‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 59 sur 85 · DES PROPRIÉTÉS DE LA FOI · texte numérisé non relu

DES PROPRIÉTÉS DE LA FOI

Ego suin Dorainus Deus luus , non habebis Deos alienos cùram me. Je suis le Seigneur votre Dieu ; vous n'aurez point de dieux étrangers devant moi! (Exod. 20.)

Après avoir considéré la faveur inestimable que le Fils de Dieu a faite au monde, d'en bannir l'idolâtrie et d'y établir la foi et le culte du vrai Dieu , il est nécessaire d'apprendre ce que c'est que la vraie foi , les qualités et les propriétés qu'elle doit avoir. Je ne trouve rien à quoi je la puisse mieux comparer qu'à ce guide miraculeux dont le Créateur se servait pour conduire le peuple d'Israël en la terre promise ; car la foi , pour être vraie , doit avoir trois conditions très-bien exprimées par les qualités et propriétés de ce guide. Premièrement, c'était une colonne, et la foi doit être ferme, assurée et inébranlable. En second lieu, celte colonne était de nuée : In columnâ nubis loquebatur ad eos; et la foi est dans l'obscurité, elle croit ce qu'elle ne voit pas : Argumentum non apparentium. En troisième lieu, cette colonne de nuée se changeait la nuit en feu, et la foi doit être vive et agissante comme la flamme, jointe à la charité et aux bonnes œuvres. Ayant à traiter de la foi contre les inGdèles, je ne saurais m'adressera personne plus utilement qu'à vous, ô sainte et bienheureuse Vierge 1 puisque l'Epouse de votre Fils dit si souvent : Cunctas Jixreses sola interemisti in universo mundo , je ne saurais suivre un meilleur avis que celui de vous dire avec la même Eglise : Da mihi virtutem contra hostes tuos , et, pour cet effet : ùignare me, laudare te. Ave, Maria.

IDEA SERMONIS

I. Punctum. — I. Fides est columna, id est firma quia fundata super Ecclesiam , quse est fîrmamentum veritatin. Quod probatur contra hsereticos. — II. Et débet esse firma in nobis.

II. Punctum. — III. Est columna nubis , argumentuni non apparentium. 1. Scripturâ. — IV. 2. Patribus. — V. 3. Ratione. —VI. 4. Exhortatione.

III. Punctum. — VII. Fides est columna ignis ardens charitate, et bonis operibus. — VIII. 1. Scripturâ. — IX. 2. Patribus. — X. 3. Ratione.

Premier point. — I. La première propriété de 4a foi, c'est qu'elle doit être comme une colonne ferme, stable, immobile et inébranlable; aussi l'apôtre saint Paul la nomme-t-il la substance, uTCoo-Taffiç , la base, le soutien et, si l'on peut dire, l'hypostase de tout ce que nous espérons. Pour être ainsi ferme et assurée , elle doit être bien assise, son soubassement et son fondement doit être bien fixe et arrêté ; et ce fondement n'est autre que l'Eglise , que le même Apôtre écrivant à son disciple Timothée , dit être la colonne de vérité. C'est ici la principale et plus importante question qui a toujours été disputée entre les catholiques et les hérétiques, et qui, étant bien éclaircie , toutes les hérésies s'en vont par terre et se

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fondent comme la neige fait au soleil. Demandez à un hérétique, quelle est la règle de votre foi? quel est le fondement de votre croyance? et sur quoi vous appuyez-vous pour croire ce que vous croyez; il vous répondra, s'il a tant soit peu d'esprit, que c'est la parole de Dieu. Voilà un bon fondement; mais de qui apprenezvous la parole de Dieu? Dieu ne vous parle pas face à face, ni bouche à bouche , comme il a fait à Moïse et aux Apôtres. J'apprends la parole de Dieu de l'Ecriture , dira-t-il; je ne m'en veux pas fier ni à saint Jérôme, ni à saint Chrysostome, ni à saint Ambroise, ni à saint Augustin, ni même à Bèze ou à Calvin : carBèze, Luther et Calvin , saint Jérôme, saint Chrysostome et saint Augustin sont des hommes; et tout homme, pour saint qu'il soit, est toujours homme, c'est-à-dire sujet à caution et au mensonge, qui pourrait tromper, ou être trompé lui-même. Or, je vous veux montrer clair comme le jour, qu'il faut nécessairement nous en rapporter à quelque homme , et que si vous ne vous en fiez aux hommes , non-seulement vous ne croirez rien, mais vous ne saurez pas seulement ce qu'il faut croire.

Vous dites que vous voulez l'Ecriture sainte , voilà qui va bien ; et moi aussi je la veux, et tous les catholiques, et tous les hérétiques qui ont jamais été au monde , ont dit qu'ils la voulaient- Mais quelle est l'Ecriture sainte? et comment savez-vous que la Genèse , l'Exode et le Lévitique, que l'Evangile de saint Matthieu , de saint Marc , de saint Luc et de saint Jean , est l'Ecriture sainte ? Dieu ne s'est pas apparu à vous pour vous dire en particulier : Ce livre imprimé en tel lieu, c'est ma parole ou c'est mon écriture. La Bible même ne dit pas : Je suis l'Ecriture sainte, et quand bien elle le dirait, elle serait suspecte en cela, puisqu'elle porterait témoignage de soi-même, joint que le plus méchant et pernicieux livre du monde pourrait dire : Je suis l'Ecriture sainte, je suis la parole de Dieu! et on ne le croirait pas. Les hérétiques Marcionites rejetaient le Pentateuque, ou les cinq livres de Moïse; les Manichéens rejetaient les Prophètes , les Albigeois les Psaumes et tout le Vieux Testament; les Ebionites ne recevaient qu'un seul des quatre Evangiles , savoir l'Evangile de saint Matthieu ; les Cerdonites ne recevaient qu'une partie de l'Evangile de saint Luc; Luther rejette le livre de Job, l'Ecclésiastique, l'Epître aux Hébreux, celle de saint Jacques et celle de saint Jude , la seconde de saint Pierre, les deux dernières de saint Jean et l'Apocalypse; tous livres que Calvin tient pour l'Ecriture sainte. Bèze ne reçoit pas une partie de l'Evangile de saint Jean, que Calvin reconnaît pour canonique ; enfin il n'y a point de livre en la Bible, qui n'ait été rejeté par quelque hérétique : comment donc leur montrerez-vous qu'un tel livre est Ecriture sainte , vu que l'Ecriture n'en parle pas?

Comment savez-vous, par exemple, que l'Evangile de saint Marc et de saint Luc, qui n'ont été que des disciples, sont de vrais Evangiles, sont de pures paroles de Dieu, et que l'Evangile de saint Barthélemi et dé saint Thomas, qui ont été apôtres, sont de faux Evangiles et des paroles des hommes? Vous me direz : Parce que l'Evangile de saint Marc et de saint Luc ont été véritablement écrits par eux-mêmes , et que les deux autres ne sont ni de saint

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Bartbélemi , ni de saint Thomas, mais des Evangiles supposés. Cela est vrai; mais comment le savez-vous? où trouverez-vous en l'Ecriture qu'un tel Evangile est vrai et légitime, et qu'un autre est supposé et apocryphe? Ne l'apprenez-vous pas de l'Eglise ; car vous n'avez pas les originaux d'un seul livre canonique? comment savezvous donc que les copies sont fidèlement collationnées; ne faut-il pas que vous vous en rapportiez à quelqu'un? De plus , supposons que vous soyez assurés par la Bible ou par révélation divine, quelle est la vraie Ecriture : tout le Vieux Testament a été donné de Dieu en langue hébraïque, ou syriaque, ou chaldaïque ; le Nouveau Testament en hébreu , ou en grec , ou en latin ; la moitié du monde ne saurait lire en aucune de ces langues, ne vous faut-il donc pas fier à quelqu'un qui vous les lise , et, en vous les lisant , ne peut-il pas tromper, ou être trompé lui-même, puisque ce sera un homme? Ne peut-il pas vous donner le change, et mettre un quiproquo? Ceux qui ont tant soit peu d'intelligence en la langue hébraïque, savent quelle grande affinité et ressemblance il y a entre le beth et le caph , entre le guimel et le mm, entre le daleth et le rescht, entre le zain et le nun final, entre le heth ou ket et le tau, entre le samedi et le mem final; et comme il est- aisé d'écrire ou de lire l'une de ces lettres pour l'autre , par un petit trait de plume ou faute d'assez bonne vue. Ils savent encore comme, changeant de place un seul petit point, on change tout à fait le sens de l'écriture : car entre le schin, qu'ils appellent jamin, et celui qu'ils nomment semol, il n'y a différence que d'un petit point, posé sur le pied droit ou le gauche du schin ; et cependant quelle différence en la signification d'un mot écrit par l'une ou l'autre de ces lettres? Par exemple, au psaume cent dix-huitième, où nous avons : Principes persecuti sunt me gratis , au texte hébreu , par la transposition d'un petit point , vous faites scherim ou serim , dont l'un signifie principes , et l'autre signifie cantores. Ainsi vous direz : Les princes m'ont persécuté, ou : les chantres m'ont persécuté; et cela n'est pas seulement en la langue hébraïque, mais en toute autre langue : il ne faut que la transposition d'un mot, d'une virgule ou d'un point, pour faire un sens tout contraire, comme au latin :

Porta patens esto , nulli claudaris honesto.

Si vous mettez la virgule devant ou après nulli; et, en français, il y a grande différence entre je cherche des perles à vendre , et je cherche à vendre des perles; il ne faut que le changement d'un accent pour changer le sens d'une parole. Comme en grec, du temps des Nestoriens, les catholiques disaient que la Vierge est ôsoto'xoç, c'est-à-dire Mère de Dieu; les hérétiques disaient qu'elle n'est que ôeo-coxoç, c'est-à-dire fille de Dieu. En latin il y a grande différence entre leporem et lepôrem ; et, en français, voilà un prêtre bien indigne, voilà un prêtre bien indigné. La plus saine opinion des docteurs hébreux tient pour tout assuré, qu'au temps que le Vieux Testament fut donné de Dieu, les points hébraïques n'étaient pas encore en usage. Or, une écriture hébraïque sans points, c'est comme une écriture latine ou française sans voyelles , en

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laquelle il faudrait deviner, par ce qui est devant ou après, comme on devrait lire. Comme par exemple , en latin, s'il n'y avait que mrm, il faudrait deviner s'il y a marem, c'est-à-dire un mâle; merurn, du vin; mirum, une merveille; moram, un délai; morem, coutume; morum , une mûre; murem, une souris; murum, une muraille. Ainsi en hébreu, sous daleht, bet , resch , si vous mettez deux carnets , vous faites davar, qui signifie la parole; si vous mettez deux segol , vous faites dever, qui signifie la peste; si vous y mettez un cholem, et un segor, vous faites douer, le bercail.

Mais supposons que Dieu ait donné la Bible en français, qu'il ait dit que cette Bible imprimée à Genève , ou à La Roclielle , est son Ecriture : je dis derechef et je le veux montrer, qu'elle seule ne peut pas être la régie de votre foi , et qu'il vous en faut rapporter à quelqu'un :car saint Pierre, en cette même Bible, dit, qu'aux Epitresde saint Paul, et dans les autres Ecritures, il y a des choses difficiles, que les ignorants tirent à leur propre damnation (1. Petr. 3), notez à leur damnation : il y a donc des passages difficiles à entendre qui importent au salut, puisqu'il y va de la damnation, et n'êtes-vous point un des ignorants qui les tirent à leur damnation?

Dans la Bible il y a des paroles ambiguës et à double entente, comme ce mot de lion signifie quelquefois notre Sauveur (Apoc. 5), d'autres fois il signifie le diable (1. Petr. 5), ou bien saint Marc l'Evangéliste (Ezech. 1), ou même l'empereur Néron (2. Tim. 4), ou un homme courageux (Prov. 30), ou un avaricieux (Psal. 9), ou un homme qui a confiance en Dieu (Prov. 28), ou un homme qui est en colère (Prov. 19 et 20). Il y a même des anagrammes et des plus énigmatiques, comme de ceux que les Hébreux appellent het bas, parce qu'ils mettent la première lettre de l'alphabet qui est aleph au lieu de la dernière qui est tau , et le tau au lieu d'aleph , et la seconde qui est beth , au lieu de la pénultième , qui est schin , et le schin au lieu du beth; ainsi consécutivement. Comme en Jérémie (ch. 25 et 26) : ReœSesach bibet post eos. Etauchap. 51, 41 : Quomodo capta est Sesach , c'est-à-dire Babel; car il met le schin au lieu du beth , et caph au lieu de lamed.

En la Bible, il y a des textes qui sont en apparence contraires à la loi de nature, à la raison et à la foi. En saint Luc (14, 26), Jésus- Christ dit : Si quelqu'un vient à moi, et ne hait son père, sa mère, sa femme et ses frères, il ne peut être mon disciple. En l'Ecclésiastique (3), il est dit, que l'homme et la bête ont une même fin , et que la condition de tous deux est égale. En saint Matthieu (24), il est dit, que le Fils de la Vierge ne sait pas le jour du jugement.

En la Bible, il y a des passages qui semblent directement contraires et opposés. En la Genèse (22), Dieu tenta Abraham. En saint Jacques (Jac. 1), Dieu ne tente personne. En la Genèse (32), le saint patriarche dit : J'ai vu le Seigneur face à face. En la première de saint Jean (4), l'apôtre dit : Que jamais personne n'a vu Dieu. En saint Matthieu (10, 10), Jésus-Christ dit à ses disciples : Ne portez rien par les chemins , non pas même un bâton; et en saint Marc (6, 8) il leur dit : Ne portez rien qu'un bâton; aux deux passages il y a le même mot en grec paêSoç, en latin virga et en votre Bible un bâton. Dites, de grâce, mon bon ami, qui vous vantez d'avoir

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le Saint-Esprit, comment entendez-vous ces passages? Accordezmoi ces contrariétés , et si vous ne le pouvez pas sans consulter quelqu'un, qui sera homme aussi bien que vous, avouez ce que je vous montre au doigt, qu'il vous en faut rapporter à l'Eglise pour vous enseigner quelle est la vraie Ecriture sainte, pour vous la lire au langage qu'elle a été donnée de Dieu , pour la traduire en langue connue, pour vous interpréter les lieux difficiles, pour vous déchiffrer les paroles ambiguës et les anagrammes , pour vous expliquer les textes contraires en apparence à la raison et à la foi , pour vous accorder les passages qui semblent se contredire. Il faut, dis-je, vous en rapporter à l'Eglise, qui est appelée , par Zacharie (8, 3) , la cité de vérité; à l'Eglise, laquelle quiconque n'écoute pas doit être tenu comme un payen et publicain, dit Jésus-Christ en saint Matthieu (18, 17), à laquelle le Fils de Dieu a dit : Je vous donnerai l'esprit de vérité pour demeurer avec vous à jamais (Joan. 14, 17) ; à l'Eglise romaine, à laquelle saint Paul a dit (16, 17). Remarquez ceux qui font des schismes, c'est-à-dire qui se séparent de vous; ils ne servent pas à Jésus-Christ, mais à leur ventre; à l'Eglise, qui est , comme dit le même Apôtre (1. Tim. 3, 15), le fondement et la colonne de vérité. Et voilà justement notre colonne avec son appui et sa base , la foi appuyée et affermie sur l'Eglise ; mais comme elle est inébranlable sur un fondement si assuré , ainsi elle doit être bien ferme et immobile en notre cœur, c'est-à-dire que vous devez croire certainement et sans chanceler tous les articles de la foi.

IL Quand on vous dit que Sénèque , que Plutarque ou Arislote ont dit quelque chose, ne croyez pas ce qu'ils ont dit si vous le voulez, peu importe; mais quand on vous cite l'Ecriture sainte, vous devez être plus assuré de ce qu'elle dit , que vous n'êtes assuré de ce que vous voyez devant vos yeux et que vous touchez au doigt. Vous êtes assuré que demain il fera jour à dix heures du matin , qu'au mois de mai il y aura de l'herbe sur la terre , qu'au mois de juin les jours seront plus longs qu'en décembre, vous n'en doutez point, n'est-il pas vrai? Et pourquoi est-ce que ces choses sont assurées ? parce que Dieu l'a ainsi établi et ordonné : Ordinatione tuâ persévérât dies. Fiat lux : producat terra herbam virentem. Or, il a établi et ordonné ce qui est en l'Ecriture sainte avec plus de certitude, de fermeté et d'infaillibilité que le cours des astres et les productions de la terre : car il dit en l'Evangile que le ciel et la terre passeront plutôt qu'il arrive qu'une parole ou qu'une lettre de l'Ecriture manque d'être effectuée : Faciliùs est cœlum et terram transire, quàm unum apicem de lege cadere (Luc. 16, 17). Et par conséquent , puisque l'Ecriture enseigne que tous les luxurieux , les ivrognes, les larrons, les avaricieux et les médisants ne posséderont jamais le royaume de Dieu (1 . Cor. 6) , si vous ne vous amendez de tous ces vices, il est plus assuré que vous serez damné, qu'il n'est assuré que demain il fera jour à dix heures du matin. Je dis, de tous ces vices; car si vous croyez que les luxurieux seront damnés, parce que vous ne l'êtes pas, et que les avaricieux ne le seront pas, parce que vous êtes sujet à ce vice, votre foi n'est pas bien ancrée, elle branle et chancelle en votre cœur : Non

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potest Evangelium ex parte consistere , et ex parte nutare : aut enimutrumque necesse est ut valeat, aut utrumque vim veritatis amitat, dit saint Cyprien.

L'Evangile ne peut être vrai en un point et faux en un autre : si les luxurieux et les ivrognes sont damnés parce que l'Evangile le dit, les avaricieux et les médisants le seront aussi, puisque le même Evangile l'assure. Faute de cette fermeté en la foi , nous ne bâtissons rien dessus ou fort peu de chose. Quand une colonne n'est pas bien assise et affermie de tous côtés, elle branle; quand elle branle, on n'appuie rien dessus. Si les architectes qui ont fait cette église, eussent vu que ce pilier eût penché ou branlé tant soit peu, ils n'y eussent pas appuyé le toit de la voûte. Vous ne bâtissez pas l'édifice de la perfection des bonnes œuvres sur la colonne de votre foi, elle va chancelant et flottant de quelque côté. Tous croyez quelques articles, mais il y en a d'autres que vous ne croyez pas bien fermement. Vous mettez sur mer ou en quelque autre trafic, cent ou deux cents écus, parce que vous en espérez d'en recevoir dix ou douze pour cent de profit, et vous ne donnez point l'aumône , parce que vous n'espérez pas en retirer aucun proGt; vous ne croyez donc pas ce que le Fils de Dieu a dit : Qu'on recevra le centuple de tout ce qu'on aura donné ou quitté pour V amour de lui et de l'Evangile (Marc. 10). Si vous étiez assuré que toutes les fois que vous jurez, vous seriez condamné à une amende; que toutes les fois que vous dites une injure à votre serviteur ou à votre servante , il faudrait tenir le doigt sur le feu cinq ou six moments , vous vous en empêcheriez bien. Vous ne tenez donc pas bien assurées ces paroles de l'Ecriture : Dieu n'aura point pour impuni celui qui aura pris son saint Nom en vain (Exod. 20); ni quiconque dira à son frère chrétien : Vous êtes un fou, sera coupable de feu (Matth. 5) : Probatesi estis in fide.

Deuxième point. — III. La seconde propriété de la foi , c'est qu'elle est une colonne de nuée : In columnâ nubis loquebatur ad, eos , obscure , sombre et ténébreuse; c'est à faire aux philosophes païens, de ne rien croire que ce qu'ils voient; c'est à faire à Arislote ou à Platon de dire, parlant de Moïse : Iste cornutus multa dicit sed nihil probat , c'est à faire aux Pharisiens, aux Capharnaïtes et aux Calvinistes, leurs successeurs , de demander tant de pourquoi, tant de comment : Pourquoi est-ce que vos disciples ne le savent pas comme les autres? Gomment est-ce qu'il nous peut donner sa chair à manger? Mais le vrai fidèle a appris de Jésus- Christ : que bienheureux sont ceux qui n'ont pas vu et qui croient ; de saint Paul, que la foi est la conviction des choses qui ne sont pas évidentes.

IV. Nous apprenons de saint Grégoire que la foi est de croire ce qu'on ne voit pas, que le vrai fidèle dit, avec Tertullien : Quid fidem quœrit , rationem non quaerit : quid Athenis , et Hierosolymis , quid Academiœ et Ecclesiœ? nostra institutio de porticu Salomonis est , qux monet ûeum in simplicitate cordis esse quxrendum? et avec saint Augustin : Si ratio quxritur, non erit mirabile, si exemplum poscitur non erit singulare ; demùs Deum ali-

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quid posse facere , quo fateamur non posse investigare. Quand on traite un article de foi , si vous en apportez la raison évidente, ce ne sera plus foi , mais science; si vous en demandez un exemple, il ne sera plus singulier et admirable. Accordons que Dieu peut faire quelque chose que l'homme ne peut pas comprendre : car autrement, ou il ne serait pas Dieu, ou l'homme serait Dieu : In hujusmodi rébus iota ratio facti , est potentia facientis; il faut encore dire : Tota ratio dicti; est auctoritas dicentis.

V. Et voilà la vraie raison de cette soumission d'esprit que nous devons avoir aux vérités catholiques , d'autant que, plus quelqu'un a d'ascendant et d'autorité sur nous , plus il nous surpasse en pouvoir, en science, en sagesse et en expérience, moins de paroles lui faut-il pour nous persuader ce qu'il dit. En effet, le médecin qui parle à son malade , lui dit seulement : Votre maladie est telle, il faut appliquer tel et tel remède, et le patient le croit; l'artisan qui est passé maître, dit à son apprenti : Il faut faire ainsi cet ouvrage, et non pas comme vous le faites; il faut coudre ainsi cette robe, ou peindre ainsi cette image; et il est cru par l'apprenti sans alléguer pourquoi; mais un médecin parle à un autre médecin, un maître artisan à un autre maître, il faut qu'il dise pourquoi, qu'il appuie sa parole, qu'il en apporte la raison. Quand je veux vous dissuader et détourner d'un vice, parce que je ne suis pas votre supérieur, mais votre serviteur très-humble en Jésus-Christ, il faut que je me mette en peine de prouver mes propositions par l'Ecriture , par les Pères et par les exemples, par raison et par expérience; il faut que je définisse, que je divise et que je raisonne; il faut que je dispute du genre, de l'espèce et des circonstances, du milieu, des extrémités et des inconvénients de ce vice, et mille autres façons de persuader. Mais quand le roi ou la cour de parlement, qui sont nos supérieurs, commandent une vertu, ou défendent un vice, ils le font sans apporter aucune raison, ils disent seulement : Tel est notre plaisir ; c'est que , plus il y a de disproportion entre celui qui parle et celui qui écoute, celui qui parle se doit moins mettre en peine de trouver raison de son dire, et celui qui écoute doit croire plus aisément à sa simple parole. Or, est-il qu'il y a une disproportion et inégalité infinie entre Dieu et l'homme. Dieu est infiniment supérieur à nous en puissance , en sagesse, en autorité et en science; c'est donc assez quand il parle, que pour toute raison, il dise : Hœc dicit Dominas, le Seigneur a dit cela; et il faut croire les yeux bandés, sans réplique et sans répartie, sans demander pourquoi ni comment, ou/sans douter tant soit peu de la vérité de sa parole.

VI. Et quand le diable mettra en votre esprit quelque pensée de curiosité ou de doute contre la foi , ne vous amusez point à disputer avec lui , ni à chercher des raisons pour convaincre votre esprit de quelque vérité chrétienne; mais recourez promptement au Fils de Dieu , en lui disant : Mon Sauveur, je suis un ignorant , mon esprit n'est que ténèbres; vous êtes la vraie lumière, la lumière du monde , le soleil de justice et la sagesse incréée : Emitte lucem tuam ; éclairez mes ténèbres, je me donne à vous pour croire tout ce que vous voulez que je croie, tout ce que vous me

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proposez par l'Eglise votre épouse. Et puis mettez-vous à penser et à faire quelque autre chose ; l'esprit malin et orgueilleux, quand il voit qu'on le méprise tant , qu'on ne daigne pas seulement l'écouter, il se retire tout confus; mais abstenez-vous de converser avec les personnes, et de lire les livres qui vous peuvent jeter en l'esprit des pensées d'incrédulité ou de soupçon contre la foi. Avant que de lire ou acheter un livre , montrez-le à votre curé ou à votre confesseur, pour savoir s'il n'y a point de venin. Platon disait que le corps s'empoisonne par la bouche et l'âme par les oreilles ; il faut encore ajouter : et quelquefois même par les yeux.

Troisième point. — VII. La troisième propriété de la foi , c'est qu'elle doit être une colonne de feu, vive, ardente , enflammée et agissante comme le feu. Les hérétiques de ce temps, pour se donner carrière en toute sorte de plaisirs, sans aucun reproche de conscience, disent que la seule foi nous sauve; que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires à salut; que vous ayez commis tous les adultères, tous les larcins et les homicides imaginables, pourvu que vous croyiez, c'est assez. Les catholiques ne croient pas cela quant à la spéculation, mais plusieurs d'entre eux le suivent par pratique. Mes chers Auditeurs , je suis en cette chaire de la' part de Dieu pour vous enseigner le chemin de votre salut , selon que l'Ecriture nous le montre; ainsi je m'en veux acquitter, Dieu aidant, bienheureux si vous croyez : je vous dis et déclare, que l'Evangile nous apprend que pour être sauvés ce n'est pas assez que d'avoir la foi, d'être en la vraie Eglise et de ne point faire de mal; mais qu'il faut faire le bien, pratiquer de bonnes œuvres, et de bonnes œuvres surnaturelles, conformes à notre foi , qui est surnaturelle.

VIII. Car si vous ri êtes plus vertueux que les payens , quelle récompense aurez-vous , dit notre Sauveur (Matth. 5); si votre juslice et votre vertu ri est plus grande que celle des Scribes et des Pharisiens , vous n'entrerez pas au royaume des deux. Au grec il y a où [r$] £îoféX6Y)Te de, tV (kaiXsiav twv oupavwv, vous n'entrerez point du tout au royaume des cieux. En saint Jacques (2), le cousin de notre Sauveur, en son épître canonique : Si quelqu'un dit qu'il a la foi, et rien fait pas les œuvres, pensez-vous que sa foi le pourra sauver?

Quelles œuvres faites-vous, mon ami , quelles bonnes œuvres , quelles œuvres chrétiennes, quelles œuvres surnaturelles conformes à votre foi , et quelles œuvres plus que les payens ou les Pharisiens? Vous gagnez votre vie , vous travaillez en votre boutique, et vous nourrissez des enfants : les payens le faisaient aussi ; vous ne reniez pas votre Dieu , les payens ne le faisaient pas non plus : je n'ai jamais lu qu'aucun payen ait renié Jupiter. Vous venez quelquefois à l'église, ce pharisien de l'Evangile (Luc. 18, 12) y venait aussi et il y faisait mieux son devoir que vous : il remerciait Dieu des grâces qu'il avait reçues de lui ; et vous, pendant la grand'messe et les vêpres, vous vous tenez à l'église assis sur un banc , aussi muet et inutile que le banc même. Vous respectez votre mère; Plutarque qui était payen, respectait aussi la sienne, et Dieu veuille

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que vous la respectiez autant qu'il le faisait; vous aimez vos bienfaiteurs, je ne dirai pas quel est le payen, mais quel est le tigre et le léopard qui ne le lasse; vous ne commettez point d'adultère ni de larcin, ni ce pharisien non plus : Nonsum sicut cxterihominum raptores, adulteri (Luc. 18, 12). Mon cher Auditeur, croyez-moi, si vous ne faites point d'autres choses , vous courez risque de votre salut: il faut faire des œuvres conformes à votre foi, surnaturelles, héroïques et dignes de la récompense que nous prétendons; il faut gagner votre vie et travailler en la boutique; mais en chrétien, en vrai fidèle , offrir à Dieu tous les matins le travail de votre journée, lui donner souvent votre cœur pendant le jour par oraisons jaculatoires, dresser votre intention et la lui adresser; nourrir et élever vos enfants, non parce qu'ils sont vos enfants, mais parce que ce sont les créatures et les membres du Fils de Dieu.

Jésus ne se contente pas que vous ne juriez point son saint nom, mais il veut que vous ne juriez point du tout : Nolite omninô jurare; il ne se contente pas que vous veniez à l'église, mais que vous y employiez le temps en des exercices de piété chrétienne, en des actes d'adoration, d'actions de grâces, de foi, d'espérance et de charité ; c'est-à-dire que pendant la messe et les vêpres , il vous faut occuper, non à regarder quel état porte un tel et une telle, non à pensera votre ménage, mais à adorer Jésus-Christ au saint sacrement de l'autel, et à le reconnaître pour votre Dieu, votre Créateur, votre Conservateur, votre Rédempteur et votre dernière Fin; à le remercier des bénéfices reçus pendant toute votre vie, les repasser l'un après l'autre , lui demander pardon de vos péchés, sa grâce et son amour, avec la fuite du péché; il ne se contente pas que vous respectiez votre mère comme font les payens , mais encore votre belle-mère, votre bru et votre belle-sœur; il ne se contente pas que vous ne commettiez point d'adultère, mais que vous avisiez avec votre confesseur comment vous mortifierez ces mauvaises pensées qui croupissent en votre cœur, comme vous éteindrez ce brasier de concupiscence qui enûamme votre chair, que vous ne jetiez plus d'œillades impudiques : Qui viderit mulierem ad concupiscendum eam , jàm rnœchatus est (Matth. 5, 28); il ne se contente pas que vous ne tuiez point, mais il veut que vous domptiez votre colère, que vous n'injuriez plus votre femme et que vous ne querelliez plus vos enfants; car il a dit : Quiconque se fâche cou tre son prochain, qui dit une injure à son frère chrétien, il sera coupable de la géhenne du feu ; il ne se contente pas que vous aimiez vos amis, mais il veut que vous a-imiez même vos ennemis, que vous leur fassiez du bien; et quel bien leur ferez-vous, quand vous ne leur voulez pas dire une bonne parole?

IX. Si vous n'aimez que vos amis, que faites-vous plus que les payens, dit notre Sauveur, et quelle récompense aurez vous davantage? Plût à Dieu, mon Seigneur, dit là-dessus saint Chrysostome , plût à Dieu que ce que vous reprenez aux payens comme une imperfection, fût au moins une vertu parmi les chrétiens de ce temps 1 plût à Dieu qu'ils aimassent au moins leurs amis et qu'ils ne leur fussent point traîtres! Mais à présent les chrétiens portent envie à leurs amis, ils leur donnent le croc-en-jambe, ils les sup-

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plantent et les ruinent s'ils peuvent. Plût à Dieu , dit saint Augustin , que les chrétiens ne fussent pas plus farouches , plus cruels , ni plus lions que les lions mêmes : il est vrai que le lion étant carnassier de son naturel, et ne vivant que de proie , est cruel par les champs; mais au moins quand il rentre en sa tanière, où il trouve sa lionne et ses lionceaux, il dépose sa cruauté, il apaise sa colère, il se rend traitable et s'apprivoise : ce n'est plus un lion, c'est un agneau; et ce père de famille qui est homme, et qui par conséquent, devrait avoir l'humanité entée dans son cœur; qui est chrétien, c'est-à-dire, disciple de Jésus, doux et débonnaire, est toujours lion aux champs et à la ville , dedans et dehors, en la rue et en la maison, si bien qu'après avoir couru toute la journée pour faire curée de quelque charogne, après avoir ivrogne et s'être vautré dans l'ordure des impudicités, il rentre en sa maison, où il est plus lion que le lion même : il jure, il se dépite, il bat sa femme, il maudit ses enfants, il injurie ses serviteurs , blasphème son Créateur et met tout en désordre.

X. Si ceux qui ne sont pas plus parfaits que les payens et publicains n'auront point de récompense, quelle récompense doit espérer, mais quel châtiment ne doit pas attendre celui qui est plus cruel que les tigres et que les lions? Que dis-je que les lions, mais que les démons? Vous croyez en Dieu, dit saint Jacques, vous faites bien ; mais si vous ne faites autre chose , vous n'en faites pas plus que les démons, vous faites moins que les démons : car Dœmones credunt et contremiscunt : les démons croient qu'il y a un Dieu et ils le craignent, et ils en tremblent de frayeur. Vous croyez en Dieu, et vous ne le craignez pas ! puisque dans l'église, en sa présence, à sa vue, vous commettez mille irrévérences, mille insolences et mille impertinences ! Vous croyez en Dieu, et vous l'outragez de parole, et vous blasphémez , et vous le reniez, et vous l'offensez si aisément, aussi gaîment et aussi impunément à votre avis, que si c'était un Dieu de paille : Ostende mihi ex operibus fidem tnam : montrez, montrez-moi votre foi par vos œuvres, et tenez pour tout assuré, comme les enfants d'Israël, pour arriver à la terre promise, devaient suivre le guide que Dieu leur avait donné, la colonne de nuée et de feu, qu'ainsi il vous faut suivre la conduite de la foi et le chemin qu'elle vous montre, qui est la fuite du péché , la pratique des bonnes œuvres, l'observation des commandements de Dieu et la fréquentation des sacrements, si vous désirez arriver à la vraie terre de promission, qui est le ciel empyrée. Amen.

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