DE L'EXAMEN DE CONSCIENCE
Recogitabo tibi omnes annos meos in amariludine animœ meœ. (Is. 38, 15.)
La seconde partie du sacrement de Pénitence est la confession , en laquelle nous déclarons nos fautes avec esprit d'humilité et de repentance de cœur au lieutenant de Dieu, pour en avoir le pardon par un excès de la miséricorde de Dieu et par les mérites de son Fils. Mais comme un maître-d'hôtel ayant à rendre compte à son seigneur, ou un partisan à l'intendant des finances, s'il a tant soit peu d'esprit, a coutume de dresser premièrement ses comptes , feuilleter ses livres de raison , revoir ses recettes et sa dépense. Ainsi l'examen de conscience doit précéder la confession, afin qu'elle soit bonne, valable, légitime et assortie de toutes ses conditions. J'ai trois points à vous traiter sur ce sujet : premièrement, qu'il faut faire l'examen ; en second lieu, sur quoi il le faut faire ; en troisième lieu , comment il le faut faire.
Vous nous en avez donné un exemple très-signalé, ô sainte Vierge ! vous êtes cette excellente femme si hautement louée au livre des proverbes ; c'est de vous qu'il est dit : Consideravit semitas domûs suœ. Il ne dit pas vias , mais semitas. Quand vous étiez en ce monde, vous n'examiniez pas seulement vos voies, vos actions grandes et importantes ; mais vous considériez diligemment tous les sentiers de votre conscience, le? plus secrètes pensées et les inclinations de votre cœur, les plus petits mouvements et les contenances de votre corps. Aussi vous faites toutes vos actions avec tant de perfection , que vous étiez toujours très-agréable et au Créateur et aux créatures : Gratiâ plena; c'est la qualité que votre ange vous donna , quand il vous salua par ces paroles : Ave , Maria.
IDEA SERMONIS
Exordium. — 1. Examen faciendum; 2. Super quo ; 3. Quomodô.
I. Pukctum. — I. Examen faciendum , probatur. 1. Scripturâ. — II. 2. Patribus. — III. 3. Comparationibus. — IV. 4. Rationibus. 1» Quia utile ad perfectionem . — V. 2° Quia neeessarium ad contritionem. — VI. Ad confessionem. — VII. Ad satisfactionem.
II. Punctum. — VIII. Examinanda. 1. Peccati essentia. — IX. 2. Circumstantise, personne, quantitatis, modi, finis. — X. 3. Causae. — XI. 4. Effectus.
III. Punctum. — XII. Quomodô examen faciendum , docetur per paraphrasim Jeremiae, Sedebit solitarius et tacebit , etc.
Premier point. — I. Fratres si prœoccupatus fuerit homo in aliquo delicto, vos qui spirituales estis, hujusmodi instruite in spiritu lenitatis , considerans te ipsum. Voilà une étrange façon de parler et une grosse faute contre la grammaire des hommes : Vos qui spirituales estis , considerans. Il écrit à tous les Galates (6, 1), et parlant au nombre pluriel, il dit : Vous autres qui êtes spirituels , reprenez celui qui a failli. Puis changeant promptement
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de style, comme s'il ne parlait qu'à un seul, il dit au nombre singulier : Considerans te ipsum, prends garde à toi, et te considère toi-même. Il sait bien ce qu'il dit, il ne parle pas à la volée, le Saint-Esprit anime son cœur et conduit sa plume : c'est que la grammaire de Dieu est bien autre que celle des hommes. Celle des hommes ne donne de règles que pour bien parler, celle de Dieu donne des instructions pour bien vivre. Il dit au pluriel : Vous qui êtes spirituels, instruisez celui qui a failli, parce que le nombre est fort grand de ceux qui sont spirituels ou bien qui le pensent être, de ceux qui jugent, reprennent et instruisent lesautres.il dit au singulier : Considerans te ipsum , parce que le nombre est fort petit de ceux qui s'examinent eux-mêmes, et réfléchissent la vue de leur considération sur leur propre conscience. Et toutefois la plus salutaire et louable science , que l'homme puisse avoir en ce monde, c'est la connaissance de soi-même. Le prophète Jérémie nous avertit d'étudier celte leçon. Si nous désirons nous convertir et retourner à notre Dieu, il nous exhorte d'examiner soigneusement nos pensées, nos paroles et nos actions, qu'il appelle des voies ; parce que si elles sont bonnes elles nous conduisent à Dieu; si elles sont vicieuses, elles nous en détournent et nous conduisent en enfer1.
II. Et le dévot saint Bernard écrivant au pape Eugène, prend la liberté de lui dire ces paroles remarquables : Quand vous connaîtriez parfaitement les mystères les plus relevés , la hauteur du ciel, l'étendue de la terre et la profondeur de la mer, les secrets de la nature , le commerce des éléments, les vertus occultes des simples et les propriétés des animaux , de quoi vous servirait cela si vous vous ignoriez vous-même? Vous seriez semblable à celui qui bâtit sans fondement ; il voit plutôt une ruine, qu'il n'a fait un bâtiment. Celui-là n'est pas véritablement sage , qui ne l'est pas premièrement pour soi. Réglez-vous sur Dieu le Père ; quand il envoie son Verbe divin , il ne le sépare pas de soi. Votre Verbe c'est votre considération; si elle procède de vous, qu'elle ne s'en détache jamais, qu'elle commence toujours par vous et finisse toujours en vous. Soyez toujours le premier et le dernier objet de votre connaissance 2. Saint Basile, saint Jérôme et saint Ephrem en disent tout autant, et nous recommandent l'examen de conscience avec grand soin, comme une pratique très-importante pour acquérir la pureté de cœur et la perfection chrétienne3.
1 Scrutemur et vias nostras et quaeramus , revertamur ad Dominum (Thren. 3, 40).
2Noveris licet omnia mysteria. Noveris lata terrae , alta cœli , profunda maris : si te nescieris , eris similis œdificanti sine fundamento , ruinam non structuram faciens , non est sapiens qui sibi non est : à te incipiat tua consideratio non solùm aulem , sed et in te finiatur : quocumque es agetur, ad te revocabis eam cum salutis fructu. Tu primus tibi, tu ultimus , sume tibi exemplum de summo omnium pâtre. Verbum suum emittente et retinente , Verbum tuum , consideratio tua, quse si procedit non recédât, sic progrediatur ut non egrediatur, sic exeat ut te non deserat (Bern., lib. 3 de Consider., c. 3).
3 Basil., hom. 5, de instit. monach.; Hier., in Ps. 4 ; Ephr., Serra, de vir. Relig.
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Voici les comparaisons qu'ils en apportent : La vigne qui n'est point taillée, pousse des sarments superflus, qui empêchent le bon fruit. La terre qui n'est jamais sarclée, produit de mauvaises herbes et se hérisse de chardons et d'épines. La chambre qui n'est jamais balayée devient un amas d'ordures. Le navire, où personne ne tire a la pompe, coule infailliblement à fond. Le corps humain qui n'est jamais purgé, ni par quelque bônéDce de nature, ni par le secours de la médecine, ne se peut pas conserver en santé : et l'àme ne peut pas acquérir la sainteté, ni la conserver quand elle est acqu'se, si elle n'est souvent nettoyée et renouvelée par l'examen ' : Flores apparuerunt in terra nostrâ , tempus putationis advenit. Saint Bernard explique ces paroles de l'examen de conscience et nous dit : Toti incumbamus huic operi tàm sancto, tàm necessario , et in eo se qvisque juclicet profecisse non cùm invenerit quod reprehendat , sed cùm quod invenerit reprehendet.
IV. Il a raison de dire : Tàm sancto, tàm necessario , parce qu'il n'est rien de si utile pour sanctifier et perfectionner une âme dévote , rien de si nécessaire : Tàm necessario , rien de plus nécessaire à la conversion de l'âme pécheresse : elle ne se convertit que par la pénitence. La pénitence a trois parties : la contrition de cœur, la confession de bouche, la satisfaction d'œuvre; et l'examen est nécessaire à toutes les trois.
V. Du temps de saint Bernard, il y avait un proverbe qui disait : Quod non videt oculus, cor non dolet , ce que l'esprit n'entend pas , le cœur ne le ressent pas : et un ancien a remarqué que par la providence de Dieu , la nature a destiné un même sens aux larmes et la vue, parce que nous n'avons accoutumé de pleurer que les maux que nous voyons. Vous m'avouerez que celui qui considère à loisir et avec attention la grièveté, la diversité, le grand nombre , les mauvais effets de ses péchés distinctement et en détail , en conçoit plus aisément une vive douleur et une grande repentance , que celui qui n'y fait pas si grande réflexion , et qui se contente de les raconter à l'oreille du prêtre, comme il ferait une histoire; et si encore ne les peut-il pas bien déclarer au prêtre, s'il ne s'est pas examiné.
VI. Pour cela les docteurs concluent que cet examen avant la confession, n'est pas seulement de conseil, mais de précepte et d'obligation. Car quand Dieu ou l'Eglise nous commandent une action , ils ne la commandent pas seulement quant à la substance de l'œuvre , mais quant à toutes les circonstances qui sont nécessaires pour s'en bien acquitter2. Par exemple , quand l'Eglise commande aux prêtres de chanter, ou réciter l'office divin , elle ne les oblige pas seulement à le dire de bouche tellement quellement; mais avec intention intérieure , avec respect et modestie extérieure. Or, Dieu et l'Eglise nous obligent de confesser au prêtre tous nos
1 Vitam tuam quotidianâ discussione examina, attende diligenter quantum proficias , vel quantum deficias, qualis sis in moribus, qualis in affectibus (Bern., in médit. Idem, Serm. 58, InCant. sub fin.).
2 Sœpè quod bono studio gerimus , dùm discutere cautè negligimus quo judicetur fine nescimus et nonnumquam hoc sit reatus criminis quod putatur causa virtutis (Greg., \. Moral., cap. 19).
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péchés mortels , et nous ne le pouvons pas bien faire si la confession n'est préméditée; si un sérieux examen de conscience ne la précède. Donc , le commandement de la confession nous oblige à cet examen , et les théologiens concluent que lorsqu'il y a un temps notable que vous n'avez été à confesse, ou quand vous avez négocié plusieurs affaires et commis plusieurs péchés , vous êtes obligé d'employer autant de temps à faire votre examen que vous feriez à une affaire temporelle d'importance , comme à vous préparer à rendre compte des tailles ou d'une tutelle médiocre. Mais aussi quand vous y avez ainsi employé du temps et de la diligence raisonnable, vous ne devez pas, après cela, être en peine et en scrupule de n'avoir pas fait ce que vous deviez , ni en crainte d'avoir fait une confession invalide , encore que vous ayez oublié plusieurs péchés par fragilité humaine, mais si après vous vous en souvenez , il tes faudra confesser au même prêtre ou à un autre.
VII. Cet examen est aussi très-important pour la satisfaction , et pour la correction de notre vie : car quand il est fait comme il faut, nous y recherchons les imperfections des bonnes œuvres que nous avons faites, les sources et les racines des mauvaises, nous y avisons comme nous nous amenderons, comme nous emploierons le temps, comme nous réglerons et ordonnerons l'économie de nos actions. Et de là vient que Pythagore, tout païen qu'il était, conseillait à ses disciples de s'examiner tous les soirs avant que de se coucher'.
Deuxième point. — VIII. L'examen qui précède la confession, se doit faire sur l'essence , les circonstances , les causes et les effets de nos péchés. Premièrement , il en faut examiner l'essence , car le concile de Trente déclare que nous sommes obligés de découvrir au prêtre les diverses espèces de nos péchés , et, s'ils sont mortels , on est obligé d'en dire le nombre autant que faire se peut. A cet effet, il faut parcourir les commandements de Dieu et de l'Eglise, et rechercher les pensées volontaires qu'on a eues, les paroles qu'on a dites , les actions qu'on a faites , et les bonnes œuvres qu'on a omises contre ces saintes lois. Aûn de vous aider sur ce sujet, on fait deux autres grands catéchismes, auxquels on vous déchiffre en détail et en particulier, tous les péchés que vous pouvez avoir commis contre chaque commandement de Dieu et de l'Eglise, vous y devez assister si vous êtes soigneux de votre salut.
IX. Et parce que plusieurs circonstances ajoutent une nouvelle espèce de péché à une action vicieuse , ou en aggravent notablement la malice, il les faut considérer attentivement, afin de les étaler en la confession quand il est nécessaire , pour concevoir plus d'horreur, de douleur ou de repentance des péchés qui en sont infectés. Il y en a quatre plus ordinaires, et qui ont besoin d'être bien expliquées : la qualité de la personne , la quantité de la matière, la matière de l'action et l'intention de la fin qu'on prétend. 1° Personx. La première est la qualité de la personne qui pèche, ou avec
4 Nec priùs in dulcem déclinât lumina somnum , omnia quàm longae repetiverit acta diei.
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qui ou contre qui on pèche. Comme en matière d'impureté, si c'est une personne mariée, un ecclésiastique ou un parent. En matière d'injure, l'offense est bien plusgrande quand vous frappez un prêtre, que si c'était un laïque; si vous faites un affront à votre père , que si vous le faisiez à un valet ; si vous détractez de votre prélat, que si vous médisiez d'un artisan. Un ecclésiastique faisant son examen, pour être outré de douleur, doit s'imaginer que Notre Seigneur lui dit : Si inimicus meus maledixisset rnihï sustinuissem utique, tu verà homo unanimis, dux meus, et notus meus, qui simul mecum dulces capiebas cibos (Psalm. 54, 14); Si un juif, un Arabe, ou un Japonais m'avait désobligé , l'injure me serait plus supportable; on ne doit attendre d'un ennemi que des hostilités. Si un villageois qui mène une vie pauvre et misérable ou dépourvue de tout secours , transgresse mes commandements; si une pauvre ignorante , idiote , et mal élevée commet quelque péché , elle est plus excusable. Mais vous ,un prêtre, un religieux, ou un bénéficier , qui m'avez tant d'obligation , qui avez été si bien instruit, qui avez tant de lumière et de connaissance, qui vivez délicieusement de mon patrimoine, que je nourris si souvent et tendrement de ma propre chair, que vous commettiez le péché que vous savez me déplaire infiniment, c'est ce qui m'est extrêmement sensible. Quand un fils de famille fait son examen, il doit considérer : Si je n'avais attristé que mon camarade, ou quelque autre étranger, passe ; mais désobliger ma pauvre mère, qui m'a nourri avec tant de soin, qui m'a élevé avec tant de peine , qui m'a caressé avec tant de tendresse , qui a enduré tant d'incommodités pour moi, la fâcher, lui répondre arrogamment, lui parler comme à une servante, la faire mourir de regrets 1 ne suis-je pas un dénaturé ? ne suis-je pas un monstre d'ingratitude?
2° Quantitatis. La quantité du bien que l'on dérobe, ou du dommage que l'on fait , cause aussi un grand surcroît à la grièveté du péché; non-seulement quand le dommage est fait à une seule personne, mais encore quand il est fait à plusieurs, quoique petit et de petite conséquence à chacun d'eux. Comme quand vous vendez à faux poids et à fausse mesure , le tort que vous faites à chacun est bien petit , mais la somme que vous prétendez amasser, par ces petits larcins et l'injustice que vous commettez, est très-grande et de grande conséquence.
3° Modi. La manière aussi dont vous péchez, doit être pesée et examinée, parce qu'elle ajoute quelquefois une nouvelle espèce à votre crime, ou qu'elle en augmente notablement la malice. Comme quand vous prenez des complices , quand vous employez des serviteurs ou autres personnes, pour être les fauteurs, receleurs, coadjuteurs ou les instruments de votre péché; vous induisez un notaire à faire une antidate ou une autre fausseté, un paysan à porter faux témoignage, un serviteur à faire les messages d'amour; si étant seigneur ou dame d'une paroisse , vous traitez irrévéremment votre curé et vous donnez exemple à vos sujets d'en faire autant; si, étant père ou mère de famille, vous jurez ou détractez, ou vous dites d'autres mauvaises paroles en présence de vos domestiques; et s'ils apprennent de vous un si détestable langage.
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4° Finis. Mais la circonstance qui mérite d'être bien pénétrée et qui envenime bien criminellement, mais insensiblement une action, c'est la mauvaise intention. Aristote dit que celui qui dérobe pour commettre un adultère, lors même qu'il dérobe, il est plus adultère que larron. Et notre Sauveur dit en l'Evangile, que s'il y a de la malignité dans l'œil , c'est-à-dire , dans l'intention, tout le corps de l'action est vicieux et plein de ténèbres : Si oculustuus nequam fuerit, totum corpus tuum tenebrosum erit (Matth. 6, 23); ce qui fait que plusieurs trouveront, à l'heure de la mort et au jugement de Dieu , que toutes les actions de leur vie, ou la plupart, ont été gâtées, vermoulues, pourries et corrompues ,
Î>arce qu'ils n'ont point eu d'autre lin qu'eux-mêmes ou leurs enànts, leur avancement , leur satisfaction et l'établissement de leur propre fortune.
X. Après les circonstances , il faut examiner les causes de nos péchés, ou pour les expliquer en la confession, ce qui est quelquefois nécessaire, ou pour les déraciner, ce qui est toujours trèsutile. Il les faut quelquefois expliquer, parce qu'il peut arriver que ce qui n'est pas péché en soi , ou qui n'est que péché véniel, parce qu'il est involontaire , est un crime inexcusable et très-volontaire en sa cause. Celui qui sait qu'il a coutume de blasphémer, de battre sa femme, ou de faire quelque autre action déréglée, quand il est ivre, se rend coupable de tous ces péchés, toutes les fois qu'il s'enivre ayant prévu de telles suites. Ainsi les illusions déshonnêtes, qui arrivent en dormant, ne sont pas volontaires pendant le songe, mais elles sont réputées telles, quand elles procèdent des pensées lascives qu'on a volontairement roulées en son esprit pendant le jour, avec complaisance et délectation morose; et celui qui a coutume de jurer à tout propos, sans aucune retenue et sans se soucier s'il dit vrai ou non , commet des péchés de parjure toutes les fois que le faux jurement lui échappe , même avec inadvertance, parce que cela lui est volontaire en sa cause et dans la mauvaise habitude qu'il néglige de déraciner. Si, faute de prendre lumière et conduite de Dieu en l'oraison, ou de donner liberté à quelqu'un de vos amis de vous reprendre et avertir, vous commettez des fautes en votre charge , elles vous sont imputées , quoique vous ne les connaissiez pas; et encore plus si c'est par ignorance crasse et grossière de ce que vous êtes obligé de savoir, comme si vous avez pris une charge dont vous êtes indigne et incapable.
Quand on ne serait pas obligé d'expliquer ainsi en la confession les causes de nos péchés, il est toujours très-utile de les rechercher en l'examen , afin de nous amender. Car, comme pour faire mourir un arbre , le meilleur expédient n'est pas d'en couper les branches, mais d'en arracher la racine; ainsi pour nous corriger d'une mauvaise habitude, il est bon de retrancher les actions
Qu'elle produit; mais le meilleur est d'en ôter la cause, et nous le evons faire si nous avons une vraie volonté de nous bien confesser. Quelle est la cause de vos jurements? c'est le jeu; de votre intempérance et de vos paroles déshonnètes ? c'est le cabaret ; de vos médisances et de vos mauvaises pensées ? c'est l'assemblée des
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garçons et des filles. Donc, si vous étiez bien repentant, vous éviteriez le jeu, le cabaret, les assemblées et compagnies mondaines. XI. Bref , il faut aussi considérer en l'examen les mauvais effets qui procèdent de nos péchés, parce qu'ils font souvent qu'une action est mortelle , qui ne serait que vénielle , ou indifférente et permise. Ces mauvais effets sont quelquefois prévus et prétendus; d'autres fois prévus et non prétendus; d'autres fois enfin, ils ne sont ni prévus ni prétendus ; mais nous les devons prévoir et éviter, et, en tous ces cas, ils nous sont imputés et augmentent la malice du péché. Vous révélez le vice caché d'aulrui à une personne que vous connaissez et qui n'est pas secrète; et, vous le dites tout exprès, afin qu'elle lé publie et que tout le monde le sache; qui doute que vous ne soyez coupable, non-seulement de votre médisance, mais encore de celle de tous les autres? Vous êtes paresseux à faire les écritures de votre client, ou à voir son procès, parce que vous aimez mieux passer votre temps en jeux ou plaisirs sensuels; vous donnez un délai superflu, vous prévoyez que ce petit retardement reculera l'affaire de trois ou quatre mois, incommodera notablement la partie, qui sera obligée de demeurer ici avec grands frais; vous prévoyez cela, mais vous ne le prétendez pas; ce dommage notable qui arrive par votre paresse, ou concession de délai, la rend plus criminelle et injuste. Enfin, l'effet ne sera ni prévu, ni prétendu, si pourtant il procède ordinairement ou naturellement de notre action, il la souille et rend vicieuse ; comme les privautés sensuelles qui se font à la vue de vos domestiques et qui leur peuvent donner des imaginations impures; jurer souvent pour la vérité en présence de vos enfants, qui apprendront à jurer, et jureront pour des mensonges.
Troisième point. — XII. Nous avons vu qu'il faut faire l'examen, et sur quoi il le faut faire : apprenons du prophète Jérémie comme il le faut faire. Heureux, dit-il, et bienheureux celui qui prend sur soi le joug du Seigneur de bonne heure, il s'assoiera tout seul en silence et s'élèvera au-dessus de soi-même : Bonum est viro cùm port averti jugum ab adolescentiâ sud, sedebit solitarius et tacebit, quia levabit se super se (Thren., 3, 27). Autant de paroles, autant d'instructions : Bonum est viro cùm por laver it jugum : Voilà le point d'importance en ce qui est de l'examen, de porter tout de bon le joug du Seigneur, faire un ferme propos de commencer de vivre selon les lois du christianisme , de conformer nos actions , non pas aux maximes du monde , mais aux commandements de Dieu et aux lumières de l'Evangile.
Sedebit; C'est la posture d'un juge : Sedebitis et vos judicantes. Quand nous pensons à nos péchés, souvent au lieu de nous juger, nous plaidons en notre faveur; au lieu de nous condamner, nous nous flattons, nous diminuons en notre esprit la grièveté de nos crimes : nous nous excusons sur notre faiblesse , sur la difficulté du commandement, sur la violence de la tentation, sur la mauvaise habitude, sur la compagnie, sur la femme ou sur les enfants; et de là vient que nous ne concevons pas une horreur, ni une vive douleur de nos fautes ; nous sommes lâches et indulgents à nous en
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punir pour nous en corriger. Il ne faut pas être avocat en ce sujet, mais juge : Sedebit.
Solitarius. Un grand secret pour bien faire une confession générale et une crise salutaire qui nous remette en parfaite santé intérieure, c'est de faire les exercices spirituels huit ou dix jours, entrer en retraite, mettre à l'écart toutes autres affaires; et pendant ce temps ne vaquer qu'à l'oraison, à la méditation, à la lecture des bons livres, à la revue de notre vie, à nous exciter à la repentance et correction de nos péchés : Sedebit solitarius. Vous recueillant ainsi et examinant dans la solitude, il vous faut faire état que vous êtes l'unique pécheur qui soit au monde, qu'il n'y a criminel sur la terre que vous : car Delictorum patrocinium est delinquentium turba. Ce qui fait que vos péchés vous semblent petits et dignes de pardon , c'est que vous voyez plusieurs autres qui vivent, qui blasphèment, qui s'enivrent et qui médisent comme vous; et il vous semble que vos crimes sont à couvert dans cette presse. Mais quand vous serez au jugement de Dieu, assis sur la sellette, vous y serez seul, sedebit solitarius. S'il n'y avait point de blasphémateurs, d'adultères et de larrons au monde que vous, que vos péchés sembleraient difformes, déréglés et dénaturés; vous passeriez pour monstre horrible et abominable à tous les hommes. Or, les péchés des autres n'excusent pas les vôtres devant Dieu et ses anges ; quand vous serez présenté à son tribunal, vos crimes paraîtront aussi noirs, monstrueux, exécrables et punissables, que si personne ne les avait commis que vous; et il vous faut supposer cela et vous mettre en cette disposition quand vous traitez avec Dieu seul à seul , pour vous préparer à la pénitence : sedebit solitarius.
Et tacebit. Il faut imposer silence à vos passions, supprimer vos inclinations et vos humeurs particulières. Vos passions sont comme ces fausses lunettes qui font paraître les lettres beaucoup plus menues qu'elles ne sont. Vos fautes vous semblent petites et légères, parce que vous ne les regardez qu'à travers vos affections, vous êtes leur avocat et non pas leur juge ; votre amour-propre vous flatte, vous fait trouverdes raisons pour colorer, amoindrir et justifier vos fautes. Vous vous échauffez à poursuivre ce proeès en matière d'injure, en apparence par zèle de justice et pour réparer votre honneur ; et en effet, si vous sondez votre cœur, c'est par un esprit de vengeance et pour nuire à votre prochain. Vous rudoyez cette fille dont vous êtes la belle-mère, vous l'étourdissez de réprimandes et d'injures : vous vous imaginez que c'est par esprit de correction; mais au fond si vous vous examinez sans passion , vous verrez que c'est par aversion.
Levabit se super se. Pour appréhender la grièveté de vos fautes et avoir un vif ressentiment de douleur, il vous faut séparer de vous-même et vous élever à Dieu : Sensibile suprà sensum position non facit sensationem. Ceux qui nettoient les égoûts et qui sont toujours parmi les ordures n'en ressentent pas la puanteur : si font bien ceux qui en sont séparés et qui vivent parmi les parfums. Vous ne connaissez pas l'énormité de vos fautes, parce que vous y êtes tout plongé, collé d'affection et naturalisé : élevez-vous quelquefois par-dessus vous-même, pour considérer qui est celui I. — s L — 14
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que vous offensez, combien il est grand, puissant, sage, bon et terrible; les obligations que vous lui avez et la haine qu'il porte au péché; demandez-lui la grâce d'appréhender ces motifs et d'en être touché; dites-lui souvent comme saint Augustin et saint François : Noverim me, noverim te. Que je me connaisse et que je vous connaisse , ô mon Dieu ! Noverim me, que je connaisse mes imperfections, mes infirmités, mon néant : Noverim te, que je connaisse vos grandeurs , vos excellences et vos perfections infinies : Noverim me , que je connaisse mes ingratitudes envers vous : Noverim te , que je connaisse vos miséricordes envers moi : Noverim me, parce que cette connaissance est le commencement de la vraie sagesse : Noverim te, cette connaissance est le comble de la perfection : Noverim me, avec haine et abomination de ce que je suis de moi-même : Noverim te , avec amour et admiration de ce que vous êtes : Noverim me, pour m'humilier, me confondre, m'abaisser au-dessous de toutes les créatures : Noverim te , pour vous bénir, louer et glorifier à jamais. Amen.