‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 35 sur 85 · DE LA SATISFACTION · texte numérisé non relu

DE LA SATISFACTION

Facile fructus dignos pœnitentiœ.

Faites de dignes fruits de pénitence. (Luc. 3, 8.)

Le sacrement de pénitence est un trône de miséricorde , mais c'est aussi un tribunal de justice : on y pardonne les péchés aux criminels qui recourent à sa grâce, et qui se mettent en état; mais c'est à condition de satisfaire à la partie lésée, et de payer l'amende. Cela se fait par la satisfaction ; troisième partie de ce sacrement, qui sera le sujet de la prédication de ce jour. La satisfaction suppose toujours le péché, mais elle ne suppose pas né-

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cessai remenl le péché commis par nous-mêmes : pour cela môme elle a été en votre Fils, et en vous, ô sainte Vierge 1 vous pouvez dire comme lui : Quœ non rapui tune exolvebam. Vous avez payé ce que vous ne deviez pas : vous avez puni en votre corps innocent les crimes qu'il n'a jamais commis. Quand tout le monde était malheureusement bandé à offenser Dieu, vous étiez saintement occupée à lui agréer, et à lui satisfaire par des pénitences saintes, méritoires, agréables, efficaces et parfaites; et vos prières et vos mérites ont attiré son Fils bien-aimé en votre sein virginal, que nous bénissons en vous saluant. Ave, Maria.

IDEA SERMONIS

Exokdidm. — I. Dremon studet impedire , aut infleere aut mutilare sacramentum Pœnitentise , et hoc adimplet, cùm levés Pœnitentiœ imponuntur pro magnis peccatis. Quod probatur inductione in quatuor punctis.

I. Punctum. — II. De contritione. 1. Seripturâ. — III. 2. Ratione. — IV. 3. Comparatione. — V. 4. Praxi Ecclesi» antiquae.

II. Punctum. — VI. Idem probatur de confessione. 1. Seripturâ. — VII. 2. Patribus.

— VIII. 3. Conciliis. — IX. 4. Ratione.

III. Punctum. — X. Idem probatur de satisfactione. 1. Rationibus ob quas est instituta.

— XI. 2. Sensu Stephani papse.

IV. Punctum. — XII. Idem de absolutione 1. Seripturâ. — XIII. 2. Patribus. — XIV. 3. Conciliis.

Conclusio. — XV. Piœ instructiones , per illa verba. Facile fructus dignos pœnitentiœ.

Exorde. — I. Habebant super se regem Angelum abyssi, cui nomen Hebraicè Abaddon : Graece autem à7ioXXùwv; Latine habens nomen : Exterminans (Apoc. 9, 11). Le Saint-Esprit nous exprime ainsi au langage de trois diverses nations , le naturel dénaturé du diable, pour nous enseigner qu'étant appelé le mal, ou le malin, Libéra nos à malo. Ex tou tovyipou, et en cette qualité étant ennemi irréconciliable du bien , il tâche de le ruiner en trois diverses manières : Cui nomen Exterminans : car, ou il l'empêche tout à fait, ou, s'il ne le peut empêcher, sachant que : Bonum ex intégra causa , malum ex quolibet defectu, il tâche de le souiller de quelque circonstance vicieuse, ou au moins de le multiplier de quelqu'une de ses parties.

Cela se voit en la pénitence , qui est le plus grand , le plus précieux et le plus souhaitable bien qui puisse arriver à une âme après la grâce du baptême. Quelques-uns n'en font point du tout, mais persévérant en leurs débauches les mois et les années entières, vont continuellement amassant un trésor de colère et de vengeance pour le jour du jugement : Tu autem secundùm duritiam tuam , et impœnitens cor, thesaurizas tibi iram in die irx (Rom. 2, 5). D'autres se mettent en devoir de faire pénitence, se confessent aussi souvent que vous voudrez, mais ils souillent une action si sainte de quelque circonstance contagieuse : ils se confessent pour plaire à leur confesseur, pour être loués et estimés du monde, ou pour quelque autre sinistre intention, qui rend leur action mauvaise. Mais l'esprit malin ne vient jamais si bien à bout de ses desseins , et il ne rend jamais notre pénitence si trompeuse, si parfaite et si mutilée que lorsqu'il procure que nous nous contentions de confesser tellement quellement nos péchés , sans avoir

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soin de faire comme Dieu nous commande, des fruits dignes de pénitence. Quand Satan gagne cela sur nous , il gâte et corrompt malicieusement toutes les parties essentielles et intégrantes d'un sacrement si grand , si salutaire et nécessaire. Car je prétends vous faire voir qu'ayant commis des péchés mortels, si vous vous contentez de dire quelques chapelets , de réciter cinq ou six fois les sept psaumes, ou faire d'autres légères pénitences, vous dérogez aux conditions et aux qualités que la contrition, la confession , la satisfaction et l'absolution doivent avoir.

Premier point. — II. Le bienheureux précurseur de notre Sauveur, saint Jean-Baptiste, lui préparant la voie dans les cœurs des Israélites , disait à ceux qui le venaient entendre : Facile fructus dignos pœnitentiœ. Il semble qu'on lui pouvait objecter : Quel est le but de vos prédications? Que prétendez-vous de vos auditeurs? N'est-ce pas de les adresser au Fils de Dieu, et de les exciter à recevoir son baptême? Ne savez-vous pas que le baptême de notre Sauveur sera bien autre que le vôtre? qu'il aura tant de vertu et de grâce du Saint-Esprit, qu'il effacera toute sorte de péchés, et quant à la coulpe et quant à la peine? Qu'est-il donc besoin que ceux qui le doivent recevoir fassent pénitence? C'est qu'il est assuré qu'aucun péché mortel actuel ne se remet jamais, ni par les sacrements , ni par quelque autre voie que ce soit, sans une vraie surnaturelle et cordiale repentance, et que, pour obtenir de Dieu cette repenlance , il faut faire des œuvres laborieuses et des fruits dignes de pénitence.

III. C'est une erreur très-grossière et très-pernicieuse qui a Terme les yeux de plusieurs chrétiens, au grand désavantage de leur salut, que parce qu'ils ont ouï dire que la contrition s'exerce en un moment par un acte intérieur de notre volonté, ils s'imaginent que toutes les fois que bon leur semblera, en quelque temps et occasion que ce soit, ils la pourront exercer d'eux-mêmes, disant seulement de bouche ou de cœur : Mon Dieu! je vous crie merci ; Mon Dieu ! je vous demande pardon ; Mon Dieu ! je me repens de vous avoir offensé. C'est le plus grand abus qui puisse entrer dans l'esprit des chrétiens. Mon Dieu! que n'ai-je des paroles de fer et de diamant pour l'arracher du cœur de mes auditeurs? Ne croyez pas , mes chères âmes, ne croyez pas cela si vous êtes sages et si vous voulez faire votre salut. Plut à Dieu qu'il ne fallût que du meilleur de mon sang pour effacer cette erreur de votre esprit! Ce que vous pensez serait vrai, si la vraie repentance ne dépendait que de nous : mais elle doit venir de Dieu, ce doit être un effet de sa grâce et un don gratuit de sa miséricorde divine; je dis même la repentance imparfaite qu'on appelle attrition, autrement elle est inefficace et inutile, même avec le sacrement. C'est un article de foi , il n'y a aucun sujet d'en douter; le Concile de Trente le déclare ', et Dieu dit par son Prophète : Votre chute, ô âme! ne vient que de vous, mais votre secours est en moi seul : Perditio tua Israël , tantummodô ,

{ Attritionem esse donum Dei ac Spiritus sancti impulsum , non quidem inhabitantis sed moventis (Trid., sess. 44, can. 4).

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in me auxilium tuum (Osée, 13, 9). Et encore que Dieu puisse faire cette grâce et donner cette repentance à un grand pécheur, en moins de rien et en un moment; il ne le fait pas néanmoins pour l'ordinaire, mais il veut qu'on la lui demande par prières ferventes et fréquentes. Il veut qu'on l'obtienne de lui par des jeûnes, par des aumônes, par des mortifications du corps et autres actions louables et vertueuses. Car s'il nous donnait aisément repentir en tout temps, en tout lieu et en toute occurrence, pourquoi nous dirait-il si souvent et si instamment en l'Evangile : Demandez, cherchez et frappez à la porte (Luc. 11, 9)? Pourquoi se comparerait-il à un juge qui ne veut point vider le procès d'une veuve (Luc. 11, 7)? s'il n'en est souvent prié, pressé, sollicité et importuné par cette femme. Pourquoi se comparerait-il à un homme qui , étant retiré et couché en sa maison, ne se veut point lever de nuit pour rendre service à un sien ami , s'il n'y est contraint par la persévérance et l'opiniâtreté de son ami, qui frappe importunément à sa porte?

IV. Il est vrai que le feu s'allume en un instant en du bois qui était vert et humide; mais auparavant il y faut travailler longtemps à le disposer, à le sécher et à réchauffer. Il est vrai que l'âme raisonnable est introduite en un moment au corps d'un petit enfant dans le sein de sa mère ; mais il faut au moins quarante jours pour le former, façonner et organiser. Ainsi !il est vrai que l'acte de la vraie contrition s'exerce en un clin d'œil, mais l'âme s'y dispose longtemps auparavant, par des humiliations, par des oraisons, par des mortifications, par des œuvres de piété et autres satisfactions , par lesquelles elle apaise la colère de Dieu , et impètre de sa miséricorde le mouvement de la grâce, sans laquelle elle ne pourrait pas produire un acte si héroïque et si difficile.

V. Il est assuré en théologie, que le sacrement de baptême efface le péché plus aisément, plus infailliblement et plus efficacement que ne fait l'absolution. Car en l'absolution, le ministre du sacrement doit avoir le caractère , l'approbation et la juridiction , ce qui n'est pas absolument nécessaire au baptême. De l'absolution il est dit : qu'il est impossible, c'est-à-dire très-difficile, que ceux qui , après avoir été baptisés et qui sont retombés au péché, soient renouvelés par la pénitence : lmpossibile est eosqui semel sunt illuminati et prolapsi sunt , rursùs renovari ad pœnitentiam (Hebr. 6, 4). Ce qui n'est point dit du baptême en aucun lieu de l'Ecriture. Le baptême n'essuie pas seulement la coulpe du péché, mais ôte entièrement toute l'obligation à la peine, ce qui ne fait pas ordinairement l'absolution. Et toutefois, les Apôtres et leurs successeurs obligeaient tous les adultes à faire quarante jours de pénitence, avant que de recevoir le baptême. En cette pénitence, ils se prosternaient souvent aux pieds des fidèles pour se recommander à leurs prières; et ils portaient le cilice, ils jeûnaient, ils s'exerçaient aux œuvres de piété et de charité. Cela se voit dans saint Augustin (1. 4 ad Catech., 4, c 1) et autres Pères de l'Eglise. Or, qu'était-il besoin de faire ainsi pénitence, vu que le baptême qu'ils allaient bientôt recevoir, devait effacer tous leurs crimes, et quant à la coulpe et quant à la peine? C'est que les Apôtres savaient bien

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que pour avoir pardon de nos péchés par quelque sacrement que ce soit, nous en devions avoir un vrai repentir; et celui qui nous administre le sacrement doit être moralement certain de notre conversion.

Deuxième point. — VI. Et il n'y a rien qui nous obtienne de Dieu plus efficacement la grâce d'une vraie repenlance, et qui témoigne mieux à l'Eglise que nous sommes vraiment convertis , que quand nous nous obligeons par les mortifications et austérités de la pénitence. En Joël : Convertissez-vous à moi avec pleurs, par jeûnes et gémissements; et en saint Matthieu : Ceux de Tyr et de Sidon eussent fait pénitence, endossant le ciliceet couchant sur la cendre.

VII. Le grand saint Grégoire, traitant des actes d'un vrai pénitent, nous fait remarquer que quand saint Jean-Baptiste avertit les Pharisiens qui s'adressaient à lui, de faire des fruits dignes de pénitence, il leur dit ces paroles avec reproche et invective, les appelant engeance de vipères, parce qu'ils se contentaient de confesser leurs péchés : et cela sert de peu si on ne les efface par la pratique des bonnes œuvres. Car, dit ce grand docteur : On reçoit la confession de os péchés, afin qu'elle produise des fruits dignes de pénitence1.

Viii. Et le Catéchisme du concile de Trente dit que la confession n'est pas un simple narré et récit de nos péchés, mais une accusation, c'est-à-dire que, comme dit le saint Concile, ce sacrement est un acte judiciaire, un procès criminel auquel vous êtes le dénonciateur, l'accusateur et la partie adverse contre vous-même ; qui devez vous accuser avec zèle de justice, avec une sainte colère, animosité, esprit de vengeance et désir d'être puni selon vos démérites. Et le même concile de Trente déclare, que le Fils de Dieu a voulu qu'on explique en la confession l'espèce, le nombre et les circonstances des péchés, afin que le confesseur pût imposer des pénitences convenables et proportionnées à la qualité, à la grièveté et au nombre des péchés2.

1 Tria in uno quoque consideranda sunt veraciter pœnitente, conversio mentis, confessio oris , et vindicta peccati. Signum ergb verae conversionis, non est in oris confessione , sed in afflictione pœnitenliae, tune namque benè conversum peccatorem cernimus , cùm digna afflictionis austeritale delere nititur quod loquendo confitetur. Undè Joannes Baptista , malè conversos Judaeos ad se confluenles increpans ait. Genimina viperarum facite fructus dignos pœnilentiae. Et infrà : Idcircô omnis confessio peccatorum recipitur ut fructus pœnitentiee subsequatur. (Greg. , lib. 6, cap. 2 , in prim. Regum, caput 15).

- Universa Ecclesia semper intellexit institutam esse à Domino integram peccatorum confessionem , etc.; constat enim sacerdotes judicium hoc incognità causa exercere non potuisse, neque œquitatem quidem illos in pœnis injungendis servare potuisse , si in génère duntaxat , et non potius in specie ac'sigillatim sua ipsi peccata déclarassent. Et infrà: Colligitur praeterea etiam eas circumstantias in confessione explicandas esse, quae speciem peccati mutant, quod sine illis peccata ipsa neque à pœnitentibus intégré exponantur, nec judicibus innotescant : et fieri nequeat ut de gravitaie criminum rectè censere possint , et pœnam quam oportet pro illis pœnitentibus imponere (Trid., sess. <li, can. 1).

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IX. Je demanderais donc volontiers ta un confesseur : Supposons que votre pénitent se souvienne d'avoir fait mal avec sa parente au troisième degré , et qu'il vous dise : Je m'accuse d'avoir fait mal avec une fille, sans dire que c'est sa parente; ou qu'il se souvienne assurément d'avoir fait cela quinze fois, et qu'ayant honte de dire un si grand nombre, il se contente de dire : J'ai péché dix fois avec ma parente, sa confession sera-t-elle bonne? Vous me direz que non. Pourquoi? parce qu'il a celé volontairement une circonstance, ou il. n'a pas dit entièrement le nombre de ses péchés comme il s'en souvenait. Vous dites vrai : mais qu'importe cela! à quoi bon? quel profit ou dommage en recevra l'Eglise? en quoi est-il utile pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes, que vous sachiez que cet homme n'a pas péché dix fois, mais quinze fois , et que celle avec qui il a péché était sa parente? A quoi est-il bon que vous le sachiez, sinon afin que, comme dit le Concile, vous puissiez garder l'équité en l'imposition de la pénitence , c'est-à-dire , en donner une plus grande pour un inceste que pour une simple fornication; et pour quinze péchés mortels que pour dix. C'est donc une simplicité, c'est faire contre l'institution du sacrement de ne donner que cinq ou six chapelets à dire, ou à réciter cinq ou six fois les sept psaumes , ou cinq ou si sous d'aumône à un qui aura commis trente péchés mortels, non plus qu'à un autre de même condition qui n'en aura commis que quatre. Et notez que le concile dit, que cetle équité qui se doit garder à donner des pénitences proportionnées à la grièveté et au grand nombre des péchés selon la prudence du confesseur et à la portée du pénitent, est une institution du Sauveur, c'est-à-dire qu'elle oblige en conscience.

Et il dit ailleurs, que c'est en cela que consiste la puissance que le Fils de Dieu a donnée aux prêtres, de lier et de délier : Quœcumque alligaveritis super terrain, erunt ligata in cœlis (Matth. 18). Ils ont puissance de délier, c'est-à-dire, d'absoudre des péchés; ils ont puissance de lier, c'est-à-dire, d'obliger à la pénitence qu'ils donnent juridiquement, et qu'ils doivent donner judicieusement, eu égard à la qualité des criminels et des crimes (Trid., sess. K, can. 8). C'est donc vous tromper que de dire : J'accepterai la pénitence si bon me semble ; et l'ayant acceptée , je n'en ferai rien, si je ne veux. J'attendrai à payer dans le purgatoire. C'est comme si un criminel de lèse-majesté disait au roi : Sire, donnezmoi grâce et abolition de mon crime; mais je ne veux payer l'amende qu'en la manière qu'il me plaira. Quand je suis au confessionnal, ou vous pensez que je tiens la place de Dieu ou non. Si vous croyez que je ne tienne pas la place de Dieu, et que je n'ai pas le pouvoir de vous absoudre, pourquoi vous confessez- vous à moi? Si vous croyez que je tienne la place de Dieu, et que j'ai pouvoir de vous absoudre, vous devez croire que j'ai aussi le pouvoir de vous obliger à la pénitence, et à ce qui est nécessaire pour la fuite du péché. Car le même Fils de Dieu, qui a donné le pouvoir d'absoudre, a donné, dans le même chapitre, le pouvoir de vous obliger en conscience. Il a dit en même temps : Tout ce que vous lierez et tout ce que vous délierez sur la terre, sera lié et délié dans le ciel. Oui, les confesseurs sont les vicaires et lieutenants de

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Jésus-Christ en ce tribunal , établis de sa part pour vous juger comme s'il était là (Trid., sess. 14,can. 6). Et quand ils vous donnent de légères pénitences pour des péchés qui sont grands, ou en grand nombre, ils fraudent et frustrent toutes les intentions pour lesquelles notre Sauveur a institué la troisième partie de ce sacrement, qui est la satisfaction.

Troisième point. — X. Le saint Concile (Sess. 14, c. 8), déclare qu'il l'a ordonnée pour quatre principales fins. La première, pour venger l'offense de Dieu, et satisfaire en quelque façon à sa justice, et, par ce moyen, apaiser sa colère, détourner les fléaux de son indignation et obtenir miséricorde ; réparant en quelque façon, selon notre pouvoir, le déshonneur que nous avons fait à sa Majesté divine. En second lieu, pour nous rendre conformes à Jésus- Christ crucifié, qui a voulu souffrir et mourir, non pas pour nous exempter de toute sorte de peine, mais pour nous donner force et courage de faire pénitence, et pour influer par les mérites, prix, valeur et dignité de ses souffrances à nos satisfactions. En troisième lieu, afin que ces pénitences laborieuses nous servent de frein et de bride, qui nous empêchent de retomber au péché par la crainte de la peine qu'il y a de l'expier et s'en acquitter. En quatrième lieu, pour arracher fortement les habitudes vicieuses que nous avons contractées par nos mauvaises actions, parce que si elles ne sont déracinées, elles ont coutume de repousser et reproduire des rejetons de nouveaux péchés, plus dangereux et plus funestes que les précédents : Et fiunt novissima liominis illius, pejora prioribus. >

Quant à la première raison, le Catéchisme du concile de Trente (g 63 , de Pœnit.) , dit que la satisfaction n'est autre chose que la compensation de l'injure qu'on a faite à quelqu'un, et qu'il y doit avoir quelque rapport, quelque convenance et proportion entre la compensation et l'injure, autrement ce n'est pas satisfaction : Salis facere, facere salis. Et quelle proportion , quel rapport, quelle correspondance y a-t-il entre un grand nombre de blasphèmes, de médisances, et d'autres péchés mortels qui déplaisent infiniment à Dieu, et les petites pénitences que plusieurs veulent qu'on leur impose? Où est-ce que la Bible dit que la colère de Dieu qui est horriblement irritée contre une âme pécheresse , se puisse apaiser et calmer par des actions si légères? L'Ecriture ne dit-elle pas, que tous ceux qui l'ont apaisée, ont fait de grandes pénitences? qu'ils ont pleuré, gémi , soupiré et crié fortement à Dieu? qu'ils ont endossé le cilice, ont couché sur la cendre , ont jeûné austèrement et marché la vue basse et humiliée, comme les Ninivites, David, Achab et tous les autres.

Vous me direz que notre Sauveur a payé pour vous, et que ses satisfactions sont équivalentes à la dette. Cela est vrai ; mais ses souffrances nous sont appliquées par l'entremise des nôtres , ses satisfactions ne nous acquittent pas, si les nôtres ne sont jointes aux siennes ; si nous ne tâchons , selon notre pouvoir, de nous rendre conformes à lui en tout , comme font les membres à leur chef : Si tamen compatimur, ut et conglorificemur. Et quelle ap-

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parence de dire qu'il y ait conformité et ressemblance entre lui et nous, en ce qu'il a enduré cinq plaies, et que nous disons cinq Pater? qu'il a donné tout son sang, et que nous ne donnons que cinq ou six sous?

L homme ayant une si grande pente et inclination au péché, sa concupiscence étant si échauffée et si ardente à se porter au mal: la volupté ayant tant d'appas et de charmes pour lui, je vous laisse à penser si la crainte de dire quelques chapelets , ou de visiter quelque église, lui pourra servir de frein pour l'empêcher de se remettre et courir au chemin du vice ? Saint Ambroise dit fort bien, que la facilité du pardon excite les hommes à pécher : Miserere met secundùm eloquiwm tuum (S. Amb., in illud Ps. 118). Car d'où vient que , descendant un escalier, ou marchant sur du verglas, on craint tant de tomber et de se déboîter une jambe; et qu'au milieu des dangers, des objets et des occasions, on craint si peu de tomber au péché, et de disloquer sa conscience? C'est qu'on appréhende les frais qu'il faudra faire, le long temps qu'il faudra tenir la chambre, et les douleurs qu'il faudra souffrir pour remettre cette jambe; et si on commet le péché, on espère en être quitte pour le conter à un prêtre, et dire trois ou quatre fois le chapelet ou les sept psaumes. Et de là vient, dit saint Ambroise, au lieu sus-allégué, que comme si le médecin , cruellement pitoyable à son malade, au lieu de couper et brûler la gangrène, se contente d'y mettre un emplâtre , le mal gagne petit à petit le cœur, et enfin lui ôte la vie. Ainsi , si le confesseur, par une fausse douceur et une indulgence indiscrète, épargne son pénitent, lui donne pour punition des actions faciles, il le nourrit en son vice, et est cause, par cette impunité, que, lâchant la bride à ses passions honteuses et infâmes, il tombe enfin dans la mort éternelle.

Car c'est une erreur et une grande folie de croire que la coutume de jurer, de s'enivrer, de médire, de dérober et de commettre des ordures , se corriger par quelques petites ou autres semblables pénitences, qui , à vrai dire, ne sont pas pénitences, puisque pénitence vient de peine , et que celles-ci ne sont pas pénibles. Quel est le petit philosophe , qui ne sache qu'une habitude ne se déracine que par des actions contraires, et des actions souvent réitérées, comme elle ne s'est engendrée qu'en faisant et refaisant plusieurs fois les mêmes actes? Donc, il faut que les avaricieux ruinent leurs mauvaises habitudes en faisant de grandes aumônes; les ivrognes, par des jeûnes austères; les voluptueux, par de rudes macérations de leur chair, et ainsi des autres. N

Debent ergô sacerdotes Domini, conclut le concile de Trente (sess. 14, c. 18), quantum spiritus et prudentia suggesserit , pro qualitate criminum et pœnitentium facultate , salutares et convenientes satisfactiones injungere : ne, si forte peccatis conniveant et indulgentiùs cum pœnitentius agant , levissima quœdam opéra pro gravissimis delictis injungendo , alienorum peccatorum participes efficiantur. Voyez le danger où nous sommes , si par lâcheté , par timidité , par mollesse d'esprit , ou par condescendance vicieuse , nous imposons de légères pénitences pour des péchés qui sont grands, ou en grand nombre; pensant vous décharger,

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nous nous chargeons; pensant vous absoudre, nous nous rendons criminels; nous tombons en la malédiction que Dieu prédit par Isaïe (24, 2), et par le prophète Osée : Erit sicut populus sic sacerdos (Osée 4, 9) ; Le prêtre , dit-il , sera autant puni que tout le peuple. Il ne dit pas qu'un du peuple ; mais que tout le peuple. Comment s'entend cela ? un particulier peut-il commettre les mêmes péchés que tout un peuple? Parmi le peuple les uns sont sujets à l'avarice, les autres à la témérité, à la prodigalité, à la lâcheté ; les uns pèchent par excès , les autres par défaut ; un seul homme peut-il être sujet à des vices opposés et contraires? C'est qu'un prêtre peut quelquefois être coupable devant Dieu des péchés de tout un peuple , non par commission , mais par omission de son devoir, par coopération et par imputation ; lorsque donnant des absolutions précipitées , et imposant de petites pénitences pour des crimes énormes et en grand nombre, il se rend participant des péchés de ses pénitents, selon le saint concile.

Oui; mais me direz- vous : S'il faut que les pénitences soient proportionnées en quelque façon à la grandeur et à la multitude des crimes, à ceux qui en auront commis des centaines, des cents, des quinze cents, il faudra donner des années entières, et quelquefois cinq, dix, douze ou quinze ans de pénitence? Vous pensez avoir triomphé, quand vous avez fait cette objection. Que diriez-vous d'un confesseur qui aurait imposé à un pécheur vingt ans de pénitence? Vous crierez : 11 est trop sévère , il est indiscret , c'est un barbare ; quand même ce pénitent aurait commis trois cents péchés des plus énormes; et toutefois ce confesseur ne ferait rien que ce qu'a ordonné un grand pape, non pour trois cents, mais pour un seul péché mortel. C'est le droit canon qui le rapporte (Cap. admonere te, 33, q. 2).

XI. L'an 816 , le pape Etienne V, écrivant à un grand seigneur nommé Astulphe , qui avait tué sa femme par un transport de jalousie, lui mande : Je vous donne le choix de l'une de ces deux pénitences , ou d'entrer dans un monastère , vous soumettre à l'obéissance et à la censure d'un abbé; ou si vous voulez demeurer dans le monde, voici ce que vous ferez le reste de vos jours. Vous ne mangerez point de viande que le jour de Pâques et de Noël; vous ne boirez ni vin ni cidre ; vous vous abstiendrez de la chasse, des compagnies mondaines et des autres divertissements; vous vous tiendrez au bas de l'Eglise , derrière la porte , vous recommandant aux prières des fidèles; vcus vous estimerez indigne de participer au corps de Jésus-Christ ; je vous permets néanmoins de le recevoir à l'heure de la mort si vous vous en rendez digne par l'observation de ces choses. Je vous pourrais enjoindre d'autres plus rudes pénitences ; mais si vous pratiquez celles-ci que je vous impose avec douceur et miséricorde , j'espère que la bonté de Dieu vous pardonnera. Si vous ne le faites, sachez que vous vous condamnerez vous-même , et que vous demeurerez dans les liens du diable , dont vous êtes enchaîné 1 Direz-vous que ce saint pape était trop rude? qu'il était indiscret et barbare? Mais il était si saint, qu'il a fait des miracles même pendant sa vie; il était en si grande réputation, que venant à Reims pour pacifier les troubles , Louis le Débon-

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naire, empereur et roi de France, se prosterna trois fois à ses pieds (Baron., ann. 316 et 17).

Quatrième point. — XII. Le prêtre n'a point de pouvoir en ce tribunal, qu'en vertu des clés que l'Eglise lui a mises en main et par participation du pouvoir que Jésus-Christ donna à saint Pierre, disant : Tibi dabo claves; et le saint concile nous apprend (Sess. 14, can. 8, sub finem), que l'usage de ces clés ne consiste pas seulement à délier, c'est-à-dire, à absoudre des péchés; mais aussi à lier, c'est-à-dire, à imposer au pénitent des satisfactions correspondantes et proportionnées à la qualité de ses crimes et de sa condition, selon la prudence du juge. Or, vous savez le style et la maxime reçue et approuvée de tous en ce parquet de confession: quand une clé manque à son devoir, le procès n'a pas bonne issue : Clave errante. Si donc il y a de la collusion ou expresse, ou tacite, entre vous et votre confesseur; si, par flatterie, par faveur mondaine, ou par acceptation de personne, il vous donne une absolution inconsidérée , s'il ne vous condamne qu'à une petite amende pour de grands crimes , parce que vous êtes grand et puissant et qu'il n'ose pas vous déplaire, ou parce que vous lui faites des présents, ou que vous lui faites dire des messes deux ou trois fois la semaine; je ne sais si le Fils de Dieu ratifiera dans le ciel , cette sentence peu équitable, qui est prononcée sur la terre.

XIII. Saint Grégoire dit fort bien : Si on ne satisfait à notre Sauveur, de quoi servira la grâce et l'indulgence que nous vous donnerons? Si Christo satisfaction non fuerit, quid nostra relaxatio, vel gratia poterit certè conferre (Greg., lib. 7, registri, epist. 3, ad Marcellin. proconsulem Dalmatiae).

XIV. Si vous dites qu'il parle comme un docteur particulier ; voici un autre Grégoire qui parle en pape : Ex cathedra; qui parle dans un concile et un concile de Rome. Grégoire VIII , au cinquième concile de Rome, tenu l'an 1078, parle ainsi : Nous disons que les pénitences sont fausses, qui ne sont pas imposées conformément à l'autorité des saints Pères , selon la qualité des crimes qu'on a commis. Quand les autres papes, leurs successeurs, donnent des indulgences ou même de grands jubilés, c'est toujours à condition que les confesseurs enjoindront des pénitences salutaires : Injunctâ salutari pœnitentiâ. Est-ce une pénitence salutaire à un homme qui a commis des blasphèmes, des saletés et débauches à douzaines, de dire quelques chapelets, ou faire quelque peu d'aumônes? Est-ce une pénitence qui l'oblige à corriger ses dérèglements et se mettre en voie de salut?

Conclusion. — Ecoutez donc saint Jean-Baptiste, qui nous a dit au commencement de ce discours : Quis demonstravit vobis fugere à venturâ ira? Facite fructus dignos pœnitentise Voulez-vous que je vous enseigne le moyen d'éviter la colère de Dieu et la sentence épouvantable de la damnation éternelle, qu'il prononcera au jour du jugement contre les âmes réprouvées?

Facite, ne vous fiez pas à cinq ou six larmes que vous répandez quelquefois en considération de vos péchés , à je ne sais quelle

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tendresse que vous sentez quelquefois en vous confessant. C'est peut-être la nature et non la grâce qui opère cela; Dieu n'a que faire de tendresse, de dévotion sensible, ni des résolutions en l'air, il demande des œuvres. Facile. Si vous êtes si délicat que vous ne vouliez pas d'abord faire de grandes pénitences, pour vous y accoutumer, faites-en plusieurs petites selon votre état et condition.

Etes-vous ecclésiastique? Yous pouvez prendre pour pénitence de faire tous les malins un peu d'oraison mentale; d'enseigner la doctrine chrétienne toutes les semaines aux pauvres, aux prisonniers , à l'hôpital, ou aux villages, visiter les pauvers malades et assister les agonisants?

Etes-vous cavalier? Vous pouvez vous obliger à assembler tous les soirs tous ceux de votre maison, même vos serviteurs et vos servantes, prier Dieu avec eux, assister les fêtes et dimanches à la messe paroissiale et à vêpres, pour donner bon exemple ; accorder les différends de vos sujets, veiller sur eux pour empêcher qu'ils ne jurent, qu'ils ne dansent, qu'ils n'ivrognent , qu'ils ne plaident et qu'ils ne se débauchent.

Etes-vous homme de justice? Vous pouvez vous rendre solliciteur du procès d'un orphelin, d'une veuve, d'un villageois ; vous pouvez être le conseil et le refuge des pauvres qui ne peuvent fendre la presse; vous pouvez aller à la conciergerie un certain jour de chaque mois, savoir des pauvres prisonniers, en quoi vous les pouvez assister : ils y pourrissent quelquefois faute d'un homme qui présente requête, qui parle au rapporteur : Facite, faites-le.

Etes-vous dame ou demoiselle? Vous pouvez vous lever une heure plus matin et l'employer à prier Dieu , vous priver par pénitence de quelque ornement , de jouer, de danser et de visiter : vous pouvez être de la confrérie de la Miséricorde, aller aux hôpitaux, visiter les malades ou les envoyer visiter.

Etes-vous marchand ou artisan ? Vous pouvez ouïr deux ou trois messes les jours de fêtes pour offrir à Dieu les satisfactions de son Fils , à vous tenir au bas de l'église comme le publicain en esprit d'humilité, vous estimant indigne d'approcher de l'autel et de regarder le Saint-Sacrement; vous pouvez vous condamner, en punition de vos péchés, durant quelques années , à ne point jouer, à n'entrer point au cabaret , et à ne boire point de vin sans qu'il y ait la moitié d'eau.

Etes-vous bourgeoise , ou fille de famille? Vous pouvezvous condamner à servir votre beau-père, votre belle-mère ou votre sœur avec tendresse , avec douceur et humilité , comme si vous étiez leur servante ; ne prendre que le reste des autres à la viande , au linge et aux autres commodités, comme ne méritant que l'enfer. Cela est un peu rude, il est vrai ; mais la pénitence ne serait pas pénitence si elle ne faisait de la peine : mais cette peine s'adoucit avec le temps; il n'y a que le commencement difficile , petit à petit votre esprit s'y apprivoisera, votre cœur s'endurcira. Les Chartreux, après quelques années, ne trouvent pas le cilice si rude, les Capucins la discipline , les Minimes l'abstinence , ni les Carmélites la sollitude.

Facitefructus , non-seulement des fleurs de bons désirs, non des

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feuilles de belles paroles, mais des fruits de saintes œuvres. Il ne dit pas : Opéra , mais : Fructus : parce que les œuvres satisfactoires sont des fruits dont nous jouissons : Fructus à fruendo. Les paiements que nous faisons en purgatoire , seront des suffrages et non pas des fruits : nous n'aurions que l'acquit de nos dettes. Par les pénitence de cette vie, nous nous déchargeons de nos obligations, et nous nous chargeons de mérites et de couronnes que nous en recevons. Dignos , eu égard à la majesté que vous avez offensée , qui est infiniment aimable, adorable et redoutable. Dignos, eu. égard à la grâce du sacrement. Au baplême on nous donne lagrâce pour vivre en bons chrétiens ; en la confirmation pour faire courageusement profession de la foi ; en la confession pour faire des œuvres de pénitence. Si nous y manquons , nous manquerons à la grâce de ce sacrement. Dignos , eu égard à la gloire que Dieu nous promet pour ces œuvres : Frit merces operi tuo , récompense incompréhensible, immense , infinie et éternelle. Amen.

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