colombes; ils font des signes de tête, ils font des allées et des venues, pour témoigner leurs mauvais désirs, ils font gloire de ce qui leur devrait donner de la confusion. Us ne se contentent pas de faire des monopoles secrets, des usures palliées et des injustices couvertes ; ils font des oppressions visibles, des brigandages manifestes, et des concussions publiques. Ils ne se cachent point pour opprimer les veuves , ruiner les villageois, prendre le bien des orphelins; ils se glorifient de ce qui les devrait humilier; ils font trophée des péchés qu'ils ont faits, ils se vantent de ceux qu'ils n'ont pas faits : Lœtantur cùm malè fecerint. et exultant in rébus pessimis (Prov. 2,14).

X. Enfin , cette cruche est portée en Babylone , en la terre de

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Sennaar ; là , elle est posée sur un cube, assise sur sa base, pour y demeurer à jamais. C'est le cinquième et le dernier degré : la stabilité et l'obstination au péché. Lame est portée en Babylone, qui signifie confusion , elle s'habitue et s'accoutume à une vie toute déréglée. En la terre de Sennaar, qui signifie puanteur, elle se naturalise et se fait tellement aux ordures des actions infâmes , qu'elle n'en sent plus la puanteur. Sennaar, signifie encore : excussio dentium. Les dents servent à parler arliculément et distinctement. On ne parle plus bien clairement en confession ; on ne dit plus ses péchés qu'à demi; on fait des confessions nulles, des sacrilèges au lieu des sacrements; on communie en mauvais état, on s'établit et se confirme si fort au péché, qu'on devient tout à fait obstiné. Saint Bernard explique ceci et tout ce que j'ai dit jusques à présent, en si beaux termes, qu'il ne faut que lire son texte pour avoir un précis et un abrégé de tout mon discours.

Conclusion. — XI. Ce saint docteur, qui ne flattait point , et qui disait les vérités à tout le monde, sans acception de personne, parlant au pape Eugène, qui avait été son religieux en l'abbaye de Clairvaux , et lui voulant persuader de se retirer des trop grandes occupations de la papauté, qui le pourraient divertir de l'oraison et autres exercices de dévotion, lui dit : Je sais bien qu'étant depuis peu sorti de la solitude du monastère , dans ces premiers commencements vous vous déplaisez dans cet embarras; vous gémissez sous le poids des affaires ; mais ne vous fiez pas à cette bonne disposition que vous avez présentement, petit à petit elle se perdra; or, pour vous retirer de cette compagnie mondaine , de cette conversation trop familière; de cette amitié dangereuse, je vous en dis de même : je sais bien que ces privautés et que ces libertés ne vous agréent pas, que vous êtes comme sur les épines; mais ne vous fiez pas à cela, petit à petit cette bonne disposition s'éclipsera; il n'y a si bonne résolution qui ne se relâche avec le temps : l'accoutumance adoucit tout. Au commencement , une action vous semblera horrible et insupportable ; avec le temps vous jugerez qu'elle n'est plus si fâcheuse; peu après, vous la sentirez plus légère, et quelque temps de là, vous n'en sentirez plus la pesanteur; et enfin , vous y prendrez plaisir. Comme ceux qui n'ont jamais bu de vin, au commencement il leur semble amer; un peu après, ils n'y trouvent point tant d'amertume; puis ils le trouvent bon ; enfin , ils s'en remplissent et s'enivrent. N'est-il pas vrai que tout vous est arrivé? Si on vous eût autrefois parlé des actions que vous faites maintenant, vous en eussiez eu horreur, vous eussiez pensé qu'on vous eût plutôt arraché le cœur, que de vous faire consentir à de telles actions; petit à petit votre cœur s'est gagné , vous y avez condescendu , je ne sais comment, par un peu de complaisance et quasi comme par violence. La seconde ou troisième fois , vous avez jugé que cette action n'était pas si criminelle ; puis elle vous a semblé légère , puis vous l'avez faite sans répugnance, enfin , vous vous y portez de vous-même et avec plaisir. Ainsi, on tombe insensiblement dans un état d'obstination et d'endurcissement de cœur.

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Si vous me demandez : Qu'est-ce que le cœur endurci, ajoute saint Bernard, Saint Père, je vous prie de me dispenser de vous répondre ; que si vous m'y forcez , je vous dirai avec un peu de hardiesse, mais avec beaucoup de vérité, une parole qui vous désobligera : le cœur endurci , c'est le vôtre. Oui , c'est le vôtre! si vous n'avez tremblé et frémi d'horreur de l'entendre seulement nommer, tant c'est un mal horrible et épouvantable. Le cœur endurci, c'est le cœur d'un pécheur qui n'a pas horreur de soi-même, parce qu'il ne se sent pas ; c'est un état de léthargie , ou d'apoplexie spirituelle , qui fait qu'on n'est pas seulement malade à l'extrémité , mais qu'on ne sent pas sa maladie. Voyez ce que c'est qu'un endurci , dans la personne de Pharaon ; et sachez que jamais homme de cœur endurci n'a été sauvé, que Dieu ne lui ait ôté son cœur de pierre , pour lui en donner un de chair. Mais encore quels sont les symptômes et les propriétés du cœur endurci? c'est un cœur qui n'est jamais percé de repentance, ni attendri de dévotion, qui ne s'ébranle par aucune prière , qui ne s'épouvante point par menaces , qui regimbe contre l'éperon , qui est ingrat aux bénéfices qu'on lui fait , infidèle aux avis qu'on lui donne , cruel au jugement qu'il fait de son prochain , effronté aux actions déshonnêtcs, sans crainte dans les plus grands dangers, inhumain dans les choses humaines , téméraire dans les divines , qui oublie le passé à l'exception des injures, qui néglige le présent et qui ne prévoit pas l'avenir. En un mot , c'est le cœur de celui qui ne respecte ni Dieu , ni les hommes1.

N'est-il pas vrai que vous êtes marqué à ce coin , que votre cœur est de celte trempe, et, qui pis est, que vous n'en avez point horreur, que vous ne le sentez point , et que vous ne le croyez point? Regardez voire conscience, examinez bien votre vie, et vous verrez que, si saint Bernard était à présent en ce monde , pour dépeindre le cœur endurci , il n'aurait pas besoin de se servir d'une si longue description ; mais de dire seulement : Le cœur

• Noli nimis credere effectui tuo qui nunc est; nil tàm fixum animo quod neglectu et tempore non absolescat : vulneri vetusto et neglecto callus obducitur, et eb insanabile qub insensibile sit, etc. Primum tibi importabile videbitur aliquid ; processu temporis si assuescas , judicabis non adeb grave , paulb post et levé senties , paulb post ne senties ; paulb post etiam delectabit. Ità paulatim in cordis duritiam itur, et ex illâ aversionem, etc. Nec pergas quaerere quid sit cor durum, si non expavisti tuum est hoc; solum est cor durum quod semetipsum non exhorret quia nec sentit. Interroga Pharaonem, neino duri cordis salutem unquam adeptus est, nisi quem forte miserans. Deus abstulit ab eo juxta Prophetam , cor lapideum et dédit carneum. Quid ergb cor durum ? ipsum est quod nec compunctione scinditur, nec pietate mollitur, nec movetur precibus ; minis non cedit, flagellis duratur ; ingralum ad bénéficia est, ad consilia infidum, ad judicia saevum , inverecundum ad turpia, impavidum ad pericula, inhumanum ad humana, temerarium ad divina ; prseleritorum obliviscens, praesentia negligens, futura non providens. Ipsum est cui prœteritorum prœter solas injurias, nil omninb non praeterit , praesentium , nil non périt; futurorum nulla nisi forte ad ulciscendum prospectio seu praeparatio est. Et ut brevi dicam horribilis mali mala complectar, ipsum est quod nec Deum timet nec hominem reveretur (Bern., de Consideratione).

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endurci, c'est un tel, c'est un tel d'une telle ville. N'est-il pas vrai que vous ne sentez point de contrition, après que vous avez commis les deux , les trois et les quatre péchés mortels? que vous n'en êtes pas fort en peine, que vous dormez, que vous jouez et que vous mangez aussi gaîment que si vous n'aviez rien fait? Que vous n'êtes jamais touché de dévotion, que la Pentecôte, la Toussaint, Noël, les prières de Quarante-Heures et les indulgences se passent, sans que cela vous attendrisse et vous fasse venir à confesse; que les conjurations de vos père, mère , amis et parents, qui tâchent de vous retirer de vos débauches, ne vous ébranlent pas; que les prédications du jugement , ni les menaces de la mort éternelle, ne vous épouvantent point; que les afflictions que Dieu vous envoie, ne vous émeuvent point; vous êtes ingrat à Dieu et à vos parents; vous ne suivez point les conseils salutaires de vos amis, vous jugez témérairement et prenez au criminel les actions de votre prochain , même celles qui se pourraient interpréter bénignement; vous êtes impudent, tout ce qui se peut, soit en paroles , soit en actions déshonnêtes, sans appréhension des dangers éminents et évidents où vous êtes. Vous allez sur la mer, vous montez sur les toits pour les refaire , vous faites de longs voyages, vous vous battez en duel, vous vous querellez en une taverne, vous vous mettez en danger d'être tué en mauvais état, en état de péché mortel , en état de damnation éternelle ; entre vous et l'enfer il n'y a quasi rien : un coup de couteau en cette querelle , la rencontre des voleurs en ce voyage, une chute du haut de ce toit, une tempête ou surprise de pirates , vous livreront à la damnation, vous feront malheureux pour jamais; et vous ne tremblez pas? Quelle audace? quelle présomption : Impavidum ad pericula , inhumanum ad humana.

Vous n'avez point pitié des pauvres , vous avez des entrailles de tigre, les misères d'autrui ne vous touchent point, vous vous gorgezde vin, de viandes et de délices; tant de faméliques vivraient de vos superfiuités? Vous leur êtes aussi inhumain que si vous n'étiez pas homme : Temerarium ad divina. Vous profanez l'Ecriture sainte par vos fables de Rabelais, la dévotion et les serviteurs de Dieu par vos paroles de railleries; les religieux et religieuses par vos médisances, les vierges chrétiennes par vos regards et par vos désirs impudiques, les églises par vos irrévérences, les sacrements par vos sacrilèges , le nom de Dieu par vos blasphèmes. Vous vous communiez, vous vous approchez de l'autel et des redoutables mystères. Vous célébrez la messe en mauvais état, avec rancune, ou au sortir d'un adultère? Quelle témérité : Temerarium ad divina : prœteritum obliviscens, prœsentia negligens, futura non prœvidens. Vous oubliez le passé, vous négligez le présent, vous ne prévoyez pas l'avenir, vous mettez en oubli les péchés de votre vie passée; vous n'en faites point de satisfaction, comme s'ils ne vous engageaient pas à la justice de Dieu ; vous laissez écouler de belles occasions qu'il vous présente pour faire pénitence; vous ne prévoyez pas le compte rigoureux qu'il faudra rendre, la mort certaine et son heure incertaine. En un mot , vous ne respectez ni Dieu ni les hommes , vous n'appréhendez pas la justice de Dieu ,

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vous ne vous souciez pas des jugements, des paroles et des avertissements des hommes et même ce que je vous en dis maintenant ne vous touche non plus que si je parlais à un rocher : ces sentiments et ces considérations n'entrent point en votre âme; tant de puissantes vérités, capables de faire impression sur les esprits les plus durs, n'en font aucune sur le vôtre ; mais vous voulez croupir en votre vice. C'est un très-mauvais signe et vous avez grand sujet de craindre que votre dernier péché ne soit déjà commis, que votre mesure ne soit déjà pleine et que vous ne soyez du nombre des réprouvés. Si vous avez quelque reste de bonne volonté, suivez le conseil du Saint-Esprit.

XII. Fili peccasti : non adjicias iterù?n , sed et de pristinis deprecare, ut tibi dimittantur (Eccli. 21). Avez-vous commis quelque péché par fragilité humaine , n'y ajoutez pas l'obstination , ne vous opiniâtrez pas à vouloir demeurer en mauvais état, les semaines ou les mois entiers, de peur qu'on ne dise de vous, comme des enfants de Jacob : Maledictus furor eorum , quia pertinax. L'obstination au péché, est la veille de la damnation.

Non adjicias. N'y ajoutez pas l'impudence et l'effronterie , ne vous glorifiez pas de votre péché, confondez-vous et vous humiliez, marchez la tête baissée et le cœur outré de douleur et d'amertume, de peur qu'on ne vous dise : Quid gloriaris in malitiâ qui potens es in iniquitate , proptereà Deus destruet te (Psal. 51). Dieu se plaît à confondre , abaisser et anéantir les orgueilleux : or, le plus haut point de la superbe et l'audace la plus téméraire, c'est de faire gloire du péché : si vous avez offensé Dieu par la fragilité de votre chair, apaisez-le par l'humilité de votre esprit.

Non adjicias. N'ajoutez pas l'assiduité au péché, de peur que faisant un cal à votre plaie par l'accoutumance, elle ne devienne tout à fait incurable : Vulneri vetusto et negleto callus obducitur.

Non adjicias. N'y ajoutez pas l'insensibilité, soyez sensible à la perte que vous avez faite ; croyez assurément qu'il ne vous pouvait arriver un plus grand mal que d'offenser Dieu : que si vous vous fussiez rompu les bras ou les jambes au lieu de commettre ce péché, ce vous aurait été un grand bonheur.

Non adjicias iterum. N'ajoutez pas seulement un péché au précédent : car peut-être que si vous retombez, cette chute donnera le dernier branle à votre damnation ; que le dernier péché que vous avez commis, c'est peut-être le dernier que Dieu a résolu d'endurer de vous; que le premier que vous commettrez sera le comble de la mesure : Sed de pristinis deprecare ut tibi dimittantur. Mais priez Dieu que si vos péchés passés l'ont fait résoudre à vous abandonner, que cette résolution ne soit pas un arrêt, mais une sentence qui vous fasse changer de vie , afin qu'il change sa sentence : Novit Dominus mutare sententiam , si tu noveris emendare delictum ; qu'il vous pardonne les péchés passés , qu'il vous préserve des futurs, qu'il vous donne sa grâce en ce monde et sa gloire en l'autre. Amen.

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