‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 34 sur 85 · DE LA CONFESSION SACRAMENTELLE · texte numérisé non relu

DE LA CONFESSION SACRAMENTELLE

Dixi , confitebor adversùm me injustitiam meam Domino. ^ J'ai dit que je confesserais contre moi mon injustice au Seigneur. (Psal. 31.)

Ces jours passés nous considérions que , comme en la vie humaine, pour guérir une tumeur du corps, ce n'est pas assez de la percer par un coup de lancette; mais qu'il en faut encore faire sortir lepusetl'apostume; ainsi en la vie spirituelle, pour être guéri du péché qui est appelé par Isaïe , plaga tumens , ce n'est pas assez que notre cœur soit piqué de douleur par une vive contrition, il en faut faire sortir les ordures par la confession de bouche. Quand l'Eglise, en ses litanies, vous surnomme le Refuge des pécheurs, 6 sainte Vierge! elle l'entend principalement de ceux qui désirent se convertir, de ceux qui se repentent, se confessent et s'ailligent d'avoir offensé votre Fils. Aussi l'Eglise ajoute immédiatement après, que vous êtes la Consolation des affligés, le Secours et le Support des chrétiens, parce que les pécheurs qui vous réclament en l'affliction de la pénitence , sont consolés par le secours et l'assistance de votre grâce, que nous implorons en vous saluant : Ave , Maria.

IDEA SERMONIS

Exordium. — I. Hœc verba Confitebor adversùm me, etc. Indicant confessionem debere esse. 1. Prœparatam ; 2. Vindicativam , 3. Integram.

I. Punctum. — II. In hoc tribunali, pœnitens est pars adversa contra se, undë débet parare accusationem , scrutando sua crimina per examen. — III. Prœcipua pars hujus examinis, est dolor. — IV. Ardenter petendus à Deo.

II. Punctum. — V. Débet animo vindicatorio contra se, conformari intentionibus, ob quas Christus instituit confessionem, qute sunt punitio , humiliatio, correctio. — VI. Ergô débet quserere severum judicem ut puniatur. — VII. Non se excusare, sed accusare ut humilietur. — VIII. Petere pœnas convenientes , ut corrigatur.

III. Punctum. — IX. Débet intégré confiteri. 1. Scripturâ. — X. 2. Patribus. — XI. 3. Rationibus sumptis ex qualitatibus confessarii in se , et ergà pœuitentem : nempè quia est homo , Christianus, Sacerdos , Pater, Medicus, Judex. — XII. 4. Historia.

Conclusio. — Pia? instructiones , per paraphrasim illorum verborum : Dixi confitebor.

Exorde. — I. Dixi confitebor adversùm me injustitiam meam Domino. Ces paroles du Prophète royal , que j'ai prises pour mon texte, impriment excellemment bien les trois principales circonstances et conditions d'une parfaite confession. Premièrement, elle

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doit être préméditée, l'examrn et la repentance en doivent être les avant-coureurs : Dixi confitebor. En second lieu , elle doit être vindicative : Adversùm me injustitiam meam. En troisième lieu , entière, sans réserve d'aucun péché mortel, comme étant faite à Dieu qui sait tout : Confitebor Domino; et voilà les trois premiers points de ce discours.

Premier point. — IL Adeamus cum fiduciâ ad thronum gratis ejus , ut miser icordiam consequ amur (Heb. 4, 16). Ce texte sacré, que saint Paul écrit aux Hébreux, nous donne sujet de considérer que notre Sauveur exerce envers les hommes deux sortes de jugements : un de douceur et de bonté, un autre de rigueur et de sévérité. Le premier est un asile de miséricorde; le second est un lit de justice; le premier est un trône de grâce et de rémission , le second est un tribunal de vengeance et de punition ; le premier est pendant cette vie, le second après notre mort; le premier est au sacrement de pénitence , le second en la résurrection générale; et comme au second il n'exercera pas sa justice si sévèrement et absolument, qu'il n'y emploie aussi sa miséricorde : Punit citrà condignum , ainsi au premier jugement, au sacrement de pénitence , faisant miséricorde à ceux qui recourent à sa grâce, il veut qu'ils se mettent en étal, qu'on fasse droit aux parties, qu'on y observe toutes les règles et les formalités de la justice.

Les jurisconsultes nous l'enseignent, et l'expérience le montre, qu'un jugement est toujours composé de trois personnes : du demandeur, du défendeur et du juge : Judicium tribus personis constat : actore, reo et judice. Au jugement de rigueur et de sévérité, le juge sera notre Sauveur Homme-Dieu; nous le disons tous les jours au Symbole : Venturus est judicare vivos et mortuos. Les défendeurs et accusés, seront les hommes pécheurs; le complaignant, le demandeur sera le Père éternel, il fera cet honneur à son Fils de le prendre pour juge , en récompense de ce qu'il a été content d'être jugé par les hommes, pour la gloire de son Père : Dignum ducis super hujuscemodi aperire oculos tuos, et adducere eum tecum in judicium (Job. 13). Au lieu de tecum, il y a au grec Ivocvtio'v ffou adversùm te. Vous voulez être sa partie, et lui-même dit par son prophète Joël : Congregabo omnes gentes in vallem Josaphal , et disceptabo cum eis (Joël. 3, 2). J'assemblerai tous les hommes, et je plaiderai contre eux. Il dira à l'Homme-Dieu : Mon Fils, faites-moi justice, vous êtes juge compétent, personne ne vous peut récuser : si vous avez du zèle pour ma gloire, parce que vous êtes Dieu comme moi , vous en avez aussi pour le salut des hommes, parce que .vous êtes homme comme eux : Judicate inter me et vineam meam; je vous en fais le juge. Quelle punition mérite un tel qui a commis telle et telle faute , avec grande connaissance du mal qu'il faisait, nonobstant telle et telle grâce que je lui avais faite.

Au tribunal de la confession , le juge c'est aussi l'Homme-Dieu, Jésus-Christ Notre Seigneur : Omne judicium dédit Filio , quia filius hominis est (Joan. 5, 22). Et parce qu'il n'est pas visible , afin que nous soyons plus certains de l'issue du procès et de la sentence

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d'absolution qu'on nous y donne, il a établi un commis avec qui nous pouvons traiter visiblement et sensiblement; c'est le prêtre qui est son lieutenant, son vicaire , son vice-gérant et vice-roi ; le criminel c'est le pénitent. Mais où est le demandeur? Tout jugement est composé de trois personnes, je n'en vois que deux au confessionnal, le prêtre et le pénitent; où est la troisième personne, la partie adverse? c'est encore le Père éternel; et comme le confesseur tient la place du Fils, le pénitent tient la place du Père, il est aussi son commis, son substitut, son promoteur et son procureur général : il est accusateur, délateur, partie adverse contre soimême; et en cette qualité , les intérêts du Père éternel lui doivent être en recommandation, il doit demander justice : Covfitebor adversùm me. Or, nous voyons qu'une partie adverse , ou le procureur du roi fait soigneusement des enquêtes et des informations sur toute la vie du criminel, il recherche curieusement tout ce qui est à redire et à reprocher en ses actions, pour en charger le procès-verbal : ainsi le pénitent doit soigneusement examiner sa conscience, faire une revue sur toutes ses pensées, ses paroles et ses actions; rechercher exactement les espèces , le nombre et les circonstances de ses crimes, afin de s'en accuser. Nous en avons traité à fond ces jours passés ; néanmoins, en faveur de ceux qui n'y étaient pas, vous remarquerez que la plus importante pièce de cet examen , c'est la repentance.

III. Le concile de Trente, traitant de la communion, dit que la principale et plus essentielle disposition qui est absolument nécessaire au pécheur pour la recevoir dignement, c'est la confession, et que c'est de ce sacrement qu'il faut entendre ce mot : Probet autem seipsum homo. Et notez qu'il ne dit pas qu'il examine ses œuvres, ses paroles, ses actions; mais soi-même, son cœur, ou le fond de son âme : si elle a un vrai regret et déplaisir d'avoir offensé Dieu , une sincère volonté de se donner à lui , de changer de vie, de renoncer au monde et à ses maudites coutumes et de vivre selon les maximes du christianisme. Sur cela un fameux docteur de Sorbonne , qui a écrit des commentaires sur la Somme de saint Thomas, a dit avec vérité, que c'est un grand abus qui règne à présent parmi lésâmes chrétiennes, qu'elles sont fort pointilleuses à rechercher et reconnaître leurs fautes, et fort peu à s'en repentir et à les délester; et toutefois, le second est plus important que le premier: car s'il y a quelque manquement véniel en la recherche de vos péchés , le confesseur y peut suppléer, en vous interrogeant sur les commandements. Mais si vous n'avez la repentance, à peine peut-il suppléer à ce manquement, car sïl vous propose des motifs pour vous exciter à la repentance, au lieu de songer à ce qu'il vous dit, vous vous amusez à penser si vous n'avez rien oublié , et vous l'interrompez à tout propos. Et puis, c'est à Dieu de vous donner cette repentance, et je crois qu'il est important d'employer plus de temps , plus de soin, de diligence et d'application d'esprit à la demander et à nous y exciter, qu'à rechercher scrupuleusement nos fautes.

IV. Je vous disais l'autre jour, que quand vous avez employé un temps et un soin raisonnable à vous préparer pour la confession ,

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vous ne devez point entrer en scrupule et en doute, disant : Peutêtre que ma confession n'est pas bonne, je n'y ai pas apporté la préparation nécessaire. Vous devez vous reposer et vous contenter, quand vous y avez appliqué autant de soin et de temps que vous feriez à une affaire temporelle d'importance. Cela est vrai, mais cela ne se doit entendre que de l'examen et de la recherche de vos péchés, non pas de la repentance : car on ne vous saurait bien prescrire et déterminer le soin et le temps qu'il est bon d'employer pour la demander à Dieu ; parce qu'il dépend de son bon plaisir de vous l'octroyer quand bon lui semblera. Voilà un partisan qui doit rendre compte à l'intendant des finances et qui demande au roi une abbaye ou quelque autre bénéfice pour son fils; si vous lui demandez : Combien de temps faut-il pour dresser vos comptes et les rendre à l'intendant; il vous peut répondre : Il me faut huit ou quinze jours, parce qu'il sait à peu près toutes les affaires qu'il a négociées, ce qu'il a reçu et ce qu'il a donné ou employé; mais si vous lui demandez : Combien de temps vous faut-il pour obtenir l'abbaye? il vous dira : Je n'en sais rien , cela dépend du roi et de son bon plaisir; peut-être qu'il me l'octroiera bientôt, peut-être que ce ne sera de longtemps. Ainsi, vous me demandez combien de temps me faut-il pour examiner ma conscience ; je vous pourrai répondre : Il faut environ tant de temps, peu ou beaucoup, à proportion du temps qu'il y a que vous n'avez été à confesse et selon les affaires que vous avez négociées. Mais si vous me demandez : Combien de temps me faut-il pour avoir la repentance? Je n'en sais rien, cela dépend de la volonté de Dieu, qui la donne aux uns plus tôt, aux autres plus tard ; et il la lui faut demander avec instance et vous y exciter avec ferveur, jusques à ce que vous croyiez probablement que vous l'avez. Voilà comme la confession doit être préméditée : Dixi Confitebor.

Deuxième point. — V. Âdversùminjustitiam meam. Le Catéchisme du concile de Trente , traitant de la confession (cap. 5, num. 36), dit , que ce n'est pas un simple narré que vous faites de vos actions et de votre vie à l'oreille du prêtre; mais que c'est une accusation et un fidèle rapport de vos péchés que vous devez faire au confesseur, avec un zèle de justice et par esprit de vengeance contre vous : Animo accusatorio , ut ea in nobis vindicare cupiamus. Ce sont ses propres termes. Quand une partie adverse est animée de colère et de vengeance contre un criminel, premièrement , elle tâche d'avoir le juge le plus intègre , le plus rigoureux et sévère qu'elle peut obtenir; secondement, elle exagère et aggrave tant qu'elle peut, dans le procès-verbal, le crime de l'accusé; elle en fait considérer les circonstances du temps, du lieu, des personnes, des instruments, de la manière dont on a mal fait; en troisième lieu, elle demande de grandes réparations, elle tend à faire condamner son adverse partie à de grosses amendes, à des satisfactions rigoureuses. Vous ne faites rien de tout cela en votre confession : vous avez des inclinations et des dispositions toutes contraires; quand vous demandez un Père pour vous confesser, vous voulez qu'il soit doux , indulgent, flatteur, condescendant , et

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vous dites au sacristain : Ne me donnez pas un de ces Pères rigoureux , qui y veulent tant de façons; au lieu donc, d'exagérer vos crimes, vous les excusez tant que vous pouvez, vous les rejetez sur votre mari qui était allé à la débauche , sur votre enfant , ou sur votre servante qui vous a désobéi ; sur votre cousin qui plaide injustement contre vous. Si on vous impose une pénitence tant soit peu rude, ou contraire à votre amour-propre , encore que ce soit pour votre salut, encore que ce ne soit pas la dixième partie de ce que vous méritez, vous vous cabrez, vous vous plaignez, vous faites du rétif; il faut avoir un procès contre vous : Confitebor adversùm me, adversùm me , non pas contre les autres , mais contre moi-même; non pas pour moi , pour être flatté, pour être excusé, mais pour être réprimandé , puni et châtié.

11 me semble que les arguments qu'on appelle àpriori, et qui sont tirés des principes , sont plus convaincants , plus évidents et irréprochables. Voyons à quelle intention notre Sauveur nous a obligés de confesser nos péchés à un homme, même les plus secrets , les plus honteux et les plus détestables. Le saint concile de Trente (sess. 4, can. 2 et 8) et les Pères de l'Eglise nous enseignent qu'il a institué la confession pour trois principales raisons : pour nous punir, pour nous humilier et pour remédier à nos vices. Premièrement, pour nous punir: car, comme dit le même concile , puisque nous avons été si malavisés que de violer notre baptême, de fausser les promesses que nous y avons faites, de perdre la grâce de Dieu qui coûte si cher à Jésus-Christ, c'est raison que nous portions la peine de notre folie et le châtiment de notre témérité. Secondement, pour nous humilier : car, comme dit saint Bernard : Sola virtus humilitatis , lœsse estreparatio castitatis, pietatis, sobrietatis,i\ faut encore dire : Lsesx reparatio charitatiSj pietatis, sobrietatis; sans la vertu d'humilité l'âme ne répare pas les brèches qu'elle a faites à la chasteté , à la charité et aux autres vertus chrétiennes. Et Tertullien appelle la pénitence une école d'humiliation : ë%b[uîkùt&tttq. Scola humilificandi. En troisième lieu , le Fils de Dieu a institué la confession , pour remédier à nos vices, ensuite de ces prières que les prophètes lui font : Sana animam meam quia peccavi tibi ; sana me, Domine , et sanabor. 11 faut donc découvrir nos plaies si nous voulons qu'elles soient guéries : car, comme dit le même concile : Quod ignorât medicina non curât.

VI. Pour nous conformer à la première intention, puisque vous êtes demandeur, et complaignanl contre vous-même en ce procès criminel , vous devez choisir un juge qui ne soit point ami de la partie; mais qui fasse comme Périclès, qui oublie la qualité d'ami, quand il prend celle de juge : Personam amici eœuit, cùm induit judicis (j'entends d'une amitié mondaine et non d'une amitié spirituelle et chrétienne) , un juge désintéressé , intègre , incorruptible , qui ne se laisse pas gagner par présents , par faveur, par respect humain, par espérance et prétention d'obtenir quelque chose de vous , parce que le Saint-Esprit nous dit : Mimera eœcxcant oculos sapientium , et mutant verba justorum (Eccli. 20, 31 ; Deut. 1G, 19). Vous devez choisir un juge qui ne soit pas lâche, ti-

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mide , condescendant et flatteur, mais qui ait considéré et accompli cette parole : Noli fieri judex , nisi valeas virtute irrumpere iniquitates (Eccli. 7, 6) ; qui ait le courage de battre en ruine les excuses et raisons frivoles où vous vous retranchez pour ne pas sortir de l'occasion du péché, pour ne restituer pas le bien mal acquis , pour ne vous réconcilier pas, et un confesseur qui vous refuse l'absolution, quand vous ne voulez pas. sortir de cette maison , rompre cette amitié mauvaise , résigner ce bénéfice , cette charge ou cet office où vous ne faites pas votre devoir.

VII. Mais de quoi sert d'avoir un bon confesseur, si la confession n'est pas bonne? Elle n'est pas bonne, mais très-mauvaise et contraire à la seconde intention du Fils de Dieu, quand vous vous excusez, au lieu de vous humilier, vous vous justifiez au lieu de vous condamner. David appelle ces excuses, que vous avez coutume d'alléguer, des paroles de malice : Non inclines cor meum in verba malitiœ , ad excusandas excusationes in peccatis (Ps. 140, 4). Saint Augustin, saint Bernard et les autres Pères disent, que si Dieu permet quelquefois que les prédestinés tombent en faute, c'est pour les humilier : Priusquàm humiliarer ego deliqui (Ps. 118, 67), afin qu'ils ressentent et connaissent clairement leur fragigilité , leur misère, leur faiblesse , la corruption de leur nature, le besoin qu'ils ont de la grâce de Dieu; et que s'ils ne sont tombés plus souvent , et plus lourdement, c'est qu'ils les a tenus par la main. Et n'est-ce pas un grand manquement d'humilité, n'est-ce pas donner sujet à Dieu de nous abandonner, quand , au lieu de reconnaître et d'avouer notre faute pour nous confondre, nous la cachons ou rejetons sur un autre pour nous justifier.

Nous pouvons remarquer en l'Ecriture, que pour faire miséricorde, et pour pardonner les péchés aux hommes, Dieu a toujours demandé d'eux qu'ils reconnussent et avouassent leur faute, et ce en tous les états, en la loi de nature, de Moïse et de grâce. En la loi de nature, saint Augustin et saint Grégoire disent que Dieu interrogea le premier homme et la première femme avant que de les condamner, et leur demanda pourquoi ils avaient transgressé son commandement, afin de leur donner sujet de confesser leur faute, et d'obtenir pardon par cette humble confession : Deus confitenti Adamo tanquàm in apertum sinum, indulgentiam parafas erat dare, excusas te, claudis sinum , includis peccatum, excluais peccati indulgentiam . Ad hoc quippè requisiti fverant , ut peccatum quod transgrediendo commiserant , confitendo delerent, undè et serpens ille persuasor qui non erat revocandus ad veniam, non est de culpd requisitus '. Ce qu'il ne fit pas au démon qui les avait tentés, parce qu'il n'avait pas volonté de lui pardonner. En la loi mosaïque : Vir sive mulier, cûm fecerint ex omnibus peccatis quœ soient hominibus accidere, etper negligentiam transgressi fuerint mandalum Domini, atque deliquerint , confitebuntur peccatum suum. Et Génébrard montre par l'Ecriture qu'ils offraient des sacrifices divers et différents, selon la différence des péchés qu'ils avaient commis.

1 Aug., homil. 12, ex. 50; Greg., 21. Moral., c. 9, num. 5, 6.

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En la loi de grâce : Si confiteamur peccata nostra , fidelis est et justus, ut remittat nobis (1. Joan. 1, 9). Si nous confessons nos péchés, Dieu est si fidèle et si juste , qu'il nous les remettra : car si vous ne confessez pas la dette, vous ne reconnaissez pas la grâce du créancier qui vous l'a quittée; si vous n'avouez par la grandeur de la maladie, vous ne connaissez pas la faveur du médecin qui vous en a délivré : Da gloriam Deo, eteonfitere, disait Josué (7, 19) à un soldat qui avait péché; et partant, afin que Dieu soit glorifié par votre confession, et qu'il vous fasse miséricorde, il ne faut pas vous justifier, mais vous humilier; il faut exagérer vos crimes, plutôt que de les excuser. Mon père , je suis la plus ingrate de toutes les créatures : vous ne croyez pas les obligations que j'ai à Dieu , les grâces particulières qu'il m'a faites, et néanmoins j'ai été si malheureux que de l'offenser, par telle et telle action, volontairement, de propos délibéré , sans y être induit de personne, par ma pure méchanceté, nonobstant les grandes lumières, les remords de conscience, et les inspirations que Dieu me donnait pour m'en détourner; je les ai faites avec scandale en présence de mes gens, leur donnant mauvais exemple dans l'Eglise , en Carême, la semaine sainte. Je me suis donné le droit en un tel procès, en une telle querelle : mais au fond c'est moi qui ai le tort; c'est ma passion , mon amour-propre , mon avarice, mon impatience, et l'attache à mes sentiments qui est cause de tout le mal.

VIII. Et pour vous conformer à la troisième intention, pour laquelle la confession a été instituée , pour montrer que cette humble confession n'est pas une grimace, que ce n'est pas un simulacre et un masque de pénitence , et que vous avez une vraie volonté d'être puni et guéri de vos péchés, ne refusez pas d'être pansé ; permettez qu'on vous applique les remèdes salutaires que notre Sauveur a institués. Saint Grégoire dit qu'il a ordonné qu'on applique des remèdes contraires aux maladies : Contraria opposuit medicamenta peccatis. Vous avez péché par avarice, par rapine, par usure, par tromperie , en vendant ou achetant , par chicane de procès et autre injustice; vous devez prier votre confesseur, non-seulement de vous obliger à la restitution , mais encore à des aumônes et autres œuvres de charité. Vous avez péché par débauche, par paroles dissolues, par médisance, dans les cabarets ou dans les compagnies mondaines , par intempérance , par impureté, par pensées et actions déshonnêtes ; vous le devez prier de vous donner pour pénitence de n'aller de trois ans au cabaret ni en ces compagnies , de jeûner, d'éviter les festins , de ne pas boire de vin qu'il n'y ail la moitié d'eau : Confitebor adversùm me, adversùmme.

Troisième point. — IX. Confitebor Domino. C'est à Dieu proprement , que vous vous confessez ; le prêtre n'est que son lieutenant, son vicaire et son vice-gérant ; vous devez vous accuser avec autant de vérité, de sincérité et de confiance que si c'était à Dieu seul. Si vous cachez vos péchés , si vous les déguisez, si vous n'avez pas volonté de tenir vos promesses et de faire ce qu'on vous commande, on vous dira comme saint Pierre disait à Ananias : Non es rnentitus hominibus , sed Deo ; c'est envers le Saint-Esprit, et non

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pas envers les hommes que vous usez de dissimulation et de tromperie , mais à votre damnation.

X. Vous faites comme le pharisien, dit saint Augustin { : Erat in statione medici curandus Pharisseus, sed sana membra ostendebat, vulnera tegebat , Deus tegat vulnera tua, non tu ; namsi tu tegere volueris erubescens , medicus non curabit , etc. ; sub tegmine medici curantur, sub tegmine vulnerati putrescit vulnus; Il alla au temple qui est la maison du vrai médecin et une boutique de pharmacie spirituelle, et il en sortit aussi malade et aussi blessé qu'il y était entré, parce qu'il ne montra que ses parties saines et non pas celles qui étaient ulcérées : Jejuno bis in sabbato. Quand vous avez honte de découvrir votre plaie au chirurgien, elle est bien couverte; mais c'est à votre dommage: elle se pourrit et la gangrène s'y engendre ; si vous la découvrez, le chirurgien la rouvrira avec un peu de douleur, mais pour votre plus grand bien ; il y appliquera un emplâtre un peu mordant et sensible, mais desséchant et salutaire.

XI. Pour combattre la honte et la confusion qui vous pourraient empêcher de vous bien découvrir, considérez les qualités du confesseur, les qualités qu'il a en soi, les qualités qu'il a au regard de vous. En soi, il est homme, il est chrétien , il est prêtre ; au regard de vous, il est votre père, votre médecin et votre juge.

Premièrement, il est homme : Homo est, humant à se nihil alienum putat. Il sait la fragilité humaine, il l'expérimente tous les jours ; il est infirme , il est fautif, fragile et sujet aux tentations comme vous; peut-être qu'il a commis les mêmes péchés que vous, et s'il ne l'a pas fait, il les eût commis si Dieu ne len eût empêché par une grâce particulière ; il les commettrait à présent si Dieu ne le tenait par la main. Il sait cette maxime de saint Augustin : Nullum peccatum facit homo , quod non facere posset aller homo , si desit rector à quo factus est homo. Quand vous lui dites un grand péché, il dit en lui-même : J'en ferais tout autant si Dieu m'abandonnait jusques à ce point , s'il me laissait en ma fragilité, etc.

Il est chrétien , enfant de la même Eglise et membre d'un même corps que vous. Les membres d'un même corps ont de la compassion, de la sympathie et de la charité les uns pour les autres. Quand vous découvrez à votre confesseur un péché secret et honteux , un péché que vous avez caché jusques à présent, que vous n'auriez pas découvert à un autre pour tous les biens du monde ; vous lui témoignez de l'affection , vous montrez que vous avez grande confiance en lui , vous gagnez son cœur et son affection , il faudrait qu'il fût un arabe, un tigre , s'il ne vous aimait et ne vous chérissait.

Il est prêtre, etle Fils de Dieu dit en saint Luc (3, 15), que les anges se réjouissent en la conversion d'un pécheur, qu'ils font fête dans le ciel quand une âme quitte ses vices et fait pénitence sur la terre. Le prêtre est l'ange du Seigneur, dit le prophète Malachie; il se réjouit avec les anges quand vous faites une bonne confession ; il est ravi de yous entendre et de vous donner l'absolution , quand vous lui découvrez un péché que vous aviez caché jusques à présent;

1 August., in illud Ps. 31 : Quorum tecta sunt peccala.

238 Sermon XXIII.

vous lui faites plus grand plaisir que si vous lui donniez un royaume, parce que vous lui donnez sujet de gagner à Dieu votre âme , qui vaut mieux que cent mille mondes.

A votre égard il est père; vous le lui dites en votre Confiteor : Et tibi Pater. Dieu lui donne des entrailles et des tendresses de pore envers vous; vous devez avoir pour lui une ouverture, une confiance et une naïveté d'enfant : Colligata est iniquitas Ephraïm , dolores parturientis veulent ei. Quand une fille a fait une faute et qu'elle est devenue grosse par fragilité de son sexe , si elle le dit à son père , il lui garde le secret, il la tient cachée en sa maison ou il l'envoie en sa maison des champs jusques après ses couches; personne n'en sait rien ou fort peu de gens : elle sauve son honneur. Mais si elle le cache à son père, si elle le nie quand il s'en doute, tôt ou tard elle est diffamée : sa grossesse, que tout le monde voit et les cris qu'elle fait retentir en son enfantement, donnent des preuves de son impudicité et la décrient. Quand , par infirmité humaine, vous êtes tombé en péché ; si vous le dites au confesseur qui est votre père spirituel et qui vous aime plus que votre père charnel, il le tiendra caché, personne n'en saura rien, vous en serez quitte, il n'en faudra jamais plus parler, vous serez affranchi des remords de la conscience qui vous gênent; le prêtre vous conseillera comme il y faut remédier, comme il en faut éviter les effets, les suiles, les dangers et l'infamie qui en peut arriver. Mais si vous lui cachez votre crime, tôt ou tard il sera découvert, ou en ce monde par des voies que vous ne prévoyez pas , ou au dernier jugement, quand Dieu le fera savoir à la face de l'univers, en présence des hommes et des anges : Nihil opertum quod non reveletur, neque absconditum quod non sciatur.

J'ai dit que si vous le confessez, le prêtre le tiendra caché : car il est votre médecin et un médecin est obligé au secret; et Dieu a eu tant de soin de votre réputation, que si vous êtes content de la perdre pour l'amour de lui en l'esprit du confesseur, il lui a défendu sous peine de damnation d'en parler à qui que ce soit, pour quelque raison que ce puisse être, quand ce serait pour sauver tout le monde. Il est votre juge, il vous interroge juridiquement; et comme lieutenant du Juge souverain , non pas pour vous condamner, mais pour vous absoudre; si vous ne dites la vérité, vous ne tenez rien : Qui maie narrât, nihil impetrat. La sentence de grâce et de miséricorde qu'il vous donne sera cassée et mise à néant : au lieu d'être absous vous serez condamné.

XII. Au Miroir des exemples, il est dit : qu'il y avait en un monastère deux religieuses qui étaient grandes amies et qui vivaient fort saintement , au moins en apparence. L'une vint à mourir ; sa bonne compagne priait Dieu souvent, et de grande affection pour son âme et particulièrement la nuit après Matines, quand les autres étaient retirées en leurs cellules, elle demeurait au chœur et disait l'Office des morts : la défunte lui apparut une nuit, couverte d'un voile noir, avec une contenance triste et mélancolique tout ce qui se peut , disant d'une voix lugubre ces paroles de Job qu'on dit en l'Office des morts: Peccantem mm qaotidiè , et non pœnitentem , timor niortis conturbat me , quia in inferno nulla est redemptio ;

De la confession sacramentelle . 239

c'est-à-dire, l'horreur de la mort me tourmente, parce que j'ai péché et n'ai point fait de pénitence, et en enfer.il n'y a point de rémission. Hé! que dites-vous là, ma sœur, lui dit la survivante; pourquoi n'ajoulez-vous pas ce que l'Eglise ajoute à ces paroles : Miserere meî, Domine, et salva me; Seigneur, ayez pitié de moi et me sauvez? Hélas! ma sœur, je ne l'ajoute pas, parce qu'il n'y a point de pitié, il n'y a point de salut pour moi ! 11 n'y a point de salut pour vous, et qui sera sauvé si vous ne l'êtes? n'ai-je pas vu les vertus, les dévotions, les pénitences et les austérités que vous avez faites? Il est vrai , ma sœur, que tant que j'ai été dans le monastère, j'ai vécu vertueusement et en bonne religieuse, au moins a l'extérieur ; mais malheur à moi! avant que d'entrer en religion, j'avais commis un péché honteux et déshonnête, je ne l'ai jamais osé confesser : il ne m'est pas pardonné , et je suis damnée? ne priez donc plus Dieu pour moi, vos prières ne me servent de rien. Hé bien! qu'a-t-elle gagné? Elle a voulu cacher son péché à un prêtre qui l'en eût absoute, qui n'en eût rien dit , qui l'eût oublié ; et on l'a su, et nous le savons et on le saura et le publiera au jour du jugement à la vue de tout le monde. Et le même vous arrivera si vous celez vos péchés en la confession , ou si vous les confessez sans une vraie volonté de les quitter et de vous amender.

Conclusion. — Finissons comme nous avons commencé, par les paroles du Prophète royal : Dixi , confitebor adversùm me injustitiam meam Domino. Dixi. N'allez jamais à confesse légèrement et à la volée; ce n'est pas un jeu d'enfant, il y va de notre salut, il y faut penser plus de deux fois. Vous trouvez des femmelettes qui se jouent des sacrements comme des tours de passe-passe; elles confessent par coutume, par routine, pour être estimées dévotes, pour plaire à leur confesseur, pour avoir l'honneur de parler à un Père qui est honoré et respecté des grands , pour avoir le contentement d'être un quart d'heure auprès d'un homme qu'elles aiment , pour être recommandées de lui à leur juge, à leurs maîtresses ou à ceux qui font des aumônes : elles se confessent sans douleur, sans repentance et sans qu'on en voie jamais aucun amendement.

Confitebor, confessez-vous ingénument, naïvement, sincèrement; vous y aurez plus d'honneur en l'esprit du confesseur, et plus de repos en votre conscience, que de déguiser comme vous faites. Que craignez-vous , la confusion ? Hé ! un peu de honte est bientôt passée. Il vous faut dire comme Diogène à un jeune homme qui avait honte de ce qu'on le voyait sortir d'un lieu infâme : Mon fils , lui dit-il, il fallait avoir honte d'y entrer, et non pas d'en sortir. Il faut avoir honte de commettre le péché, et non pas de le confesser quand il est commis.

Segnius irritant animos demissa per aurem

Quàm quŒ sunt oculis subjecta fidelibus. (Horace.)

Ce que nous voyons devant nous, nous touche bien plus vivement , que ce que nous entendons conter. Quand on nous rapporte qu'on a fait un meurtre , ce récit ne nous touche pas si vivement , que si nous le voyons commettre. Le confesseur ne fait qu'entendre

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vos péchés, il voit votre conversion, votre repentance, vos larmes, votre naïveté, voire sincérité et humilité à vous découvrir : ce qu'il voit lui donne plus d'estime et d'affection pour vous, que ce qu'il entend ne lui donne d'horreur et d'aversion contre vous.

Adversùm me. Vous devez être partie adverse contre vous, ne soyez pas votre avocat, ne plaidez pas en votre faveur pour éviter la correction, les amendes, ni les punitions que vous méritez. N'est-ce pas grand'pitié, qu'il faille que le confesseur, qui est là pour être votre, juge, devienne votre partie? qu'il ait quasi aulant de procès que de pénitents? qu'il perde le temps à plaider contre eux, pour les obliger de se réconcilier avec leur ennemi, de quitter les usures et les procès injustes, de restituer et de sortir de l'occasion?

InjusUtiam. Ne faites pas comme les scribes et les pharisiens, auxquels le Fils de Dieu reprochait qu'ils épargnaient un moucheron , et qu'ils avalaient un chameau. Vous dites : Je me suis fâché contre mon valet, j'ai dit des mensonges légers, j'ai eu des distractions involontaires en mes prières : c'est le moucheron. Vous ne dites pas : Je suis juge et j'ai été distrait ou endormi, pendant que les avocats exposaient le droit des parties; j'ai pris des épices d'un procès, sans y avoir travaillé, les parties s'étant accordées; j'ai fait des monopoles en un décret pour frustrer les créanciers.

Meam. Qu'est-il besoin de parler de votre mari, de votre femme, de vos enfants, de votre servante? Votre péché demeure couvert, et caché dans ces discours inutiles et sous ces longues histoires que vous faites; vous êtes là pour parler de vous et non pas des autres.

Domino. Ce qu'on fait avec Dieu, il le faut bien faire; c'est à Dieu que vous vous confessez, le prêtre n'est que son substitut : faites-le sérieusement, sincèrement et parfaitement. Si vous le faites ainsi , si ces paroles de David se vérifient en vous, vous pourriez dire de votre confession, ce qu'il ajoute : Et tu remis isti impietatem peccati mei. On vous fera grâce et miséricorde, on vous donnera une aministie générale de tout le passé, on vous remettra vos péchés, on vous dira comme à David : Dominus quoque transtulit peccatum tuum. Amen.

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