‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 45 sur 85 · SERMON XXXIII · texte numérisé non relu

SERMON XXXIII

LE PÉCHÉ NOUS MET EN LA HAINE DES SAINTS DU CIEL , EN LA RESSEMBLANCE DES ANIMAUX DE LA TERRE , ET EN L'ESCLAVAGE DES DÉMONS D'ENFER. 0

Qui fuciunt peccatum , hostes sunt animee suce.

Ceux qui commettent le péché sont ennemis de leur âme. (Tob. 12, 10.)

Comme l'apôtre saint Paul parlant au nom des prédestinés, avait coutume de dire : Si Dieu est pour nous , qui est-ce qui sera contre nous? Si Dieu nous justifie, qui nous condamnera? Ainsi les âmes réprouvées peuvent dire avec vérité : Si Dieu est contre nous, qui sera pour nous, et si c'est Dieu qui nous condamne, qui est-ce qui nous justifiera : car le péché ne nous détruit pas seulement auprès de Dieu, mais au regard de toutes les créatures du ciel , de la terre et des enfers. Il nous met en la disgrâce

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des saints du ciel , à la ressemblance et au-dessous des animaux de la terre : dans l'esclavage et la servitude des démons de l'enfer. Pour cela, si nous sommes sages, sitôt que nous l'avons commis par fragilité humaine, nous le devons effacer par une vraie pénitence. Ce doit être avec votre secours, ô sainte Vierge! vous n'êtes pas la fautrice des pécheurs obstinés , mais vous êtes le refuge des pécheurs repentants : vous déclarez la guerre à ceux qui veulent persévérer en leurs crimes, mais vous tendez la main à ceux qui s'en veulent relever. Je vous dirai donc avec l'Eglise : Succurre cadenti, sur g ère qui curât populo : Gabrielis ab ore, sumens illud : Ave , Maria, gratia plena.

IDEA SERMONIS

Exordium. — Sancti in hoc modo zelant contra peccatum , multô magis in cœlo.

I. Punctum. — I. Per peccatum sumus odiosi sanctis. 1. Scripturâ. — II. 2. Patribus. — III. 3. Ratione. quia amant Deum et oderunt peccatum in se , et in aliis. — IV. 4. Comparatiune Abisai — V. 5. Gratiarum actione.

II. Punctum. — VI. Per peccatum sumus 1° Similes belluis 1. Scripturâ. — VII. 2. Patribus.— VIII. 3. Inductione. — IX. 2° Sumus belluis inferiores 1. Scripturâ. — X. 2. Patribus et rationibus quas afferunt. — XI. 3. Inductione. — XII. 4. Comparationibus.

III. Punctum. — XIII. Per peccatum sumus servi diaboli 1. Scripturâ. — XrV. 2. Patribus. — XV. 3. Rationibus. — XVI. 4. Experientiâ.

Conclusio. — Comparatio ruin» animarum destructioni templi ex Chrysost. ; Recapitulatio per Lamentationes Jeremise .

Exorde. — Le zèle de la gloire de Dieu a quelquefois porté les sainis à des actions si étranges et extraordinaires , que si elles n'étaient autorisées et approuvées de Dieu en l'Ecriture, les esprits faibles les attribueraient à un excès de colère, ou à quelque autre passion encore plus vicieuse et déréglée. Moïse descendant un jour de la montagne et trouvant que le peuple avait adoré le veau d'or, s'écria, outré de douleur : Si quelqu'un a du zèle pour la gloire de Dieu, qu'il me suive (Exod. 32, 26); une grande partie de la tribu de Lévi, se présente à lui pour recevoir ses commandements : Aliez par tout le champ d'un bout à l'autre, leur dit-il, et mettez à mort tout ce que vous rencontrerez, sans exception de personne. Ils obéissent sur-le-champ, ils passent par le fil de l'épée tout ce qui se présente à eux : amis, parens, alliés et frères, jusques à vingttrois mille personnes. Après cet exploit, Moïse leur dit : Consecrastis hodiè manus veslras Domino; Ce sang répandu pour la querelle de Dieu , vous servira d'huile et de saint chrême, qui vous consacrera au sacerdoce; vos mains sanctifiées par cette action, seront propres dorénavant à offrir des sacrifices à Dieu en odeur de suavité. En effet, depuis ce temps-là, la seule tribu de Lévi, eut l'honneur de la prêtrise parmi le peuple de Dieu. Au livre des Nombres, Phinée de la même tribu, voyant un Israélite qui commettait le péché d'impureté avec une Madianite, piqué d'une sainte jalousie, perça à coups de poignard l'homme et la femme en flagrant délit, et ce zèle arrêta la vengeance du ciel qui avait commencé de fondre sur ce peuple acariâtre (Num. 25 , 15). Ainsi Elie, Mathathias, Judas Machabée et plusieurs autres grands saints ont vengé l'offense de Dieu par des saillies d'une sainte colère, et Dieu les en a estimés, loués et récompensés.

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Premier point. — I. Cependant l'amour le plus ardent et le zèle le plus enflammé que les saints ont eu en ce monde n'est que glace et que pesanteur, à comparaison de l'amour qu'ils ont pour Dieu dans le ciel et du zèle qu'ils ont pour sa gloire. Vous prenez la hardiesse d'offenser la majesté de Dieu , vous imaginant que les saints vous protégeront contre sa justice, pour un tribut de quelques prières que vous leur payez tous les jours. Oui, si Dieu, par sa miséricorde, leur en inspire la pensée, s'il leur en donne la volonté; autrement ils sont vos ennemis, ils vous veulent un mal de mort , ils ont autant de haine contre vous qu'ils ont d'amour et d'affection pour Dieu ; ils disent comme David : Perfecto odio oderam illos, etinimici facti sunt rnihi ÇP&al. 138, 22). La Vierge dit en l'Ecriture : Je suis la Mère de la belle dilection pour les vertueux et de la crainte pour les vicieux : Ego Mater pulchrse dilectionis et timoris (Eccl. 24, 24 ; Luc. 2, 13). Les anges et les saints sont appelés la gendarmerie et milice du ciel ; donc ils font la guerre , non pas aux gens de bien , car, au contraire, ils postent leur camp et font sentinelle pour leur défense. Au psalme 33e, où nous avons : Immittet Angélus Domini in circuitu timentium eum; en hébreu il y a : Cône malach Adonai mabbïbs Castrametatur Angélus Domini; ils protègent les vertueux; mais ils persécutent les vicieux.

II. Saint Grégoire en rend la raison : c'est que les saints sont si unis à Dieu , tellement absorbés et engloutis en l'essence divine , qu'ils ne peuvent vouloir que ce qu'il veut, agréer que ce qu'il agrée , aimer que ce qu'il aime, et haïr que ce qu'il abhorre ; que si bien que comme ils voient que Dieu a une antipathie et une contrariété infinie au péché,. le haïssent et l'abhorrent au dernier point (lib. 34, Moral. , cap. 16). Et comme dit le même saint Grégoire ; s'il arrive quelquefois que la Vierge et les saints s'opposent à la colère de Dieu, et arrêtent sa vengeance par les prières, c'est que Dieu nous voulant faire miséricorde par un excès de bonté, leur donne l'inspiration et la volonté de prier pour nous; mais ils ne le feraient jamais s'ils ne suivaient que l'inclination du zèle qu'ils ont pour Dieu1 : Oculi sunt in amore duces.

III. Les saints voient Dieu à découvert et face à face : ils connaissent clairement combien il est grand, puissant, bon et digne d'être aimé, servi, obéi et redouté : si bien qu'ils sont nécessairement ravis et transportés d'affection vers lui, sans se pouvoir empêcher de l'aimer. Heureuse et souhaitable nécessité! Mais cela leur donne si grande horreur et aversion du péché qui lui est contraire , qu'il n'est rien qu'ils ne voulussent quitter, faire ou endurer pour le détruire et l'anéantir.

Origène, entre ses rêveries, disait que les saints n'étaient pas confirmés en grâce, qu'ils en pouvaient déchoir aussi bien que de leur béatitude. C'était une erreur grossière; mais si cela était vrai, si les saints étaient en danger d'offenser Dieu , il n'y en a pas un parmi eux qui ne dît de bon cœur : Mon Dieu, faites de moi tout ce qu'il vous plaira , et tirez-moi de ce danger ; privez-moi si vous voulez de votre gloire, bannissez-moi de votre paradis , mettez-moi

1 Deus cujus irœ nemo resistere potest (lib. 9, Moral., cap. 9. in illud).

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au fond de l'enfer, faites que j'y endure à jamais tous les feux et tous les tourments qui s'y font, plutôt que de permettre que je tombe dans un seul péché. Et comme ils haïssent le péché, non pas seulement, ni principalement pour leurs intérêts, mais pour l'amour de Dieu , ils ne craignent pas et ne le haïssent pas seulement en eux-mêmes, mais en tout autre; ils en ont tant d'horreur et de crainte, que quand vous êtes sur le point de le commettre, si la Vierge , votre ange gardien et tous les saints pouvaient vous empêcher d'y consentir, et si , pour cet effet, il était nécessaire qu'ils fussent sevrés de leurs joies et délices célestes, qu'ils vinssent au inonde souffrir les travaux et les martyres qu'ils y ont endurés, ils le feraient très-volontiers si Dieu le trouvait à propos. Le péché leur déplaît si étrangement, que si l'état de la gloire ne les rendait tout à fait immortels et impassibles , ils mourraient de tristesse quand on n'en commettrait qu'un seul. Quand vous commettez ce parjure , la Vierge mourrait de douleur, votre ange gardien mourrait de regret, tous les saints mourraient de déplaisir si la béatitude ne les exemptait de la mort.

David n'était qu'un homme fragile comme nous , et néanmoins parce qu'il aimait bien Dieu, quand on commettait le péché, il en recevait tant de déplaisir, qu'il séchait sur ses pieds, qu'il était tout défait et abattu d'ennui et de fâcherie : Tabescere me fecit zelus meus quia obliti sunt verba tua inimici mei (Psal. 128). L'Ecriture le dit, elle ne peut mentir: J'étais tout abattu et languissant, je m'évanouissais, et le cœur me manquait, ô mon Dieu ! quand je voyais que l'on vous offensait : Defectio tenuit me pro peccatoribus derelinquentibus legem tuam{Ibid.).Qui oderunt te Domine oderam et super inimicos tuos tabescebam (Psal. 138, 20). La Vierge et les saints seraient comme cela , s'ils en étaient capables , quand vous commettez le péché , et puis vous pensez être leur favori , pour quelque petite dévotion que vous pratiquez envers eux par amour-propre. Le Psalmistedit qu'ils tiennent à grand honneur de louer Dieu et de célébrer ses louanges ; mais qu'en même temps ils estiment aussi fort glorieux d'épouser sa querelle, de venger ses injures, et d'être animés de colère contre ceux qui l'offensent : Eœaltationes Dei in gutlure eorum : et gladii anticipites in manibuseorum, ad faciendam vinâictam in nationibus ; gloria hœc est omnibus sanctis ejus (Psal. 141). Et en la parabole de l'Evangile, sitôt que l'ivraie paraît au champ du père de famille, ses serviteurs lui disent : Maître, nous Talions arracher. Cette zizanie, selon l'explication de notre Sauveur, représente les pécheurs, comme les serviteurs signifient les anges et les saints. Notez leur façon de parler : Vis, imus , et colligimus ea (Matth. 13, 28). Ils ne disent pas. Vous plaît-il que nous l'arrachions, mais : Nous allons l'arracher. Pour montrer leur promptitude, le désir qu'ils en ont, et qu'ils exécuteraient infailliblement, si Dieu ne les empêchait, en disant : Non pas si tôt, de peur que vous n'arrachiez le bon grain avec la zizanie.

IV. C'est comme Abisaï envers David (2. Reg. 16). Ce pauvre roi fuyant la persécution de son fils , fut rencontré par un de ses vassaux nommé Séméï ; cet insolent commence à dire des injures à

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son prince, et l'appeler tyran , cruel ou meurtrier, et lui jeter des pierres. Abisaï, connétable de David , justement irrité contre cet insolent, met la main à l'épée , disant : Sera-t-il permis à un chien mort d'injurier ainsi impunément le roi mon seigneur? Il faut que je lui coupe la tête tout maintenant, pour lui apprendre à respecter les princes en quelque état qu'on les rencontre. Il l'eût fait infailliblement si David ne l'eût arrêté par sa débonnaireté royale et sa patience ordinaire.

Vous faites comme Séméï , vous injuriez votre Dieu , vous le blasphémez, le reniez et le persécutez. Qui? vous, un homme de néant ! un chien mort et un ver de terre ! Les saints voyant cela, justement passionnés pour la gloire de leur prince ,sont enflammés de colère contre vous : Ministros suos ignern urentem ; au même instant que vous avez consenti au péché, ils vous abîmeraient, vous foudroieraient et vous réduiraient en poussière , si Dieu ne les arrêtait par sa clémence infinie; de sorte que , quand les saints prient pour nous , c'est un effet de la bonté de Dieu. Les hérétiques sont si grossiers que , quand nous prions les saints d'apaiser la colère de Dieu , ils s'imaginent que nous reconnaissons dans les saints plus de miséricorde que non pas en Dieu. C'est une erreur insupportable ; les saints nous abîmeraient quand nous sommes en mauvais état , si Dieu ne les empêchait , parce qu'ils ont plus d'intérêt et de passion pour la gloire de Dieu que pour le profit des hommes ; et s'ils prient Dieu pour nous , c'est qu'ils espèrent notre amendement : Dieu leur inspire et les sollicite à prier pour notre conversion.

V. 0 mon Dieu ! quelle pitié , quelle miséricorde et quelle patience invincible ! Nous avons sujet de dire avec David : Domine, ut scuto bonse voluntatis tuœ coronasti nos ; Si vous ne nous eussiez servi d'ombre et de bouclier, lors même que nous vous faisons la guerre, vos saints et toutes vos créatures nous eussent accablés par vengeance ; vous les avez arrêtées, et cela sans autre motif que de votre miséricorde et de votre pure bonté : Scuto bonse voluntatis. Vous en soyez béni à jamais! Confiteantur tibi, Domine, omnia opéra tua, et sancti lui benedicanl tibi! autant de moments que nous avons été en mauvais état , autant de bénédictions, autant de millions de louanges et autant d'actions de grâces vous puissent rendre tous vos saints et toutes vos créatures pour un si grand bienfait !

Saint Chrysostome, en l'homélie de saint Mélétiu^, patriarche d'Antioche , dit qu'il fut injustement condamné par l'empereur Valens , hérétique arien , à être banni pour la foi ; si bien ciue le gouverneur d'Antioche , par commandement de l'empereur, l'emmenait hors la ville dans son carrosse pour l'exécution de son ban ; mais comme le peuple, qui aimait passionnément son pasteur, jetait des pierres contre ce gouverneur, qui l'enlevait à son troupeau, le saint prélat , au contraire , le couvrait de sa robe , et se mettait au devant pour le garantir des coups de pierre. Dieu nous en fait de même , quand nous commettons le péché : s'il ne nous tenait à couvert sous les ailes de sa protection , les saints lanceraient des foudres sur nos têtes criminelles , le feu descendrait du

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ciel pour nous consumer, la terre s'ouvrirait pour nous engloutir , les chiens nous déchireraient et les serpents nous empoisonneraient.

Deuxième point. — VI. Je dis que non-seulement les saints, mais les animaux, nous feraient la guerre : car, comme dit le Prophète royal, l'homme ayant l'honneur d'être l'image de Dieu, son lieutenant et vice-roi en ce monde, le souverain des créatures visibles, il ne reconnaît pas celte gloire, il dément sa noblesse, il se dégrade par le péché, il perd sa prééminence et se met en parallèle avec les bêtes : Homo cùm in honore esset non intellexit, comparatus est jumentis insipientibus (Ps. 18).

VII. Il est malaisé de trouver au monde un pur homme, dit saint Chrysostome1, c'est-à-dire, une personne qui soit homme tout à fait pur et à plein, intérieurement et extérieurement, selon l'âme et selon le corps, selon la vérité et selon l'apparence. L'expérience fait voir que plusieurs n'ont que le masque, l'extérieur et la contenance d'homme; non pas l'essence et la vérité. Et on voit arriver tous les jours ce que saint Grégoire de Nysse 2 raconte être arrivé de son temps. Il dit qu'un bateleur, pour amasser de l'argent par quelque plaisant trait de son métier, avait enseigné un singe à danser à la cadence du hautbois; il l'habilla en demoiselle et lui mit un masque pour le mieux déguiser, il l'emmena sur un théâtre et il le fit danser en présence d'un grand peuple. Quand on vit une petite demoiselle qui dansait si bien, tout le monde en était ravi, et l'on criait : ô quel prodige 1 Quelqu'un, qui savait la fourberie, jette sur le théâtre quelques noisettes , et tout incontinent ma baladine oublie sa danse, sa cadence et son hautbois, elle arrache son masque, elle se jette sur les noisettes , elle commence à les casser et éplucher. L'admiration se tourne en risée : on vit que c'était une fausse demoiselle et un vrai singe. Si vous le vouliez remarquer, vous verriez que le même arrive tous les jours : un tel qui vous semble si honnête homme , si sage et si judicieux, n'est pas un homme; c'est une bête masquée, c'est une bête qui a la figure et l'apparence d'homme; on le connaît en l'occasion : Ex operibus eorum cognoscetis eos. 11 ne faut qu'une noisette , qu'une petite querelle pour le faire paraître ce qu'il est. Si ou l'offense tant soit peu , si vous le désobligez en quoi que ce soit, ce n'est pas un homme, c'est un léopard , c'est un lion , c'est un tigre en effet.

VIII. Origône (homil. 3, in Ezech., Psalm. 86) remarque que l'homme vertueux en l'Ecriture est appelé homme, avec réduplication : Homo et homo natus est in ea. Homo, homo , de domo Israël (Ezech. 14, 4), pour le distinguer du pécheur qui n'est pas homme entièrement, simplement et absolument; mais qui n'est homme qu'à demi et bêle tout à la fois; homme en apparence et au jugement des hommes, bête en effet au jugement de Dieu. Si vous courez après le bien d'autrui ou bien quelque autre créature pour en abuser, savez-vous ce que vous êtes selon le jugement de

1 Difficile esthorainem purum invenire (Chrysost., homil. 59 in Joan.).

2 Greg. Nyss., tom. 2, Serm. de nomine Christiani.

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Dieu et de la vérité, ce qu'on dit de vous au ciel ? On dit que vous êtes un pourceau d'Epicure : Homo equus : equi emissarii facti sunt; unusquisque ad uxorem proœimi sut hinniebat (Jerem. 5, 8). Si vous couvez en votre cœur le venin de quelque malveillance, envie ou jalousie, vous êtes un vipereau , une engeance de vipère, Genimina viperarum (Luc. 3, 7). Si vous pillez les veuves et les orphelins par injustice, par des chicanes ou par contrats usuraires, vous êtes un loup ravissant : Judices ejus lupi vespere (Sophon., 3, 3); ils sont affamés, ils n'ont rien mangé tout le jour : Intrinsecùs autem lupi rapaces.

IX. Le péché ne vous met pas seulement au rang des bêtes, mais au-dessous et de pire condition. Ce qui est naïvement bien exprimé en l'Ecriture, car au chapitre 1er de la Genèse, verset 28e, le Créateur donnant au premier homme et à sa femme la prééminence et l'autorité sur les bêtes , se sert d'un mot équivoque , où nous avons : Et dominamini piscibus maris, et bestiis terrx; dans l'hébreu , qui est le langage de Dieu , il y a urdu; ce mot a deux significations; car, il peut venir du verbe rada, qui est de ceux qu'ils appellent quiescentia lamed, c'est-à-dire, qui suppriment en conjuguant la dernière radicale he : et ainsi, il fait à l'impératif, redè dominare , redu dominamini; ou il peut venir àejarad, qui est un verbe imparfait, de ceux qu'ils appellent defectiva pejod , c'est-à-dire, qui perdent, en conjuguant, la première lettre radicale jod; ainsi, il fait à l'impératif, red, descende, redu, descendue. Ajoutez à tous deux la lettre vau , qui est particule copulative , vous ferez verdit, et dominamini, et descendue, comme si le Créateur voulait dire : Si vous demeurez fidèles et obéissants à mes commandements, dominamini bestiis terrœ , vous serez supérieurs à tous les animaux; mais si vous commettez le péché : descendue, vous leur serez inférieurs, vous serez en une condition plus vile, et plus abjecte et plus déplorable que la leur.

X. Saint Chrysostome (hom. 3, in Joan., et 23, ad populum) dit fort bien : Si les lions, les loups et les autres bêtes farouches sont cruelles, carnassières, goulues et effrénées en leur concupiscence, cela n'est pas digne de blasphème en elles, c'est leur nature d'agir ainsi et non pas vice; mais quand vous avez ces imperfections, c'est contre votre nature, ce vous est un vice; elles vous sont volontaires et plus odieuses en vous. Chacun de ces animaux n'a qu'une ou deux de ces inclinations; le lion est cruel, le loup ravissant, le chien envieux , le paon orgueilleux, le coq luxurieux, le renard cauteleux et le singe malicieux. Mais vous avez tous ces vices ensemble, vous faites en vous un égoutet un ramas de tous ces défauts. Vous êtes une chimère , non pas en fable et imagination, mais en effet et en vérité; vous êtes un composé de plusieurs bêtes brutes; vous êtes colérique comme un lion , cruel comme un tigre, goulu comme un pourceau , lascif comme un coq et dangegereux comme un serpent. Et comme si ce n'était pas assez de prendre la teinture des vices de tous les animaux qui sont sur la terre, vous descendez même aux enfers, et vous empruntez les blasphèmes, l'envie , la superbe , l'obstination et l'impénitence des démons. Vous corrigez avec un peu d'industrie les mauvaises in-

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cli nations de ces animaux , encore qu'elles leur soient naturelles , entées et cimentées au fond de leur essence. Vous apprivoisez les lions et les tigres , vous rendez les éléphants souples comme des agneaux , vous apprenez à votre chien à refréner sa concupiscence, à modérer son appétit irascible; il a une sensualité aussi bien que vous; il n'a point de raison, de jugement, ni de franc arbitre comme vous , et il refrène sa sensualité par votre discipline.

Quand il était jeune, il prenait tout ce qu'il trouvait à son appétit; depuis que vous l'avez enseigné, quelque affamé qu'il soit, encore qu'il trouve de bonne viande , il s'en abstient , il réprime sa sensualité crainte d'un coup de bâton. Et vous , homme ! et vous, créature raisonnable! douée de volonté, d'esprit et de liberté, vous qui êtes chrétien , ne pouvez-vous pas apprendre à votre sensualité ce que vous apprenez à votre chien? vous ne vous abstenez pas de gourmandise , d'impureté , ni des danses , par la crainte d'un supplice éternel 1 Votre chien ne refrène pas seulement son appétit concupiscible, mais il modère l'irascible; quand vous le battez sans sujet, il ne se révolte point contre vous; si c'était un autre que vous, il se rebellerait, il se défendrait et lui sauterait au visage ; mais parce que vous êtes son maître, il s'abaisse et s'humilie devant vous , et il se contente de former une voix plaintive. Et vous, qui êtes si obligé à Dieu, vous vous soulevez contre lui, vous le blasphémez, vous l'outragez, vous le reniez, lors même qu'il ne vous fait point de mal , qu'il ne vous dit mot , qu'il vous comble de biens.

XI. Il ne faut plus dire : Comparants est jumentis , et similis factus est Mis : mais , deterior factus est Mis ; Il n'y a bêle brute qui boive plus que sa soif; il n'en est point, ou fort peu, qui en tue d'autre de son espèce; il n'en est point qui se tue soi-même; et plusieurs hommes font toutes ces choses '.

XII. Il n'est point de bête qui commette des brutalités que plusieurs chrétiens commettent, même en leur mariage. Saint Chrysostome dit très-bien : Quel est l'homme si peu raisonnable et dépourvu de sens commun , qui voulût faire entrer au Louvre , en la chambre et cabinet du roi, pourceau ou quelque autre bête immonde? Et au ciel empyrée, au palais de Dieu, en la salle de son banquet , pensez-vous qu'on y recevra une âme plus vicieuse, plus immonde et plus brutale que les brutes mêmes : Foris canes, et impudici? Et saint Grégoire de Nysse dit : Si le magistrat avait commandé à un peintre ou à un sculpteur d'efligier ou de peindre le roi , s'il le représentait en forme hideuse et contrefaite, il offenserait le roi , il mériterait grande punition et serait cause, enfin, que ceux qui n'ont point vu le roi. croiraient que Sa Majesté serait ainsi laide et difforme2. Le devoir et la profession du chrétien, c'est d'être l'image de Jésus-Christ, dit saint Paul : Sicut portavimus imaginem terrenit itàportemus imaginem cœlestis (1 . Cor. 15,

1 Quo nemore unquatn

Expiravit aper majoribus dentibus apri ! Judica tigris agit rabida cum tigride pacem.

(Juven., satire XVI.)

2 Greg. Nyss., Serai, de nomine Christiani.

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49; Act. 9, 7); de le représenter en soi , en sa vie, en ses paroles, en ses déportements ; et si cette copie est difforme , hideuse et monstrueuse , elle est l'opprobre et le déshonneur de l'original même.

Troisième point. — XIII. Il y a bien plus, vous ne vous mettez pas seulement en l'inimitié des saints par le péché, en la catégorie des animaux et au-dessous; mais vous vous assujettissez à l'empire et à la tyrannie du diable. Saint Paul dit, et on ne le voit que trop , qu'il vous traite comme son esclave , disposant de vous à sa volonté. L'àme choisie est tout abandonnée aux mouvements du Saint-Esprit et de la grâce ; elle dit comme saint Paul : Mon Dieu! que désirez-vous de moi , me voici toute disposée à le faire : Domine quid me vis facere? Au contraire , l'âme réprouvée est toute livrée à la puissance de l'esprit malin, et prostituée à toutes ses volontés. Ainsi , veut-il qu'elle aille au cabaret? elle y va ; veut-il qu'elle aille au bal ou au lieu infâme? très-volontiers; veut-il qu'elle parle insolemment à ses père et mère, ou qu'elle dise des injures et des malédictions à ses gens? elle en dit; c'est ce qui fait que Lucifer est appelé en l'Evangile , le prince de ce monde (Joan. 12, 31). L'Apôtre dit que les démons sont les recteurs et les puissants de ce monde (Ephes. 6, 12) , xpaxopeç , c'est-à-dire , des âmes mondaines.

C'est la menace que Dieu leur faisait sous la métaphore du roi d'Egypte : Vous ne voulez pas , dit-il, me reconnaître et m'obéir comme à votre souverain , vous servirez à un tyran très-cruel, aQn que vous appreniez par expérience la grande différence qui est entre ma conduite et sa domination inhumaine.

XIV. C'est que, comme dit saint Hilaire, sitôt qu'une âme consent à un péché mortel, Dieu fait divorce avec elle et la quitte; l'esprit malin , qui est toujours aux aguets , voyant cette maison vide et déserte, est ravi d'y entrer, et d'en faire sa demeure et son domaine'.

XV. Et il prétend le pouvoir faire justement , parce que le droit des gens et la loi universelle reçue par toutes les nations portent que celui qui a été vaincu par un autre est en la puissance et au pouvoir du victorieux. Tant que vous résistez à la tentation de Satan, vous lui êtes supérieur, il n'a point de pouvoir ni de prise sur vous ; mais quand vous y consentez lâchement, il vous surmonte, il vous supplante, et il vous réduit sous son joug: vous êtes son prisonnier de guerre, son serviteur et son esclave : Venumdatus es ut faceres malum, disait le prophète Elieau roi Achab (3. Reg. 21 , 20). Vous vous êtes vendu, envahissant injustement la vigne du pauvre Naboth. Il parle ainsi , parce que, quand vous commettez une injustice ou quelque autre péché, il se fait un contrat tacite, une transaction implicite entre vous et le démon : Donne-moi ce plaisir, ce con-

1 Omnis in quo peccati voluntas est, Deo vacuus est et ubi Deus non est , illic diaboli locus est, qui insidians atque obsidens ubi adeundi opportunitatemhabuerit tanquam vacuam domum occupât. Quae ei, Deo jam discedente sittradita (Hilar., inPsal. 138).

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tenteraient, ou cette somme d'argent, et tu auras mon âme ; fais que j'aie le dessus sur mes parties adverses en me parjurant, sur mes ennemis par celte action de vengeance, ou bien sur mes compétiteurs en ce bénéfice par cette simonie que je commets , et je me rends ton vassal1.

XVI. L'expérience ne le montre que trop , que vous êtes sujet et captif du diable : car vous gémissez quelquefois sous cette tyrannie; vous faites des efforts pour vous en délivrer ; vous avez volonté ou plutôt une velléité de sortir de cette misère, et vous n'en sortez pas parce que vous êtes à la chaîne, on vous retient comme esclave. Le Carême vient, Pâques s'approche , vous entendez quelque prédication, cela vous touche un peu et vous dites alors : Il me faut aller à confesse, me réconcilier à mon ennemi, il ne faut pas toujours vivre comme un athée. La mort soudaine surprend un de vos voisins ; autant m'en peut-il arriver, et si cela était je serais damné sans autre forme de procès. Il me faut chasser cette coquine. Le Jubilé se présente, voici une belle occasion de rentrer en grâce avec Dieu, de m'acquilter de mes dettes envers lui. Les prêtres peuvent absoudre de tout, il faut que je dise ce péché, restituer ce bien d'autrui, satisfaire à ce pauvre homme et sortir de ce mauvais état. Tu n'en feras rien , dit le tyran qui vous maîtrise, lu n'en feras rien, je t'en empêcherai bien, je te tiendrai si garrotté, et si attaché à cette femme impudique , à ce bien d'autrui , ou à cet esprit de vengeance, que tu ne t'en tireras pas.

Conclusion. — Le prophète Jérémie voyant devant ses yeux les extrêmes misères qu'il avait prédites et qui étaient arrivées en la destruction de la ville de Jérusalem et du temple, ne trouvait point assez de larmes dans ses yeux pour les pleurer suffisamment; il faisait retentir des cris et des lamentations qui amolliraient des cœurs de marbre, si on les lisait attentivement et avec l'esprit de piété que possédait ce saint prophète. J'ai grand sujet de faire de même, dit saint Chrysostome écrivant à un de ses amis, qui était tombé en faute, nommé Théodore : Je ne vois pas comme Jérémie, la ruine d'un temple matériel, composé de pierre et de bois : je vois la destruction d'un temple spirituel et vivant, où la majesté de Dieu habitait plus dignement et plus délicieusement que dans le firmament. Je ne vois pas qu'on ait enlevé de ce temple les images des chérubins, qui n'étaient que de bois d'olivier; mais je vois qu'on lui a enlevé l'assistance des chérubins et des anges gardiens. Je ne vois pas qu'on lui ait ôté l'arche d'alliance toute revêtue de fin or; mais je vois qu'on lui a ôté la présence du Fils de Dieu, vrai propitiatoire du monde. Je ne vois pas qu'on lui ait emporté le chandelier d'or chargé de lampes ardentes; mais qu'on l'a privé des lumières célestes que le Saint-Esprit y faisait briller par sa grâce. Je ne vois pas l'autel des parfums et des encensements renversé ; mais je vois que sur l'autel de votre cœur on ne présente plus aucune prière à Dieu , qui lui soit de bonne odeur ; ce ne sont que distractions, qu'égarements d'esprit, que pensées aux va-

1 A quo quis superatus est , ejus et servus est (2. Petr. 2,49).

Le "pèche nous met en la haine des saints.

nités et aux folies du monde. Je ne vois pas la table des pains de proposition vide ou brisée ; mais je vois que vos mains ne sont plus chargées d'aumônes pour nourrir les pauvres.

Voilà ce que dit saint Chrysostome sur la chute déplorable de son ami Théodore. Je dois aussi gémir et pleurer sur vous, ô àme chrétienne! qui êtes tombée au péché; je puis faire sur vous les mêmes lamentations que Jérémie faisait sur la ville infortunée en disant : Omnes amici ejus spreverunt illam , et facti sunt ei inimici. La Vierge qui était autrefois votre mère , ne vous tient plus pour son enfant; et quel honneur aurait-elle d'être mère d'un tel avorton. Si vous fussiez mort en l'état de grâce où vous étiez, hé! que vous seriez heureux; les anges eussent recueilli votre âme comme celle du pauvre Lazare, et l'eussent portée dans le sein d'Abraham. Les saints, qui étaient vos amis, fussent venus au devant de vous et vous eussent logé parmi eux. Si vous mourez en l'état où vous êtes, les saints vous rejetteront comme indigne de leur compagnie, les anges vous éviteront comme un pourceau d'Epicure.

Qui nutriebantur in croceis , amplexati sunt stercora. Vous avez été nourri de viandes royales, vous avez mangé le pain des anges, la chair déifiée de Jésus, le précieux corps de Dieu; et après un si grand honneur, vous vous faites une bête immonde : vous vous gorgez de vin et d'immondices; quand vous n'auriez communié qu'une fois, cela devrait être plus que suffisant pour vous faire abhorrer ces ordures. Et si vous voyiez ce que vous embrassez , amplexati sunt stercora ; si vous regardiez sans les fausses lunettes de votre passion , la vanité de ces biens terrestres que vous aimez, la saleté des créatures que vous idolâtrez, vous auriez horreur de vous-même, vous mourriez de honte et de dépit , vous avoueriez que vous êtes au rang des bêtes, plus abruti, plus sale et plus immonde que les bêtes mêmes.

Vos ennemis voient bien cela et ils se moquent de vous : Vidêrunt eum hostes , et derisêrunt sabbata ejus. Us se moquent de vos solennités , que vous employez en festins, jeux, ou dames et autres passe-temps sensuels, comme si c'étaient des fêtes de Bacchus, de Priape ou de Vénus. Us se moquent de vos confessions, de vos communions indignes, de vos dévotions extérieures, qui ne sont que grimaces et fantômes de dévotion. Vous vous figurez être bienheureux et au centre de votre repos, parce que la fortune vous rit. Vous avez un peu de bien, vous et vos enfants êtes en bonne santé : Hostes derisêrunt. Les démons se moquent de vous, ils savent qu'il n'y a rien de si malheureux qu'un pécheur qui est heureux en ce monde. Vous vous figurez que vous serez content et en repos, quand vous aurez gagné cette fille, acheté cet office, ou bien acquis cet héritage, derisêrunt? Ils savent que la concupiscence, l'ambition et l'avarice ne disent jamais c'est assez, et qu'elles vont toujours à l'infini. Croyez-moi, quittez une servitude si cruelle, infâme et indigne de vous : Jérusalem, Jérusalem, convertere ad Dominum Deum tuum. Dieu seul est votre légitime Seigneur, lui seul est votre Roi naturel, lui seul vous a créé, conservé et racheté ; lui seul vous doit donc posséder ; c'est lui seul que vous devez adorer, aimer et servir de tout votre cœur, puisqu'il n'y a que

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