‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 46 sur 85 · LE PÉCHÉ APPAUVRIT, DÉFIGURE ET TOURMENTE L'AME · texte numérisé non relu

LE PÉCHÉ APPAUVRIT, DÉFIGURE ET TOURMENTE L'AME

Qui faciunt peccatum , hostes sunt animœ suœ.

Ceux qui commettent le péché, sont ennemis de leur âme. (Tob. 12.)

Pour engendrer en nos cœurs une sainte haine du péché et la repentance, au moins imparfaite et intéressée de l'avoir commis , ces jours passés nous avons considéré comme il nous indispose tant auprès de Dieu que de ses créatures; aujourd'hui il nous faut voir les dommages qu'il nous cause au regard de nousmêmes. Il y en a trois principaux , qui feront les trois points de ce discours. Premièrement, il appauvrit notre âme et la dépouille de toutes ses richesses. En second lieu, il la souille et ternit toute sa beauté. En troisième lieu, il la tourmente et lui ôte son repos. Quand le superbe Holopherne voulut détruire le peuple de Dieu en Béthulie, la chaste et vaillante Judith arrêta ce coup funeste, par la généreuse entreprise qui a gravé sa mémoire au temple de l'éternité. Vous étiez figurée par cette généreuse Dame, ô sainte Vierge 1 les dommages que le péché mortel nous fait sont incomparablement plus grands que ceux que Holopherne voulait faire à la ville de Béthulie. Opposez-vous, s'il vous plaît, à ce cruel ennemi de vos pauvres serviteurs, afin que nous vous puissions dire comme on disait à Judith : Tu lœtitia Israël , tu honorificentia populi nostri; ou comme votre ange vous disait : Ave , Maria.

IDEA SERMONIS

Exordium. — Nihil timendum in hac vitâ quâm peccatum. Quod spoliât, maculât, et cruciat animam.

I. Punctum. — I. 1» Spoliât bonis acquisitis; quod probatur scripturâ. — II. Patribus. — III. Comparatione. — IV. Ratione. — V. 2° Impedit acquirenda.

II. Punctum. — VI. Peccatum maculât animam. — VII. 1. Scripturâ. — VIII. 2. Patribus. — IX. 3. Experientiâ. — X. 4. Ratione. — XI. 5. Comparationibus. 1» — XII. 2«

III. Punctum. — XIII. Cruciat animam. — XIV. 1. Scripturâ. —XV. 2. Patribus. — XVI. 3. Rationibus.

Conclusio. — XVII. Recapitulatio. 1. Per comparationem. — XVIII. 2. Per Lamentationes Jeremise.

Exorde. — Une très-grande et très-sainte dame nommée Olympias, diaconesse de l'église de Constantinople, qui après avoir vécu en virginité avec son mari Nébridius, employait son temps, ses soins, ses biens et sa personne en œuvres de piété et de miséricorde , étant cruellement persécutée pour la querelle de la vérité et de la justice, écrivit à son très-honoré prélat et père spirituel saint Jean Ghrysoslome, le priant de demander à Dieu pour elle la grâce d'endurer chrétiennement et patiemment ses disgrâces. Le saint docteur faisant réponse, lui dit : Madame , vous avez tort de dire que vous me racontez vos disgrâces, vous n'en avez point ni vous

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n'en pouvez point avoir si vous ne voulez , car, quelle disgrâce vous peut-on faire? on confisquera vos biens? c'est-à-dire, qu'on vous déchargera d'un pesant fardeau , du soin de les conserver et de l'obligation de les bien distribuer; et, au reste , on ne saurait ravir le vrai trésor qui est la grâce de Dieu. On vous bannira de la ville et du pays? c'est-à-dire, qu'on vous fera voir diverses provinces; vous aurez pour la querelle de Dieu, ce que plusieurs cherchent avec grands frais par pure curiosité ; mais on ne vous enverra en aucun lieu où vous ne puissiez trouver Dieu. On vous fera mourir 1 c'est-à-dire, qu'on vous obligera de payer un peu plus tôt une dette qu'il faut nécessairement payer tôt ou tard, et en vous donnant la mort, on vous fera entrer en la vraie vie, en la vie bienheureuse et immortelle. Souvenez-vous, s'il vous plaît, d'une parole que je vous ai dite et redite sans cesse, rien n'est à craindre

que le péché : ev piovov <poë£pov, àjjiapTta '.

Ce saint prélat avait raison : le péché est plus à redouter que la pauvreté, que le bannissement et que la mort. Il est à craindre comme le plus grand de tous les maux , comme la cause , la source et l'origine des plus grands maux qui nous peuvent arriver; car, outre qu'il nous met dans la disgrâce de Dieu, en l'inimitié des saints, en la ressemblance des bêtes et en l'esclavage des démons, comme nous avons vu ces jours passés ; je vous veux faire voir en ce discours , qu'il apporte encore à notre âme trois grands dommages : il la dépouille , il la souille et il la tourmente.

Premier point. — I. L'apôtre saint Paul écrivant à son disciple Timolhée, et lui enseignant ce qu'il faut recommander à chacun pour vivre chrétiennement en sa vocation, lui dit : Commandez aux riches de ce monde de n'être pas superbes : Prxcipe divitibus hujus szculi non superbe sapere (2. Tim. 6, 7). Saint Chrysostome remarque fort judicieusement que l'Apôtre ne dit pas simplement : Commandez aux riches , mais aux riches de ce monde , parce qu'il y a deux sortes de riches, les riches de ce monde et les riches du monde de Jésus-Christ. Il y a deux sortes de richesses , les temporelles et les spirituelles. Les richesses temporelles sont l'or, l'argent, les rentes et les héritages, que le divin Sauveur appelle très-bien des richesses trompeuses , parce qu'elles ne donnent pas ce qu'elles promettent; qu'elles remplissent les coffres, et non pas les cœurs; qu'elles ne rendent pas meilleur l'homme qui les possède, mais souvent plus mauvais; qu'elles n'assouvissent pas la convoitise, mais l'allument et l'augmentent; qu'elles^e lui donnent pas le repos d'esprit, mais le lui ôtent.

Les vrais richesses sont les spirituelles ou les célestes, les trésors de la grâce , les dons du Saint-Esprit , les vertus infuses , les amas de mérites que l'âme chrétienne a acquis par la fréquentation des sacrements et par la pratique des bonnes œuvres : Gloria et divitiœ in domo ejus , dit le prophète (Psal. 1 1 1) parlant du juste ; et saint Paul aux Corinthiens (2. Cor. 4) : Nous avons un trésor dans des

1 Una tantum res est pertimescenda peccatura ; hoc verbum continua vobis occinere non destiti (Ghrysost., ad Olympiadem).

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vases de terre. Le péché mortel enlève à l'àme toutes ces richesses et lui ravit tous ces trésors ; il la dépouille de tous ces biens et la réduit à une extrême pauvreté. Si l'homme de bien renonce à sa vertu, et est si malheureux que de commettre quelque crime, on mettra en oubli toutes ses bonnes œuvres, dit le Créateur par Ezéchiel : Si averterit se justus à justitiâ suâ et fecerit iniquitatem omnes justitiœ ejus quas fecerat non recordabuntur (Ezech. 18, 24). Et le Sauveur en l'Apocalypse à l'évêque de Laodicée : Vous êtes bien loin de votre compte, vous pensez être bien riche et n'avoir besoin de personne, et vous ne voyez pas que vous êtes pauvre, aveugle, tout nu, misérable et digne de compassion : Dicis , quod olives sum et locupietatus, et nullius egeo, etnescis quia tu pauper et cœcuset nudus, et miser et miserabilis (Apoc. 3, 17).

II. Car, parle consentement à un péché mortel, l'homme fait naufrage d'un trésor immense et infini de grâces , dit saint Laurent Justinien1.

III. Sénèque écrivant à un de ses amis dit que, de son temps, la ville de Lyon était si belle et si riche , que plusieurs maisons qui y étaient semblaient des palais , que chacune eut été capable d'embellir et rendre célèbre quelque ville que ce fût, que néanmoins le feu s'y étant pris une nuit, il y fit un si grand ravage, que le lendemain on avait de la peine à connaître où la ville avait été, de sorte qu'il n'y eut que l'espace d'une nuit entre une grande ville et un grand camp couyert de cendres : bref, dit-il, l'incendie à été si grand et si court, que je suis plus longtemps à vous le raconter, que la ville n'a été à brûler2. Cependant ce ravage n'est point comparable à celui que le péché mortel fait en une âme : car quelle comparaison de quelques marchandises d'or et de soie, de quelques édifices de marbre et de bois , avec les trésors inestimables de la grâce de Dieu, qui coûtent le précieux sang du Fils de Dieu! Quand une âme en aurait autant que tous les saints en possèdent, autant que Jésus-Christ en peut mériter , si le feu d'amour sensuel se prend en son cœur et s'il consent à quelque péché mortel que ce soit, tout est perdu et anéanti. Entre une âme parfaitement riche et opulente, et extrêmement pauvre, il se peut faire qu'il n'y ait que l'enlre-deux d'une nuit, d'une heure ou d'un moment, c'est-à-dire, le consentement âun péché; et la raison en est si claire, qu'il n'est pas besoin de perdre le temps à la bien établir.

IV. Un homme ne peut pas être ami de Dieu et son ennemi tout ensemble, digne de la vie bienheureuse et de la mort éternelle en même temps. Le moindre degré de grâce sanctifiante nous met en l'amitié de Dieu, nous rend dignes de la vie bienheureuse; le moindre péché mortel nous rend ennemis de Dieu , dignes de la mort éternelle. Donc, la grâce sanctifiante et le péché mortel sont

' Unius peccati consensu imraensas animoe amittit homo divitias (Laur. Justin.).

2 Multas civitates incendium vexavit, nullas abstulit, etc. tôt pulcherriraa opéra quae singula illustrare urbes singulas possent, una nox stravit et in tanta strage. Lugdunum quod ostendebatur in Gallia quaeritur : una nox interfuit inter urbem maximam et nullam. Denique diutius illam tibi periissequam periitnarro (Senec, Epist. 91).

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diamétralement opposés et tout à fait incompatibles. Et ce qui est de déplorable en ce sujet, c'est que, comme dit Sénèque, les biens ne se recouvrent pas aussi aisément qu'ils se perdent ; les dommages se font en moins de rien, et les réparations ne se font que petit à petit; une ville peut être ruinée en une nuit par un iuc ndie, et elle n'est rebâtie qu'en plusieurs années et avec beaucoup de travail *. Une âme chrétienne acquiert des mérites et des habitudes de vertu par les bonnes œuvres de plusieurs années, par des jeûnes, des aumônes , des oraisons, des pénitences , des mortifications et des réceptions de sacrements; si elle consent à un péché mortel, elle fait naufrage en un moment de ce qu'elle avait acquis petit à petit par tant de travaux et de bonnes œuvres ; et puis nous ne concevrons pas des pensées d'horreur et d'abomination contre ce maudit péché!

On apporta un jour au roi de Perse , Darius, une triste nouvelle , qui portait que les Athéniens lui avaient surpris et brûlé la ville de Sardos, capitale de la Lydie. Il s'emporta si fort et en conçut une telle haine contre eux , que prenant son arc à la main , et décochant une flèche contre le ciel, il dit : 0 Dieu ! donnez-moi que je me puisse venger des Athéniens? Et puis il commanda que chaque jour, quand il se mettrait à table, un gentilhomme lui vint dire tout haut par trois fois : Sire, souvenez-vous des Athéniens! Oh! si nous pouvions appréhender l'horrible dégât que le péché fait en notre âme! la plus fervente prière que nous adresserions à Dieu , ce serait pour lui demander la grâce de nous venger de cet incendiaire, de cet avorton de nature et de cet ennemi de Dieu et des hommes.

V, Il y a bien plus, le péché ne nous dépouille pas seulement de nos mérites passés , il nous empêche d'en acquérir de nouveaux. Tant que ce détestable est en une âme , elle ne se peut enrichir, elle ne saurait acquérir une obole. Il est vrai, que les prières, les aumônes et autres bonnes œuvres qu'on fait en péché mortel peuvent servir de quelque chose , elles peuvent quelquefois, mais non pas toujours, ni infailliblement arrêter pour quelque temps la vengeance du ciel, obtenir délai et loisir de faire pénitence; et attirer la miséricorde de Dieu pour nous convertir ; pour ce sujet, il ne les faut pas interrompre , mais en faire encore davantage en quelque état que vous soyez; mais tant y a qu'elles ne servent de rien pour augmenter la gloire essentielle et mériter les récompenses et félicités éternelles.

Au premier livre des Rois (1. Reg. 4, 48) il est dit que l'arche d'alliance ayant été prise par les infidèles et portée au camp des Philistins, une femme israélite , qui était grosse, apprenant cette fâcheuse nouvelle, en fut saisie d'une tristesse si excessive, qu'elle en tomba en travail avant terme, si bien que réduite aux abois, elle accoucha d'un garçon. Les assistants lui disent : Courage, réjouissez-vous, vous êtes délivrée et c'est un fils que Dieu vous a donné;

1 Quidquid longa séries multis laboribus , multa Dei indulgentia struxit id unius dies spargit ac dissipât, etc. Esset aliquod imbecillitatis nostraesolatium rerumque nostrarum, si tantâ celeritate repararentur cuncta, quanta finiuntur. Nunc incrementa lente exeunt, festinant in damnum (Senec, Ibid.).

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elle ne se console point pourtant; elle est si désolée de la prise de l'arche, qu'elle nomma cet enfant Ichabot, inglorius , c'est-à-dire, sans gloire, privé de gloire, comme si elle eût voulu dire : Le peuple d'Israël ne peut avoir de gloire ni de joie, puisque l'arche d'alliance en est enlevée : Translata est gloria de Israël, quia capta est arca Dei.

La grâce sanctifiante est une vraie arche d'alliance, c'est par elle que nous sommes en paix et en amitié avec Dieu. Quand vous êtes privé de cette grâce, vous pouvez dire avec sentiment : Translata est gloria de Israël. Tout votre bonheur, toute votre gloire, tout votre trésor vous est enlevé. Si en cet état vous enfantez des actions généreuses et héroïques, les hommes vous en louent et vous disent : F Muni peperisti; mais vous n'avez pas sujet de vous en réjouir, vous devez appeler ces belles actions ichabod , sans gloire, parce qu'elles ne vous produiront jamais un seul degré de gloire dans le ciel.

Deuxième point. — VI. L'âme chrétienne étant ainsi dépouillée par le péché mortel , ne peut manquer d'être difforme et désagréable, comme un arbre sans feuilles, comme un rosier sans fleurs, comme une tête sans cheveux, et comme un astre sans rayons : Turpe pecus mutilum, turpis sine frondibus arbor, et sine flore frutex, et sine crine caput. Car la grâce sanctifiante n'est pas seulement le trésor de l'âme, elle en est la beauté, le lustre et la perfection : l'âme qui est embellie de cet ornement a tant d'agrément et de charmes, qu'elle ravit les yeux du Créateur, qui lui dit dans les cantiques : Oh ! que vous êtes belle , ma bien-aimée! Oh ! que vous êtes belle! L'éclat des diamants et autres pierreries, ni l'émail des prairies et des parterres, la splendeur des étoiles, ni les rayons du soleil, ni aucune autre beauté pour excellente qu'elle soit, ne doit être comparée à celle-ci. Mais sitôt que le péché mortel touche l'âme, il la souille , il la défigure , il la rend difforme et contrefaite.

VII. Cette vérité était déjà connue en la loi de nature; car un des amis de Job, parlant de celui qui offense Dieu, disait à ce saint homme : Devoret pulchritudinem ejus primogenita mors (Job. 18, 13). Comme il y a deux vies en ce monde, la vie de I âme et la vie du corps , ainsi l'Ecriture connaît deux sortes de mort, la spirituelle et la corporelle : la spirituelle c'est le péché, la corporelle c'est le trépas. L'aînée de ces deux morts , c'est la spirituelle : car l'âme d'Adam mourut par le péché avant que le corps fût condamné au trépas. Cette première mort, c'est-à-dire le péché, extermine entièrement la beauté de l'âme. Le prophète Jérémie, admirant la beauté de ceux qui sont en état de grâce, qu'il appelle : Nazaréens , c'est-à-dire consacrés à Dieu, dit qu'ils sont plus blancs que de la neige et plus polis que du lait, plus vermeils que l'ivoire ancien et plus brillants que les saphirs ; mais considérant ceux qui ont perdu ce beau lustre par un péché mortel, il dit que leur visage est plus noir que les charbons, et qu'ils sont si défigurés qu'on aurait peine à les reconnaître : Candidi facti sunt Nazarœi ejus , candidiores nive; nitidiores lacté, rubicondior es ebore antiquo, sapphiro

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pulchriores. Denigrata est faciès eorum super carbones et non sunt cogniti (Thren. 4, 7).

Le prophète Joël enchérit là-dessus, pour montrer que le péché ne ternit pas seulement la beauté de l'âme, mais la souille et la rend puante; car il le compare au fumier et à l'ordure : Computruerunt ut jumenta in stercore suo (Joël. 1,47). Malachie jse sert de la môme comparaison , pour exprimer l'horreur que Dieu a des indévotions et des dérèglements qui se commettent les jours de fêtes : Dispergam super vultum vestrum , stercus solemnitatum vestrarum (Malach. 2,3).

VIII. Saint Augustin nous voulant détourner des péchés véniels volontaires , que nous commettons si aisément , dit que ce sont comme des enflures, de grosses verrues et des gales horribles sur un beau visage , et qu'ils privent l'âme des embrassements et des caresses agréables de son divin époux. A plus forte raison les péchés mortels, dont un seul est plus odieux et plus détestable et plus digne de peine que ne le sont dix mille véniels1. Comment est-ce que le péché ne serait pas uue grande souillure aux yeux des anges qui sont si purs , et en la présence de Dieu qui est la pureté même , puisque c'est une souillure honteuse en la présence des hommes, même des plus imparfaits et vicieux? Voulez-vous que je vous le montre?

IX. Un serviteur et une servante se trouvent en la maison d'un grand: on envoie aux champs le serviteur en mauvais temps; il retourne tout crotté , sali et couvert de boue ; est-il déshonoré pour cela? laisse-t-il par après de se trouver en bonne compagnie et d'y parler hardiment? On commande à la servante de nettoyer l'écurie; elle a les mains, les pieds et vêtements gâtés du fumier ; laisse-t-elle de se montrer en la rue en cet étal et de marcher la tête levée? lui reproche-t-on jamais ces souillures? Mais supposé que ce serviteur soit surpris en larcin et qu'on le sache ; que cette servante tombe en une déshonnêteté et que cela soit éventé, oserontils après lever les yeux? oseront-ils marcher tête levée? ne seront-ils pas honteux et humiliés , méprisés et infâmes toute leur vie? Si on leur dit en compagnie : Vous étiez l'autre jour bien crottés, ils ne rougissent point ; mais si on leur dit au bout de vingt ans : On vous surprit en larcin ou en une action déshonnête , ils rougissent et meurent de honte. Donc, même en ce monde, même selon le jugement des hommes vicieux , le vice est une grande tache. /

X. On dit en philosophie, et l'expérience le montre, que plus une perfection est grande , plus la privation en est-elle difforme ; plus une créature est-elle excellente, plus la corruption est horrible : Optimi corruptio pessima. Une pomme pourrie est plus puante que du bois pourri , la carcasse d'une bête est plus puante qu'une pomme pourrie; le corps d'un homme mort, plus que le cadavre

\ Illis peccatis licèt occidi animam non credimus, ità tamen eam velut quibusdam pustulis et horrenda scabie deformem faciunt ; ut eam ad amplexus sponsi cœlestis aut vix , aut cum grandi confessione venire permittant (Aug., Serai. 41 de Sanctis;et homil. ultima eccoO).

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d'une bête. Vu donc que la grâce de Dieu est une qualité si excellente, et que l'âme raisonnable est une créature si noble et si belle, la privation de l'une et la corruption de l'autre ne peut être que très-laide, très-difforme et très-horrible.

XI. Je ne sais si vous savez ce qu'on dit qui se passa , il y a quelque temps, en Hollande. Amsterdam est comme le marché et le lieu de trafic de tout le monde. Un marchand nègre qui trafiquait fit l'amour à une hollandaise , la prit en mariage, et eut d'elle un enfant qui était noir comme son père. Le Maure demeurait Tort peu au logis, parce qu'il allait sans cesse pour ses affaires. Quand il retournait de temps en temps à la maison , l'enfant qui n'avait coutume de voir que des visages blancs, s'effrayait, se cachait et disait à sa mère : Mamam , maman, la bête est venue. N'avait-il pas bonne grâce? ne devait-il pas prêter à rire à ceux qui le voyaient et l'entendaient? Il avait horreur de ce Maure, et il ne savait pas que c'était son père et qu'il lui ressemblait comme lui. Quand vous parlez du diable , ce n'est qu'avec exécration ; vous l'appelez le démon , l'esprit malin , le détestable; et le Fils de Dieu vous dit qu'il est votre père : Vos. ex pâtre diabolo estis (Joan. 8, 44). Vous vous ressemblez comme deux gouttes d'eau ; vous êtes noir, hideux , monstrueux et abominable comme lui, et encore plus; car qu'est-ce qui noircit le diable? c'est le péché, un seul péché, un péché de pensée ; auparavant il était parfaitement beau , une seule pensée en a fait d'un ange un démon. Vous avez plus de cinquante péchés, vous êtes donc aussi noir que cinquante diables, ou cinquante fois plus noir qu'un démon.

XII. Si vous faisiez réflexion surces vérités et si vous pouviez voir la beauté d'une âme qui est en état de grâce et la laideur de celle qui est en mauvais état, vous feriez comme l'hermine. Elle est si amoureuse de sa blancheur, si curieuse d'en conserver l'éclat et la pureté, qu'elle aime mieux mourir que de la souiller tant soit peu : si bien que les chasseurs assiègent son gîte d'un côté , de l'autre ils font un retranchemeni d'ordures ou de boue; et elle s'oppose plutôt aux pointes de leurs piques et hallebardes, que d'entrer en ce bourbier pour s'échapper et pour sauver sa vie. Elle a pour devise : Malo mori quàm fœdari. Aussi sa dépouille fait-elle l'ornement des cours souveraines et même des têtes couronnées. Heureux celui qui a le bonheur de l'imiter ! Beotus vir qui inventus est sine macula! Heureux celui qui a pour règle de sa vie cette belle maxime des âmes prédestinées : Plutôt mourir que se salir ! plutôt la mort que le péché 1 Si l'hermine se lançait dans la boue, il est vrai qu'elle se souillerait, mais elle échapperait au fer que les chasseurs lui présentent ; au lieu que si vous vous jetez dans le bourbier du péché , non-seulement vous salissez votre âme, mais vous vous exposez aux remords de conscience qui vous piquent et tourmentent continuellement.

Troisième point. — XIII. Le Prophète compare cette peine à celle d'une femme qui est en travail d'enfant : Ecce parturit injustitiam , concepit dolorem, et peperit iniquitatem. Vous avez beau faire le fanfaron, ou contrefaire le joyeux et le gaillard , c'est

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bonne mine et mauvais jeu; vous savez qu'au dedans et au fond du cœur vous ne goûtez qu'à demi la douceur de la volupté : elle est détrempée en l'amertume des remords de conscience, de la crainte de la mort et de l'appréhension des jugements de Dieu. Les poètes mêmes ont reconnu cette vérité.

Pœna antern vehemens , et multo sœvior illis,

Quas aut Cœditins gravis invertit, aut Rhadamanthus,

Nocte quisdieque suum gestare in pectore testent. (Juven., Sat. XIII.)

Et le jurisconsulte : Ex quo quis sceleratissimum consilium cepit, exindè quoddam modo sud mente punitus est*. Depuis que vous avez fait une méchante action , ou codçu un mauvais dessein , vous avez toujours là-dedans une adverse partie qui plaide contre vous, un témoin que vous ne pouvez démentir, un juge que vous ne pouvez reprocher, un bourreau que vous ne pouvez éviter : la syndérèse, qui vous accuse, qui dépose contre vous, qui vous condamne, qui vous met à la torture.

XIV. C'est la menace que Dieu faisait par Isaïe : Je livrerai Babylone à la puissance du hérisson; Ponam Babylonem in possessionem ericii (Isaï. 54, 23). L'âme pécheresse est une vraie Babylone , une fille de confusion; tout est en désordre et en confusion en sa conscience , en sa vie, en ses actions, en sa famille ; Dieu la livre à la tyrannie du hérisson, des épines et aiguillons de la syndérèse, qui la piquent continuellement.

XV. Jussisti, Domine, et sic est , ut pœna sibi sit omnis inordinatus affectus , dit saint Augustin : Mon Dieu vous l'avez ainsi ordonné, que toute affection déréglée soit le supplice et la punition de l'âme qui vous abandonne.

XVI. 11 dit : Jussisti , parce que cette géhenne de la conscience, c'est un effet de la justice de Dieu , qui condamne l'âme pécheresse à cette peine inévitable, et c'est très-justement : car, comme dit le jurisconsulte2, il est plus que très-raisonnable que les grands crimes soient punis au lieu même où ils ont été commis. Or, c'est au cœur premièrement et principalement que tous les péchés se commettent, les mauvaises pensées , les homicides , les adultères , les fornications , les larcins et les blasphèmes viennent du cœur, dit Jésus-Chnst en l'Evangile (Matth. 15, 19). C'est donc en l'âme et au cœur qu'ils doivent être premièrement et principalement punis : Pœna sibi sit inordinatus affectus.

Voilà une autre raison de cette vérité : tout ce qui^esl désordonné est en un état violent; tout ce qui est violent nous fait peine, si nous avons tant soit peu de raison ou même de sentiment: il n'est rien de si calme , joyeux, content et heureux qu'une âme qui est bien avec Dieu , qui a ses affections bien réglées , ses passions bien ajustées et ordonnées; elle est comme en un paradis terrestre, en un jardin de délices et en festin continuel : Mens justi juge convivium (Prov. 13, 15). Il n'est rien de si mécontent, malheureux et empêché de sa personne , qu'un homme qui n'est pas bien avec

' L. divi Marc. Cod. ad Icgem Juliam majestatis. 2 Capitalium § famosis ff. de pœnis.

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Dieu : vous avez beau rire et vous divertir, railler et bouffonner, c'est un rissardonique, c'est une joie qui n'est qu'apparente, votre âme n'est pas en son assiette naturelle, elle est en un état violent, elle ne saurait être à son aise. Tant qu'un bras est disloqué, nonseulement vous n'en sauriez rien faire, mais il vous cause une douleur continuelle, parce qu'il n'est pas en son lieu naturel.

L'état naturel de l'homme , c'est que la partie inférieure de l'âme soit sujette à la supérieure, la chair à l'esprit , l'esprit à la raison et la raison à Dieu. Quand une affection déréglée vient à rompre cet ordre, quand les passions se débordent, quand la chair et la sensualité se débauchent de l'obéissance qu'elles doivent à l'esprit, ou l'esprit de celle qu'il doit à la raison, l'âme est toute déréglée, démontée et disloquée , elle est en état violent et elle ne peut manquer d'être à la géhenne : Posuisti me contrarium tibi, et factus summihi metipsi gravis. Quis Deo restitit , et pacem habuit (Job. 7 , 25 ; 9 , 4) ; et ainsi voyez que de pauvreté , que de difformité et que de malheur le péché vous apporte : Vx genti peccatrici, populo gravi iniquitate (Is. 1 , 4) !

Conclusion. — XVII. Il me semble voir un villageois riche en biens temporels , mais pauvre d'esprit et de sens commun : un de ses voisins le mène au cabaret et paie pour lui par amitié et libéralité en apparence ; mais, en effet , pour le tromper et le faire consentir à ce qu'il désire. Quand il est en bonne humeur, ayant deux ou trois verres de vin en tête plus que de coutume, ce matois le prie de le cautionner en un contrat qu'il fait , prenant quelque argent à rente, le bonhomme n'ose refuser celui qui l'oblige actuellement. On fait venir le notaire , et parce qu'il n'y a rien à faire qu'à dire oui , et à signer, il lui semble que ce n'est rien ; et cependant, pour un pot de vin il s'engage à une grosse dette , il hypothèque tous ses biens présents et à venir, il s'oblige par corps pour le paiement de toute la somme. Mais les intérêts grossissent petite petit , il est bien étonné quand on emporte ses meubles , qu'on fait un décret sur ses biens ; et qu'au bout de quelque temps , pensant aller à son verger ou à sa vigne pour y cueillir des fruits, selon sa coutume , il s'en voit interdit, parce que ses héritages sont vendus pour l'acquit de la dette; et même après tout , on lui met la main sur le collet et on le jette en une prison , où il se repent à loisir de la faute qu'il a faite à la hâte.

Vous faites comme cet idiot , et néanmoins vous voulez être estimé si sage ! Il vous semble que ce n'est rien que de commettre un péché mortel , parce que c'est une action passagère, et que vous ne ressentez pas présentement les inconvénients qui en procèdent, et que vous n'en voyez pas les suites, les effets ni les conséquences. Savez- vous quelle perte vous faites, ce que vous aliénez , à quoi vous renoncez ? A tout ce qui est de plus grand , précieux et excellent au ciel et en la terre. Il vous semble que ce n'est rien, parce qu'on ne fait que lever la main quand on se parjure , qu'on ne fait qu'écrire deux ou trois mots quand on signe un faux contrat. Savez- vous ce que c'est? c'est autant que si vous disiez : Je ne veux plus être enfant de Dieu, frère de Jésus-Christ, ni le sanc-

Le pèche appauvrit, défigure et tourmente l'âme. 353

tuaire du Saint-Esprit ; je ne veux plus être favori de la Vierge , l'ami des anges, concitoyen des saints, héritier du paradis ni membre vivant de l'Eglise; j'aime mieux être dans la disgrâce de Dieu, déserteur de son parti, l'objet de sa colère et ennemi de Jésus-Christ; j'aime mieux être malvoulu de la Vierge et des saints, membre de l'antechrist et la retraite des démons ; je fais cession de tous mes biens spirituels et de tous mes mérites acquis jusqu'à présent, je me rends esclave du diable et partisan des ennemis de Dieu ; je me livre à leur puissance et je m'oblige corps et âme à être brûlé tout vif, durant toute l'éternité ; j'hypothèque ma part de paradis pour le plaisir ou le profit que je prétends ; j'aime mieux jouir de celte volupté , plaire à ce méchant homme, ou posséder ce peu d'argent, que tous les biens que Dieu me peut faire.

XVIII. Il faut donc que je continue mes plaintes et mes lamentations, et que je dise avec Jérémie, non sur la ruine de Jérusalem , mais sur la chute d'une âme chrétienne par le péché mortel : Manum suam misit hostis ad omnia desiderabilia ejus, egressus est à pZliâ Sion omnis décor illius ; defecit gaudium cordis nostri : Vse nobis quia peccavimus; proptereà rnœstum factum est cor nostrum. Voilà un abrégé des trois points de mon discours : Manum suam misit hostis ad omnia desiderabilia ejus, etc. Vos ennemis ont ravagé tout ce que vous aviez de plus précieux. Il y a dix ans, quinze ans, vingt ans que vous pratiquiez la vertu, que vous entendiez la messe quasi tous les jours ; que vous communiiez tous les mois, que vous faisiez l'aumône et les autres œuvres de piété ou de chanté. Quel trésor de grâces , quelles âmes de bonnes œuvres et quel comble de mérites! Un méchant homme, un suppôt du démon , vous fait consentir au péché, vous faites naufrage de tous ces biens. Quel horrible dégât! Ne vaudrait-il pas mieux avoir rencontré un lion, que cet abominable qui vous a causé ce ravage? Quelles richesses plus précieuses que les vertus théologales, que les dons du Saint-Esprit, que les vertus cardinales! Quoi de plus grand que la qualité d'enfant de Dieu , et que le droit à la couronne du ciel! La foi est morte en votre ârne, l'espérance toute fanée, la charité éteinte, les dons du Saint-Esprit enlevés, et les vertus cardinales éclipsées; ou s'il vous est demeuré quelques restes, ce ne sont plus des vertus surnaturelles et divines, mais des vertus toutes morales et toutes humaines.

Egressus est à filià Sion omnis décor ejus. Cette âme qui était si belle , qu'il semblait que Dieu n'avait point d'yeux que pour la regarder : Firmabo super te oculos meos; point de bouche que pour la louer : Quàm pulchra es arnica mea , formosa mea, speciosa mea, faciès tua décora; point de cœur que pour l'aimer : Apponis ergà eum cor tuuml Cette âme , dis-je, est devenue toute défigurée , contrefaite et odieuse , abominable , horrible et exécrable : Egressus est à pllid Sion omnis décor ejus. Il dit : Omnis décor, toute la beauté, pour comprendre celle de l'âme et du corps. Quand vous étiez en bon état, votre âme avait si bonne grâce, elle avait tant de beautés et de perfections , qu'elles se répandaient et se communiquaient à votre corps : Oculi tui columbarum ; vous aviez des yeux de colombe, simples, modestes,

354 Sermon XXXIV.

pleins de douceur et de miséricorde ; vous ne regardiez les vertus du prochain que pour les honorer; ses vices que pour en avoir pilié; vous avez des yeux de vautour, qui n'ont des regards que pour nuire à votre prochain, ou que pour souiller votre cœur. Vous ne regardez les perfections d'autrui que pour les envier, ses imperfections que pour les dédaigner, ses beautés que pour les convoiter, et ses difformités que pour vous en moquer. Une sainte pudeur parait voire front et vos joues ; et maintenant vous êtes effrontée comme une fille perdue. On vous disait : Genœ tux sicut fragmcn mali punici ; et maintenant on vous dit : Frons meretricis facta est tlbi, noluisti erubescere. Vos lèvres étaient comme un ruban d'écarlate : Labia tua, vitta coccinea; elles ne s'ouvraient que par amour envers Dieu ou par charité envers le prochain , pour lier les mains à la justice de Dieu par vos ferventes prières, ou pour lier ensemble vos prochains d'un nœud de parfaite amitié ; et à présent elles ne s'ouvrent que pour blasphémer le saint nom de Dieu , ou pour flétrir le renom et la réputation des hommes. Votre visage était autrefois un trône de modestie, de retenue et de gravité chrétienne : Caput tuum sicut carmelus ; et il est maintenant, même dans les églises , plus volage qu'une girouette; il ne se tourne pas seulement à tous vents, mais au moindre bruit de quelqu'un qui passe. Vos mains étaient si pures et innocentes, que vous les éleviez à Dieu en l'oraison avec grande confiance : Levant manus puras ; et mantenant vous avez honte de les présentera Dieu : Quia sanguine plenae sunt; elles sont toutes souillées d'injustices, de rapines, de violences et d'actions infâmes. Votre cœur était toujours plein des consolations du Saint- Esprit, même es plus funestes accidents : Secundùm multitudinemdolorum mcorum, consolationes tux JEtificaveruni animam meam (Psal. 93, 19) ; et à présent il est plein d'amertume, même au milieu des plus charmantes délices; et ainsi vous pouvez dire avec vérité : Defecit gaudium cordis nostri.

Vous n'avez point de solide joie, point de vrai contentement, vous n'avez pas un jour de parfait repos, vous ne mangez pas un morceau qui ne soit mêlé d'absinthe; les furies de votre conscience vous bourellentnuit et jour, vos passions déréglées déchirent votre pauvre cœur, comme l'aigle de Prométhée. Le tort que vous avez fait à cette pauvre fille, à cet orphelin, à ce villageois, est comme le sang d'Abel , qui crie vengeance contre vous, et qui prend vengeance de vous par les remords de votre syndérèse. Vous êtes toujours en crainte d'être surprise en cette action , en regret d'avoir été trompée par un méchant homme à qui vous aviez si longtemps résisté , en appréhension qu'il ne vous découvre et décrie, en déplaisir de ne vous pouvoir dépêtrer de lui. En vos prospérités, vous n'en goûtez la douceur qu'à demi , parce que vous savez qu'elles ne seront pas de durée, et que la justice de Dieu vous confisquera ces biens qui vous rendent insolent. En vos adversités, vous êtes impatient, chagrin, insupportable à vous et aux autres, parce que vous ne trouvez rien qui vous allège. Hors de vous ce n'est que disgrâce, dans vous il n'y a que malice : Non est quo eœeas, quia dura sunt : non est quo intres quia maîa sunt. En compagnie

Le péché est cause des afflictions temporelles. 355

vous n'êtes pas content, il y a toujours quelqu'un qui ne revient pas à votre humeur et contre qui vous avez envie ou malveillance ou antipathie. En solitude vous êtes triste , parce qu'on ne saurait être joyeux en mauvaise compagnie; et vous êtes toujours avec vous , que vous savez être un méchant homme : Cuiquam cura rnalo bene esse non potest ; quisquis ergo malus est, malè secura est.

Vous vous dégoûtez de la vie qui ne peut assouvir vos désirs : Vous appréhendez la mort , comme la On de vos délices ; vous redoutez le jugement, comme l'arrêt de votre condamnation; vous considérez l'enfer, comme un séjour éternel où vous allez à grand pas; vous regardez le paradis, comme une riche possession , à laquelle vous n'avez plus de droit. Si vous ne sentez pas toutes ces choses , c'est que vous êtes tout à l'ait endurci; vous êtes en un état de stupidité et d'insensibilité spirituelle, qui est le faubourg de l'enfer et la veille de la damnation. Disons donc avec le même Jérémie , car nous en avons plus de sujet que lui : Vx nobis quia peccavimus! Malheur à nous d'avoir commis le péché 1 malheur à nous si nous le commettons jamais ! Mon Dieu, mon Dieu, ne le permettez pas, envoyez-nous plutôt la mort; envoyez-nous telle autre punition qu'il vous plaira; mais délivrez-nous du péché. Si vous nous faites cette grâce, nous vous en remercierons, nous vous en louerons , nous vous en bénirons et nous vous en aimerons de tout notre cœur dans le ciel durant toute l'étendue des siècles. Amen.

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