V. Et soli. — VI. Et semper
II. Punctum. — VII. Contritionis essentia : nempè quod sit dolor de peccato. 1. Scripturâ. — VIII. 2. Patribus. — IX. 3. Ratione.
III. Punctum. — X. Contritionis conditiones, multùm conducunt ad salutem.
XI. Prima, quod sit vera sicut Zachaei , non falsa sicut Antiochi. — XII. 2. Et motù supernaturali , sicut Davidis , non naturali sicut Saulis. — XIII. Quod sit intégra sicut Pétri, non mutilata sicut Judse.
Exorde. — I. Entre plusieurs expressions dont le Saint-Esprit se sert en l'Ecriture , pour nous faire concevoir la nature maligne et monstrueuse du péché, une qui me semble des plus naïves, c'est la comparaison d'une tumeur. En Isaï'e, chapitre premier: Vulnus et livor, et plaga tumens non est circumligata , neque fota oleo : Une tumeur, une apostume , est une corruption de chair et sang en nos corps , qui fait une ordure puante. Le péché est une corruption de la raison et de la vertu en notre âme, qui cause une puanteur insupportable à Dieu et aux anges : Omnis caro corruperat viam suam (Gènes. 6, 12). Corrwpti sunt et abominabiles facti sunt (Psal. 13, 1). Putruerunt et corruptœ sunt cicatrices wie^ (Psal. 3, 67). Tous les chirurgiens vous diront, et l'expérience le montre tous les jours, que pour guérir une apostume trois choses sont nécessaires : premièrement, il lui faut donner un coup de lancette; secondement, il en faut faire sortir le pus; en troisième lieu, il la faut bander et y appliquer des onguents ou des huiles. Ce sont les trois parties de là pénitence si souvent répétées et si mal pratiquées .la contrition, c'est le coup de la lancette; la confession, c'est ce qui fait sortir le pus et l'ordure ; la satisfaction , c'est l'application des onguents et des bandages : Qusecumque alligaveritis super terram. Je m'arrête aujourd'hui à la première partie, qui est la contrition , et j'en considère premièrement la nécessité, secondement l'essence, en troisième lieu les propriétés.
Premier point. — II. Saint Pierre voyant que les Juifs admiraient le miracle qu'il avait fait de redresser un boiteux, leur dit : Ce n'est pas en mon nom que j'ai fait, mais au nom de Jésus que vous avez fait crucifier et postposé à Barrabas; puis il ajoute : Pœnite-
194 Sermon XIX.
mini igitur, et convertimini ut deleantur peccata vestra (Act. 3, 19). Je vous en dis de même et avec autant de raison. Voulez-vous rentrer en grâce avec Dieu, et vous mettre en voie de salut? Il faut vous retirer de votre mauvaise vie, quitter vos débauches , vous convertir et être tout changé : Convertimini. Mais premièrement , il se faut repeDtir, et avoir horreur du passé : Pœnitemini.
III. Saint Grégoire, assis en la même chaire , me commande de vous prêcher la même vérité : Admonendi sunt ne relaxatas estiment culpas, quas etsi agendo non multiplicant , nullis tamen fletibus mundant (2. Part. Pastor., c. 31). Pour obéir à ce commandement, je vous avertis, de la part de ce grand saint, grand docteur et grand pape , que vos crimes ne vous sont pas pardonnés , encore que vous ne les commettiez plus, si vous ne les effacez par l'eau salutaire des larmes. Et saint Augustin : Si vous exceptez les petits enfants qui n'ont pas l'usage de raison , personne n'est sanctifié , ni ne commence d'être ce qu'il n'était pas , s'il ne se repent d'avoir été ce qu'il était auparavant1. C'est ce qui fait dire à saint Chrysostome , que la souvenance de nos péchés est une divine panacée, un remède très-propre et très- puissant pour les anéantir et nous en acquitter2; non pas souvenance telle quelle , mais souvenance douloureuse , affligeante et accompagnée de tristesse et d'amertume de cœur, comme celle du saint roi Ezéchias : Recogitabo tibi omnes annos meos , in amaritudine anime mex. Je dis que c'est un remède très-propre et très-convenable ; car il convient à tout péché, il ne convient qu'au seul péché , et il convient au péché en tout temps : Omni , soli t semper.
IV. Cette douleur est si absolument et indispensablement nécessaire à tout péché mortel , qu'il n'est jamais arrivé et qu'il n'arrivera jamais que Dieu en pardonne un seul sans un vrai repentir, ou actuel ou virtuel. On dispute bien en théologie, si cela est possible, par la puissance de Dieu absolue; mais on ne le dispute pas de la puissance ordinaire (S. Thom., 3. p., q. 86, art. 2). Car on tient pour assuré comme une vérité très-certaine, que Dieu ne l'a jamais fait et qu'il ne le fera jamais. Voyez l'importance de ce point : donnez-moi le plus méchant homme qui ait jamais été , voleur, assassin , sorcier, hérétique , impie et athée; si vous me dites : Il est mort sans le viatique, je ne dirai pas pourtant: Il est damné; si vous me dites : 11 est mort sans satisfaction , ou sans absolution ; je ne dirai pas, il est damné. Pourquoi? que sais-je en quelle disposition intérieure il est mort ? que sais-je si Dieu ne lui a point donné avant sa mort une contrition si grande , si vive , si ardente , si parfaite et si héroïque, qu'il ait obtenu son pardon ? Dieu le peut faire , et il le fait quelquefois, quoique très- rarement. Au contraire, donnez-moi un homme qui ait vécu comme un ange, comme saint Jean-Baptiste, jusques à quatre-vingts ans; si vous médites : Sur la
1 Exceptis parvulis nemo incipit esse quod non erat nisi cura Pœniteat fuisse quod erat (Aug., Homil. ult exio).
2Nullum invenitur peccatorum taie remedium sicut continua eorura memoria (Ghrysost., Homil. 1, in ep. ad Hebrœos).
De la contrition. 1 95
fin de sa vie , il a commis un seul péché mortel et il est mort sans repentance; Je dirai : Il est damné. Mais il a reçu l'Extrême-Onction; Il est damné 1 il a été confessé et communié*: le pape lui a donné l'absolution de sa propre bouche , indulgence plénière et tous les jubilés qu'il peut accorder : Il est damné! Mais il ne savait pas que la repentance fut nécessaire ; personne ne lui avait jamais enseigné; s'il l'eût su ; il en eut fait un acte : Il est damné ! Mais il a eu quelque repentance et par malheur elle n'est pas vraie, légitime ou surnaturelle : Il est damné ! Cela est si vrai, que si je ne le crois fermement, je serai moi-même damné faute de le croire. Mais que savonsnous? peut-être que Dieu l'a sauvé sans repentance? Il ne l'a jamais fait , il ne le fera jamais et il ne le peut pas faire selon sa puissance ordinaire. Vous parlez bien hardiment? Oui; parce que je parle pour lui : Nisi pœnitentiam egeritis, omnes peribitis (Luc. 13).
La raison fondamentale de cette vérité est que, comme en commettant le péché vous vous êtes détourné de Dieu et attaché à la créature , par le libre consentement de votre volonté , par un acte formel et exprès de votre franc arbitre , ainsi pour être affranchi du péché , vous devez vous détacher de la créature et vous convertir à Dieu, par un acte formel et exprès de votre franc arbitre et par le libre consentement de votre volonté. Donnez-moi une femme grosse, qui ait désiré ardemment le martyre il y a quinze jours : il arrive qu'elle tombe aujourd'hui en péché mortel, qu'elle s'aille coucher sans s'en repentir et que, pendant qu'elle dort, la nuit on la tue pour la foi (parce qu'elle est chrétienne), elle ne sera pas martyre, mais tombera en enfer; son enfant sera martyr et ira droit en paradis. Quelle est la cause de cette différence? c'est que l'enfant ayant contracté le péché originel, non par sa propre volonté , mais par la volonté et la faute du premier homme , il peut être délivré sans sa volonté , par la volonté et les mérites du Sauveur qui lui sont appliqués par le baptême d'eau ou de sang; mais la mère ayant commis un péché mortel par un acte de sa propre volonté, elle n'en peut être délivrée que par un désaveu et une repentance de sa propre volonté.
Quant au péché véniel, le repentir est si nécessaire pour en avoir pardon par l'absolution du prêtre, que si vous n'avez que des péchés véniels depuis votre dernière confession, il vaudrait bien mieux vous communier sans vous confesser, que de vous confesser sans repentance; quand même il y aurait six mois que vous n'auriez été confessé. Entendez-moi bien, car je ne vous dis rien que tous les docteurs qui savent à fond la théologie ne signent de leur sang. Quand vous allez à confesse, ou vous avez des péchés mortels, ou vous n'avez que des véniels : si vous en avez de mortels , vous devez vous repentir de tous , de tous sans exception ; car s'il y reste en votre cœur quelque secrète affection volontaire à un seul péché mortel, pour petit qu'il semble , vous ne faites rien qui vaille , vous demeurez en mauvais état, et en voie de damnation. Si vous n'avez que des péchés véniels , vous n'êtes pas obligé de vous repentir de tous, mais vous êtes obligé de vous repentir au moins d'un ; et faute décela , le sacrement est nul et la confession inutile.
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Ce qui arrive assez souvent aux âmes dévotes , quand elles se confessent par routine, par coutume et sans une vraie volonté de s'amender. Pour cela, un conseil salutaire et digne d'être mis en pratique : quand vous n'avez que des péchés véniels, desquels on ne se repent pas si aisément, ajoutez à la fin de votre confession quelque grand péché de la vie passée, duquel vous aviez plus grande repentance, comme : Je m'accuse d'avoir autrefois juré pour des mensonges , ou médit du prochain, afin de donner matière certaine au sacrement; en ce cas, l'absolution tomberait sur ce péché dont vous vous repentez , non pas sur les péchés véniels dont vous n'avez point de regret. Et de là vient qu'au Bréviaire et au Missel , quand nous disons : Misereatur et Indulgentiam; il n'y a pas : dimissis omnibus peccatis nostris ; indulgentiam absolutionem et remissionem omnium peccatorum ; mais seulement peccatorum ; parce qu'il peut arriver et qu'il arrive souvent que nous n'avons pas la repentance de tous nos péchés véniels , et qu'il ne faut point demander à Dieu pardon des péchés dont on ne se repent pas, puisqu'il ne l'accorde jamais.
V. En quoi nous devons admirer la sagesse et la suavité de la conduite de Dieu. Il n'est rien de si inutile que la tristesse , elle n'est bonne à quoi que ce soit; et néanmoins la Providence de Dieu est si grande qu'il s'en sert pour ruiner et détruire le plus grand mal qui soit au monde, à savoir le péché ; pour acquérir et produire le plus grand de tous les biens, à savoir la grâce de Dieu. La mort vous a enlevé votre enfant, votre père, ou votre mari , soyezen triste jusques au mourir; vous ne le ressusciterez pas! Vous avez perdu un procès, vous êtes tombé en maladie; pleurez-en tant que vous voudrez , vous ne remédierez pas au mal ! la tristesse n'est bonne que contre le péché ; c'est folie de l'employer à autre chose : mais elle est absolument nécessaire à ce mal, et elle l'a toujours été.
VI. C'est le concile de Trente (sess. 14, can. 4). qui le déclare en ces paroles : Ce mouvement de contrition, dit-il, a été nécessaire en tout temps , pour obtenir la rémission des péchés : Fuit autevi quovis tempore ad impetrandam veniam peccatorum , hic contritionis motus necessarius. En voilà assez pour vous faire connaître la nécessité de la repentance , et le soin que vous devez avoir de vous y exciter tout de bon, et de la demandera Dieu avant que d'aller à confesse. Voici les noms que l'Ecriture lui donne, et qui montrent quelle est son essence , et c'est le second point.
Deuxième point. — VII. Elle l'appelle componction, contrition : In cubilibus vestris compungimini (Ps. 4, 5) ; Compuncti sunt corde (Act. 2, 37); Sanat contritos corde (Ps. 146, 3). Componction, parce qu'elle pique, qu'elle perce; c'est le coup de lancette qui ouvre l'apostume. Contrition, qui vient du verbe contero , qui signifie , rompre, broyer, briser et mettre en pièces, ce qui ne se fait pas sans douleur : Scindite corda vestra. Ce n'est donc pas assez de dire de bouche ou en votre esprit : Mon Dieu ! je suis fâché de vous avoir offensé, je me repens bien d'avoir commis le péché, parce qu'il vous déplaît; mais il faut effectivement être
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fâché , affligé et outré de douleur, avoir le cœur serré , percé et pénétré de tristesse.
VIII. Quod delectavit in opère, cruciet in mente, dit saint Augustin ; et saint Grégoire : Contraria opposuit medicamenta peccatis. Gomme vous avez pris plaisir à faire votre propre volonté et à assouvir votre passion ; il faut que vous ayez du déplaisir , de la douleur, du regret et du mécontentement en votre volonté.
IX. Or, vous savez que la haine, la crainte , la douleur et autres semblables dispositions , ne sont jamais les premières passions de l'âme ni les premières affections du cœur humain : elles supposent l'amour, elles en sont des effets, des sujets, des branches et des rejetons; elles sont de même trempe que l'amour; nous ne haïssons, ne craignons et ne nous attristons d'aucun mal, que parce qu'il est contraire à ce que nous aimons. Vous vous attristez de la mort de votre mari et non pas du trépas de votre ennemi, parce que vous aimez votre mari et non pas votre ennemi. Nous ne pouvons donc nous repentir de nos péchés, que par amour de nous-même, ou pour l'amour de Dieu; si ce n'est que pour l'amour de nous seulement et par un motif naturel; certes, cette repentance est bien imparfaite, de bas aloi et de nul mérite : ce n'est pas proprement nous convertir à Dieu, mais à nous. Il faut en user autrement en un sujet de si grande importance , où il y va de notre éternité. C'est donc faire sagement de demander à Dieu avec ferveur et tâcher d'exciter en nos cœurs la plus parfaite contrition qu'il est possible, ou du moins un repentir accompagné de toutes les qualités et conditions qui sont requises , pour être utile et salutaire. C'est le troisième point.
Troisième point. — X. Tertullien fait un riche discours , qui nous donne des marques pour reconnaître et distinguer la vraie repentance d'avec la fausse : Dieu a résolu , dit-il , de ne nous point donner le pardon de nos péchés, si nous ne l'achetons avec la monnaie de la repentance; et comme au commerce politique, ceux qui vendent quelque denrée avant que de la livrer, pèsent et examinent la monnaie que l'acheteur leur présente, ainsi, avant que de nous donner le pardon de nos péchés et le droit à la vie éternelle , Dieu examine diligemment notre repentance, qui est la seule monnaie avec laquelle nous pouvons acheter une si précieuse marchandise ' . Ceci me fait souvenir de ce qui m'arri va ces jours passés : cela est un peu naïf, mais il ne laisse pas d'être vrai. Quelqu'un m'ayant arrêté au milieu de la rue, j'entendis en une boutique une petite fille qui vendait pour un sou de marchandise; comme on lui eût présenté le sou, elle fit difficulté de le recevoir, disant qu'il n'était pas bon, et étant pressée de le prendre, elle cria : Ma mère, ma mère , descendez un peu pour voir si ce sou est bon. Je pensais en moi-même: voilà qui m'apprend ma leçon, je serais bien malavisé si je ne me faisais sage à l'exemple de cette petite fille. Elle craint de se
1 Hoc pretio Dominus veniam addicere instituit. Si ergb qui venditant , nummum priùs quo paciscuntur examinant, ne scalptus ne rasus, ne adulter, etiam Dominum credimus pœnitentiae probationem priùs inire, tantam nobis mercem perennis scilicet vitae concessurum (Tert., c. 6 de Pœnitentiâ).
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tromper en une chose de peu d'importance, et je ne craindrais point de me tromper en une chose de très-grande conséquence! Elle craint de prendre un mauvais sou pour un bon, et je ne craindrais point de prendre une fausse et naturelle repentance pour une bonne! Quand elle se serait trompée, elle n'aurait perdu que quinze deniers : mais si je me trompe en mon repentir, je perds le royaume des cieux et la jouissance de Dieu ! Elle appelle sa mère à son aide : ne dois-je pas invoquer la sainte Vierge? Elle ne l'appelle qu'une fois ou deux, parce qu'il n'est question que d'un sou; je devrais réclamer la sainte Vierge cent millions de fois, parce qu'il est question d'un royaume. D'autant que le paradis est plus à estimer qu'un sou, je devrais d'autant plus souvent et avec plus de ferveur réclamer le Sauveur et la Vierge, que cette petite fille n'a appelé sa mère. Vous vous contentez d'une seule larme que vous répandez par tendresse en la pensée de vos péchés, d'un petit sentiment de douleur qui effleure votre cœur. Si cette repentance se trouve fausse et purement naturelle au jugement de Dieu, où en serez-vous? Il n'y va de rien moins que de votre salut. Or, trois principaux manquements sont cause qu'une monnaie n'est point recevable au trafic, mais rejetée et envoyée au billon : si elle est de mauvais aloi, si elle n'est pas marquée au coin du prince et ne porte l'image ou les armes du roi, si elle est notablement rognée et légère. Et ces mêmes manquements sont souvent cause que notre repentance n'est d'aucune valeur devant Dieu, n'a point de cours en son état et répudiée comme défectueuse.
XI. Premièrement, quand elle est de mauvais aloi, fausse, apparente et contrefaite : l'opération est une suite et un apanage de l'être ; ce qui est faux n'a point d'être ni par conséquent d'opération. Un fantôme est un faux homme, il n'exerce point d'actions humaines, il ne marche, il ne voit, il ne parle point comme les hommes, parce qu'il n'a pas un être d'homme. La fausse repentance n'est pas effective et ne produit pas de bonnes œuvres; elle se contente de belles paroles, de faire des promesses à perte de vue. La vraie met la main à l'œuvre, elle nous applique tout de bon à la réforme de notre vie et à la pratique des solides vertus, elle ne dit pas : Je ferai , mais elle fait.
Le roi Antiochus et le petit Zachée se convertissent tous deux avec mêmes dispositions en apparence, mais fort dissemblables en effet. L'un, au second livre des Machabées, chap. neuvième, l'autre en saint Luc, chap. dix-neuvième. Antiochus n'ayant qu'une repentance feinte, fourée, dissimulée et de faux aloi, se contente de faire de belles protestations, de dire : Je ferai, et cependant il ne fait rien. Ha ! disait-il, si Dieu me renvoie la santé, je me ferai de son peuple, je rendrai avec usure ce que j'ai pillé en son temple ! J'irai partout l'univers publier sa gloire et sa clémence. Zachée, au contraire, ayant une yraie repentance, ne dit pas : Je ferai, mais je fais : Dimidium bonorum meorum do pauperibus, et si quem defraudavi, reddo quaduplum. Il ne dit pas : Je donnerai , je restituerai; mais je donne, je restitue présentement sans plus attendre. Et comme leur disposition était bien différente , le succès en fut aussi fort dissemblable. D' Antiochus le Saint-Esprit dit : Ce mé-
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chant priait Dieu qui ne lui devait point faire de miséricorde : Orabat hic scelestus Dominum à quo non erat rnisericordiam consecuturus (2. Machab., 9, 13); de Zachée et de sa maison, le Fils de Dieu disait : Aujourd'hui cette famille a reçu de Dieu le salut : Hodièhuic domui salus à Deo facta est (Luc. 19, 9). C'est une conjecture bien probable que vous avez une vraie repentance, quand elle vous induit à faire présentement des actions louables et vertueuses, quand vous ne vous contentez pas de dire à votre confesseur : Mon Père, je restituerai, je me réconcilierai avec mon ennemi, je chasserai cette coquine, je sortirai de cette maison, je brûlerai ces livres d'amour; mais que vous lui dites : Mon Père, avant que de me présenter ici , j'ai restitué , je me suis réconcilié , j'ai chassé la coquine, je suis sorti de la maison, j'ai brûlé les mauvais livres. Mais si vous vous contentez de faire comme Antiochus, de dire de belles paroles, de promettre de bonnes œuvres sans rien faire sur-le-champ et sans vouloir quitter l'occasion du péché quand vous la pouvez éviter, votre pénitence est fausse, trompeuse, apparente: In imagine pertransit homo; c'est un fantôme et un simulacre de repentance, non pas une vraie et cordiale pénitence! quelques larmes, tendresses, sentiments de douleur et dévotion sensible que vous avez.
XII. En second lieu une monnaie n'est pas de mise, mais elle est envoyée au billon, quand elle n'a pas l'image du prince ni ses armes; et l'attrition n'est pas acceptée de Dieu quand elle n'est pas marquée à son coin ni chargée de son caractère; quand elle n'est pas surnaturelle, qu'elle ne procède pas de la grâce de Dieu, mais qu'elle vient de pur amour-propre , de crainte naturelle et humaine, qui nous fait redouter le châtiment qui nous y oblige. Le concile de Trente l'a ainsi déclaré en la séance quatorzième, canon 4, comme nous avons vu ci-devant et en la session 6, canon troisième, il prononce anathème, anathème à quiconque osera dire que l'homme, sans l'inspiration prévenante du Saint-Esprit, puisse croire , espérer, aimer et se repentir comme il faut pour recevoir la grâce de la justification1. Et selon cette doctrine, quand nous n'avons douleur de nos péchés que par une pure aversion et antipathie naturelle à la laideur de tel vice, par la seule considération des inconvénients et des dommages temporels qui nous en peuvent arriver, ou par appréhension purement humaine des châtiments éternels , telle douleur émanée de la nature, non de la grâce, est illégitime et de nulle valeur, même avec le sacrement 2.
1 Si quisdixerit, sine praeveniente Spiritus Sancti inspiratione atque ejus adjutorio , hominem credere , sperare , diligere , aut pœnitere posse , sicut oportet, ut ei justificationis gratia conferatur, anathema sit (Trid., sess. 6, can. 3).
2 Attritio elicita quidem per spéciale aliquod auxilium supernaturale ex motivo tamen naturali, verbi gratiâ ex amore Dei ut est auctor naturse , vel ob bénéficia ordinis pure naturalis. ab eo accepta , non videtur sufficiens juncta sacramento pœnitentiae, ad remissionem peccatorum. Et infrà. Nec obstat, quod illa attritio eliciatur ex speciali auxilio gratiœ praevenientis , quia gratia prseveniens, est extrinseca entitali attritionis : undè cùm unumquodque sit durataxat taie intrinsecè per id quod est ei intrinsecura auxilium
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Ainsi nous voyons en l'Ancien Testament, que les deux premiers rois du peuple de Dieu, tous deux choisis et consacrés par son commandement; tous deux contreviennent à ses divines lois; tous deux avertis et repris par des prophètes ; tous deux semblent faire même pénitence, ils reconnaissent leur faute et disent peccavi : ils ont néanmoins une réponse bien diverse et une issue bien différente. Saul désobéit à Dieu en chose, ce semble, de peu d'importance; il donne la vie à un roi prisonnier et garde quelque troupeau du sac d'une ville contre le commandement de Dieu ; étant averti de cette désobéissance par le prophète Samuel : Quia projeeisti sermonem Domini projecit te Dominus (1. Reg. 15), il reconnaît sa faute , il s'humilie , il dit par deux fois peccavi au verset vingt-quatre et trente. Il a pour réponse : Parce que vous avez rejeté le commandement de Dieu, Dieu vous réprouve. David, au contraire, pèche grièvement, il commet un adultère, un homicide , une trahison tout à fait lâche : en étant averti par le prophète Nathan , sitôt qu'il dit peccavi, on lui dit : Dominus , transtuiitpeccatum tuum (2. Reg. 12, 13); Dieu a transféré votre péché. Voilà des réponses bien dissemblables 'à des pécheurs qui semblent faire même pénitence. C'est que Dieu sonde l'intérieur, perce et pénètre l'esprit de l'homme ; il a égard à la disposition de son cœur et non pas aux paroles de sa bouche. Saiil disait peccavi ; il se repentait de son péché mais d'une repentance purement naturelle ; il n'avait pour motif que l'intérêt temporel , la crainte de perdre sa couronne; il ne pense qu'à garder son honneur et sa fortune : Honorante coram senioribus (1. Reg. 15, 30). David se repentit par un motif surnaturel et par une considération des bénéfices de Dieu et de l'ingratitude qu'il avait commise contre lui , par un mouvement du Saint- Esprit. Saint Augustin remarque qu'au psaume de sa pénitence il dit : Spiritum Sanctum tuum ne auf'eras à me; Ne m'ôtez pas votre Saint-Esprit. Il ne dit pas : Donnez-le moi; parce qu'il l'avait déjà par sa repentance. Ces deux pénitents ont deux issues toutes contraires : l'un est réprouvé , l'autre obtient pardon ; la pénitence de l'un était une pure production de nature et d'amourpropre; la pénitence de l'autre était un effet de l'amour de Dieu et de sa grâce prévenante. Et plus il arrive souvent, que comme la monnaie notablement rognée, n'est pas de mise parmi les hommes , ainsi l'attrilion n'est point acceptable devant Dieu , quand elle est tronquée, mutilée, défectueuse. Cela arrive quand elle n'embrasse pas, ou pour mieux dire ne déteste pas, même virtuellement, toute sorte de péché mortel.
XIII. La théologie dit qu'il y a cette différence entre la contrition et l'atlrition, que le motif de la contrition étant plus parfait, plus général et universel, se répand nécessairement sur toute sorte de péché mortel; en sorte qu'il est impossible d'être triste et affligé d'un péché mortel par une vraie contrition , sans détester et abhorrer, au moins virtuellement tous les autres. Car si je suis
illud gratiae excitantis , non potest dare intrinsecam supernaturalitatem entitati attritionis (Isambert , professor Sorbonicus, t. 3, disputatio 44, mlertiam partern , art. 3j.
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marri d'avoir dérobé, parce que le larcin déplaît à Dieu, que j'aime de tout mon cœur, je suis par conséquent fâché d'avoir commis un adultère ou un homicide, puisque ces crimes déplaisent aussi au môme Dieu. Mais le motif de l'attrition étant plus particulier, resserré et borné, ne s'étend pas nécessairement à toute sorte de péché; il se peut faire qu'une âme abhorre quelque péché mortel, sans abhorrer non pas môme virtuellement quelque autre péché mortel, parce qu'elle appréhende en un péché quelque laideur, difformité, malice qu'elle n'aperçoit pas aux autres péchés. Il se peut l'aire qu'un gentilhomme se repente d'avoir commis un larcin, parce qu'il voit que c'est une lâcheté et bassesse de cœur contraire à la raison , et par cette repentance il n'a pas aversion même virtuelle ou imparfaite d'un duel, ou autre acte de vengeance qu'il a commis autrefois, et dont il ne se souvient pas; et, en ce cas, les docteurs disputent bien : Utrùm talis confessio sit valida ; mais tous sont d'accord , tous sans difficulté , concluent qu'elle est informe et de nul effet, parce qu'elle est destituée de la grâce sanctiGante, qui ne se donne qu'à ceux qui abhorrent, au moins virtuellement , toute sorte de péché mortel.
Nous voyons cette différence en deux personnes que l'Ecriture nous propose , tous deux apôtres, tous deux pécheurs, et tous deux pénitents. Judas se repent de son péché : Pœnitentiâ ductus; il le reconnaît et confesse : Peccavi, tradens sanguinem justum , et si il n'obtint aucun pardon, parce qu'ayant commis plusieurs péchés, il ne se repentit que d'un seul, il conçut et appréhenda une malice noire et dénaturée , en la trahison qu'il avait commise contre son Maître; et par ce motif il s'en repentit; il vit que c'était une injustice abominable d'avoir livré à la mort une personne si innocente, cela le toucha de repentance : Videns quod damnatus esset , diœit , peccavi tradens sanguinem justum (Matth. 27 , 31) ; mais ce motif étant particulier et limité, ne le rendait pas triste et pénitent des larcins et autres crimes qu'il avait commis : Fur erat et loculoshabens , retulit triginta argenteos (Joan. 12, 6), non pas alios loculos il restitua les trente deniers , et non pas l'autre argent qu'il avait dérobé en diverses occasions ; sa repentance , comme une monnaie rongée, fut rejetée de Dieu et réputée indigne de pardon. Saint Pierre, au contraire , ayant renié son Maître par fragilité humaine, en fut affligé par une parfaite repentance, qui avait pour motif la bonté infinie de son doux Sauveur , et qui détestait d'amour filial tout ce. qui pourrait déplaire à une si grande bonté : Egressus foras flevit amarè. Voyez donc quelle folie c'est d'offenser Dieu , puisque pour en avoir pardon , même par l'absolution , il en faut avoir l'attrition et que cette attrition peut être trompeuse, défectueuse et inutile par tant de voies? Examinez votre conscience, sondez sérieusement votre cœur: car si votre repentance est infectée d'un seul des susdits manquements , si elle est de faux aloi, ou naturelle, ou mutilée, elle est invalide et infructueuse; mais si elle est exempte de ces défants, elle est vraie, sincère, cordiale : si elle abhorre toute sorte de crimes, si elle les abhorre par un motif surnaturel et divin , elle sera reçue comme une bonne monnaie au bureau de la justice divine , pour l'acquit de vos dettes , pour la décharge de
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vos hypothèques, pour la rançon de vos péchés, et pour vous mettre en la possession du royaume "des cieux. Amen.