LE PÉCHÉ FAIT QUE NOUS ABUSONS DES BIENFAITS DE DIEU
Retribuebant mihi mala pro bonis.
Les pécheurs me rendaient le mal pour le bien. (Ps. 34, 12.)
Le quatrième motif que nous pouvons prendre pour faire naître en nos cœurs une vraie repentance , c'est de considérer que le péché mortel n'offense pas seulement la grandeur incompréhensible de la majesté de Dieu et les excellences infinies de ses perfections adorables ; mais qu'il fait que nous abusons des bénéfices inestimables que nous avons reçus et que nous recevons tous les jours de sa libéralité divine et principalement des bénéfices de la création , de la rédemption et des inspirations. Vous nous avez donné des exemples de la pratique contraire , ô sainte et bienheureuse Vierge ! vous êtes comparée à la glace d'un miroir qui n'a point de tache : Spéculum sine macula; le miroir expo?é au soleil ne reçoit aucun rayon de cet astre , qu'il ne le lui renvoie aussitôt. Vous "avez toujours été si fidèle et reconnaissante des faveurs de Dieu , que vous n'avez jamais reçu aucun bien de sa main libérale sans le lui renvoyer promplement, par la réverbération d'une sainte action de grâce; aussi, c'est à vous proprement que s'adressent ces paroles : Quia super pauca fuisti fidelis, super multa te constituam. Vous êtes établie souveraine sur toutes les œuvres de Dieu. Nous reconnaissons en vous cette qualité, en nous prosternant humblement à vos pieds et vous disant avec l'ange : Ave , Maria.
IDE A SERMON IS
I. Punctum. — I. Peccatum offendit beneficium creationis; nàm est contra ejus finem, nempè gloriam Dei : et hoc explicatur primo de veniali. — II. Et probatur. 1. Scripturâ. — III. 2. Ex Bern. — IV. 3. Ratione. — V. Deindë de mortali.
II. Punctum. — VI. Peccatum offendit beneficium redemptionis. 1. Scripturâ. — VII. 2. Patribus. — VIII. 3. Parabolâ uxoris adulterae.
III. Punctum. — IX. Peccatum offendit beneficium inspirationum. 1. Scripturâ. — X. 2. Patribus. —XI. 3. Ratione. —XII. 4. Comparatione . — XIII. 5. Exemplo. —
Conclusio. — Per recapitulationem in illa verba : Quœ perfecisti destruxêrunt .
Exorde. — II est vrai que les trois Personnes de la très-sainte et très-auguste Trinité, ont fait sortir du néant toutes les créatures; toutes trois ont coopéré ensemble et par indivis, à la production du ciel et de la terre; et néanmoins l'œuvre de la création est attribuée , par les apôtres, à la personne du Père, parce que cette œuvre est un effet de puissance et que la puissance est appropriée particulièrement au Père, d'autant qu'il est le principe de tout être créé et incréé, qu'il est l'origine de tout ce qui est produit au ciel et en la terre, et qu'il est la déité fontale , comme parle saint Hi-
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laire. En cet ouvrage de la création, ce qui arrête le plus mon esprit , et qui me semble le plus digne de réflexion , c'est la fin pour laquelle Dieu a créé le monde : il n'est point d'esprit raisonnable qui ne croie aisément que Dieu n'a pas fait ce monde visible pour les anges; ce sont des intelligences séparées, détachées de toute sorte de matière , affranchies de tout être corporel , et qui n'ont pas besoin des cieux, ni des éléments, ni des autres créatures matérielles. Il ne l'a pas fait pour les bêtes : car elles n'ont pas l'esprit pour reconnaître, pour marquer, ni pour admirer l'artifice , la sagesse et l'industrie admirable avec laquelle ce monde a été créé et concerté, et qu'il est conduit et gouverné : il l'a donc créé pour l'homme. Et pourquoi a-t-il fait l'homme?
C'est une des premières questions qu'on fait en la doctrine chrétienne, et qui mérite bien d'être conçue. A quelle fin est créé l'homme? à quelle fin êtes-vous en ce monde, petit garçon, petite fille? Est-ce pour jouer, pour badiner, pour folâtrer? Si ainsi est, vous n'êtes pas plus que les petits chiens, les petits chats : car ils courent ainsi et jouent ensemble. A quelle fin êtes-vous au monde, ô homme! ô femme I est-ce pour boire et manger, pour prendre vos plaisirs et pour vous gorger de délices? Si ainsi est, en vain vous avez reçu une âme raisonnable , un esprit, et un cœur capable d'aimer Dieu, vous n'êtes pas plus que les bêtes; les animaux, les lions et les autres bêtes ne tendent qu'à manger, qu'à boire, qu'à se conserver en vie et qu'à produire leur semblable ; Dieu vous a créé pour sa gloire , qui est la plus noble et la plus excellente fin qu'une créature puisse avoir.
Premier point. — I. Le péché véniel combat cette fin , et le péché mortel encore plus. Mais qu'est-ce que la gloire de Dieu? et en quoi consiste-t-elle , je dis la gloire extérieure et accidentelle? C'est que Dieu soit connu , aimé , servi et obéi.
II. Toutes les actions volontaires que vous faites, qui servent à cette fin, sont bonnes, honnêtes, louables, vertueuses et méritoires : toutes celles qui ne tendent pas à cette fin , sont mauvaises, déréglées, vicieuses et déméritoires; car le Fils de Dieu , en saint Matthieu (en. 15, 10), appelle méchant, le serviteur paresseux qui n'avait pas perdu son talent, mais l'avait laissé inutile.
Si vous travaillez en votre boutique pour gagner votre vie , par inclination naturelle que les pères ont de vivre etd/3 nourrir leurs enfants , vous n'en faites pas plus que les païens et que les bêtes : une hirondelle fait mille voyages pour apporter la becquée à ses petits. Vous travaillez pour élever vos enfants en la fortune médiocre où la Providence de Dieu les amis par leur naissance, pour obéir à ses commandements : In sudore vultûs tui, à la sueur de votre front. Educate illos, élevez-les pour les nourrir en l'amour et en la crainte de Dieu , vous servez à la gloire de Dieu , Dieu en est obéi et aimé. Vous vous rendez complaisant au désir de votre femme en choses bonnes, ou indifférentes, afin d'être en paix avec elle : vous obéissez, et servez votre mari, pour obéir à ce commandement : Viri diligite uxores vestras; mulieres subditœ sint viris; Maris, aimez vos femmes; que les femmes soient soumises à leurs
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maris. La gloire de Dieu y est, il en est loué et obéi. Mais ce procès que vous poursuivez avec tant de chaleur et de frais , pour peu de chose, par opiniâtreté , ou par animosité : ces grands biens que vous amassez avec tant de peine, de souci, d'inquiétude et d'avarice, pour vous enrichir, ou pour agrandir vos enfants , servent-ils à la gloire de Dieu ? Dieu en sera-t-il mieux connu, aimé et servi de vous ou de vos enfants? Au contraire, plus vous avez de biens , d'héritages, de fermes, de domaines, moins vous pensez à Dieu et moins vous le servez; ce procès vous empêche d'y penser, ces grands biens vous empêchent de venir à la messe , d'ouïr le sermon et de communier, parce qu'il faut avoir soin des domestiques, des ouvriers, des fermiers, de faire semer, labourer et moissonner. Vous dites: le Père crie tant contre les cabarets, contre les jeux et les visites du monde , et quel mal y a t-il? ce sont des divertissements innocents ; nous ne faisons tort à personne , je ne m'enivre pas, je ne médis pas, je ne jure pas, je ne trompe personne. Quand il n'y aurait point d'autre mal , ce sont des actions déréglées , parce qu'elles ne servent de rien à la fin pour laquelle vous êtes créé : ce sont des aclions désordonnées, elles ne sont pas dans l'ordre, dans le rapport , dans la relation et dans la voie qui conduit à la fin.
Toute action volontaire qui ne tend pas à la gloire de Dieu , ou immédiatement ou médiatement, qui ne sert pas à ce que Dieu soit connu et honoré, c'est une action déréglée, vicieuse et désordonnée. Immédiatement, c'est comme quand vous priez Dieu, quand vous le louez, le bénissez et parlez de lui à vos prochains , quand vous pratiquez les vertus qui lui sont agréables. Médiatement, c'est comme quand vous mangez, buvez ou dormez, non pas pour votre satisfaction, mais afin d'avoir des forces pour le servir. Vous passez quelquefois le temps en quelque honnête récréation, non pas pour votre contentement, mais pour relâcher votre esprit , afin qu'il soit plus habile et plus propre à des actions sérieuses pour le service de Dieu. Cette réfection, ce repos, cette récréation , tend à la gloire de Dieu ; mais de perdre votre temps , ou votre argent, ou l'occasion de faire du bien pour vous divertir dans les cabarets, dans les jeux, dans les visites superflues ou compagnies mondaines, c'est contre l'œuvre de la création, c'est contre la fin pour laquelle vous êtes au monde. On vous dira un jour : Serve maie et figer ; Serviteur méchant et paresseux. Servum inutilem projicite in tenebras exteriores; Qu'on jette le serviteur inutile dans les ténèbres extérieures. Vous le pouvez connaître par cette supposition.
Vous avez en votre maison une servante qui vous est fidèle, qui n'est ni larronnesse, ni friponne, ni sujette à sa bouche; mais toutes les l'ois que vous l'envoyez en ville pour affaire, elle s'amuse fort longtemps à je ne sais quoi : aujourd'hui à deviser avec une autre servante, demain à danser, un autre jour à regarder un charlatan. Si on vous demande : Avez-vous une bonne servante? Non certes. Vous dérobe-t-elle? Non. Est-elle coquette? Non; mais elle manque beaucoup à faire ce pourquoi elle est louée. Je la nourris et je la gage , afin qu'elle emploie son temps à mon service
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et à mes affaires, et elle ne fait rien moins, elle perd le temps à des amusements. Vous n'êtes ni blasphémateur, ni voleur, ni ivrogne , ni impudique : Dieu le veuille, à la bonne heure, c'est quelque chose, mais vous ne faites rien ou presque rien pour Dieu; vous passez votre vie en oisiveté, ou si vous travaillez, ce n'est que pour vous; vous seul êtes le but et la fin de tous vos desseins, entreprises et actions; vous ne pensez qu'à votre satisfaction, qu'à l'établissement de votre fortune et qu'à l'avancement de vos enfants; ne craignezvous point qu'on ne dise de vous à l'heure de votre mort : Prenezmoi ce serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres extérieures où il y aura des grincements de dents?
III. Saint Bernard vous donne grand sujet de le craindre. Ecrivant à un jeune homme qui perdait son temps en des occupations vaines et temporelles : Attende quid mereatur iniquitas, si sola sufjïcit inutilitas ad damnationem (Bern. , epist. 102 ad Galterum de Calvo monte). Messieurs, ne soyons pas insensibles, ne fermons pas les yeux à la vérité ; vous avez beau vous flatter, on a beau vous complaire et vous dire qu'il n'y a point de mal; on n'éteindra pas les lumières que le Saint-Esprit donne à ses saints, on n'effacera pas l'Ecriture sainte. Voilà la parole d'un grand saint : Sola inutilitas sufjïcit ad damnationem ; et il le prouve par l'Ecriture.
IV. David dit que pour monter au ciel, non-seulement il faut être innocent, non-seulement il faut être pur et net de cœur, mais il faut n'avoir pas reçu en vain une âme raisonnable et chrétienne : Quis ascendct in montem Domini ? Qui non accepit in vano animam suam (Psal. 23). Vous gagnez votre vie, vous conservez votre santé, vous provignez votre race, vous élevez vos enfants ; et ne seiïez-vous pas le même , si vous aviez une âme de payen ou de bête : Attende quid mereatur iniquitas, si sola sufficit inutilitas ad damnationem. Si la vie fainéante mérite tant de reproches, combien plus la vie criminelle, qui choque en droite ligne la gloire de Dieu?
V. La gloire de Dieu , c'est qu'il soit connu , honoré , aimé , servi et obéi ; et vous faites tout le contraire en commettant le péché ; au lieu de le faire connaître, vous le méconnaissez. Car saint Jean nous dit : Celui qui ose dire qu'il connaît Dieu et ne garde ses commandements , c'est un menteur (1. Joan. 2, 4). Vous le déshonorez le préférant à une misérable créature; vous foulez aux pieds ses commandements, vous vous servez des puissances de vqtre âme et des membres de votre corps, pour offenser celui qui vous a donné l'un et l'autre. Vous vous révoltez et vous soulevez contre lui ses créatures; vous faites comme Absalon, au lieu qu'il est dit : Sollicitabat corda filiorum Israël (2. Reg. 15, 6). Une autre version dit : Furabatur corda, il dérobait à son père les cœurs de ses sujets, les révoltant contre lui. Quand un prince déclare la guerre à son roi, tous les sujets de ce prince qui le servent en sa rébellion, quoique à regret et mal volontiers, se rendent criminels de lèsemajesté.
Deuxième point. — VI. Si c'est un si grand mal que d'abuser du bénéfice de la création qui ne coûte à Dieu qu'une parole, com-
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bien plus d'abuser de la rédemption qui coûte si cher au Fils de Dieu? S'il dit que le sarment qui ne porte pas de fruit sera coupé et jeté au feu ; que fera-t-on à celui qui ruine et gâte tout le fruit qu'on devait cueillir d'une vigne? Quel est le fruit que le Fils de Dieu a prétendu de son incarnation, se faisant notre vigne et nous ses sarments? Son Prophète le dit : Hic est omnis fructus, ut auferatur peccatum (Isaï. 27, 9).
Quel est le fruit que le Sauveur prétend de sa mort et passion? Saint Bernard le dit : C'est de faire connaître la malignité du péché. Voyez, ô homme ! dit ce grand saint, combien malignes sont les plaies, pour la guérison desquelles il a été nécessaire que le Fils de Dieu fût blessé ! Si les plaies de vos péchés n'étaient bien dangereuses et bien mortelles , il n'eût pas été besoin que le Sauveur mourût pour les guérir. Ne devons-nous pas avoir honte de ne point sentir nos misères, voyant qu'elles sont si grandes et qu'elles touchent le Fils de Dieu d'une compassion si sensible '. Nous lui pouvons dire avec vérité ce qu'on disait à Moïse , mais en un autre sens qu'on ne le disait à ce prophète : Sponsus sanguinum tu mihi es, et nous devons avoir horreur de notre perûdie.
VIII. Si vous feuilletez les histoires tant anciennes que modernes, vous les trouverez noircies par le récit des infidélités que plusieurs femmes ont commises contre leurs maris, comme celle d'Eléonor, contre le roi Louis le jeune; d'Hérodias, contre Philippe ; de Fauste , contre l'empereur Constantin ; mais il me semble que la plus noire, la plus brutale et dénaturée, est celle que je vous vais dire. Un jeune roi , en qui la nature et la grâce avaient réuni tout ce qui pouvait contribuer à le rendre des plus accomplis : car il était très-beau , riche , puissant , judicieux , savant, vaillant, débonnaire : ce roi , dis-je , allant un jour par les champs, rencontre en son chemin une villageoise , si pauvre , si grossière , si idiote , si déchirée et si couverte de lèpre , qu'elle faisait horreur à tous ceux qui la regardaient. Lui, touché de compasion , s'arrête pour contempler cet amas de misères : C'est dommage, dit-il à ses gens, elle a les traits du visage fort beaux; et si elle était guérie de cette lèpre, ce serait bien l'une des plus agréables créatures qui se puissent voir en tout mon royaume. Il consulte ses médecins pour savoir s'il n'y a pas moyen de guérir cette pauvre fille. Ils répondent qu'il y a un remède très-efficace , mais qu'ils ne le peuvent dire, parce qu'il est si difficile et si extraordinaire, qu'on le peut mettre au rang des choses impossibles. Le roi le voulant savoir à quelque prix que ce fût, ils disent qu'il la faudrait laver dans un bain de sang humain , non de sang commun et ordinaire , mais en un bain de sang royal, parce qu'il est plus pur et plus spiritueux. Le roi n'en voulut pas savoir davantage, et sitôt qu'il est de retour au Louvre, sans autre délibération, il se fait ouvrir la veine et
' Agnosce , ô homo! quàm gravia sint vulnera, pro quibus necesse est Dominum Christum vulnerari ! Si non essent hsec ad mortem, et mortem sempiternam , numquam pro eorum remedio Dei Filius moreretur. Pudet itaque , dilectissimi , propriam negligenter dissimulare passionem , cui tantam à majestate tantâ , exhiberi video compassionem ; compatitur Dei Filius, et plorat; homo patitur et ridebit (Bern., Serra. 26) !
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tirer du sang en si grande abondance, qu'il en est quasi réduit aux abois. Il y fait baigner cette pauvre affligée , il la rend nette comme une perle; il lui fait ôter ses haillons, il rhabille somptueusement, il l'enrichit, il la dote , il la prend en mariage, il la fait entrer en partage de ses biens, de sa puissance, de son autorité, de sa couronne, et, ce qui est bien plus, de son cœur et de ses affections : Domine, guis credet auditui nostro? qu'on peut bien dire, que les passions humaines, quand on leur lâche une fois la bride, sont extravagantes et déréglées tout ce qui se peut. Vous ne le croiriez pas, mais il est vrai, que cette détestable créature éteignit en son cœur, l'amour plus que très-légitime qu'elle devait à un si grand roi et à un si bon mari : elle devint amoureuse d'un je ne sais qui, elle se prostitua à ce rustre, elle appliquait toutes ses pensées, elle usait tout son temps, elle employait tous ses ornements pour se rendre agréable à lui. Ses gens, qui surent ce mauvais ménage , lui remontraient son ingralitude , le danger où elle se mettait, que si le roi la surprenait , il lui passerait sans doute son épée au travers du corps. Hé, disait-elle, il s'en gardera bien, il est trop bon pour me faire du mal : il m'a baignée dans son propre sang , aurait-il bien le courage de se baigner dans le mien? Enfin , elle se vautra si éperdûment et si licencieusement dans ce bourbier, qu'elle retomba dans le même mal dont le roi l'avait délivrée, et encore bien plus misérablement ; car elle prit la maladie que ce péché infâme a coutume d'apporter. Qu'en dites-vous? qu'en pensez-vous ? 0 l'ingrate ! ô la perfide ! ô la dénaturée ! ô la brutale 1 ô la détestable! ô l'abominable 1 Cette infidélité n'est rien , ni toutes les autres qu'on peut imaginer, à comparaison de la vôtre, quand vous commettez un péché mortel.
Car quel prince fut jamais plus grand, plus puissant, plus adroit , plus doux , plus affable et plus parfait que notre Sauveur? Il a vu votre âme comme une villageoise de basse extraction, tirée du néant, toute souillée et infectée de la lèpre du péché originel; il a considéré qu'en sa nature elle était parfaitement belle et l'image de la sainte Trinité; il a versé tout son sang, épuisé toutes ses veines ; il a été par ce moyen , non aux abois et à l'agonie seulement, mais réduit à la mort et au tombeau, parce que tout autre remède vous eût été inutile. Il a nettoyé votre âme de cette détestable lèpre, dans le bain de son précieux sang : Dilexit nos et lavit in sanguine suo. Il l'a dotée des dons du Saint-Esprit , enrichie des vertus infuses , ornée de toutes les grâces et habitudes surnaturelles ; il l'a prise pour son épouse : Sponsabo te mihi in fide. Il lui a donné son corps, son cœur, son esprit, ses trésors, ses mérites; et après tant de faveurs, elle lui tourne le dos, elle lui est infidèle et déloyale , elle n'a point de tendresse pour lui , elle fausse la foi qu'elle lui a promise, elle éteint en son cœur l'amour et la fidélité qu'elle doit à un Epoux si aimable; et se fiant sur ce qu'il est bon et qu'il l'a rachetée de son sang , elle ne craint point de l'offenser par un infâme adultère : Adulteri nescitis guia amicitia hujus mundi inimica est Deo (Jacob. 4, 4)? Fomicata es cum amatoribus multis (Jer. 3, 2). Elle se colle d'affection à un esclave , elle se prostitue à ce misérable, et pour lui donner du plai-
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sir, elle désoblige au dernier point celui qui l'a tant chérie. Elle se souille d'une lèpre plus sale et plus abominable que celle dont son Epoux l'avait affranchie par son sang. Au lieu qu'avant le baptême , elle n'avait que le péché originel , elle a le péché actuel et mortel : Et fiunt novùsima illius pejora prioribus. N'est-ce pas être perfide et ingrate au dernier point? n'est-ce pas mépriser les bienfaits et les faveurs de ce divin Epoux? le priver des fruits de sa sainte Passion? faire revivre le péché qu'il a voulu exterminer et anéantir par sa mort? N'est-ce pas mériter les supplices dont saint Paul nous menace quand il dit : Quanta putatis mereri supplicia qui Filium Dei conçu Icaverit. L'Apôtre ajoute : Et spiritui gratiœ contumeliam fecerit.
Troisième point. — IX. C'est le troisième attentat que le péché nous fait commettre contre la personne du Saint-Esprit; nous lui faisons un affront, fermant la porte aux inspirations qu'il daigne nous envoyer pour nous détourner du péché.
X. Car, comme dit saint Chrysoslome et après lui saint Bernard1, c'est faire un affront à un grand , que de refuser un don qu'il vous présente. Il n'est pas que vous n'ayez entendu parler des possédées de Loudun et de Louviers : l'esprit malin parlant un jour parla bouche d'une de ces pauvres filles , disait : J'enrage contre celui de là-haut (voilà comme il nomme la très-haute et très-adorable majesté de Dieu , ne daignant pas l'appeler par son nom , aussi il en est plus que très-indigne)! J'enrage contre celui de là-haut et contre ces chiens d hommes , parce qu'il ne nous a jamais donné un seul moment de temps et un seul petit moment de grâce pour nous convertir, nous qui étions de petits dieux, et il en donne tantà ces chiens d'hommes qui en abusent. 0 qu'ils seront bien plus damnés que nous ! Il est père de mensonge, mais il dit quelquefois la vérité, Dieu le contraignant à cela. Il est vrai; il est vrai, nous serons au fond de l'enfer plus tourmentés que des démons, parce que nous sommes plus criminels.
Nous ne confessons pas ordinairement la moitié de nos péchés , pas la quatrième partie. Vous avez commis un adultère , ou un acte de vengeance au commencement du mois et un à la fin. Quand vous vous confessez, vous dites que vous avez commis deux adultères, deux actes de vengeance, mais vous ne dites pas que vous avez offensé et contristé le Saint-Esprit, je ne sais combien de fois, par la résistance que vous avez faite aux inspirations qu'il vous a données pour vous détourner de ces crimes? Vous semble-t-il que c'est peu de chose, de ne pas obéir aux avertissements d'un Dieu , de fermer les yeux à ses lumières, de faire le sourd à ses semonces, de refuser les faveurs qu'il vous offre, de mépriser les avis que son apôtre vous donne : JSolite contristare Spiritum Sanctum Dei (Ephes. 4, 30), et spiritum nolite extinguere (1 . Thess. 5, 15). Hortamurvos ne
1 Nam qui beneficium non accipit eum qui benefecit afficit contumeliâ (Chrysost. in hune locum). Gratia Dei in me vacua non fuit. Sciebat enim homo, consilium Dei habens , redundare in contemptum donalis, donum negligere nec expendere ad quod donatum est (Bern., Ser. 54, in Cant.).
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in vacuum gratiam Dei recipiatis (2. Cor. 6, 1), et de vous exposer à ces reproches : Afflixerunt Spiritum Sanctum ejus (Isa. 63, 10) : Eœacerbaverunt spiritum ejus (Ps. 103, 33). Vos semper Spiritui Sancto résistais (Act. 7, 51)? David ne commit que deux ou trois péchés d'œuvre, il ne garda pas en sa maison Betsahée, il ne Fallait point voir chez elle, comme il appert en ce qu'elle lui écrivit qu'elle était grosse, et toutefois il confesse que ses péchés étaient en plus grand nombre que les cheveux de sa tète. C'est qu'il avait résisté très-souvent au Saint-Esprit, qui le reprenait de son crime par les remords de sa conscience.
XI. Le Fils de Dieu dit en l'Evangile que les péchés qui se commettent contre le Saint-Esprit sont plus difficiles à remettre que les autres (Matth. 12, 31); la raison est, que la mission du Saint-Esprit est le dernier effort de la charité de Dieu envers les hommes : elle semble épuiser les trésors de sa bonté et libéralité infinie. Voyez le style et la procédure de cette miséricorde divine envers nous? Il donna aux hommes, dès le commencement, la lumière et l'instinct de la raison naturelle , qui leur faisait connaître le bien et le mal : Signatum est super nos lumen vultûs tui (Ps. 22, 31). Les hommes l'ont obscurcie et quasi éteinte par le péché : Quis ostendit nobis bona? Obscuratum est insipiens cor eorum. AGn qu'ils n'en prétendent cause d'ignorance, il leur donne la loi écrite , que lui-même a imprimée avec son doigt sur deux tables de pierre. Eux, plus durs que la pierre, sont cause, par leur idolâtrie, qu'il faut rompre cette loi, et ils la violent à chaque bout de champ. N'est-ce pas ce que nous faisons encore tous les jours? Il leur envoie des prophètes qui les avertissent de se convertir et de faire pénitence : ils s'en moquent,!ils les persécutent, ils contrefont leurs prédications : Manda, remanda ; expecta, reexpecta. Nous avons bien à faire de ces prophètes, de ces missionnaires, de ces prêcheurs de pénitence, qui nous étourdissent de leurs menaces ; ça, il les faut jeter en prison, les décapiter, les scier et les lapider : c'est ce qu'ils ont fait à Isaïe, à Jérémie, à Zacharie et à saint Jean-Baptiste : Jérusalem quse occidis Prophetas et lapidas eos. Peut-être qu'ils auront plus de respect pour le Messie , ils auront égard que c'est mon propre Fils, mon Fils unique et bien-aimé. Il vient au monde, il prêche aux hommes de la part de son Père. Nous n'avons que faire de vous , ni de votre Père , lui disent-ils , nous voulons vivre à notre fantaisie. Ils le maltraitent , ils le crucifient , ils le font mourir et ils l'obligent de retourner au cie! : Synagoga populorum cirQumdabit te, et propter hanc in altum regredere.
Que fera-t-il davantage? Il ne lui reste plus qu'une troisième personne, la personne du Saint-Esprit, cet Esprit divin étant tout spirituel, on ne le pourra pas faire mourir. Il nous l'envoie , eu égard à cela, et nous l'affligeons, nous le contristons, nous tâchons même quelquefois de l'éteindre et de l'étouffer en notre cœur. Combien de fois vous y a-t-il dit : Cela n'est bas bien, ce contrat est usuraire. Et vous lui répondez : Vous ne savez ce que c'est que de vivre dans le monde, on ne fait état que de ceux qui ont de quoi ; si vous n'avez rien , on se moque de vous ! Il faut endurer cette injure, vous dit-il, il faut pardonner de bon cœur cette
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offense; l'Evangile défend toute vengeance! et vous lui répondez : Vous n'y entendez rien, vous n'êtes pas un bon conseiller, vous n'avez point de cœur! vous me conseillez une lâcheté! et même vous voudriez quelquefois, si vous pouviez, l'arracher de votre cœur, par impatience de ses avertissements qui vous sont insupportables. Hé! lui dites-vous, vous m'importunez par vos inspirations, vous ne cessez de me tirer l'oreille; je voudrais que vous fussiez bien loin; vous me tourmentez par vos terreurs du jugement et de l'éternité : je ne puis prendre mes plaisirs à mon aise, je n'en goûte la douceur qu'à demi, vous me les détrempez dans l'amertume de vos menaces! Cela, n'est-ce pas proprement pécher contre le Saint-Esprit? n'est ce pas lui faire affront comme parle l'Apôtre? n'est-ce pas faire comme le roi des Ammonites , et mériter la même punition que lui?
XII. L'histoire en est tragique et sanglante , s'il en fût jamais , et elle serait incroyable si elle n'était rapportée dans l'Ecriture. (2. Reg. 10, 2). Au second livre des Rois il est dit, que David ayant appris que Naas , roi des Ammonites, était mort, envoya des ambassadeurs à sou fils Hanon pour le consoler et le féliciter sur son avènement à la couronne. Les gens de sa cour entrant vainement en ombrage, dirent à ce jeune roi : En vérité, pensez-vous que ce soit pour vous consoler et à bon dessein , que David vous a envoyé ces ambassadeurs? c'est un prétexte qu'il prend pour faire voir à ces espions les places de votre royaume. Le roi croyant trop légèrement cttte calomnie , traite les ambassadeurs de David comme ses plus grands ennemis; il leur fait raser la moitié de la barbe, et leur fait souffrir d'autres indignités très-outrageuses. David était l'un des plus patients et des plus cléments princes que la terre ait jamais portés; et toutefois, il fut si irrité de cette injure, que je ne sais si Phalaris, Busiris, ou d'autres semblables, furent jamais si cruels que lui. Il envoya son connétable Joab pour assiéger la ville de Rabba, capitale des Ammonites; il y vint lui-même en personne, et ayant pris la ville, il en fit sortir tous les habitants, il les fit coucher tous pieds et poings liés en une large et vaste campagne, il fit passer sur eux des chariots armés de rasoirs : Fecit super eos Iribulas et trahas et ferrata carpenta transire, ità ut dissecarentur et contererentur (1. Parai. 20, 3). Quel horrible spectacle ! quelle sanglante boucherie! de voir une grande campagne inondée du sang humain, jonchée de corps démembrés et taillés en pièces? Un père voyait le corps de son fils haché en morceaux, une femme voyait le tranchant d'une roue passer sur le visage de sa fille, et n'en attendait pas moins. Et, après ce fait, David ne laisse pas de se louer de sa grande douceur, en parlant à Dieu à qui on ne peut mentir, et devant qui rien ne peut être loué, qui ne soit très-grand et très-signalé : Mémento, Domine, David, et omnis mansuetudinis ejus.
Pensons-nous que ce soit en vain que l'Ecriture le rapporte? Le Saint-Esprit nous déduit cette histoire, pour nous apprendre que si David n'a point été cruel en cette action, s'il n'a pas laissé d'être loué de sa très-grande douceur et de sa clémence , nonobstant cette effroyable punition , parce que l'énormité du crime la méri-
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tait bien ; à plus forte raison Dieu ne perdra-t-il pas sa bonté et sa miséricorde infinie, encore qu'il exerce contre nous un châtiment pareil pour un crime tout semblable : Omnia in figuris contingebant illis. C'était une figure de ce qui devait arriver. Le Père éternel nous a envoyé, par pure miséricorde , deux personnes divines, son Fils bien-aimé et son Saint-Esprit, pour nous consoler et nous donner secours : A lium paracletum dabit vobis. Nous avons misa mort son fils, nous le foulons aux pieds tous les jours par des blasphèmes, par l'abus des sacrements et par des sacrilèges. Nous traitons indignement et outrageusement le Saint-Esprit par le mépris de ses grâces. Je vous laisse à penser quel supplice nous devons attendre , lorsqu'en l'ardeur de sa colère, en la fureur de son ire, il viendra venger ces injures, faisant écraser et réduire en poussière les princes et les peuples entiers, comme le texte sacré nous l'assure au psaume 109e : Confregit in die irœ suœ reges. En Habacuc , chap. troisième, où nous avons : In fremitu conculcabis terrain , et in furore obstupefacies gentes. Il y a dans l'hébreu : Triturabis gentes.
XIII. Saint Ephrem, diacre de la ville d'Edesse, nous en peut rendre savants, lui qui avait vu une petite étincelle de la colère du Fils de Dieu. 11 était un si grand saint et en si grande considération parmi les fidèles, au quatrième siècle, qu'au rapport de saint Jérôme , on lisait ses écrits publiquement dans les églises, après l'Ecriture sainte. Il dit qu'étant un jour en contemplation sur la vanité du monde et la folie des hommes qui la suivent , il vit Notre Seigneur assis sur un trône de gloire, qui lui dit : 0 âme! pourquoi ne me servez-vous pas tout de bon? pourquoi êtes- vous négligente à l'oraison et aux exercices de dévotion? pourquoi ne correspondez-vous pas aux grâces et aux inspirations de mon Saint-Esprit? Vous savez bien que je suis mort pour vous, afin de gagner votre cœur et de vous avoir pour épouse? J'ai fait plus d'état de .votre salut que de tous mes autres ouvrages. Je vous ai préparé au ciel une couche nuptiale; et vous m'avez méprisé, et vous n'avez point fait d'état des biens ineffables que je vous réserve, et vous vous êtes assujettie à votre ennemi capital , qui ne cherche que votre ruine : Ego anima, lui causa mortem oppetii. Il ajoute qu'alors Dieu lui fit voir, avec tant de lumière, ce que c'est que Dieu, combien il mérite d'être servi, les grandes obligations que nous lui avons, le mal que c'est de l'offenser, même en petites choses, que , saisi de crainte et chargé de confusion, il ne sut faire autre chose que pleurer, chercher où il se cacherait , dire aux rochers qu'ils tombassent sur lui , et à regretter le jour de sa naissance; et depuis, comme saint Grégoire de Nice le rapporte , on voyait couler de ses yeux continuellement une fontaine de larmes.
Voyez la différence de votre vie et de la sienne, de vos péchés et des siens. Si dans un seul crayon du jugement, un si grand saint , un si austère, si pénitent et' si grand mépriseur du monde, fut chargé de tant de honte pour de petits péchés, que deviendrez-vous au jugement définitif? vous, sensuel, charnel, vindicatif, tout pétri de malice, qui ruinez continuellement en vous les œuvres de
300 Sermon XXIX.
Dieu et qui abusez de tous ses bénéfices? Ignis, et sulphur et spiritus procellarum , pars calicis eorum, quoniam quœ perfecisti destruxerunt (Ps. 10, 6); Le feu, le soufre ardent, les tourments éternels seront votre partage, parce que vous ruinez en vous les chefs-d'œuvre de l'amour de Dieu.
Conclusion. — Vous abusez du bénéfice de la création, vous servant de votre âme et de votre corps, pour déplaire à celui qui vous les a donnés. Si le fils d'un grand roi se servait de son sceptre pour fouiller dans un égout et y chercher des ordures, ne ferait-il pas grand déplaisir et grand déshonneur à son père? Et qu'est-ce qui vous fait porter le sceptre en ce monde ; qu'est-ce qui vous y donne l'ascendant et la souveraineté sur les animaux? N'estce pas l'esprit et la raison. L'aigle a de meilleurs yeux que vous, l'oie a l'ouïe plus subtile, l'araignée l'attouchement plus délicat, un cheval a plus de pieds que vous; ce qui vous donne l'avantage et l'empire sur eux , c'est que vous avez de l'esprit; et à quoi l'employez-vous? à remuer des ordures. Si on voyait ce qui se passe en votre tête une bonne partie du jour et de la nuit, on verrait qu'il n'y a cloaque dans le monde si puant que celui-là. Vous n'usez pas mieux des membres de votre corps, yous employez vos yeux à des œillades lascives, votre langue à des blasphèmes ou à des médisances, vos mains à des rapines ou d'autres choses que je n'ose pas dire : Quœ perfecisti destruxerunt.
Vous ruinez l'œuvre de la Rédemption. Le Fils de Dieu s'est fait homme pour vous faire enfant de Dieu et vous vous rendez par le péché esclave de l'esprit malin; il a obéi à une fille, pour vous apprendre l'obéissance , et vous refusez d'obéir aux commandements d'un Dieu ; il a institué l'Eucharistie pour sanctifier votre chair, et vous la souillez honteusement par des passions honteuses; il a enduré en sa chair des tourments insupportables, pour vous apprendre et exciter à mortifier la vôtre, et vous la faites nager en toutes sortes de délices; il est ressuscité, pour vous donner la vie, et vous vous donnez la mort par le péché : Quœ perfecisti destruxerunt.
Vous ruinez et détruisez en vous toutes les œuvres du Saint- Esprit. Il tâche de vous avoir par toutes les voies possibles, il vous sollicite et importune par ses inspirations, par les remords de votre conscience, par la voix des prédicateurs, par les exemples des gens de bien; et vous résistez à tout : vous ne pouvez être vaincu, ni par douceur, ni par rigueur, ni par promesses, ni par menaces, ni par bienfaits, ni par châtiments.
Jus tus autemquid fecit? ou selon une autre version : Quid facit? Les justes doivent faire tout le contraire; pendant que les âmes réprouvées ruinent ainsi les œuvres de Dieu , vous les devez honorer et en faire bon usage, ô âmes choisies ! Vous devez reconnaître le bénéfice de la création , employant toutes les puissances de votre âme, toutes les facultés de votre esprit, tous les membres de votre corps à reconnaître Dieu , à l'aimer, à le louer, à le bénir et le glorifier ; à rendre service aux membres de son Fils , à visiter les malades, à aller voir les prisonniers et consoler les affligés. Vous devez reconnaître l'œuvre de la rédemption , passant souvent en
Le péché offense le bénéfice de V Incarnation. 301
votre esprit , avec affection et sentiment d'honneur et de respect , les mystères de l'Incarnation , de la vie, des voyages , de la mort et passion du Sauveur. Vous devez honorer le Saint-Esprit et ses inspirations, les recevant avec beaucoup d'estime, les recueillant précieusement et sans déchet , y correspondant selon toute leur étendue, pratiquant tout ce qu'il demande de vous par ses commandements et par ses conseils. Si vous honorez ainsi les trois Personnes de la sainte Trinité , si vous êtes ainsi reconnaissant de leurs bénéfices, vous entonnerez quelque jour à leur honneur le trisagion divin avec les anges; vous serez associé à la compagnie des saints, pour chanter éternellement avec eux : Gloire soit au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, en tous les siècles des siècles. Amen.