‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 58 sur 85 · SERMON XLII · texte numérisé non relu

SERMON XLII

DES OBLIGATIONS QUE NOUS AVONS A DIEU, POUR L'ÉTABLISSEMENT DE LA FOI, ET LA RUINE DE L'iDOLATRIE.

Ego sum Dorninus Deus tuiis , non habebis Deo alienos coràm nie. Je suis le Seigneur votre Dieu ; vous n'aurez point de dieux étrangers devant moi. (Exod. 20.)

Mon Dieu, commandez ce que bon vous semble, mais donneznous, s'il vous plaît, ce que vous nous commandez.- Da quod jubés, et jubé guod vis, disait saint Augustin. Si jamais le Fils de Dieu a exaucé cette prière que les bonnes âmes lui adressent souvent, c'a été pour l'exécution du premier commandement : il nous défend l'idolâtrie et nous oblige au culte d'un seul Dieu. Ce qu'il a commandé par Moïse, il l'a accompli par les Apôtres. Hier nous admirions la merveille de cet exploit, et aujourd'hui nous avons à considérer les obligations que nous lui avons, pour nous avoir affranchis par ce bénéfice de la plus dure et pernicieuse captivité qui ait jamais été et qui puisse être.

Une servitude est extrêmement déplorable quand elle est accompagnée de l'une de ces quatre circonstances. Premièrement, quand elle est vile et abjecte, indigne de la qualité et de la condition de celui qui est captif, comme si un roi était esclave, non pas d'un autre roi , mais d'un homme de néant ou d'un palefrenier. En second lieu, quand elle est infâme, quand un illustre captif est employé à des actions basses et honteuses , comme à panser des

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animaux, à la cuisine ou au jardin. En troisième lieu, quand elle est inhumaine, quand il est traité rigoureusement et cruellement, comme les forçats des galères. En quatrième lieu , quand elle est inévitable, et qu'il n'y a aucune apparence d'en sortir ou de s'en retirer. La captivité à laquelle les hommes étaient engagés par le péché d'idolâtrie, était chargée de ces quatre circonstances, et cela en très-haut degré ; je vous le ferai voir aux quatre points de ce discours ; et que notre Sauveur nous en a affranchis très-heureusement et très-admirablement.

Nous vous en avons beaucoup d'obligation, ô très-sainte et heureuse Vierge! puisque Aristote dit, et qu'il est vrai, que mettant en évidence et au jour une vérilé, on convainc de fausseté toutes les erreurs et les mensonges qui lui sont contraires : comme quand le soleil monte sur notre horizon , toutes les ténèbres de la nuit sont dissipées et anéanties. Ce qu'étant ainsi, nous pouvons dire, que vous avez éteint le culte des faux dieux, mettant au jour le vrai et unique Dieu. Vous avez écarté les ténèbres du paganisme et de l'infidélité, donnant au monde le soleil de justice, Jésus-Christ Notre Seigneur, que nous bénissons. Ave, Maria.

Exoedium. — I. Unitas divin» essentiœ probatur. 1. Ex parte Dei , qui est simplex, supremus Dominus, infinitus. — II. 2. Ex parte mundi. — III. 3. Ex parte nostrî.

I. Punctum. — IV. Idololatria est servitus I. Vilis, colens vilissimos dominos. — V. 2. Turpis , cogens ad actiones turpissimas . — VI. 3. Crudelis. — VII. 4. Inevitabilis.

II. Punctum. — Probat quantum astringamur ad gratitudinem , et bonum usum beneficii quo Christus hâc servitute liberavit : Paraphrasis verborum sancti Pétri : Vos autem genv.n electum, genus sancta, etc.

Exorde. — I. La première perfection que la foi catholique reconnaît et adore en la majesté de Dieu , c'est l'unité de son être : Credo in unum ûeurn. Audi Israël : Deus tuus unus est. Notre cœur s'épanouira de joie à la vue de cette vérité , si nous considérons les preuves que saint Thomas en apporte (1 . p., q. 11, art. 3 et 4), et si nous avons quelque affection pour les intérêts de Dieu , pour les intérêts de ce monde et pour nos propres intérêts. Voici le raisonnement riche, sublime et lumineux du Docteur angélique : La simplicité de Dieu , sa souveraineté et son infinité le mettent hors de pair et lui donnent la prérogative d'être essentiellement et nécessairement un. Sa simplicité lui donne cet avantage, car toutes les fois qu'il y a pluralité d'individus et de particuliers sous un même genre, il y a infailliblement distinction, et par conséquent composition d'essence et d'existence, de nature spécifique et de différence individuelle. Or, l'être de Dieu est très-simple , très-pur et très-indivisible : Ens irreceptum, car s'il y avait en lui quelque composition ou de substance , ou d'accident, ou de genre et de différence, ou d'essence et d'existence, ou de quelque aulre façon que ce soit , il y aurait acte et puissance, il ne serait pas le premier agent , ni la première de toutes les causes , puisqu'il aurait eu besoin d'une cause supérieure pour réduire en acte et en perfection , ce qu'il n'avait qu'en germe et en puissance passive. Il ne serait pas le souverain de tous les êtres , son empire ne serait pas

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absolu , ni son domaine universel , puisqu'un rival ou un compétiteur aurait droit de lui disputer, sinon la supériorité ou la prééminence , au moins l'égalité et l'indépendance.

Nec régna socium ferre , nec tœdœ queunt : Omnisque potestas.

Impatiens consortis erit.

De plus, si Dieu n'était point seul et unique, il ne serait pas tout parfait; il y aurait en lui quelque manquement; il ne serait pas infini en toute sorte de perfections, il n'aurait pas toutes les grandeurs ni les excellences imaginables, puisqu'il serait dépourvu et privé des perfections ou spécifiques ou individuantes que l'autre Dieu aurait en partage pour être distingué de lui.

II. Ce monde même ne serait pas si bien gouverné qu'il est; car ces dieux ayant deux natures, ils auraient aussi deux entendements, deux volontés et deux puissances ; ils pourraient donc avoir divers sentiments, divers desseins et diverses inclinations; l'un voulant une chose , et l'autre une autre ; l'un aurait de l'amour et de l'affection pour une créature , l'autre de l'aversion et de l'antipathie contre elle; et nous ne verrions pas en ce monde ce bel ordre, ce bon accord, cette sage économie, cette admirable police ni cette alliance si ferme et si bien concertée des éléments , et des autres créatures que nous y admirons depuis tant de siècles '.

III. Bref, Dieu étant notre premier principe et notre dernière fin, nous sommes obligés de l'honorer, de le servir, de l'aimer et lui obéir de tout notre cœur ; ce que nous ne pourrions faire bien parfaitement, s'il y avait deux dieux. Nous serions comme une pierre qui aurait deux centres, comme un fer au milieu de deux aimants, comme un serviteur qui aurait deux maîtres ; et l'oracle de vérité a déclaré que personne ne peut servir à deux maîtres.

Premier point. — IV. Admirons donc ici la folie, et portons compassion à la misère des pauvres idolâtres nos ancêtres, dont les uns prenaient une pièce de bois , et d une partie ils en faisaient un escabeau ou un marche-pied , de l'autre ils en faisaient une statue ; ils se mettaient à genoux devant elle en lui disant : Vous êtes mon dieu. Un de ces beaux dieux disait chez le poète :

Olim truncus eram ficulnus inutile lignum, Dùm faber incertus scamnum faceretne Deumve. Maluit esse Deum : ù

Quel aveuglement 1 il vient de faire cette statue, et il lui dit : C'est vous qui m'avez fait. D'autres posaient sur un autel une vache, un crocodile ou un serpent ; ils se prosternaient en terre et leur disaient : Vous êtes mon asile et mon espérance; c'est de vous que j'attends la santé, la prospérité et tout mon bonheur. D'autres adoraient les aulx et les oignons, dont un poète se moquait plaisamment, en disant que ces peuples étaient bienheureux, puisque

1 Oûz. ccfaôùv ircXuxcipavïv si; xoioàvoç sgtm ; Eî; paai/.jù; Non bona res, multi Domini

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leurs dieux croissaient en leurs jardins '. La plupart adoraient des dieux vicieux, des déesses impudiques, des monstres et des opprobres de nature : un Jupiter, qu'ils disaient se transformer en taureau, en oiseau ou en pluie d'or, pour avoir accès vers les filles et les déshonorer; un Mars et une Vénus, qu'ils disaient être tombés en adultère, et que le dieu Vulcain, mari de Vénus, les ayant surpris et enveloppés subtilement dans un filet , les avait traînés tous deux confus en l'assemblée des autres dieux pour être l'objet de leur risée. Ils adoraient un Mercure, qu'ils disaient être le plus fin de tous les larrons. Or, tant s'en faut qu'ils eussent honte de ces vices de leurs dieux, comme leur reproche saint Augustin, qu'ils les représentaient même sur les théâtres, ils les enseignaient aux écoles, ils les chantaient dans les rues et les carrefours. Car Homère, en l'hymne qu'il a faite en l'honneur de Mercure, lui dit :

Tu auras cet honneur par-dessus tous les dieux, D'être dit des filous le monarque en tous lieux.

Tcuto -pp cûv xod exêira [i.sr' aôavâroiç <ys'paç IÇèiç,

'Ap^o'ç (çyiXyiÔswv xsxXr.asat vîu.âTTvâvTa. (HûM., in Merc. V. 291.)

Ils adoraient des dieux fourbes et séducteurs, qui décevaient les hommes par des oracles ambigus et à double entente , comme ils firent à cet ambitieux, nommé Eunus, à qui l'oracle prédit qu'il serait élevé par-dessus tous ses compatriotes : et l'effet de cette prédiction fut qu'on l'éleva et l'attacha à une potence 2.

Quelqu'un peut-être pensera que ce n'était que les poètes qui célébraient de tels dieux en leurs livres, et qui leur imposaient ces crimes énormes pour en faire le sujet de leurs fictions fabuleuses? Non, mais c'était le peuple, c'était le sénat, les empereurs et tout le corps de la république qui adoraient ces beaux dieux et leur rendaient des services fort ponctuels et religieux; témoins les temples superbes qu'ils leur bâtissaient, où on gardait des monuments de leurs vices et de leur vie passée. Gomme à Rome le Capitule, où on conservait fort respectueusement le bouclier qu'ils appelaient Mgis, du mot grec «S c'est-à-dire chèvre , parce qu'il était fait de peau de chèvre, en mémoire de ce qu'une chèvre avait allaité Jupiter lorsque sa mère le cacha pour le dérober aux poursuites de son père, le dieu Saturne, qui le voulait dévorer : Numquid Capitolia Romanum, opéra sunt poëtarum , dit saint Augustin (tom. 4, 1. 1, de consensu Evang., cap. 2). Comme le temple de Diane àEphèse, de Marnas à Gaza, d'Apollon à Delphes; témoins les fêtes et les sacrifices qu'ils instituaient à leur honneur, dont nous parlerons bientôt, témoin toute l'Italie, qui adorait particulièrement Saturne, le père des dieux, et qui s'appelle : Latium à latendo, parce que ce beau dieu s'était caché en ce pays-là quand

* Quis nescit qualia démens iEgyptus portenta colat, crocodilum adorât,

etc. Oppida tota canem veneranlur porrum, et caepe nefas violare aut

frangere morsu; ô sanclas gentes, quibus hoec nascuntur in hortis numina (Juven., Satyr. 5).

2 Ecce crucern attendis, nec te Deus Eune fefellit, omnia sunt crepidis inferiora tuis. Aïo te Eacida Romanos vincere posse.

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il fuyait la persécution de son fils Jupiter \ Ce n'est pas une fiction poétique, mais une action bien réelle, puisque Julien l'Apostat fit décapiter deux illustres gentilshommes, Jean et Paul , pour n'avoir pas voulu adorer une petite idole de Jupiter. C'est assez pour montrer qu'ils les adoraient de cœur et d'affection. Comme Michas, courant après des voleurs qui lui emportaient ses idoles, et pleurant amèrement, leur disait : Vous m'avez dérobé mes dieux que j'ai faits, et vous me dites: Pourquoi pleures-tu (Judith. 12)!

V. A tout seigneur son honneur, dit le proverbe commun; mais nous pourrions ajouter : Tel Seigneur tel honneur ; car comme les dieux qu'ils adoraient étaient très-sales et infâmes, c'étaient des diables que l'Ecriture appelle des esprits immondes, les nommages qu'ils leur rendaient et les services qu'on leur faisait étaient trèsinfâmes et très-sales; saint Chrysostome (1. Contra gentes), Tertullien {In Apologia) , Minutius Félix (In Octavio), et Lactance (1. 6 , c. 23) reprochent aux payens les abominations qu'ils faisaient aux solennités et aux sacrifices de leurs dieux. Saint Augustin dit (1. 2, de Civit., c. 4 et 5 et 1. 6, de Civit., c. 10) : qu'en la fête de Bérécynthe, ou de Cybèle, qu'ils estimaient la mère des dieux, ils disaient devant celte déesse des paroles si lascives et faisaient des actions si déshonnêtes, que le plus effronté charlatan eût eu honte de les dire ou de les faire en présence de sa mère, et ils les faisaient et disaient publiquement à la vue d'une foule de monde de tout sexe et de toute condition 2. J'offenserais vos oreilles si je vous disais ce qu'ils adoraient en la fête de Bacchus, au rapport d'Eusèbe et de saint Augustin (1. 7, de Evang., c. 1, Civit., c. 21), qui leur reprochent qu'en la fête de ce même dieu , qu'ils appelaient aussi Liber, les femmes les plus chastes faisaient publiquement des actions si impudiques et si impudentes, que les plus effrontées courtisanes eussent eu honte de les faire en plein théâtre, car l'impudence même en rougirait. Ils pensaient se rendre propices ces divinités par ces actions-là. Ils appelaient ces cérémonies sacra, des actions saintes. Si leurs saintes actions étaient si infâmes, quelles devaient être leurs actions profanes et vicieuses? Qualia sunt sacrilegia si illa sunt sacra? dit saint Augustin. Cependant quelle vie devaient mener ceux qui adoraient de tels dieux?

Ce fut une invention ingénieuse mais bien malicieuse de Satan, pour porter les hommes à se prostituer à toutes sortes d'impuretés, sans retenue et sans remords, sans reproche et san^ danger d'eu être blâmés? N'était-ce pas bien autoriser et mettre en crédit les vices, que de les canoniser, ou, pour mieux dire, déifier et dire que les dieux les commettaient, qu'ils en faisaient leur gloire, qu'ils tenaient à honneur et prenaient plaisir qu'on s'y adonnât en leurs solennités?

1 Arma Jovis fugiens et regnis exul ademptis. Qui genus indocile et dispersum montibus altis Composuit legesque dédit Latiumque vocari.

Maluit, his quoniam latuisset tutus in oris. (jEneid. 8.)

2 Spectante, et audienle utriusque sexùs frequentissima multitudine (1. '2, de Prœpar.).

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Car comment pouvaient-ils se porter à honorer leurs pères, quand ils adoraient Jupiter, qui avait chassé son père Saturne de son trône et de son royaume? ou à pardonner les injures quand ils adoraient Junon qui avait gardé des siècles entiers une dent de lait contre ceux de Troye pour un petit mépris reçu d'un jeune homme de la ville 4? Pouvaient-ils avoir un plus beau prétexte pour se justifier, et même pour se glorifier ayant commis quelques saletés, que l'excuse que ce jeune homme apporte chez Térence : Quod divos decuit, cur mihï turpe pute m : Pourquoi tiendrais-je à infamie ce que les dieux tiennent à honneur? Saint Cyprien - et saint Grégoire de Nazianze 3, saint Ambroise *, saint Cyrille et saint Athanase, Lactance et saint Augustin en disent tout autant; et ils poursuivent plus au long cet argument contre les payens 5.

Si quelques philosophes et d'autres esprits plus déliés reconnaissaient bien la vérité de ces faux dieux, ils n'eu étaient pas pourtant moins coupables ni plus vertueux : comme saint Augustin reproche àSénèque, au chapitre dixième du sixième livre de la Cité de Dieu, au lieu de détromperies hommes de cette erreur, qu'il reconnaissait être très-impertinente, il les y entretenait par son mauvais exemple. Ce superbe philosophe , en uu livre qu'il avait écrit de la Superstition, qui est cité par Tertullien au chapitre douzième de son Apologie, mais que l'injure du temps nous a fait perdre, après s'être moqué des dieux qu'on adorait au Capitule , et des cérémonies cruelles et déshonnêtes qu'on faisait à leur service, dit que l'homme sage les doit néanmoins pratiquer pour obéir à la loi, non pour être agréable aux dieux : Quœ omnia sapiens servabit tanquam legibus jussa, non tanquam diis grata; et un peu plus bas ayant censuré les mariages incestueux de ces dieux qui étaient mariés à leurs propres sœurs , comme Jupiter à Junon et Mars à Bellone, il dit qu'il les adorait, non par esprit de piété, mais par condescendance à la mode.

En quoi, dit saint Augustin, il se rendait très-coupable, faisant par respect humain ce que la lumière naturelle lui dictait être trèsmauvais : Colebat quod reprehendebat , agebat quod arguebat, quod culpabat adorabat. Aussi saint Paul dit-il (Rom. 1, 26), qu'en punition de cette connivence , Dieu les avait livrés en un sens réprouvé à des passions honteuses et dénaturées; et qu'ils étaient remplis de toute sorte de malice, d'iniquité, d'avarice, d'envie, de tromperie et d'impureté; qu'ils étaient superbes, arrogants et querelleux , médisants et sans amitié, sans fidélité sans pitié et sans modestie. Quoi plus ! les hommes et les femmes étaient adonnés

* Saevae memorem Junonis ob iram, Manet alta mente repostum Judicium Paridis {JEneid. 4).

2 Fiunt miseriset religiosa delicta (Cypr., epist. ad Donatum).

3 Ut peccatum non solum crimine careat , sed etiam praeclarum ac divinum censeatur (Greg. Naz., or. in sancta lumina).

4 Mysterium religionis est incentivum libidinis, qualis est vita sacrificantium ubi colitur deorum stuprum (Ambros., 1. 1 de Virgine).

5 Julius Firmic, lib. de erroribus prophan. relig., c. 13; Arnob., 1. 5; S. Cyrill., 7, in Julianum ; Athau., orat. contra gentes ; Lactantius, I. 4, c. 4 0 ; Aug., 1.2, de Civit.,6, 7, 8.

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à ce détestable crime pour lequel Dieu abîma autrefois Sodome et Gomorrhe, et cela si effrontément et si publiquement, qu'ils disaient que leur Jupiter était aussi esclave de cette passion. Voilà quels ont été nos ancêtres , et voilà ce que nous serions sans le bénétice inestimable de la rédemption. Ya-t-il valet d'écurie , y a-t-il esclave plus honteusement traité que cela?

VI. Or, comme le démon est très-méchant et très-malheureux tout ensemble, il avait engagé les hommes à une servitude nonseulement impie et infâme, mais encore inhumaine et cruelle. Je serais trop long, si je voulais déduire ici toutes les cruautés qu'ils commettaient au service de leurs faux dieux ; on le peut voir chez Tertullien dans son Apologie au Sénat romain, saint Augustin et quelques autres', c'est assez de savoir qu'on leur sacrifiait des hommes innocents, comme Astyanax,le fils aîné d'Hector ; Polixène fille de Priam, dont la mort funeste est décrite par Sénèque en sa Troade (lib. 4, c. 6, lib. 7). Nous apprenons de Paul Orose et d'Hérodote, que les Perses en action de grâces des biens qu'ils pensaient avoir reçus de leurs dieux, avaient accoutumé d'enterrer vifs plusieurs jeunes garçons ou filles : comme fit Amestris, femme de Xercôs, à quatorze jeunes gentilshommes et demoiselles de Perse : et au siècle passé, ceux du Mexique, avant qu'ils eussent reçu la foi chrétienne, égorgeaient tous les ans vingt mille personnes, qu'ils sacrifiaient au démon. Mais qui n'aura horreur de la cruauté et barbarie des sacrifices qu'on offrait à l'idole Moloch , au rapport de l'Ecriture.

Cette idole était une statue de bronze qui avait les mains et les bras excessivement larges; ils y mettaient leurs petits enfants tous vifs, après quoi y mettant le feu par dessous, ils la faisaient rougir, et ainsi ces pauvres petites créatures étaient brûlées cruellement à petit feu ; et afin que leurs pères et mères ne fussent point touchés de compassion entendant les cris de ces enfants, les prêtres battaient des tambours. De là vient que le lieu où se faisait ce sacrifice diabolique était appelé tophet en l'Ecriture (Lévit. 18, 21), du mot hébreu toph, qui signifie tambour. On voit encore, en la ville d'Arles, deux grandes colonnes où il y avait un autel sur lequel on immolait les enfants de la sorte. Et quand saint Trophime, disciple de saint Paul, y vint prêcher l'Evangile, cet autel était si célèbre et si large, que la ville, à ce que l'on dit, en a pris son nom, Arelas , ou Arelate, quasi ara lata.

VII. Et ce qui est plus déplorable, c'est que ces impiétés, ces impuretés et ces cruautés étaient comme en possession, depuis plus de quatre mille ans, de toute l'étendue de la terre, même souvent parmi les Juifs, en la Palestine et aux portes de Jérusalem. Car le lieu où les Juifs brûlaient leurs enfants de la sorte, s'appelait Gehennon, d'où est venu le mot de géhenne, parce que c'était en une vallée des enfants de Ennon, auprès de Jérusalem. Ce qui montre évidemment qu'il était très-difficile, ou pour mieux dire impossible, humainement parlant, d'affranchir les hommes de cette misère.

1 Tertnl., Apologia, cap. 9; Aug., 1. 6 de Civit., C. 16 et l. 7, c. 49, Justin., c. I.Apolog.

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Je traitai hier ce sujet à fond , vous faisant voir que cette œuvre était si difficile, que pas un des anciens philosophes, pas un des patriarches et des prophètes, comme Noé, Jacob, Joseph et Moïse, n'avaient su corriger cette erreur en une seule petite bourgade. Mais je le montre encore plus évidemment. Voyez quelle est la différence du mont Sinaï et du mont de Calvaire. Le Créateur donne la loi à son peuple sur le mont Sinaï; en cette loi, la première chose qu'il lui recommande, ce qu'il lui commande avec plus d'instance, c'est d'éviter l'idolâtrie : Tu n'auras point d'autre Dieu que moi. Pour l'en détourner plus puissamment quand il fait cette défense, la montagne est toute en feu; on entend des tonnerres, des trompettes et des voix si épouvantables, que le peuple tout pâmé de frayeur dit à Moïse : Parlez-nous vous-même , Moïse, et non pas le Seigneur, de peur que nous ne mourions (Exod. 19, 20). Toutefois, nonobstant une défense si expresse, nonobstant tant de menaces, tant de terreurs et de frayeurs, ce peuple adore un veau d'or incontinent après, avant même que Moïse soit ri escendu de la montagne, et de temps en temps, il retombe opiniâtrement en ce péché. Au lieu que Jésus, sur le Calvaire, ne disant mot , étant crucifié , humilié, bafoué et endurant patiemment une mort honteuse et cruelle, extermine l'idolâtrie pour toujours, nonseulement de la Judée et de la Palestine , mais encore de toutes les provinces sujettes à l'empire romain, même les plus éloignées et les plus barbares.

Deuxième point. — Ecoutons donc saint Pierre qui nous dit : Vos autem genus electum, gens sancta, populus acquisitionis, regale sacerdotium, ut virtutes annuntietis , ejus qui vos de tenebris vocavit, in admira-bile lumen suum (1. Petr. 2, 9).

Genus electum! Ame choisie, quel bénéfice, quelle grâce et quelle singulière faveur 1 Supposons que nous soyons assurés que tous les vaisseaux qui sont sortis de La Rochelle depuis quinze ans, pour aller en Canada ou ailleurs, aient fait naufrage en chemin , et que je vous ai empêché tous les ans de vous embarquer dans ces navires; n'est-il pas vrai que vous m'auriez autant d'obligation qu'il y aurait de vaisseaux perdus? Comptez si vous pouvez, combien il y a eu de mères idolâtres, non-seulement depuis quinze ans, mais depuis mille ans, deux mille ans, quatre mille ans et six mille ans; et ainsi vous avez autant d'obligations à Dieu. Votre âme pouvait être infuse et comme embarquée en chacune de ces mères payennes; vous pouviez être le fils de la première femme idolâtre, de la seconde, de la troisième, quatrième. Vous pouviez être un de ces enfants qui ont été immoles au diable et qui ont fait naufrage de leur salut, non dans l'eau de la mer, mais dans le feu ardent du sacrifice qui les a consumés, et Dieu vous en a préservé, quelle obligation! Genus electum, gens sancta, elegit nos; ut essemus sancti (Ephes. 1,4). Il vous a ainsi trié et séparé de tant d'autres , sans doute afin que vous viviez autrement qu'ils n'ont fait. Hél de quoi vous servira de n'avoir pas vécu parmi les payens, ou d'avoir été dans l'Eglise chrétienne? de quoi vous servira d'y avoir reçu les sacrements, entendu la parole de Dieu et eu mille

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voies de vous sanctifier, si vous n'y vivez pas saintement ni conformément à la profession et à la sainteté du christianisme?

Populus acquisitionis , que de travaux Jésus-Christ a subis, que de tourments il a soufferts, que d'humiliations il a portées, que de sang il a répandu ; que de voyages les Apôtres ont-ils faits, que de périls ont-ils encouru, que de martyrs ont enduré la mort pour nous acquérir à Dieu? N'est-ce pas une grande injustice , que vous vous donniez à un autre, ou que vous soyez tout au monde , à la chair, à vous-même et à vos intérêts?

Regale sacerdotium. Les payens, pour apaiser leurs faux dieux, ou pour les remercier, leur offraient des sacrifices inhumains, enterrant tout vifs des hommes innocents. Le vrai Dieu , au lieu de cela, demande que vous lui offriez souvent son Fils unique, homme- Dieu, par un sacrifice non sanglant, et vous aimez mieux perdre le temps à badiner, que de venir à la messe pour lui offrir cet holocauste. Il ne demande pas, comme les faux dieux, que vous sacrifiiez vos enfants, mais que vous les sanctifiiez; ni que vous les brûliez à petit feu , mais que vous allumiez en eux le feu de l'amour de Dieu ; non plus que vous les fassiez mourir, mais que vous fassiez mourir en eux la vanité, l'ambition et l'avarice, que vous leur parliez toujours avec grand mépris des grandeurs du monde et des biens de la terre.

Ut annwitietis virtutes ejus. Nous avons grand sujet de louer Jésus-Christ , de l'honorer, de le bénir, de le glorifier et de le remercier de ce chef-d'œuvre. Le Père éternel disait à Samuel : Je glorifierai celui qui me glorifiera, c'est-à-dire, je le ferai honorer; or, quelle plus grande gloire et quel service plus signalé pourraiton rendre au Père éternel, que celui qu'il a reçu de Jésus-Christ? Il n'était adoré ni reconnu en aucun lieu de la terre, qu'en un petit canton de la Judée, et encore très-mal. Satan, son ennemi mortel, était assis sur son trône, adoré partout au lieu de lui. Le Fils de Dieu a détrôné ce tyran , et il a rétabli le culte du vrai Dieu si heureusement, si efficacement et si universellement, que les Turcs mêmes et les Arabes n'en adorent point d'autre, que les Juifs mêmes ne sont point tombés en l'idolâtrie depuis la venue de Jésus-Christ, encore qu'ils ne passassent jamais cent ans sans y tomber. Ils ne le remercient point d'un si grand bénéfice, et ainsi nous devons l'en remercier pour eux et pour nous. Nous le devons glorifier de tout notre possible , puisqu'il a tant glorifié son Père ; nous devons célébrer ses louanges : Annuntietis virtutes ejus.

Premièrement, sa puissance qui a déniché Satan, ce fort armé de la citadelle de ce monde où il était si bien retranché. Les anciens avaient défendu d'imposer aux esclaves les noms d'Arystogyton et de son compagnon , parce qu'ils avaient délivré leur patrie de l'oppression d'un tyran : permettrez- vous que vos serviteurs, ou d'autres personnes de la lie du peuple renient Notre Seigneur, ou blasphèment la sainte mort qu'il a endurée pour nous affranchir d'une si rude captivité? En second lieu , sa sagesse qui a découvert les ruses dont cet imposteur trompait les hommes par ses oracles ambigus et par ses prédictions mensongères. En troisième lieu , sa bonté qui nous a délivrés d'un si grand mal qu'était l'idolâtrie. Quand

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on vous donne un écu faux, une fausse denrée, de fausses drogues en une médecine, ou bien un faux contrat, vous en êtes fâché, c'est une fourberie qui vous nuit et vous déplaît extrêmement, et si quelqu'un vous en avertit , vous lui en êtes obligé. Dieu est notre trésor, notre bonheur et notre remède; il est notre honneur, notre souverain bien et notre tout: n'est-ce donc pas une effroyable tromperie, le malheur des malheurs, et le plus grand de tous les maux, d'avoir de faux dieux au lieu du vrai Dieu? Combien grande et insolvable est l'obligation que nous avons à Jésus , de nous avoir détrompés de cette erreur.

Qui vos de tenebris , vocavit in admirabile lumen. Sénèque disait que la vertu était plus glorieuce et plus digne de louange en lui, qu'elle n'était en Dieu, parce qu'il était vertueux par nature, et que l'homme ne l'était que par son travail et par la victoire de ses passions. Voilà les ténèbres où était le monde, et voici la lumière que le Fils de Dieu a apportée : Sine me nihil potestis facere. Nonsumus sufficientes cogitare aliquid ex nobis. Nous ne sommes pas capables d'avoir la moindre bonne pensée et toute la suffisance que nous avons de recevoir ses faveurs , d'y consentir, et d'y coopérer ne vient que de lui : Omnis sufficientia ?iostra ex Deo est Deus virtutum cujus est totum quod est optimum. Cicéron dit : Il faut rendre injure pour injure , repousser la violence par la violence et accuser celui qui vous calomnie; voilà les ténèbres et voici la lumière : Diligite inimicos vcstros : vince in bono malum, non reddentes malum pro malo; Aimez vos ennemis, étouffez le mal en faisant du bien, ne rendez jamais le mal pour le mal. Les payens disaient:

0 cives cives quœrenda pecunia primum est ,

Virtus post nummos (Hor., ép. 1.)

Voilà les ténèbres et voici la lumière : Quserite primùmregnum Dei. Pourrons-nous jamais reconnaître un si grand bénéfice? Pourrons-nous jamais dignement remercier notre Sauveur de nous avoir retiré de ces ténèbres, de nous avoir communiqué ces lumières ! Soyez-en béni , ô mon Sauveur ! mon Sauveur, que vous en soyez béni, et béni à jamais! soyez-en béni des anges, des hommes et de toutes les créatures. Aimez Jésus , mes chers Auditeurs , aimez Jésus pour un tel bénéfice : mais je le dis encore , aimez-le de tout votre cœur, et je le dis derechef, et je le voudrais dire sans cesse, car on ne le saurait trop dire : Aimons Jésus de tout notre cœur, louons, bénissons, adorons et glorifions Jésus; rendons-lui des actions de grâces, maintenant et toujours en tous les siècles des siècles. Amen.

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