II. Punctum. — Differentia inter mortale et veniale
III. Punctum. — I. Rationes cur fugiendum veniale : ex parte Dei , quia ei displicet. — II. 2. Ex parte peccati, quod aliquandô ob aliquam circumstantiam est gravius quàm putamus. — III. 3. Ex parte nostrl ; quia aliquandô ducit ad mortale. — IV. 1. Privatione gratiarum. — V. 2. Occasione. — VI. 3. Dispositione.
Exorde. — De minimis non curât prœtor : parùm pro nihilo reputatur. Ces maximes et autres semblables de la jurisprudence
408 Sermon XL.
séculière et de la philosophie profane ne sont ni approuvées ni reçues en la morale chrétienne et en la justice de Dieu. Au contraire , notre Sauveur a dit en saint Matthieu (5, 19) : Celui gui violera un seul des plus petits commandements , sera très-petit au royaume des cieuœ. En parlant aux Scribes et aux Pharisiens, qui étaient fort pointilleux à garder les petits règlements et qui méprisaient les plus importants, il dit qu'i/ faut obéir aux uns et ne pas omettre les autres (Matth. 23, 23). En l'Apocalypse, à l'évêque d'Ephèse, après l'avoir loué de ses bonnes œuvres et de sa patience, de ses travaux et de ce qu'il avait souffert pour la foi, il lui dit : Je trouve quelque chose à redire en vous , c'est que vous avez un peu laissé refroidir votre première charité , ce qui se fait par le péché véniel (Apoc. 2, 1).
Premier point. — Il s'appelle véniel, parce qu'il se pardonne plus aisément que le mortel , il est petit et léger, mais ce n'est que par rapport et en comparaison du mortel; car en soi, en sa nature et en son être, il est quelquefois bien grand et de fort grande conséquence. Je dis quelquefois, non pas toujours, parce que saint Paul nous donne sujet de distinguer trois sortes de péchés véniels. Voici comme parle ce grand Apôtre (1. Cor. 3, 12) : Sur le fondement de la foi quelques-uns bâtissent de l'or, de l'argent et des pierres précieuses , c'est-à-dire des vertus solides , des actions saintes, méritoires ou héroïques, et ils seront approuvés , loués et récompensés au jugement de Dieu ; d'autres font un édifice de bois, ou de foin , ou de paille , c'est-à-dire , selon l'explication de saint Thomas (t. 2. q. 89, art. 2), des péchés véniels; car, comme le bois , le foin et la paille sont les allumettes du feu , ainsi les péchés véniels nous obligent au feu du purgatoire ; et il y en a de trois sortes : de plus grands , de médiocres et de plus petits.
Les plus grands sont ceux que vous commettez à dessein, de propos délibéré, ou auxquels vous avez une habitude volontaire, ou un attachement, et qui ne sont véniels qu'à cause de la légèreté de la matière , comme mentir sans dommage d'autrui , médire ou vous moquer du prochain , chose légère , tourner la tête à l'église ou y parler sans grande nécessité, faire de petits larcins sans volonté d'en faire de plus grands , vous louer par vanité , perdre le temps à des paroles oisives ou à des conversations inutiles. Ces péchés sont signifiés par le bois : car, comme le bois demeure plus longtemps à se brûler, ainsi l'âme qui les a commis sera plus longtemps au feu du purgatoire pour les expier.
Les médiocres sont ceux qui se commettent sans un plein et parfait consentement, par surprise, par échappée, inadvertance et inconsidératiqn : comme les premiers mouvements de colère, d'envie, d'impureté ou de vengeance qu'on a réprimés ayec négligence; ils sont exprimés par le foin qui ne demeure pas si longtemps dans le feu. Les plus petits sont ceux qui se commettent par fragilité et infirmité humaine : comme de reprendre un peu trop aigrement les fautes de vos gens par un excès de zèle , ou trop mollement par un peu de lâcheté; vous complaire en vous-même après une bonne œuvre , prendre plaisir à être loué d'une action
Sur le péché véniel. 409
généreuse, avoir des distractions involontaires, mais par votre faute, en l'oraison. Ils sont représentés par la paille : car, comme la paille est jointe au grain de blé, et ne demeure pas longtemps à être consumée par le feu, ainsi ces imperfections sont jointes à la bonne œuvre, et sont bientôt purifiées par le feu du purgatoire.
Deuxième point. — Le péché mortel tue l'âme en un moment1, le véniel petit à petit; le mortel ruine en nous la grâce de Dieu tout d'un coup, le véniel la mine et l'extermine lentement; le mortel, c'est la mort spirituelle ; le véniel, c'est la maladie qui dispose et qui achemine à la mort , comme nous le verrons tantôt.
On satisfait pour le péché véniel par des pénitences médiocres et ordinaires; mais pour le mortel , il faut des pénitences rigoureuses, des humbles et ferventes prières, des jeûnes fâcheux et extraordinaires, de grandes aumônes si on en a le moyen. Ecoutez saint Césaire, archevêque d'Arles (homil. 8), qui vivait au sixième siècle : Nous rachetons tous les jours les offenses que nous commettons tous les jours, lorsque nous visitons les malades, que nous allons chercher les prisonniers, que nous concilions ceux qui étaient divisés , que nous jeûnons les jours que l'Eglise a commandés, que nous lavons les pieds de nos hôtes , que nous allons souvent aux veilles avec les autres durant la nuit, que nous donnons l'aumône aux pauvres qui passent devant notre porte , que nous pardonnons à nos ennemis toutes les fois qu'ils nous offensent ; mais cela seul ne suffit pas : pour les péchés mortels , il faut y ajouter les larmes et les gémissements , de longs et de continuels jeûnes, de grandes aumônes même au delà de notre pouvoir. Il faut que nous nous séparions nous-mêmes volontairementde la communion de l'Eglise, et que nous demeurions longtemps dans la tristesse et dans les larmes.
Le péché mortel nous oblige aux peines éternelles, le véniel aux temporelles; le mortel nous engage au feu de l'enfer, et le véniel au feu du purgatoire; c'est le même feu avec cette différence que le feu de l'enfer est pour toujours, et celui du purgatoire pour un temps : et même si un péché véniel se trouve joint à un mortel, quand une âme réprouvée sort de ce monde , il est puni de peines éternelles. Comprenez-moi bien : si vous mourez en péché mortel, privé de la grâce de Dieu , et qu'avec ce péché mortel vous ayez quelque péché véniel, comme un mensonge léger, une parole inutile ou une action de colère , je dis ce péché véniel sera puni en enfer d'une peine éternelle. C'est la décision expresse/de saint Thomas et de saint Bonaventure 2. La raison qu'ils en apportent est si évidente, que le moindre théologien la peut comprendre. Ce péché véniel, que l'âme réprouvée emportera avec soi, doit être puni après cette vie, car aucun péché, pour petit qu'il soit, ne peut demeurer impuni. Or, ce péché ne sera pas puni en purgatoire, puisqu'il n'y a point de purgatoire pour l'âme qui sort de cette vie en état de péché mortel ; il sera donc puni en enfer. Et qui ne sait
1 Mortale uno ictu perimit (Aug., Serm. 29 de verbis Apostoli).
2 D. Thom., 1, 2. q. 87, art. 2, ad 2 et 3; D. Bonav., in 4 dist. 21, art. 4, q. \.