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vous lui refusez, ingrat que vous êtes, et au lieu de le reconnaître et lui accorder ce qu'il désire, vous l'offensez ! vous le blasphémez! vous commettez le péché qui lui déplaît infiniment : Allez, vous êtes un Nabal, vous êtes un fou, vous êtes enivré de votre passion, vous ne connaissez pas le mal que vous faites. Mais à l'heure de votre mort , que vos passions seront calmées et vos yeux dévoilés, alors, vous verrez la grandeur de Celui que vous offensez, la bassesse et le néant de la créature , avec l'énormité de vos crimes. Je vous laisse à penser en quelle appréhension vous serez , quand vous verrez venir à vous , non pas un petit berger comme David était alors, mais le Dieu des armées; et non pas accompagné de quatre cents soldats , mais escorté d'un million d'anges; non pas enfin pour piller votre maison, mais pour damner éternellement votre âme. C'est ce qui fait trembler le pécheur, dit saint Grégoire , c'est ce qui le fait frissonner d'horreur au sortir de cette vie : Exire de corpore trépidât , et quem contempsisse se meminit , judicem forrnidat.
XIII. Celte parole, judicem forrnidat, me remet en mémoire ce qu'on voit arriver tous les jours. Quand vous visitez la prison, vous pouvez remarquer qu'il y a deux sortes de prisonniers : il y en a qui y sont pour crime , pour avoir commis quelque grand forfait; d'autres y sont retenus pour des effets civils, comme des pauvres débiteurs , des collecteurs de tailles , qui sont demeurés reliquataires de quelques sommes. Il y a grande différence entre ces deux sortes de captifs : celui qui y est pour un crime capital est au fond d'une basse fosse , dans un cachot, au milieu des ténèbres et dans les ordures ; il a les fers aux pieds et aux mains ; sitôt qu'il entend le moindre bruit à la porte de la prison, il est saisi de frayeur, il lui semble que c'est le greffier qui lui vient lire son arrêt, et le bourreau qui vient lui mettre la corde au cou. Celui qui n'y est que pour cause civile , n'est point dans le cachot; il est en la lumière, en la cour de la prison , s'il y en a une, ou en la chambre du concierge ; il a la liberté de se promener : quand il entend frapper à la porte, il se réjouit , il s'imagine que c'est quelqu'un de ses parents ou amis qui a répondu ou payé pour lui et qui le vient tirer de prison.
Il en est de même de l'âme réprouvée et de l'âme choisie : il est vrai que toutes deux sont dans leur corps comme dans une prison, puisque le même Job a dit de soi : Circumdedisti me carcere (Job. 7, 12), mais avec une grande différence. L'âme réprouvée est criminelle, atteinte et convaincue du crime de lèse-majesté divine; elle est liée et garrottée par les liens de ses mauvaises habitudes : Funibus peccatorum suorum constringitur peccator ; elle est toute plongée dans les ordures et les impuretés dont son corps est capable , elle ne pense qu'à manger, à ivrogner, à folâtrer; elle est dans les ténèbres : parlez-lui des grandeurs de Dieu, de ses divines perfections, du mystère de l'Incarnation ; elle n'y voit goutte, elle n'y entend rien. Quand le Fils de Dieu frappe à sa porte, quand la moindre maladie lui arrive , aux premières menaces de la mort , elle tremble de frayeur ; il lui semble que c'est son juge qui la vient condamner, que le démon lui vient mettre la main sur le collet pour la traîner aux flammes d'enfer. L'âme choisie n'est rede-
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vable en cette conciergerie que pour la dette du premier homme elle est libre en la chambre d'en haut , en la lumière, et non ensevelie dans le ventre et dans les ordures de la sensualité ; elle se promène et s'exerce à la contemplation et à la prière.
C'est ainsi que saint Augustin explique ces paroles de David : Perambulabam in innocentiâ cordis 7nei, in medio domûs mex {Psal. 100, 1). Quand les symptômes de la maladie frappent à sa porte , elle se réjouit pensant que c'est le Fils de Dieu qui , ayant répondu et payé pour elle, la vient délivrer de la captivité. Témoin saint François qui , étant sur le point d'expirer, disait avec grande confiance :*Mon Dieu, retirez-moi de cette prison, vos saints m'attendent, afin qu'il vous plaise me récompenser. Educ de custodiâ animam meam, me expectant justi donec rétribuas mihi (Psal. 141, 8). Témoin saint Hilarion qui, étant sur la fin de sa vie disait : Courage mon âme, sortez hardiment de ce corps, que craignez-vous? il y a soixante ans que vous servez Dieu , pourquoi appréhendezvous de vous présenter à lui? Témoin saint Martin qui, étant au lit de la mort , et voyant l'esprit malin près de soi , lui dit courageusement : Que fais-tu ici méchante bête ? retire-toi d'ici ; tu n'y as rien à faire , tu ne trouveras point de tes œuvres en moi.
Pourrez- vous dire le même , mon cher Auditeur ? pourrez-vous dire à l'heure de votre mort : Mon Dieu! vos saints m'attendent, afin que vous me récompensiez. Quelle bonne œuvre avez-vous faite bien purement pour l'amour de Dieu ? Quelle action vertueuse, excellente, héroïque ou parfaite, avez-vous pratiquée, pour laquelle vous ayez la hardiesse de demander récompense? Pourrezvous dire : Il y a soixante ans que j'aime Dieu , et que je le sers fidèlement. Peut-être que vous ne pouvez pas dire : Il y a trente ans, il y a trente mois, il y a trente semaines, pas même il y a trente jours, que je le sers comme je dois. Pourrez-vous dire au démon : Tu ne trouveras point de tes œuvres en moi ? Et vous savez qu'il n'en trouvera que trop, de ces rages d'envie, de ces inimitiés, de ces arrogances, de ces rébellions contre votre père et votre mère, de ces blasphèmes, de ces malédictions qui sont toutes des œuvres du diable. Peut-être que vous pourrez dire : Il y a vingt, trente, quarante ans que j'offense Dieu, et que je sers le diable. En quelle frayeur serez-vous ! en quelle détresse et appréhension de vous présenter à celui que vous avez tant méprisé !
Conclusion. — XIV. Supposé que vous soyez en cette extrémité, comme vous serez l'un de ces jours , de quelque coté que vous tourniez la vue , vous aurez des objets de crainte , de tremblement et de tristesse. Superius : Si vous regardez en haut, Dieu y sera; lui que vous avez tant offensé : il a une puissance infinie , et personne ne peut résister à sa colère; il aune science infinie, et vous ne sauriez cacher à sa connaissance le moindre de vos péchés ; il a une bonté infinie , elle le rend ennemi mortel de vos malices; il a une miséricorde infinie, vous lui êtes extrêmement redevable; il est la vérité même, il a dit que rien de souillé n'entrera dans le ciel, et vous êtes tout couvert d'ordures. Inferius : Si vous regardez en bas , l'enfer y est à gueule béante , qui est la demeure éter-
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nelle où vous devez habiter. A dextris : Si vous regardez à votre main droite, les bons anges y sont qui pleurent votre infortune, qui regrettent le temps qu'ils ont perdu à vous inspirer, et à vous reprendre : Curavimus Babylonem, diront-ils alors, et non est sanata , derelinquarnus eam. A sinistris : Si à la gauche, les démons y sont, qui demandent justice, qui aboient après la proie, qui prétendent avoir votre âme comme une chose qui leur appartient, puisque vous vous êtes si souvent donné à eux. Retrà : Si vous regardez derrière vous, vous y laisserez le monde, sachant que dorénavant vous n'aurez aucune part à ses biens , à ses affaires et à ses nouvelles , non plus que si vous n'y aviez jamais été. Nec opus, nec ratio , neo scientia, erunt apud inferos quô tu properas (Eccl. 9 , 10). Antè : Si vous regardez devant vous, vous voyez vos parents et amis, qui ne vous peuvent donner le moindre soulagement en la juste crainte que vous avez d'être puni des péchés qu'ils vous ont fait commettre. Non est quô exeas quia dura sunt, non est quô intres quia mala sunt. Intrà : Si vous rentrez dans vous-même, votre conscience y est, qui vous pique de remords à la vue des crimes que vous avez commis : elle vous remet en mémoire toutes les filles que vous avez déshonorées, les veuves que vous avez ruinées de biens ou de réputation , les villageois que vous avez séduits et opprimés : les péchés qui vous semblaient autrefois petits comme des grains de sable , vous semblent grands comme des montagnes , parce que vous ne les regardez plus au travers des fausses lunettes de vos passions. Extra : Hors de vous, vous voyez vos richesses , que vous êtes contraints de laisser à des enfants dénaturés, à des héritiers ingrats, qui en feront bonne chère. In prseterito : Si vous regardez le passé , vous regrettez les belles occasions de faire votre salut que vous avez perdues. Oh \ si je fusse allé à confesse , en la mission ! oh ! si j'eusse quitté ce procès injuste , chassé cette coquine , prié Dieu soir et matin, que je m'en trouverais bien maintenant ! In prxsenti : Si vous regardez le temps présent, vous voyez votre corps que vous avez tant caressé, qui va être la curée des vers, le partage de la pourriture; votre àme que vous avez tant négligée , qui va être examinée au tribunal épouvantable du Fils de Dieu! In futur o : Si enfin vous regardez l'avenir, vous voyez la longue étendue de l'éternité interminable et malheureuse où vous allez entrer sans pouvoir reculer en façon quelconque.
XV. Gela donc étant ainsi , croyez-moi , suivez le conseil que le Fils de Dieu vous donne en l'Evangile : Facite vobis amicos (Luc. 16, 9). Facite. Dieu ne se contente pas de bon propos , ni de belles paroles , il veut des effets et des œuvres : Opéra enim illorum sequuntur illos ; reddet unicuique secundùm opéra sua. Faites à présent ce que vous souhaiterez avoir fait alors , vous souhaiterez avoir entendu plusieurs messes dévotement , avoir été bien obéissant, respectueux envers votre père et votre mère, débonnaire envers vos prochains, avoir fait pénitence; faites-la, Facite vobis. Vous ne faites que trop, mais ce n'est pas pour vous , ce bâtiment que vous élevez avec tant de frais, ce procès que vous poursuivez avec tant de chaleur, ces biens que vous amassez avec
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tant d'avarice , sont pour vos héritiers ; ce que vous faites pour vous, ce sont les aumônes que vous donnez, les injures que vous endurez , les messes que vous entendez : Facile vobis amicos : rendez-vous ami de ce grand Dieu vers lequel vous devez aller. Comment oserez-vous vous présenter à lui, le regarder face à face, traiter familièrement avec lui , être caressé de lui, ayant été son ennemi toute votre vie? Rendez-vous ami de Jésus-Christ notre Sauveur ; il nous dit en l'Evangile : Vos amici mei estis , si feceritis quœ ego prxcipio vobis; Vous serez mes amis , si vous faites ce que je vous commande. 11 vous commande de faire du bien à vos ennemis , de ne faire tort à personne ; de ne point jurer du tout, d'être charitable et patient ; faites-le pour être son ami. Rendez- vous ami de la Vierge, faisant votre devoir au Rosaire , au Mont-Carmel , en la Congrégation de Notre-Dame et les autres saintes confréries. Rendez- vous ami des saints, lisant et honorant leur vie, employant leurs fêtes en bonnes œuvres. Rendez- vous ami des pauvres, les assistant de vos biens , de votre crédit ou conseil ou service ; des âmes du purgatoire , entendant la messe et donnant l'aumône pour elles. Si vous faites ainsi , quand vous sortirez de ce monde , vous irez en un lieu , où vous aurez envoyé des provisions , où vous aurez pris connaissance , où vous trouverez des amis qui vous recevront dans ïes tabernacles éternels. Amen.