AVIS AUX JEUNES CURÉS
La plupart des avis que j'ai donnés aux jeunes prédicateurs, vous peuvent servir, c'est pour cela que je les ai mis les premiers. Hoc fuit consilium senum ad Roboam (3. Reg. 17, 7). Il vous importe beaucoup de gagner l'estime et l'affection de vos paroissiens dès le commencement, exerçant envers eux beaucoup de charité , de douceur et de soin de leur bien spirituel et temporel , et vous abstenant de plaider avec eux : Servum Dei non oportet litigare (2. Tim. 2). Nemo militans Deo implicat se sœcularibus negotis (2. Tim. 4). Jàm quidem omninô dilectum est in vobis , quod judicia habetis inter vos; quare non magis injuriant accipitis? quare non magis fraudem patimini (2. Cor. 6). Si pour honorer ces paroles vous perdez quelque peu de bien temporel, ne les reprenant pas en justice, afin d'avoir plus de loisir de travailler au salut des âmes, je crois qu'il n'y a point de scrupule à faire pour vous , principalement si de temps en temps vous faites des protestations pour empêcher la prescription.
Si un pénitent ne voulait pas communier tous les ans à Pâques , vous lui refuseriez l'absolution, parce que le concile de Latran le commande : et comment donc accorde-t-on l'absolution à tant de curés qui n'obéissent pas à ce commandement du concile de Trente, aussi authentique que celui de Latran? et qu'il dit en la sess. 5, c. 2, de Reformât. : Archipresbyteri , plebani, et quicumque parochiales, vel alias curam animarum habentes, Ecclesias quocumgue modo obtinent , per se, vel alios idoneos , si légitime impediti fuerint, diebus saltem Dominicis , et festis solemnibus plèbes sibi commissas, pro sua et earum capacitate pascant salutaribus verbis , dicendo quœ scire omnibus necessarium est ad salutem , an nunc quandôque eis cum brevitate et facultate sermonis, vitia
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qu3e eos declinare, et virtutes quas sectari oporteat , ut pœnam xternam evadere, et cœlestem gloriam consequi valeant.
Tous les théologiens tiennent sans contester que tous les adultes sont obligés, par un commandement de Dieu et de l'Eglise, de savoir distinctement les mystères de la Trinité, de l'Incarnation, Passion, Résurrection et Ascension du Fils de Dieu : le menu peuple ne les peut savoir, si on ne les lui enseigne : vous êtes donc incapable d'absolution et en état de damnation éternelle , si quelqu'un de vos paroissiens l'ignore par votre faute; Emmanuel Sa dit là-dessus, vœ pastoribus , vx prelatis (In Aphor. verbo fides) , malheur aux pasteurs.
Pour obliger le peuple à les apprendre , il les faudrait dire souvent et bien distinctement au prône , puis refuser de recevoir à être parrain ou marraine ceux qui ne les sauront pas, et à publier leurs bans de mariage.
Si vous avez grand zèle pour le salut des âmes, vous ne devez recevoir, ni permettre à vos vicaires de recevoir de l'argent pour l'administration des sacrements de Pénitence, Eucharistie , et Extrême-Onction ; car si vous en recevez : 1° vous n'aurez pas tant de liberté d'exhorter vos gens à la fréquentation des sacrements , craignant qu'ils ne pensent que vous le faites pour vos intérêts; 2° vos vicaires n'entendront pas si bien les confessions, parce qu'ils se hâteront pour gagner davantage; 3° plusieurs pauvres ou avaricieux ne se confesseront pas si souvent, parce qu'ils n'auront pas d'argent ou qu'ils n'en voudront pas donner; 4° ce qui est très-considérable, plusieurs différeront de faire donner les sacrements à leurs malades pour épargner cinq sous qu'il leur faudrait donner, et seront cause qu'ils mourront sans sacrements, ou qu'ils les recevront trop tard , n'ayant plus l'esprit assez vigoureux , et quand cela n'arriverait qu'une fois en cent ans , le salut d'une âme est préférable au gain que vous pourriez faire toute votre vie ; et encore que vous ne demandiez point d'argent, si néanmoins vous recevez celui qu'on vous donne, les mêmes inconvénients en arriveront : car un homme vous en ayant donné, un autre qui ne veut être estimé moins riche, ni moins reconnaissant que son voisin, pensera être obligé d'en faire autant.
L'expérience m'a fait voir combien sage et salutaire est le conseil que Monseigneur de Limoges a donné à tous les curés, de baptiser sous condition tous les enfants qui ont été baptisés par des femmes en la maison ; parce qu'encore qu'elles sachent bien la matière et la forme du sacrement, elles sont alors pour l'ordinaire si surprises , qu'elles ne savent quasi ce qu'elles font , et plusieurs sont si mal avisées, qu'encore qu'elles y aient fait quelque faute, elles ont honte de la confesser quand le curé les en interroge; saint Thomas donne ce même avis, de rebaptiser ces enfants, c'est en l'Opuscule 5, parag. 1 .
Nous avons trouvé qu'en Languedoc, en Guyenne, Limousin et Provence, plusieurs femmes, en baptisant les enfants, disent : Aiguo te baptiso , c'est-à-dire l'eau te baptise ; parce qu'entendant que le prêtre dit: Ego te baptiso, elles s'imaginent que, ego, en latin, signifie aiguo , en langue vulgaire : il est donc très-important de
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leur faire connaître, non-seulement aux catéchismes, mais aux sermons, les termes dont il se faut servir, selon le pays , pour dire et signifier : Je te baptise.
Plusieurs docteurs' tiennent probablement qu'on peut absoudre sous condition un catholique moribond , qui n'a pas eu le loisir de demander un prêtre, et qui ne peut donner un signe de repentance, et que c'est le plus sûr : il semble que saint Augustin le conseille, tom. 6, lib. I , de adulterinis conjugiis , cap. 26, 27 , 28.
S'il y a deux messes en votre paroisse , il est très-important de prêcher souvent en la première, ou au moins d'y faire lire haut et clair un quart-d'heure durant quelque livre instructif, comme le Pédagogue chrétien, ou le Mémorial de Grenade, et y dire les mystères de la foi, autrement les valets et servantes, et autres qui ne se trouveront qu'à cette messe , n'apprendront jamais ce qui est nécessaire à leur salut.
Un bon curé visite souvent ses malades , même après leur avoir donné tous les sacrements , parce qu'ils peuvent chaque jour commettre quelque péché mortel , et avoir besoin d'absolution : car la parfaite contrition est très-difficile et très-rare , et comme le démon n'oublie pas de tenter les chrétiens à l'heure de la mort , le pasteur doit aussi être très-vigilant pour les défendre et secourir.
Les curés qui négligent de donner TExtrême-Onction aux malades, les privent de plusieurs grâces, et même de la santé du corps, que ce sacrement donne quand elle est utile au salut de Pâme.
Puisque saint Grégoire, grand docteur, grand pape, grand saint, dit qu'un enfant âgé d'environ cinq ans fut damné (4. Dialog., cap. 18) : il me semble qu'il faudrait faire confesser et absoudre sacramentellement les enfants qui sont malades au-dessus de six ou sept ans , et même leur donner l'Eucharistie , sijudicium suppléât setatem,et s'ils ont assez d'esprit pour savoir ce qui est au Saint-Sacrement, et les autres mystères de la foi.
L'expérience montre , que lorsqu'une femme enceinte meurt , son enfant ne meurt pas toujours en même temps, mais qu'il vit quelquefois un quart d'heure, ou une demi-heure après; il est donc à propos d'exhorter à faire tirer le fruit , pour lui donner le saint Baptême.
En la vie du curé de Mattaincourt, en Lorraine, très-célèbre pour sa piété , et pour avoir commencé la réforme des Chanoines Réguliers de saint Augustin , il est dit , qu'après avoir fait apprendre parfaitement les mystères de la foi à tous ses paroissiens , il écrivait en de petits billets en combien de manières le peuple pouvait offenser Dieu, en chaque vice; en d'autres, il écrivait les motifs qui nous en doivent détourner, et des résolutious de plutôt mourir que de les commettre; en d'autres, des pratiques de piété; en d'autres, des affections d'amour envers Dieu sur ses perfections , ou sur les mystères du Sauveur; et qu'il donnait des billets aux enfants, pour les apprendre par cœur, et les réciter au catéchisme ; et qu'ainsi
* Referuntur à Diana •■ , part. 3, tractât. 3, résolut. 8, ubi ait, Clem. VIII. id fecisse , et àConink. tom. I. de Sacrum, disp. 5, dubio 2.
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ceux de la famille , les entendant répéter aux enfants en la maison , en étaient instruits et touchés.
Je trouve excellente la charité d'un bon prêtre , qui, tous les jours de l'année, s'exposait en l'église une heure durant à tous les enfants qui venaient, quand il n'y en eût eu que deux ou trois, et leur apprenait le Pater, Ave, Credo, Confiteor , en langue vulgaire, les mystères de la foi , les prières du matin et du soir, et pour devant et après la communion , et qui peuplait ainsi peu à peu les familles de gens qui savaient toutes ces choses.
Tant de prêtres dans les paroisses, qui, après avoir dit la sainte messe et l'office , perdent le temps inutilement, ne pourront-ils pas faire le même ? Ne craignent-ils pas que cette parole ne s'exécute sur eux? Servum inutilem projicite in tenebras eœteriores ; ibi erit fletus etstridor dentium (Matth. 25.) Si non pavisti , occidisti, dit saint Ambroise. Si les âmes se perdent par faute d'instruction , n'en demandera-t-on pas compte à ceux qui les pouvaient instruire , et qui ne l'ont pas fait?
Si vous avez du zèle pour le salut de vos paroissiens, vous leur donnerez de temps en temps des confesseurs extraordinaires, comme le concile de Trente commande qu'on en donne aux religieuses; car on sait par expérience, qu'un très-grand nombre de paroissiens ayant commis quelque péché honteux , ne le confessent jamais aux prêtres de leur paroisse, parce qu'il leur semble qu'ils les regarderaient toujours avec cette réflexion.
Si vous avez du crédit au collège de la ville , procurez que les prix qu'on donne quelquefois aux écoliers soient des livres de dévotion, comme les livres du bienheureux François de Sales, les œuvres de Grenade, ou de Saint- Jure , les Méditations de Dupont , ie Pédagogue chrétien, ainsi peu à peu les maisons de votre paroisse se meubleront de bons livres.
La trop grande facilité de donner l'absolution aux pécheurs qui retombent toujours aux mêmes péchés sans aucun amendement, les entretient en leurs mauvaises coutumes : quand on diffère de les absoudre jusques à ce qu'on voie quelque amendement en eux, et qu'ils aient pratiqué des remèdes préservatifs, que vous leur prescrivez, cela les touche et les corrige : expérimentez-le et vous le trouverez véritable , et encore que quelques-uns se rebutent, et menacent de ne retourner pas, soyez ferme en votre devoir : pour un ou deux qui s'en offenseront , il y en aura dix qui vous en sauront bon gré; le Sauveur ne vous a pas dit seulement : Quorum remiseritis peccata ; il a ajouté : Quorum retinueritis ; il faut donc quelquefois les retenir , mais que ce soit toujours avec grande douceur et compassion, remontrant au pénitent que c'est pour son bien, et pour l'acquit de votre devoir que vous le faites.
L'expérience vous fera voir que la douceur , la patience, la débonnaireté , gagnent les cœurs et les âmes à Dieu et à leur pasteur, l'aigreur et la rudesse les rebutent , les effarent et les indisposent. Mites possidebunt terram (Matth. 5). Docebit mites vias suas (Psal. 24). Humilium et mansuetorum tibi semper placuit deprecatio (Judith. 9). Discite à me, quia mitissum (Matth. 11).
Un bon curé, s'il lui est possible , a un registre de toutes les fa-
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milles de sa paroisse, et les visite au moins une fois l'année accompagné de son vicaire , ou de quelque autre pour apprendre les nécessités spirituelles et temporelles de chacun , et voir s'il n'y a point de personnes scandaleuses, des romans, ou autres mauvais livres, des tableaux qui aient des nudités ; si on y prie Dieu le soir et le matin tous ensemble ; s'il y a quelque croix, de l'eau bénite, et des livres spirituels.
Si vous voulez apprendre comme vous devez vous comporter en votre maison et en votre paroisse , lisez et pratiquez les beaux règlements que Monseigneur Godeau , évêque de Grasse, en a donnés aux prêtres de son diocèse et les Méditations de Beuvelet.
Je supplie très-humblement , et de toute mon affection les lecteurs de demander souvent à Dieu miséricorde pour le plus grand de tous les pécheurs qui donne ces avis, qui a un grand regret de ne les avoir pas bien pratiqués, et qui soumet ce livre, sa personne, ses pensées, ses sentiments et toutes ses œuvres passées, présentes et à venir, au jugement et à la censure de notre Mère la sainte Eglise Catholique et Romaine , hors de laquelle il n'y a point de salut, et de laquelle il désire avoir la bénédiction , de vivre et mourir comme un de ses plus humbles et plus fidèles membres, très-obéissant, très-respectueux, quoique très-indigne enfant.