‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 56 sur 85 · Sermon XL · texte numérisé non relu

Sermon XL

qu'en enfer il n'y a point de rémission, point d'allégement, point de diminution de peine : In inferno nulla est redemptio?

De plus, la peine du péché demeure toujours tant que la coulpe dure et persiste; tant qu'on est taché de la coulpe on est attaché à la peine. Or, la coulpe de ce péché véniel demeurera en l'âme damnée durant toute l'éternité : car la coulpe de quelque péché que ce soit , n'est jamais effacée que la volonté ne la rétracte et s'en repente ou actuellement, ou virtuellement: et tant s'en faut que l'âme damnée veuille rétracter ce péché et s'en repentir ; qu'au contraire, elle désirerait le commettre derechef si elle pouvait ; donc , cette coulpe durera à jamais et par conséquent la peine, puisque la coulpe est la semence et la source de la peine.

Il faut que je vous explique ceci par une comparaison si familière, qu'un enfant la puisse comprendre. Donnez-moi une personne qui ait une petite plaie ou une égratignure au bout du doigt, il n'y a rien au monde si aisé à guérir, un peu d'onguent ou de baume en fera la guérison, dans deux ou trois jours cela sera refermé , parce que la plaie n'est pas mortelle. Mais faites que cette même personne vienne à mourir là-dessus, qu'on lui donne un coup d'épée dans le cœur : aussitôt qu'elle aura reçu cette petite plaie , il n'y a point de doute que cette égratignure , pour petite qu'elle soit , ne pourra jamais guérir, mais qu'elle durera tant que le corps sera en être; et si le corps durait à jamais, la petite plaie aussi demeurerait éternellement; non que de sa nature elle soit hors de remède et incapable d'être guérie , mais à cause que tous les remèdes sont inutiles à un corps mort. Ceux qui sont dans le purgatoire sont vivants de la vie de la grâce ; et, pour cela , les péchés véniels avec lesquels ils sont sortis de cette vie peuvent être aisément guéris, ils n'en sont pas punis de peines éternelles; le baume du précieux sang et des mérites de Jésus-Christ leur peut être utilement appliqué. Mais l'âme qui est en enfer, parce qu'elle est morte spirituellement , parce qu'elle n'a pas le principe de vie qui est la grâce de Dieu , parce qu'avec la petite plaie des péchés véniels, elle a la grande blessure du péché mortel, les péchés véniels sont incurables en elle et seront punis à jamais.

Le chrétien qui a la vraie foi et l'espérance bien fondée, ne commet point de péché mortel, dit saint Augustin '. Ce qui fait dire à Tertullien, qu'on n'est méchant que par le péché mortel, et qu'un chrétien ne commet point de tels péchés, ou il n'est chrétien que de nom; c'est un chrétien fourré, contrefait et dissimulé2. Saint Paul nous a dit ci-dessus, que sur le fondement de la foi, quelques-uns bâtissent l'or et l'argent des œuvres saintes , vertueuses et parfaites; d'autres le bois, le foin ou la paille des imperfections et des péchés véniels : il n'y a que ces deux genres de fidèles ; il n'ajoute pas : Que quelques-uns bâtissent sur la foi, de la boue, du

* Quae nullus bonae fidei et spei chrislianus comittit (Aug., Serai 29, de verbis Apost., cap. 26).

2 Nullus christanus malus est nisi hanc professionemsimulàrit. (Athenagoras in Apolog. sub initium). Desinunt apud nos vocari christiani qui mali sunt (Tertul.).

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fumier ni des ordures, c'est-à-dire, des péchés mortels, parce qu'un vrai fidèle n'en commet point; et que celui qui est curieux de la pureté de son âme , et qui désire assurer =on salut , évite tant qu'il peut les péchés véniels, et cela pour plusieurs raisons.

Troisième point. — I. Premièrement, il déplaît à Dieu. N'estce pas assez dire à une âme assise en bon lieu? Faudrait-il ajouter quelque chose pour nous empêcher de le commettre, de dessein et de propos délibéré? il déplaît à Dieu, et par conséquent c'est un mal infini. Le docte et dévot Gerson maintient et prouve, par des raisons puissantes, qu'un péché véniel commis volontairement et avec pleine liberté , étant un mal infini, mérite une peine éternelle. Si on le considère de son chef et en la condition de sa nature , et que la raison pourquoi il ne nous engage pas actuellement et en effet aux flammes d'enfer, c'est la pure miséricorde de Dieu qui , ayant égard à notre fragilité, ne l'impute pas à si grande peine. On en peut voir les preuves dans Gerson \ je les omets de peur d'être trop long. Mais voici un raisonnement tiré de saint Anselme , qui montre que le péché véniel , commis volontairement, est un trèsgrand mal.

Supposons que Dieu ait créé cent mille mondes et que vous en soyez le monarque , le souverain et le paisible possesseur; qu'il y ail un démon aussi puissant à mal faire et à détruire, que Dieu est puissant à bien faire et à produire, et que ce démon vous dise : Je vais détruire tous ces mondes si vous ne faites un mensonge léger; si vous le faites, vous pécherez ; mais si vous ne le faites pas, tous ces mondes seront détruits. Il faudrait laisser perdre et anéantir, non-seulement cent mille, mais une infinité de mondes plutôt que de mentir. Donc un péché véniel est un très-grand mal, puisqu'il ne le faudrait pas commettre pour conserver un million de mondes.

Saint Paul dit aux Ephésiens (4, 30) : Gardez-vous bien de contrister l'esprit de Dieu; et il avertit les Thessaloniciens (5, 19) de ne pas éteindre le même esprit. Le péché mortel éteint en notre cœur l'esprit de Dieu et le véniel le contriste. Y a-t-il gentilhomme à la cour qui voulût tant soit peu contrister son prince ? Si le roi disait à ses gens : Je ne veux pas qu'on touche à tels fruits, ni à telles fleurs des Tuileries, aux abricots, aux œillets, ni aux tulipes, y a-t-il un seul courtisan qui prît la hardiesse d'en cueillir et de dire à Sa Majesté : Ce n'est pas un attentat contre votre vie ni contre votre couronne. /

II. De plus , un péché qui nous semble léger et véniel, et qui, en effet, le serait s'il était considéré tout nu , peut devenir plus grand et plus énorme qu'on ne pense, à cause de quelque circonstance, dont il est revêtu et notablement aggravé ; comme à cause de la qualité de celui qui le commet, quand c'est une personne relevée, qui a reçu de grandes faveurs et grâces de la part de Dieu , qui est plus obligé à son amour et à la perfection : Nadab et Abiud morte puniuntur ob peccatum, quod videtur levé, quia erant Levitx (Levit. 10, 1), les paroles de gausserie en la bouche" des séculiers

1 3. Parte, lect. 1, de vitâ spirituali, conclusione 1.

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sont des railleries ; mais en la bouche des prêtres, elles sont de petits blasphèmes, dit saint Bernard S.

Ou en second lieu, à cause de la posture de notre cœur, de la disposition de notre volonté, comme si vous détractez de votre prochain en chose de petite conséquence , mais à intention de flétrir notablement sa réputation; si vous ne dérobez qu'un peu jde fruit, mais avec résolution d'en dérober grande quantité et l'arbre même si vous pouviez l'emporter : car Dieu regarde plus le cœur que la main , l'intention que l'action et la volonté que l'effet. Ainsi saint Thomas conclut (22, q. 55, art. 6) que l'affection et l'attache à vos propres biens, qui de soi ne semble que vénielle, peut devenir péché mortel, si elle est si excessive et désordonnée, que vous y mettiez votre dernière fin. Ou en troisième lieu , à cause du scandale et du mauvais exemple quand, par un péché véniel, vous donnez sujet à quelqu'un de commettre des péchés mortels ; comme quand vous vous opiniàtrez à contester contre votre mari en chose de peu d'importance, sachant qu'il a coutume de blasphémer quand on le contredit.

Or, entre les péchés véniels il en est principalement trois qui sont infectés de circonstances plus noires, pestilentes et malignes : le jeu, le luxe en habits et les procès par opiniâtreté et pour peu de chose , car on les commet à dessein ; ils donnent mauvais exemple au prochain et le font tomber en plusieurs fautes; ils nous conduisent et donnent le branle à grand nombre de péchés : un mouvement de colère, un petit excès au repas, une parole d'impatience vous échappe souvent sans y penser ; mais on va au jeu volontairement et de propos délibéré, on s'ajuste mondainement à loisir, avec vue et réflexions sur ce qu'on fait; vous entreprenez et poursuivez un procès à dessein, avec application d'esprit et avec connaissance de cause. Vous passez les après-dînées et les soirées jusques à dix et onze heures à jouer ; il vous semble que c'est peu de chose , parce que vous avez de quoi ; mais votre nièce , ou votre parente, qui ne vit pas de ses rentes comme vous, prendra exemple sur vous , elle deviendra joueuse et ruinera sa famille par le jeu. Ce n'est qu'un peu de vanité qui vous porte à vous ajuster et à vous parer curieusement; mais avec cette vanité, vous êtes un piège à la folle jeunesse, une pierre d'achoppement et un objet de mauvaises pensées. Ce que vous demandez en ce procès vous est dû ; mais ce sera à votre adverse partie un sujet de mille chicanes, supercheries, faussetés, inimitiés et médisances. Quand le jeu, le luxe et les procès seraient indifférents, ce sont des tisons et des allumettes de plusieurs maux qui en arrivent2. Au jeu, vous perdez le temps , l'argent et la conscience ; vous vous mettez en colère , vous jurez, vous blasphémez et vous vous donnez au diable ; l'affection à vos ajustements vous fait faire des dépenses qui incommodent votre famille, vous élève et grossit le cœur, vous remplit

1 Nugae in ore saecularium sunt nugse, in ore sacerdotum blasphemiae (Bern.).

2 Dùm amantur vana , perpetrantur mala ; pauca quidem à te , sed multa propter te (Aug.).

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de distractions en vos prières , vous fait murmurer contre vos compagnes et impatienter contre vos domestiques; ce procès que vous intentez par opiniâtreté pour peu de chose, n'est pas peu de chose : il vous engage à mille soucis , à des voyages qu'il faut faire à Paris, à des aversions et des dissensions contre le prochain , et quelquefois à suborner des témoins , à corrompre des juges , antidater des contrats, falsifier des écritures et à faire damner mille personnes.

Bref, quand le péché n'est véniel que par la légèreté de la matière, si la matière s'accroît et s'augmente, le péché devient mortel. Et qui est-ce qui vous peut limiter et déterminer précisément et infailliblement jusques où doit arriver la matière de ce péché, pour n'être que véniel et léger, et que si vous avancez d'un pas, il sera mortel et damnable? Qui est-ce qui vous peut assurer, que dérobant dix ou douze sous , vous ne commettez qu'un péché véniel , et si vous en dérobez quinze ou vingt , vous commettez ui) péché mortel?

III. Et puis encore que ce péché ne soit que véniel , en sa nature et en ses circonstances , s'il est commis de propos délibéré et souvent réitéré, il nous conduit et achemine insensiblement au péché mortel : car le péché est un monstre et un monstre entre les monstres, c'est-à-dire bien différent des autres. Car il n'est pas en la morale et aux actions humaines, comme il en est en la nature , où les monstres sont stériles , par une admirable providence de Dieu ; ils n'engendrent point leur semblable et des animaux qui ne sont pas monstrueux, les petits ne produisent jamais les grands; les lionceaux n'engendrent point des lions , ni les louveteaux des loups ; mais en la morale, les péchés qui sont de vrais monstres et des productions contre nature, engendrent d'autres péchés et même les petits péchés, les péchés légers et véniels en produisent souvent des mortels, et ce en plusieurs manières.

IV. Car, 1° le péché véniel refroidit la charité , comme disent les saints, c'est-à-dire l'amour que nous avons pour Dieu; donc, il refroidit aussi l'amour que Dieu a pour nous; il offense ses yeux divins , donc il ne nous regarde plus de si bon œil ; il lui déplaît et le désoblige , donc il n'a plus si bonne volonté pour nous , il ne nous fait plus tant de faveurs ; les grâces qu'il nous donne ne sont plus si grandes, si précieuses ni en si grand nombre qu'auparavant. Le péché mortel nous prive de la grâce sanctifiante et habituelle ; le véniel , de plusieurs grâces auxiliaires et actuelles. Et ainsi l'âme, dépourvue de ce renfort et privée de cette assistance particulière, abandonnée à sa faiblesse naturelle, succombe aisément, mais déplorablement à la première secousse d'une forte tentation.

V. Le péché véniel nous interdit quelquefois les occasions de notre salut et nous expose souvent à l'occasion et au danger de nous perdre. En saint Matthieu (19, 16), un jeune gentilhomme s'adresse à Jésus-Christ et lui demande ce qu'il doit faire pour se sauver. Le Fils de Dieu ayant répondu qu'il faut garder les commandements , ajoute : Si vous voulez être parfait , vendez tous vos biens, donnez-en l'argent aux pauvres et me suivez (Luc. 18, 22). Ce cavalier, qui avait gardé tous les commandements, s'en va tout triste et quitte la compagnie du Sauveur. Il est évident, ce me

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semble , que l'affection qu'il avait à ses propres biens n'était que vénielle , car saint Marc (10, 17) dit que le Fils de Dieu le regarda et qu'il eut de l'amour pour lui ; et toutefois, cette attache lui déroba l'occasion de faire son salut : car pour être sauvé, il lui était nécessaire de connaître le Sauveur, de croire en Jésus-Christ, de recevoir la foi et la doctrine de l'Evangile , et il y était appelé , c'était sa vocation ; le Sauveur lui avait dit : Suivez-moi; et au lieu de ce faire, il s'en alla tout triste; et pour montrer que ce manquement, qui eut semblé léger et de petite conséquence , lui faisait faire naufrage de son salut, Jésus-Christ s'écria en soupirant : Oh ! qu'il est malaisé à ceux qui ont de l'argent d'être sauvé !

Vous allez à la promenade un dimanche pendant qu'on prêche; est-ce un péché mortel? non ; mais cette promenade, peut-être, sera cause que vous serez jeté pieds et mains liés en enfer; peut-être que votre salut était attaché à ce sermon, que Dieu l'a fait faire tout exprès pour vous toucher; vous y eussiez été converti. Dina, fille de Jacob (Gènes. 34, 1), sort de "la maison de son père, par curiosité assez ordinaire et naturelle à son sexe, ce n'est pas pour faire parade de sa beauté qui était grande et excellente ; ce n'est pas pour être muguetée ni cajolée; ce n'est pas pour voir les jeunes hommes, mais seulement pour voir les femmes de ce pays-là qu'elle n'avait jamais vues et pour voir comme elles sont habillées, quel état elles portent; cette curiosité est bien pardonnable assurément, mais les effets en sont bien funestes et déplorables, car un jeune prince la voit toute seule, il la convoite, il l'enlève et la déshonore ; ce rapt est cause que ses frères surprennent par trahison la ville où elle était, qu'ils la pillent, qu'ils la saccagent, qu'ils passent par le fil de l'épôe tous les hommes , même le prince et son père, qu'ils emmènent captives les femmes qui étaient innocentes , et qu'ils ravagent et désolent toute la contrée : Qui spernit modica, paulatim decidet.

VI. Il est vrai que le péché véniel ne fait pas en notre âme un si grand dégât ni un ravage si effroyable que le mortel ; il ne ruine pas la grâce sanctifiante ni les habitudes des vertus infuses ; mais tant y a qu'il y fait du dégât et du ravage qui a quelque rapport et ressemblance aux maudits effets du mortel. Il n'aveugle pas l'entendement, mais il l'éblouit ; il dérègle la volonté, il affaiblit le franc arbitre, il augmente la passion , il encourage la convoitise ; et, ce qui est très-considérable, il engendre une mauvaise habitude; et quand l'habitude est devenue forte, puissante et violente, peu importe qu'elle ait été produite par un péché véniel ; elle ne laisse pas de produire des effets très-pernicieux.

Vous voyez souvent une maison qui était autrefois belle et bien commode et qui est à présent , ruinée de fond en comble ; qui a fait ce ravage, qui a renversé ce grand édifice? Est-ce un coup de canon? Nenni. Et quoi donc? Vous ne le croiriez pas, mais il est vrai , le commencement de cette ruine est quelquefois un petit ver, qui n'est pas si grand que la moitié d'une lentille, un ver qu'on appelle la teigne du bois : Tenerrimus ligni vermiculus ; cette bestiole s'attache à une poutre, elle porte en son bec, qui n'est guère plus grand que la pointe d'une épingle , son couteau , son marteau,

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sa scie, sa cognée; elle ronge petit à petit ce bois, elle en fait tomber de la poussière moulue comme de la fleur de farine; la poutre ainsi creusée , crève avec succession de temps ; la charpenlerie, qui était appuyée sur la poutre, s'abaisse; et le toit qui était appuyé sur la charpenterie se ruine ; il y pleut de tous côtés , la pluie mine les murailles et tout l'édifice s'en va par terre.

Vous tournez la tête à l'église; il semble que ce n'est rien, ce n'est qu'un mouvement de tête, vous portez la vue deçà et delà, vous voyez la pompe d'une dame ou la bonne grâce d'un jeune homme ; cette vue occupe votre esprit, ou de murmure contre ce luxe, ou de quelque pensée sensuelle pour ce jeune homme; votre esprit se creuse, se mine et se vide de bonnes pensées ; et au lieu de penser à Dieu et à la messe, vous pensez au monde et à la créature. Ayant ainsi perdu le respect que vous devez à la maison de Dieu, quand une de vos voisines s'approche de vous pour vous cajoler, vous l'écoutez; elle vous fait des plaintes de son mari , de sa belle-mère , de sa servante ; d'abord il vous semble qu'il n'y a pas aussi grand mal , parce que c'est sous prétexte de demander avis et consolation; après avoir parlé de ses domestiques, elle détracle de ses parents, de ses voisins, du tiers et du quart , et vous consentez à ces médisances , vous y apportez votre écot , vous perdez la grâce de Dieu, croyez-moi.

Qui timet Deum nihil negligit. Une bluette de feu allume souvent un grand incendie, une petite blessure engendre quelquefois la gangrène , et le petit manquement d'une formalité fait souvent perdre un procès d'importance. Après les jurements pour la vérité, on passe aisément aux parjures; comme des mensonges officieux, aux pernicieux; des paroles oisives, aux railleries; des railleries, aux paroles déshonnêtes ; des médisances légères , aux détractions de grande importance; et des petits larcins, aux grandes rapines. Votre enfant s'accoutume à dérober des pommes, après il prendra des poules, des coqs-d'Inde, des brebis, des chevaux, et enfin il deviendra un grand voleur. Comme, au contraire, si vous évitez les péchés véniels , à plus forte raison vous redouterez le mortel ; si vous êtes fidèle à la pratique des petites vertus , vous vous disposerez à la pratique des grandes , qui vous mériteront la grande récompense que Dieu promettait à Moïse et à toutes les âmes vertueuses : Ero merces tua magna nimis , magna nimis. Anien.

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