‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 32 sur 85 · DU BON PROPOS DE NE PLUS PÉCHER, QUI EST NÉCESSAIRE A LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

DU BON PROPOS DE NE PLUS PÉCHER, QUI EST NÉCESSAIRE A LA PÉNITENCE

Noli ampliùs peccare.

Ne veuillez plus pécher. (Joan. 5, 14.)

Hier nous disions que faisant l'examen de conscience , il faut avoir une vraie volonté et une résolution effective de corriger nos fautes et d'amender notre vie ; car le saint Concile de Trente, expliquant la première partie du sacrement de pénitence, qui est la contrition , dit que c'est une douleur et délestation des péchés que nous avons commis , avec propos de n'y plus retomber. J'ai donc aujourd'hui à vous faire voir, en premier lieu, combien ce bon propos est utile et nécessaire à notre conversion ; et en second lieu, les effets qu'il produit en nous quand il est vrai, cordial et sincère. Nous le devons demander à Dieu par vos intercessions , ô très-sainte Vierge 1 vous êtes tous les jours comparée à une tour d'ivoire dans les prières de l'Eglise : Turris eburnea ; l'ivoire est le symbole de votre pureté et sainteté incomparable : la tour exprime votre fermeté , votre constance et stabilité en l'état de grâce et de perfection. Tant que les autres saints ont été en ce monde, on leur disait: Faites votre salut avec crainte et tremblement; mais à vous, on vous a toujours dit avec raison : Ne craignez point : Ne timeas. C'est l'assurance que votre ange vous donna , quand il vous salua par ces paroles : Ave, Maria.

IDEA SERMONIS

Exokdium. — I. Immutabilitas Dei procedit ex ejus simplicitate : sic conversio, ut sit innstans, débet esse simplex , nempè cum sincero proposito nunquam peccandi. I. Punctum. — II. Nécessitas cujus propositi, quia sine eo conversio non est vera , nec

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firma : quod probatur. 1. Scripturâ. — III. 2. Patribus. — IV. 3. Conciliis. — V. 4. Ratione.

II. Punctum. —VI. Effectus hujus propositi. 1. Fuga occasionum. —VII. 2. Fuga disposition uni quae sunt vitia capitalia quamvis parva : quod probatur induetione superbiae Salomonis. — VIII. Avaritiœ Achab. — IX. Luxurise Herodiadis. — X. Invidiae Saulis. — XI. Gulae Esaû. — XII. Iree filiorum Jacob. — XIII. Pigritiae Davidis. — XIV. 3. Effectus, extirpatio inclinationum, quae fit. 1° Per orationem. — XV. 2° Per fervorem in bonis operibus.

Conclusio. — Per paraphrasim illorum verborum : In simplicitate cordis lœtus obtuli universa.

Exorde. — I. S'il était permis à un|ver de terre de parler grossièrement et en bégayant des grandeurs du Roi du ciel, je prendrais la hardiesse de dire qu'entre les perfections de Dieu, celle qui met le sceau à toutes les autres, qui affermit son trône et qui le rend paisible possesseur de sa béatitude, c'est son immutabililé : Ego Deus et non mutor (Malach, 3,6); Non est Deus sicut horno, ut rnutetur (Num. 23 , 19) ; Tu autem idem ipse es (Ps. 101 , 28) ; l'Eglise en ses prières : Rerum Deus tenax vigor, immotus in te permanens. Cette perfection divine se prouve aisément par cette démonstration : Tout changement se fait en bien ou en mal; en acquérant ou en perdant quelque chose. Si Dieu pouvait acquérir quelque bien, il ne serait pas entièrement parfait ; puisqu'on pourrait ajouter quelque chose à son être ; s'il pouvait perdre quelque chose , il ne serait pas heureux de tout point; puisqu'il serait toujours en danger, en crainte et appréhension de cette perte.

Saint Augustin qui, étant rempli de l'esprit de sapience, et d'un entendement tout de feu , va toujours à la source et au premier principe des choses, rapporte une autre raison de cette vérité (lib. 6 de Trinit., c. 6). Il dit que cette immutabilité de Dieu procède de la simplicité : Nihil simplex mutabile est. Tout changement suppose nécessairement un assemblage, une composition de diverses parties, ou de diverses qualités, ou de divers degrés d'une même qualité. De savant ou vertueux que vous êtes maintenant , vous pouvez devenir ignorant ou vicieux, parce qu'autre chose est votre nature, et autre est votre vertu ou science. A ce qui est parfaitement simple, on ne peut faire aucun changement, par diminution ou altération , sans le détruire et l'anéantir tout à fait : si une muraille n'avait qu'un degré de blancheur, on ne pourrait • tant soit peu altérer cette blancheur sans l'effacer entièrement : s'il n'y avait en l'air qu'un degré de lumière, on ne la pourrait point obscurcir sans l'éteindre. Dieu donc étant un être immortel , éternel et incorruptible, d'autre côté son essence étant très -pure, très-une, très-simple et indivisible, il n'est pas capable de changement, il est essentiellement et parfaitement immuable : Ego Deus et non mutor. C'est ce qui fait que le Saint-Esprit demande avec plus d'instance, à ceux qui s'approchent de Dieu, la simplicité de cœur, et que ce qu'il condamne avec plus d'horreur, c'est la duplicité. Le Sage dit au livre de la Sapience (1, 1) : Cherchez le Seigneur en simplicité de cœur. Et Dieu faisant le panégyrique du saint homme Job (1,8), en présence de tous les anges : Avez-vous vu, dit-il, mon serviteur Job, qui n'a pas son semblable? C'est un homme d'une grande simplicité; et au livre de Y Ecclésiastique

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(1 , 36 ; 2, 14): Gardez-vous bien de vous approcher de Dieu avec duplicité de cœur; et au même livre : Malheur à ceux qui ont le cœur double !

Premier point. — II. Saint Augustin nous a dit que l'immutabilité de Dieu procédait de sa simplicité. Il en est de même en la morale; quand notre conversion est simple et sans déguisement , elle est constante et persévérante. Au contraire, saint Jacques dit : Vir duplex animo inconstans est in omnibus viis suis (11, 8), que l'esprit qui a de la duplicité est inconstant en ses desseins et en ses actions. D'où vient que tant de chrétiens faussent si aisément les promesses qu'ils ont faites à leurs confesseurs? D'où vient que les résolutions qu'ils semblaient avoir prises de changer leur vie, ont eu si peu de durée, si peu de constance et de stabilité? C'est qu'elles n'étaient pas simples : qu'il y avait beaucoup de duplicité et de déguisement. Si vous regardiez qu'était l'état de votre âme, et la posture de votre cœur en plusieurs de vos confessions, vous verriez qu'il y avait beaucoup de fourberie ; mais fourberie si fine, si subtile, et si déliée, qu'elle ne trompait pas seulement votre confesseur, elle vous trompait vous-même. Vous confessiez peut-être en pleurant; vous aviez je ne sais quelle tendresse et amollissement de cœur, vous faisiez de belles protestations; mais au fond vous n'aviez pas une vraie volonté de quitter le péché et toutes ses appartenances.

Dieu s'en plaint par son prophète Jérémie : L'âme pécheresse , dit-il , ne s'est pas convertie et n'est pas retournée à moi de tout son cœur, mais avec mensonge ou dissimulation : Non est reversa ad me prsevaricatrix in toto corde suo, sed in mendacio (Jerem. 3 , 10). Ne vous trompez pas , dit saint Paul , on ne se moque jamais de Dieu impunément : Nolite errare, Deus non irridetur (Galat. 6 , 7).

III. C'est être moqueur et non pas pénitent, disent les saints Pères, de pleurer et confesser un péché que vous avez commis; et au même temps en commettre un nouveau qu'il faudra pleurer et confesser'. Or, si c'est commettre un péché devant Dieu que d'avoir une secrète volonté de le commettre, quand ce ne serait que d'ici à cinquante ans : telle confession n'est pas une vraie pénitence, dit saint Chrysostome : Nonpœnitentia, sed pœnitentia larva. l\y adesprédi- . cateurs qui font de grandes invectives en Carême contre les mascarades du carnaval ; il semble que ce soit hors de saison, puisqu'elles sont passées, et qu'il n'y a plus de remède pour cette année-là; mais il y a d'autres mascarades qui devraient bien animer le zèle et enfler le style des prédicateurs : ce sont les mascarades qui se font en Carême, en la semaine sainte, le jour de Pâques : les confessions masquées et déguisées. Celles du carnaval se font par de jeunes folâtres; celles de la semaine sainte se font par des gens de toutes conditions : celles-là sont des visages contrefaits, celles-là ne se

1 Irrisor est non pœnitens, qui commissa plangit et plangenda committit. Lavamini et muncli estote , lavatur, et mundus est qui et praeterita plangit et flenda iterùm non committit (Isidor., 1. 2 de summo bono , cap. 15).

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font qu'en la rue , celles-ci dans l'église ; celles-là après l'office , celles-ci pendant le service divin; celles-là font rire les hommes volages, celles-ci font pleurer les anges. Vous vous confessez d'avoir été au bal , au jeu , au cabaret , à la comédie et aux autres dissolutions du carnaval1 ;de bonne foi, dites la vérité; n'est-il pas vrai qu'au fond du cœur vous avez la volonté d'en faire encore autant l'année qui vient? Vous vous confessez d'avoir chicané en ce procès , d'avoir porté le sein ou les bras découverts , d'avoir retenu de l'étoffe et de n'avoir pas travaillé fidèlement en votre métier; n'esl-il pas vrai que vous avez dessein de faire de même après Pâques et après la mission, quand l'occasion s'en présentera? Votre confession est une singerie, une momerie, une vraie mascarade : Non pœnitentia , sed pœnitentia larva.

IV. Le saint concile de Trente et les saints Pères disent que la pénitence est un second baptême , une ratification, une confirmation, pour mieux dire un rétablissement du premier; c'est un renouvellement de ce qui s'est passé entre Dieu et nous quand on nous a baptisé ; c'est une alliance et une transaction par laquelle nous promettons à Dieu de garder ses commandements, et Dieu nous promet de nous donner son paradis; c'est un pacte, un contrat de pacificaiion , un traité de paix : Pactum pacis actus. Si vous demandez à Ulpian ce que c'est qu'un pacte, il vous dira que c'est un consentement, un concours et un commun accord de deux ou de plusieurs personnes en une même chose : Duorum velplurimum in idem placitum consensus. Or, Dieu ne veut point de trêves : il veut nécessairement ou la paix ou la guerre : il ne dit jamais inducia , trêves; il dit toujours : Pax vobis huic domui; hominibus. Ce mot de trêves n'est point en la Bible , vous ne le trouverez jamais ni au Vieux ni au Nouveau Testament. Si donc, en vous confessant, vous n'avez intention que de faire trêves avec Dieu , surséance et suspension d'armes, vous ne convenez pas avec Dieu; il n'y a point de pacte.

V. La pénitence est une partie subjective, un surgeon et un rejeton de la justice , seconde vertu cardinale. Quand on définit la justice en théologie ou dans le droit, on dit que c'est une volonté constante et perpétuelle de rendre à chacun ce qui lui appartient. Si donc vous n'avez pas une vraie volonté de rendre l'obéissance que vous devez aux commandements de Dieu , sans en excepter un seul , vous n'êtes point juste, ni par conséquent vrai pénitent. Mais quand vous avez cette volonté, vous faites beaucoup , vous méritez plus que vous ne pensez : car si vous avez une vraie volonté de vivre saintement, dévotement et austèrement le reste de votre vie ; comme vous ne savez si elle durera encore trente, quarante ou cinquante ans, quoique vous mouriez d'ici à cinq ou six ans, votre bonne volonté est aussi méritoire devant Dieu, que si vous viviez cinquante ans : Deus non annotât facultatem , sed coronat voluntatem , dit saint Augustin.

Et puis, quand ce bon propos est vrai, sincère et cordial, ce n'est

1 Poenitentiam agere est perpétua mala plangere, et plangenda non perpetrare(Greg., nom. 34, inEvang.).

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pas une simple velléité, ou un désir inefficace; c'est une volonté effective, agissante, qui met la main à l'œuvre, qui s'applique à la recherche des moyens convenables et nécessaires pour se préserver de la récidive. Il y en a trois principaux qui sont : la fuite des occasions, des dispositions et des inclinations qui nous portent au péché.

Deuxième point. — VI. Le Saint-Esprit nous marque le premier au livre des Proverbes, quand il dit : Quieavet laqueos securus erit (Prov. 12, 15) ; Celui qui redoute et qui évite les pièges, ne sera pas en danger d'être pris. Si vous êtes bien à Dieu et bien résolu de vous amender, vous regarderez : quel est le piège qui m'a fait tomber en tel et tel péché? Quelle est la cause et l'occasion de ces pensées déshonnêtes qui souillent mon cœur? C'est la hantise d'une telle personne , c'est l'intempérance, c'est que je mange trop, c'est que je ne trempe pas assez mon vin, c'est que je me confesse trop peu souvent, et que je change de confesseur pour n'être point réprimandé. Quelle est la cause des médisances, des paroles de flatterie et de complaisance , que je dis? c'est la compagnie. Quelle est l'occasion des jurements, des ivrogneries et des autres débauches? c'est l'académie ou le cabaret; et vous mettrez la main à l'œuvre, vous éviterez les compagnies, le jeu, les tavernes, parce que vous devez faire tout ceci, non-seulement, ni principalement pour l'amour de vous et de votre salut, mais pour l'amour de Dieu et de sa gloire. Si vous êtes bien converti, vous devez retrancher de vous et de votre maison, non-seulement tout ce qui vous peut servir de piège et d'occasion de péché; mais encore tout ce qui le peut être à qui que ce soit, comme de découvrir votre sein, dire des paroles trop gaies et trop libres en la présence des hommes , avoir des tableaux et des statues où il y a des nudités , des romans ou des livres d'amourettes , que vos domestiques liront s'ils les trouvent en votre maison.

Saint Bernard invectivant contre les chrétiens, qui ne se confessent et ne communient à Pâques que par coutume et par respect humain , dit que les maladies populaires sont ordinairement plus fréquentes après Pâques , en punition des sacrilèges qu'on a commis en communiant indignement1 ; comme saint Paul en avertit les Corinthiens; et que la raison de ce malheur est , qu'on ne fait pénitence qu'à demi; qu'on n'évite pas les dangers, les amorces et les allumettes de péché , ce qui est absolument nécessaire : car il ajoute que la marque d'une vraie componction , c'est de fuir les occasions , se retirer des dangers et périls de la rechute : Sit verse compunctionis indicium , opportunitatis fuga, subtractio occasionis. Et sainte Thérèse, au Château de Pâme, dit ainsi : Il est impossible qu'une personne embarrassée dans le monde s'avance en la vertu , et même qu'elle demeure sans danger en l'état où elle est , si elle ne se retire de toutes les affaires non nécessaires , autant que sa condition le peut permettre : parce qu'il est impos-

1 Propter hoc multi infirmi et imbéciles, et dormiunt multi , ut ait Apostolus. Propter hoc crebra hominum mortalitas in diversis regionibus, specialiter his diebus (Bern., Ser. 4. in die Paschœ).

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• sible d'être parmi tant de bêtes venimeuses , sans en être mordu assez souvent.

VU. Mais ce sujet est de trop grande importance pour le traiter à fond en si peu de temps ; demain , Dieu aidant, nous en ferons un sermon tout entier. Voyons à présent quelles sont les dispositions qui nous acheminent au péché, et qu'il faut retrancher quand on a un bon propos de s'amender. Ce sont les affections trop ardentes et déréglées aux grandeurs du monde, aux richesses de la terre, ou aux aises du corps. Ces affections ont quelquefois des commencements qui semblent très-innocents , ou du moins trèsexcusables et de petite conséquence ; mais elles finissent par des catastrophes très-criminelles et tragiques. Le Texte sacré nous en fournit des exemples bien remarquables et signalés; maison ne les remarque pas assez : en voici quelques-uns tirés des sept péchés qu'on appelle capitaux.

De l'orgueil. Au troisième livre des Rois (2, 22), Salomon désire régner après la mort de David son père. C'est un désir qui serait en lui juste et raisonnable s'il était bien réglé; son père et Dieu même l'avaient destiné à la couronne, mais cette ambition le porte à commettre un très-injuste et très-cruel parricide. Son frère aîné Adonias le fait prier de lui donner en mariage une fille qui avait été aux bonnes grâces de son père David : Ha ! mon frère a quelque mauvais dessein , dit-il , je jure ma vie qu'il en mourra ; et sur-le-champ , sans autre forme de procès, il l'envoie assassiner.

VIII. De l 'avarice. Au troisième livre des Rois (21, 2), Achab, roi d'Israël, désire avoir la vigne d'un pauvre homme nommé Naboth , parce qu'elle était auprès de son palais et qu'il en avait besoin pour faire un jardin. Il l'envoya quérir : Vendez-moi votre vigne , je vous en donnerai tout ce qu'elle vaut , ou, si vous l'aimez mieux , je vous en donnerai une autre meilleure que la vôtre. Cette cupidité semble bien raisonnable pour un roi ; il arrive néanmoins de là qu'on accuse faussement le pauvre Naboth , qu'on suborne de faux témoins contre lui, qu'on le fait mourir très-injustement. Vous convoitez l'héritage de votre voisin, et parce qu'il est à votre bienséance , il vous semble qu'il n'y a point de danger, parce que vous le voulez acheter ce qu'il vaut ; vous ne voyez pas le piège caché sous cette amorce : vous lui prêterez à usure , afin qu'il soit contraint de vous vendre son bien. Ces contrats engendreront des procès , vous les voudriez gagner à quelque prix que ce soit , et vous y commettrez mille méchancetés. On disait aux Juifs : Non concupisces remproximi tui (Exod. 20, 1). On dit aux chrétiens ■.Nulliusaliquid desideretis {\ . Thess. 4, il); Biens d'autrui ne convoiteras : c'est pour faire le vers que nos ancêtres ont ajouté : Pour les avoir injustement.

IX. De la luxure. Hérode hante familièrement avec sa belle-sœur (Marc. 6, 17); il se passe quelque cajolerie et muguelterie entre eux deux. Si saint Jean- Baptiste ou un autre prophète l'eût su, qu'il lui eut dit : Madame , retirez-vous de ces libertés, autrement elles vous feront perdre votre honneur. Mon honneur, saint homme ! et à quoi pensez-vous de me parler ainsi, on m'arracherait plutôt les deux

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yeux de la tète. Avez- vous bien si mauvaise opinion du roi et de moi? Il a une femme, j'ai un mari, et nous sommes proches parents. Ah! il n'y pense point de mal, et moi encore moins; ce n'est qu'un excès d'amitié qui nous rend ainsi libres et familiers l'un avec l'autre. Qu'eut-elle donc dit si l'on eût ajouté : Ces privautés iront si avant, que le roi vous enlèvera; qu'il vous entretiendra publiquement, que vous deviendrez une effrontée, l'opprobre de vos parents, la fable de la Judée et de toute la Palestine; vous serez une mégère. Par cette passion, vous ferez mourir le plus grand prophète qui ait jamais été; un saint qui a été prédit par les oracles divins , annoncé par un ange , conçu par miracle et sanctifié au ventre de sa mère ; vous lui ferez couper la tête , et de rage vous lui percerez la langue avec votre poinçon. Quiconque lui eut prédit toutes ces choses , elle les eut tenues pour des songes. Néanmoins elles sont arrivées. Ainsi, qui vous dirait que ces visites, que ces entrevues trop fréquentes et trop libres, vous feront devenir le scandale de la ville, la risée de vos voisins, la honte de votre parentage , le crève-cœur de votre père et mère et la désolation de votre famille ; peut-être qu'elles vous feront mourir sur un échafaud par la main d'un bourreau ! Vous croiriez que ce sont des menaces en l'air, vous diriez : J'aimerais mieux mourir que d'y penser seulement le moindre mal; il est si éloigné de m'en parler, que c'est lui-même qui m'en voudrait empêcher, c'est mon cousin-germain, mon beau- frère, mon propre frère; c'est un homme si dévot , si spirituel et si estimé de chacun. Oui, mais les auires pauvres malheureuses qui se sont perdues n'avaient-elles pas les mêmes raisons? ne tenaient-elles pas les mêmes propos que vous; ne se sontelles pas disposées à leur ruine par de pareils commencements. Celui qui a perdu Hérodias n'était-il pas son beau-frère. Sainte Irène ne fut-elle pas en danger d'être perdue par un homme spirituel. Les histoires tragiques de notre temps et des siècles passés ne sont-elles pas noircies par des exemples de filles et de femmes qui se sont perdues par des privautés avec leurs proches parents , leurs beaux-frères, leur frère, avec des hommes spirituels ou qui le semblaient être. Et partant séparez-vous.

X. De l'envie. David ayant défait Goliath en duel, les dames viennent au devant de lui, et au lieu de triomphe, elles chantent en la présence du roi Saiil. Saul percussit mille et David decem millia ; Saiil n'en a défait que mille , mais David en a défait dix mille. C'était une indiscrétion, toute comparaison est odieuse; ne pouvaient-elles pas louer David sans mettre Saûl en jeu? Saiil en est piqué d'envie, envie qui semble bien excusable ; il est roi, non par son ambition , mais par l'élection de Dieu ; il se voit décrédité et ravalé au-dessous d'un de ses vassaux. Toutefois, cette jalousie si pardonnable le porte à des injustices et des cruautés exécrables. Il poursuit à mort le pauvre David qui était innocent de ce fait; il lui tire par deux fois sa lance pour lui percer le cœur ; il fait mourir trèsinjustement quatre-vingt-cinq prêtres; il fait passer par le fil de l'épée tous les habitants de la ville de Nobé où ils étaient, et même les femmes et les enfants, parce que David s'y était réfugié (1. Reg. 22, 18).

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XI. De la gourmandise. Esaii retournant de la chasse est affamé comme un chasseur (Gènes. 25, 30); il voit uneécuelléede lentilles que son frère Jacob avait préparée pour son souper. Cet objet lui irrite 1 l'appétit : c'est une sensualité bien tolôrable ce semble ; néanmoins elle aboutit à le rendre profane et simoniaque; il vend son sacerdoce pour une viande corruptible. Vous allez au cabaret, ce n'est point à intention d'y (ffenser Dieu, mais d'y prendre le repas que votre ami vous y veut donner; mais cette franche repue vous coûte plus cher qu'au marché. Vous y perdez votre âme par médisance, par paroles déshonnêtes, par blasphèmes et des querelles. Quittez! quittez!

XII. De la colère. Le prince Sichem'ravit et déshonora Dina, fille de Jacob (Gènes. 34), ses frères en entrent en grande colère : quelle colère plus raisonnable? Elle se change en haine, haine qui passe si avant, qu'ils assassinent en trahison tous les bourgeois de la ville, qui n'avaient aucunement trempé au crime de leur prince. Ainsi, une petite colère vous fait dire des paroles piquantes; on vous en réplique et récrimine, vous les ruminez. Après la querelle, votre cœur s'aigrit et s'envenime; ces aigreurs produisent en vous et en vos familles des inimitiés mortelles et immortelles.

XIII. De la paresse. David se laisse emporter et abattre à un peu de paresse (2. Reg. 11,2), paresse bien légère et vénielle, il fait la méridienne en un jour de printemps, il se repose un peu sur son lit, à midi, au lieu de prier Dieu ou dé faire quelque autre bonne œuvre : Accidit ut de strato suo surgens. Accidit, ce fut un accident, ce n'était pas sa coutume; cette fainéantise affaiblit son esprit , elle le prive du secours particulier de Dieu. S'étant levé, il se promène sur sa plate-forme, il voit une femme, il la convoite , il l'envoie quérir, il la déshonore , il fait mourir son mari par la plus noire trahison qui se puisse imaginer! Vous allez au bal sans volonté d'y mal faire, ni d'être cause que quelqu'un fasse mal. Un jeune homme loue votre bonne grâce, vous vous plaisez à cette vanité : cette complaisance vous amollit le cœur; il vous fait avoir des tendresses pour celui qui vous donne ce plaisir : des louanges il passe aux cajoleries, des cajoleries aux privautés, et enfin il vous perd par de fausses promesses d'un mariage prétendu : Qui spernit modica paulatim decidet.

XIV. Bref, celui qui a un ferme propos et une sincère résolution de s'amender, prend peine à déraciner les inclinations au péché, qui sont le mauvais naturel et les habitudes vicieuses contractées de longue main. On les surmonte par deux voies, dit saint Fulgence : Frequentiâ orationis , et studio borne operationis , par une fréquente prière et la pratique des bonnes œuvres; David faisait l'un et l'autre : Os meum aperui, et attraxi spiritum : servus autem tuus eœercebatur in justificationibus tuis (Ps. 118). A votre avis, pourrais-je conserver ma vie , si je demeurais longtemps sans respirer, comme une heure ou une demi-heure? Il est certain que non, pourquoi ? parce qu'il y a là dedans un foyer, un feu naturel , mais ardent, qui a besoin d'être continuellement rafraîchi. Nous avons en l'âme un foyer, un feu d'artifice ou plutôt infernal , un brasier fatal et funeste : F ornes peccati, la concupiscence, la nature cor-

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rompue par le péché originel et par les péchés actuels. L'air n'est pas si nécessaire au foyer du corps que le Saint-Esprit au brasier de Tâme. Pour vous empêcher de mourir de la mort du corps, vous avez besoin de respirer continuellement, d'attirer la fraîcheur de l'air : et pour vous empêcher de mourir de la mort de l'âme et de retomber au péché, il est nécessaire d'aspirer à Dieu continuellement, ou du moins très-souvent; d'attirer la grâce de Dieu d'heure en heure, de demi-heure en demi-heure par des prières, par des oraisons jaculatoires; faire comme David : Osmeum aperui, et attraxi spiritum, , quia mandata tua desiderabam. Aspice in me , et miserere met ; dire souvent : Mon Dieu ayez pitié de moi, jetez vos yeux de miséricorde sur moi , faites-moi la grâce de ne plus retomber au péché.

XV. Servus autem tuus exercebatur in justificationibus tim(Ps. 118). Pour dissiper les mauvaises humeurs du corps, on fait de l'exercice corporel ; et pour dissiper les humeurs peccantes de l'âme et les inclinations vicieuses, il se faut exercer avec ferveur et assiduité aux bonnes œuvres , visiter les prisons et les hôpitaux , aller voir les pauvres malades , consoler les affligés, instruire les ignorants , redresser les dévoyés et accommoder les différends; par ce moyen, vous gagnez les bonnes grâces de Dieu, vous attirez son secours pour résister à vos ennemis; vous n'avez pas le loisir d'écouter les tentations, vous acquérez de bonnes habitudes qui abolissent les mauvaises : Qui timet Deum faciet bona.

Conclusion. — Disons donc au Fils de Dieu, ce que l'Eglise lui dit en la messe de la dédicace du temple. Salomon le lui avait dit anciennement en la consécration de son temple; aussi la vraie conversion est une nouvelle dédicace et consécration de notre âme : Deus meus scio quod probes corda et simplicitatem diligas : undè et ego in simplicitate cordis met lœtus offero universa. Domine Deus, custodi in seternum hanc voluntatem (1. Paralip. 29, 17); Mon Dieu vous sondez les cœurs , vous voyez le fond de notre âme, vous éclairez de votre lumière les plus épaisses ténèbres de notre intérieur, je vous offre d'affection et en simplicité de cœur tout ce que vous demandez de moi. Conservez-moi, s'il vous plaît, par votre grâce en cette bonne volonté. Oh! les belles paroles, si nous les pouvions toutes dire avec vérité ! Probas corda et renés. Oui , Dieu sonde votre cœur, il voit bien s'il est affranchi de toute affection au péché ; s'il y reste encore quelque levain de secrète volonté de retourner à vos débauches : gardez-vous bien de communier, de peur qu'il ne vous arrive comme à ce prince infortuné.

Le roi Lothaire ayant été excommunié par le Saint-Siège, parce qu'il entretenait Waldrade sa concubine, alla à Rome pour être absous, feignant de l'avoir quittée. Adrien second, très-saint pape, ayant dit la messe en l'église de Saint-Pierre et le voulant communier pour l'incorporer aux membres de notre Sauveur dont il avait été retranché, lui présentant l'Eucharistie, lui dit : Si vous vous êtes retiré de l'adultère qui vous a été défendu et si vous avez ferme volonté de ne retourner jamais à Waldrade, approchez- vous avec toute assurance et recevez le sacrement du salut éternel , qui vous

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profitera pour obtenir la rémissiou de vos péchés. Mais si votre conscience n'est pas bien purifiée, si vous avez quelque secrète intention de retourner à l'adultère, gardez-vous bien de le recevoir de peur que ce qui est préparé par la Providence divine pour remède aux fidèles, ne soit à votre jugement et condamnation. Puis se tournant vers les seigneurs qui étaient à la suite du roi et qui avaient assuré que le roi avait quitté sa concubine : Si vous avez témoigné la vérité , le Corps et Sang de notre Sauveur que vous allez recevoir, vous proûtera pour la vie éternelle. Je vous dis le même, si vous avez quitté le péché et l'occasion et la volonté de pécher, si vous avez restitué le bien mal acquis, si vous avez chassé la coquine de votre maison , si vous avez vidé votre cœur de toute inimitié, allez à la bonne heure recevoir la sainte communion. Mais s'il reste en votre cœur quelque dessein pour l'avenir, craignez qu'il ne vous en arrive comme à ce roi malheureux. Il fut si téméraire que de recevoir indignement l'Eucharistie : il mourut le mois suivant; et tous ceux de sa suite, qui participèrent à son sacrilège, furent frappés de la main de Dieu, et moururent dans un an. Dieu perce à jour le fond de votre âme , il en voit toutes les dispositions, faites-lui un parfait holocauste ; offrez-lui tout ce qu'il demande de vous.

O/fero universa, sans réserve, sans restriction et sans modification. Ne dites pas , je veux bien chasser la concubine; je veux bien me réconcilier, mais non pas quitter ce procès injuste? Ne pensez pas faire avec Dieu une cote mal taillée : Offero universa in simplicitate cordis , sans duplicité, sans hypocrisie et sans dessein sur l'avenir. Ne dites pas : Je quitterai le cabaret, mais ce n'est que pour jusques après Pâques. Je couvrirai mon sein et mes bras; mais ce ne sera que quand j'irai à confesse. Comme Dieu va franchement et sincèrement avec nous, il veut que nous allions ainsi envers lui; il n'use point de supercherie envers nous et ne veut pas que nous en usions avec lui ; il nous pardonne sans réserve et pour toujours, il veut que nous nous convertissions sans restriction et pour toujours : Lxtus offero, de bonne volonté, de grand cœur. N'usez donc pas de remises, ne vous faites pas tant prier; si c'est de bon cœur , mettez-vous sans attendre davantage dans l'impossibilité de retomber : voilà le grand secret. Si votre oncle vous a promis de vous faire donation de sort bien, quand vous le voyez en bonne humeur, en ses joyeuses pensées et en affection pour vous, vous épiez cette occasion, vous le priez d'envoyer quérir le notaire. Ainsi, pour faire votre salut , quand vous êtes en la ferveur de quelque bonne résolution, il la faut effectuer sur-le-champ, sans plus attendre : aller trouver votre ennemi pour vous réconcilier, jeter au feu les papiers de ce procès injuste, donner quittance, rendre ces cédules, faire restitution et aller demander votre place aux Carmélites. Si vous êtes indisposée, vous pouvez dire comme Salomon : Domine Deus, custodi hanc voluntatem ; Mon Dieu , cette bonne volonté vient de vous , elle ne peut subsister que par vous ; c'est vous qui me l'avez donnée , c'est à vous à la conserver ; vous avez bien voulu en être l'auteur, soyez-en, s'il vous plaît le tuteur par Jésus-Christ Notre Seigneur, qui vit et règne avec vous en tous les siècles des siècles. Amen.

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