‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 62 sur 85 · SERMON XLVI · texte numérisé non relu

SERMON XLVI

DE L'HONNEUR QUE LA VERTU DE RELIGION NOUS OBLIGE DE RENDRE AUX ÉGLISES.

Ego suin Dominus Deus tuus , non habebis Deos alienos coràm me. Je suis le Seigneur votre Dieu : vous n'aurez point de dieux étrangers devant moi. (Exod. 20.)

La vertu de religion, qui nous est recommandée en quatrième lieu par le premier commandement , nous oblige à honorer de tout noire cœur, la très-haute et très-adorable majesté de Dieu , non-seulement en elle-même, mais en tout ce qui a quelque rapport ou quelque relation à elle. L'occasion se présentera en diverses rencontres de vous parler du respect que nous devons rendre aux saints et à leurs reliques, aux prêtres, aux religieux et aux autres créatures qui sont dédiées au service de Dieu ; aujourd'hui je me contenterai de vous faire voir l'honneur que nous devons aux églises , honneur qui est si négligé en ce siècle funeste et déplorable, que la maison de Dieu paraît comme une halle, un marché public ou une autre place encore plus profane.

Le plus auguste temple qui ait jamais été consacré à Jésus, c'est votre cœur virginal et votre corps immaculé , ô sainte et bienheureuse Vierge!

Domus pudici pectoris , Templum repente fit Dei.

Le Père éternel Ta édifié par sa puissance infinie, le Fils en a projeté le dessein par sa sagesse incompréhensible, et le Saint-Esprit l'a sanctifié et béni par sa bonté ineffable; il y a mis le Saint- Sacrement, je veux dire le corps précieux et adorable du Fils de Dieu au mystère de l'Incarnation, comme votre ange vous prédit, quand il vous salua par ces paroles : Ave, Maria.

I. Pukctum. I. Considerantur impensœ factœ in templo Salomonis. — II. Inde exci

taraur ad ornanda nostra tenipla. — III. Prsecipuè in pagis.

II. Punctum. — IV. Quomodô profanantur. 1. Generaliter. — V. 2. Specialiter, per superbiam. —VI. Per scandalum. — VII. Perluxuriam. — VIII. Perinvidiam. —IX. Per avaritiam. — X. Per idololatriam. — XI. Per iramodestiam. —XII. Per sacrilegia.

III. Pukctum. — XIII. Haec profanatio dissuadetur rationibus. 1. Ex parte Christi. — XIV. 2. Ex parte nostrî. —XV. 3. Reipublicse.

Premier point. — I. Ce que l'Ecriture sainte et les auteurs trèsauthentiques racontent du temple de Salomon , du grand nombre d'ouvriers qui y travaillèrent, des grands frais qui y furent faits, des vaisseaux et des ustensiles qui y furent employés pour le service de Dieu, serait une chose incroyable si la foi n'y était engagée. Au 3* livre des Rois (6 et 7) , et au 2* des Paralipomènes ou des Chroniques (cap. 2. et seq.), il est dit qu'on employa trente mille

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bûcherons à couper le bois pour la charpenterie et la menuiserie, septante mille manœuvres pour porter les matériaux , quatre-vingt mille maçons à tailler les pierres , trois mille trois cents maîtres architectes* qui avaient la surintendance des ouvrages : tous ces ouvriers y travaillèrent l'espace de sept ans. Les matériaux mômes des fondements étaient de pierres de taille de si grand prix ou valeur, que le texte sacré les appelle pierres précieuses: Lapides pretiosos in fundamentum templi(Z. Reg. 5, 16); chacune de ces pierres avait vingt coudées de longueur, dix de largeur, cinq d'épaisseur, si artistement jointes l'une à l'autre qu'à peine pouvait-on en apercevoir les jointures; il semblait qu'elles étaient jetées en fonte; le pavé était de marbre blanc; les murailles étaient couvertes au dedans d'une riche menuiserie de bois de cèdre, bois incorruptible : cette menuiserie était toute revêtue de lames d'or et du plus fin : Omnia tabulis cedrinis vestiebantur, nec omninà lapis apparere poterat in pariete (3 Reg. 6, 18); tout autour des murs il y avait des palmes et des chérubins si ingénieusement travaillés : Auri probatissimi laminis (2. Paralip. ^. 8, 10). Nihil erat in templo qaod auro fegeretur (3. Reg. 6, 22) ; qu'on pouvait dire :

Materiam superabat opus. (Ovid., Met. 2, \ .)

La façon valait mieux que l'étoffe ; la pastille qui se brûlait devant le tabernacle était composée de poudres aromatiques des plus chères, avec des défenses expresses de se servir de semblables parfums en quelque autre lieu que ce fût. Quand le prêtre ou le lévite entrait là dedans pour moucher les lampes, il portait en sa main un plat d'or massif plein d'eau claire pour y éteindre les mouchures, afin qu'il n'y eût pas en ce lieu saint la moindre mauvaise odeur. Mais qui pourrait supputer le grand nombre ou la valeur des vases et des ustensiles qui y étaient employés. Voici ce qu'en dit Josèphe, auteur grave et célèbre parmi les Hébreux (Hb. 1 . Anliquit. Jud., cap. 2. num.) :

Il y avait vingt mille encensoirs d'or, et quarante mille d'argent; vingt mille assarons ou hins d'or (qui étaient certaines mesures) et quarante mille d'argent; quarante mille instruments de musique, faits d'un certain métal qui était moitié or et moitié argent; cinquante mille réchauds d'or en forme d'encensoirs, pour porter le feu d'un autel à l'autre, et cent mille d'argent; soixante mille tasses d'or pour détremper la fleur de farine et six-vingt mille tasses d'argent; quatre-vingt mille calices ou coupes d'or, et cent soixante mille d'argent; quatre-vingt mille plats d'pr pour y offrir la farine, et cent soixante mille d'argent; cent mille fioles d'or et deux cent mille d'argent; mille chappes ou dalmaliques, pour les sacrificateurs, toutes chargées de diamants et d'autres pierres précieuses; dix mille aubes de toile fine et dix mille ceintures de pourpre, pour les sacrificaleurs; deux cent mille autres aubes de toile fine pour les lévites. On pourrait douter de ce qu'en assure cet auteur, s'il le disait sans caution; mais l'Ecriture sainte (1. Paralip. 22, 14) l'autorise, disant que David laissa à son fils Salomon, pour la fabrique du temple, cent mille talents d'or, et le talent, chez les Hébreux, valait trois mille sicles d'or, et chaque sicle valait quatre écus d'or, selon les interprètes. Il lui laissa encore un

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million de talent? d'argent qui valaient autant que les cent mille talents d'or, ce qui , étant bien compté , on trouvera qu'il laissa en or et en argent, la valeur de deux mille cinq cent cinquante millions d'or. Quant au fer, au cuivre et aux autres métaux, on ne les pouvait ni compter ni peser; et après tant d'or et d'argent, tant de cuivre et de fer, après tant de marbre, tant de cèdre et de matériaux, après tant de richesses et de trésors, David s'écrie : Tout ce que j'ai préparé pour la maison de Dieu n'est que pauvreté et que bassesse en comparaison de ce qu'il mérite : Ecce ego in pau- "pertate meâ praeparavi impensas dornûs Domini (1 . Paralip. 22, 14). Après tant de frais, tant de travaux, tant d'ouvriers, tant d'art et de magnificence , Salomon s'écrie : Est-il bien possible que Dieu daigne habiter en une maison si indigne de luil Je suis honteux de la voir si chétive. Hélas! ce n'est qu'une petite chaumine (3. Reg. 8, 27 et 2. Paralip. 6, 18). 0 grands rois! que vous étiez sages, que vous étiez éclairés de Dieu, que vous connaissiez bien la grandeur immense et infinie de sa majesté! et que, quand toutes les richesses du monde seraient fondues et anéanties pour son service , ce ne serait rien à comparaison de ce que nous lui devons !

Or, ce premier temple ayant été brûlé par les Chaldéens, et les Israélites ayant été emmenés captifs en Babylone par le roi Nabuchodonosor, quand ils furent affranchis de cette captivité, retournés en la Palestine, parla clémence et la miséricorde du roi Cyrus, ils se contentaient d'offrir à Dieu des sacrifices sur un autel dressé au milieu de la place; là-dessus, Dieu suscite un jeune homme de leur nation, nommé Aggée; il le remplit de son Saint-Esprit, il lui donne le don de prophétie, il lui met les paroles à la bouche, il l'envoie à ses compatriotes pour réveiller leur dévotion et les solliciter à réédifier le temple. Ce prophète s'adresse aux deux supérieurs du peuple : au supérieur temporel et au spirituel ; à Zorobabel qui gouvernait l'état, et au grand-prêtre qui gouvernait la religion, nommé Josué ou Jésus : Factum est verbum Domini in manu Âggxi prophetse, ad Zorobabel filium Salathiel ducem Juda, et ad Jesum filium Josedech, sacerdotem magnum (Agg. 1). Il s'adresse premièrement à eux, parce qu'aux desseins qui se font pour l'amour de Dieu , les supérieurs doivent être les premiers, et donner bon exemple aux autres : Przvenêrunt principes. Car, quand ils veulent tout de bon, et qu'ils embrassent avec zèle quelque bonne entreprise, le peuple s'y porte plus volontiers. Il parle donc à Zorobabel avant que < e s'adresser au pontife, afin que les princes séculiers, les gouverneurs des provinces, et les magistrats des villes ne puissent pas dire : Nous avons charge du temporel, et non du spirituel ; nous gouvernons l'état , ce n'est qu'aux ecclésiastiques d'avoir soin de la religion et du service de Dieu. Nous jugeons que c'est une chose convenable et bienséante à notre dignité, d'avertir nos sujets de leur devoir au service de Dieu , et leur apprendre comme ils se doivent rendre agréables à sa majesté divine, disent les empereurs Théodose et Valentinien en leurs Constitutions'.

1 Decere arbritamur imperium nostrum subditos nostros de religione commonefacere , et eos ad placendum Deo instiluere (1 . decere. cod. de summâ Trinitate et Ecclesiâ Catholicâ\

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Vous remarquerez, en passant, que la providence de Dieu procure que ce prince s'appelle Zorobabel, comme qui dirait Zarababel : Dispergens Babylonem^ par allusion à ces ambitieux qui, voulant élever la tour de Babel, pour se donner de la réputation, furent frappés de confusion et dispersés par tout le monde. Par où on voit que ceux qui veulent élever leur maison, pour se rendre célèbres dans le siècle, sont chargés de confusion , et que ceux , au contraire, qui travaillent pour la maison de Dieu, reçoivent bénédiction et réussissent. Le grand-prêtre, qui contribue à ce bon dessein , s'appelle Josué ou Jésus, c'est-à-dire Sauveur, parce qu'il n'est rien qui soit plus utile au salut des âmes que d'avoir soin de l'honneur et de l'ornement des églises. En Isaïe, chap. 66, certains Israélites qui étaient fort vicieux , projetant d'édifier un temple , Dieu les rebute et rejette leur dessein avec horreur, leur disant : Quelle est celte maison que vous voulez me bâtir? Qux est ista domus quam sedificabitis nomini meo? hxc elegerunt in abominationibus suis (Isaï. 66). J'ai bien affaire de vos édifices matériels , quand vous édifiez mal tous vos voisins par les abominations de votre vie scandaleuse? Au contraire, Zorobabel et Josué étant fort dévots et vertueux, Dieu les sollicite de lui dresser un temple. C'est un mauvais augure pour vous , c'est signe que vous n'êtes pas en bon prédicament devant Dieu quand vous négligez sa maison aux villages où vous avez du bien, que vous la laissez mal couverte, mal pavée ou pleine de poussière et d'araignées ; c'est une marque que vous êtes aux bonnes grâces de Dieu , et qu'il vous veut faire du bien quand il vous donne un grand zèle pour la décoration et l'embellissement de son temple.

II. Or, la principale raison que le prophète allègue à Zorobabel et à Josué, pour les exciter à exécuter avec affection ce que Dieu demandait d'eux, c'est que ce second temple qu'ils dresseront sera plus glorieux que le premier édifié par Salomon : Magna erit gloria domûs istius novissimœ plus quàm primse (Agg. 2, 10). Comment est-ce que cette parole a été vérifiée, vu que comme il est dit au premier livre d'Esdras, quand ce second temple fut édifié, les vieillards qui avaient vu le premier pleuraient, gémissaient et disaient en soupirant : Hé ! quelle différence, quel déchet, quelle disproportion? Que cette maison est bien éloignée de la grandeur, de la splendeur et des richesses que nous avons vues en la première? Le Prophète répond à cette question au même chapitre, disant au verset huitième : Que la. gloire de ce second temple consisterait en ce que le Messie l'honorerait de sa présence : Adhùc unum modicum est et veniet desideratus cunctis gentibus , et implebo domum istam gloriâ, dicit Dominus eœercituum (Agg., 2, 8). Ce qui est un argument très-puissant contre les Juifs, qui disent que le Messie n'est pas encore venu ; pour dire cela en passant : argument auquel ils ne sauraient répondre avec tout leur rabbinage.

Aggée et Malachie, qu'ils reconnaissent et reçoivent pour grands et véritables prophètes, prédisent que le Messie viendrait en ce temple bâti par Zorobabel. Or, ce temple est maintenant tout à fait ruiné, il n'y reste pas seulement pierre sur pierre; donc le Messie est déjà venu, et il entra autrefois dans ce temple, au-

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trement les prophéties qui l'ont prédit seraient fausses. Le marbre, le jaspe, le porphyre, l'or, l'argent, les pierreries, le bois de cèdre, les vaisseaux précieux, l'industrie des ouvriers, la hauteur, la longueur et la largeur admirable du temple de Salomon, lui donnaient beaucoup de splendeur : mais cette gloire n'était rien en comparaison de celle qu'a eue le temple de Zorobabel quand il a été honoré de la présence du Messie; quand Jésus-Christ y a été présenté en la Purification, quand il y a disputé avec les docteurs, quand il y a prêché au peuple , quand il y a fait des miracles , quand il y a adoré et prié Dieu son Père : et, je l'oserai dire, puisqu'il est véritable, que le plus chétif de nos temples, la plus petite de nos églises de village, est sans comparaison plus glorieuse, plus digne d'honneur et de respect que n'a été le temple de Salomon ni celui de Zorobabel.

La majesté de Dieu n'habitait dans le temple de Salomon qu'en ombre et en figure, et elle habite dans les nôtres réellement et véritablement, personnellement et corporellement. Jésus-Christ n'a été présenté à Dieu qu'une seule fois en la Purification dans le temple de Zorobabel, et il est tous les jours offert dans les nôtres par un très-auguste, divin, adorable et redoutable sacrifice. Quand il fut offert dans ce temple ancien, il était dans une chair mortelle, en la ressemblance du péché, assujetti à toutes les bassesses de notre nature; quand il est offert dans nos églises, il est en une chair immortelle, en la gloire de son Père, revêtu et orné de toutes les grandeurs et excellences de la divinité : Tune ex farte homo , nunc per omnia Deus , dit saint Ambroise; il n'a été dans le temple de Zorobabel , que quelquefois en passant, pendant le cours de trente- trois années, et il est dans les nôtres assidûment et continuellement, jour et nuit, non pendant l'espace de trente-trois, quarante, cinquante ou cent ans seulement, mais jusques à la consommation des siècles. Et c'est proprement de nos églises que le Père éternel peut dire : Erunt oculi mei, et cor meum ibi in sempiternum. C'est ici où est incessamment le Fils de sadilection, l'objet de ses plus tendres amours et le sujet de sa complaisance : Hic est Filius ejus dilectus , in quo sibi benè complacuit. De sorte que si un prophète a été envoyé tout exprès, et s'il a employé toute son éloquence pour persuader au peuple de bâtir le second temple , parce que le Messie y devait entrer quelquefois; si Salomon a fait tant de frais, s'il a mis en besogne tant d'ouvriers, s'il a dépensé avec profusion tant de trésors à bâtir le premier temple, parce que la majesté de Dieu y devait habiter en figure et ombre, quel prédicateur, quelle éloquence, quel prophète ne faudrait-il pas pour recommander au peuple chrétien l'honneur et le respect envers nos églises? quels frais ne faudrait-il pas faire, quel soin ne faudrait-il pas prendre pour les orner et embellir?

S'il n'y avait qu'une seule église en la chrétienté, je voudrais qu'elle fût pavée, non pas de marbre ni de porphyre, mais de rubis, de diamants, d'émeraudes et d'autres pierreries plus éclatantes s'il se pouvait; je souhaiterais que les murailles ne fussent pas seulement toutes dorées, mais qu'elles fussent d'or massif et du plus fin; mais parce que le grand nombre d'églises qui sont

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en la chrétienté , ne permet pas une si grande magnificence en chacune, je voudrais au moins qu'on fût curieux de les tenir toutes dans une bienséance, netteté et honnêteté passable.

III. Messieurs, mesdames, vous faites quelquefois de grandes libéralités à certaines églises de la ville, vous faites bien, je vous en loue; mais que vous ont fait les paroisses des villages où vous avez du bien, pour n'y pas donner une pauvre nappe d'autel : Oportuit hœc facere , et Ma non omittere? Le Fils de Dieu habile aussi réellement et est aussi adorable dans les églises des petits lieux, que dans les temples superbes et magnifiques des plus grandes villes.

Si le roi était servi en vaisselle d'or dans Paris, et hors de Paris en vaisselle de bois , l'inégalité serait assurément trop grande. Cependant dans les villes il y a des chandeliers d'argent sur l'autel , pour y mettre des cierges, et dans les villages le corps adorable de Jésus-Christ est dans un ciboire de cuivre, son sang précieux dans un calice d'étain, plus noir que la tasse d'un valet. En la ville, on a des chasubles, des aubes et des surplis de trente, quarante, cinquante écus, et au village il n'y a quelquefois qu'une chasuble toute déchirée , une aube qui fait pitié à voir. Il y a plus de mérite de donner aux paroisses de village , parce qu'il y a moins d'amour-propre, moins de recherche de vous-même, moins de danger de vanité. Vous donnez à l'église de ce monastère; pourquoi? peut-être parce que vous y avez votre fille, vous y avez votre confesseur, ou afin qu'on dise : C'est une telle qui a donné ce beau parement. La splendeur et la magnificence d'une église et de ses ornements sert à jeter dans l'esprit du peuple une bonne estime de la grandeur de Dieu, un grand respect envers les choses saintes. Or, les villageois qui ont l'esprit grossier, et qui se conduisent par les sens, ont plus besoin de cette pompe et splendeur extérieure, pour concevoir un grand sentiment de Dieu, que ceux de la ville qui ont l'esprit plus délié et qui sont mieux instruits.

Deuxième point. — IV. Mais à quoi sert de faire tant de frais , pour édifier des églises? à quoi sert d'avoir tant de soin de les enrichir et de les embellir, si Dieu n'y est glorifié. Or, il n'y est pas glorifié, mais déshonoré et offensé, si ce reproche se peut vérifier en nous : Domus mea domus orationis vocabitur, vos autemfecistis eam , speluncam latronum.

Domus mea. L'Eglise est la maison de Dieu ; c'est donc en abuser que d'y faire des actions qui ne tendent pas au service de Dieu ; c'est en abuser que d'y dormir, d'y deviser, s'y promener, d'y être sans prier Dieu ou sans y entendre sa parole ; c'est en abuser que d'y passer portant du blé, des fruits ou quelque autre fardeau : Jésus-Christ empêchait telles irrévérences dans le temple de Salomon qui n'était pas si digne que les nôtres : Et non sinebat ut quisquam transferret vas per templum (Marc. 11, 4b).

Domus orationis vocabitur. L'Eglise est la maison d'oraison ; c'est donc la profaner que d'y faire des actions, d'y apporter ou amener quelque chose qui puisse empêcher l'oraison et troubler la dévotion des fidèles qui y sont; y parler haut comme on ferait

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en un marché, y faire du bruit, y regarder de tous côtés, amener des chiens ou y apporter des enfants. Jésus-Christ ne se fâche pas seulement contre ceux qui vendaient au temple par avarice, mais aussi contre ceux qui y achetaient par esprit de religion, pour offrir des sacrifices, parce que le bruit de ce traflc causait des distractions à ceux qui y étaient en oraison.

L'Eglise est une maison de Dieu , une maison d'oraison ; c'est donc un crime détestable que d'en faire une caverne de larrons : Vos autem fecistis eam speluncam latronum. Il dit une caverne, parce que l'avarice de ces vendeurs-était occulte et palliée; il faut dire maintenant, vous en avez fait un théâtre de larrons; car on la profane et déshonore, on y dérobe l'honneur qu'on doit à Dieu, on y commet le péché ouvertement, effrontément et à la vue de tout le monde.

V. Théâtre d'orgueilleux. Dieu disait par le prophète Isaïe : Je ne veux point transférer ma gloire à un autre ; et le superbe lui dit : Je vous la déroberai : Gloriam mearn alterinon dabo sedego eripiam, ait superbus (Isai. 42, 8), comme s'en plaint le dévot saint Bernard : Dieu est jaloux de sa gloire , il ne la veut pas communiquer à sa créature, mais vous tâchez de la lui enlever par la vanité de vos ajustements. Jésus s'est mis en l'Eucharistie sous l'apparence d'un morceau de pain , afin que nous nous approchions de lui avec plus de confiance; s'il se présentait à nous en forme naturelle et ordinaire, avec l'éclat et la splendeur de sa gloire, il nous éblouirait et nous ferait pâmer de frayeur ; nous n'oserions pas l'aborder ni même l'envisager : il se déguise, et se met sous les faibles apparences du pain, afin que nous ayons la hardiesse de nous approcher de lui, le regarder et courtiser; et une petite coquette lui dispute cet honneur : elle dit aux assistants, non pas de bouche, mais de cœur et d'affection : Ne vous arrêtez pas à regarder le Saint-Sacrement; il a trop peu d'apparence, il ne semble qu'un morceau de pain : tournez vos yeux vers moi, vous y aurez plus de satisfaction ; vous vous divertirez à la vue de mon visage fardé, de mes cheveux frisés et annelés et du reste de mes ornements fort ajustés.

VI. De là vient qu'elles offensent Dieu et lui dérobent son honneur par scandale. Dieu s'en plaint par Jérémie : Ils ont mis d^s pierres d'achoppement en la maison où mon saint nom est invoqué, et ils l'ont souillée : Posuerunt offendicula sua in domo in quâ invocation estnomen meum , ut polluèrent eam (Jerem. 7, 30). Si quelqu'un dressait un piège , ou une chausse-trappe dans la forêt de Fontainebleau, pour y prendre des sangliers, des cerfs et d'autres bêtes fauves qui appartiennent au roi , et que Sa Majesté veut lui être réservées ; étant découvert et convaincu , il serait grièvement puni ; mais si un autre dressait un piège dans son palais royal, dans le Louvre, sur le chemin oùles gens du roi doivent nécessairement passer pour rendre service à sa Majesté , il ne serait pas condamné aux galères, ni à une douce mort, il serait brisé sur la roue. Ainsi, quand une fille est au bal , à la danse ou à la comédie , si elle est parée mondainement , si elle est une amorce de concupiscence, elle est très-coupable devant Dieu; mais elle ne prend que des bêtes fauves : ce lieu-là est une forêt, il n'y hante que des sangliers,

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des cerfs et des âmes brutales : les serviteurs de Dieu n'y vont point ; mais si elle vient à l'église ainsi parée, si elle s'approche de l'autel, si elle entre au chœur des religieux ou des prêtres, même pendant l'office , elle dresse un piège aux serviteurs de Dieu , elle est un objet de mauvaises pensées, en un lieu que les gens de bien ne peuvent éviter : elle donne la mort en la maison de vie , dit saint Augustin (Aug., serm. 246, de Tempore); elle est cause que la maison de Dieu devient un lieu infâme , une tanière d'impudiques.

VII. Peut-être qu'il a ici des gens qui ont commis plus de six fornications ou plus de six adultères depuis que je suis monté en chaire; s'ils ont regardé six fois une fille ou une femme d'un œil de concupiscence, s'ils l'ont convoitée volontairement, ils ont commis six adultères ou six fornications : Qui viderit mulierem ad concupiscendum eam, jàm mœchatus est eam in corde suo (Matth. 5, 28). Ne sequantur cogitationes suas et oculos per res varias fornicantes (Num. 15, 39). Que sais-je? si l'on n'y vend point les colombes, si on n'y vient point tout exprès pour surprendre des filles, pour prendre le mot, ou pour donner l'assignation. Quelle exécrable impudence, que de faire en la maison de Dieu , ce qu'un petit artisan n'endurerait pas en la sienne ! Si vous suiviez une fille débauchée au logis du moindre bourgeois de la ville , il vous chasserait à coups de bâton ! et vous la poursuivez jusque dans la maison de Dieu ? Comment est-ce que les carreaux ne tombent point sur nos têtes criminelles , dit saint Chrysostome ? ne faut-il pas avouer que la patience de Dieu est bien grande.

VIII. Et puis que de jugements téméraires, que d'envies, que de jalousies, que de murmures de cette fille contre sa compagnie '- C'est une glorieuse , dit-elle , elle a pris un tel habit pour aller de pair avec moi ; elle porte plus d'état qu'il ne lui appartient , où prend-elle de quoi l'entretenir, il faut bien qu'elle dérobe ou qu'elle fasse quelque autre chose?

IX. Fecistis eam speluncam latronum , par l'avarice des prêtres indôvots, qui ne disent jamais la sainte messe si on ne leur donne quelque ch se, qui n'assistent point à l'office s'ils ne savent qu'il y ait à gagner, qui n'entendent les confessions que par des motifs d'intérêt temporel. Qu'appelez-vous simonie mentale, si celle-là n'en est une? N'est-ce pas vendre la colombe , les grâces et les dons du Saint-Esprit? n'est-ce pas dire comme ce perfide : Quid vultis mihi dare et ego eum vobis tradam?

X. Speluncam latronum, par l'idolâtrie des femmes qui y apportent leurs enfants. Vous idolâtrez votre enfant , vous en faites votre petit dieu , vous n'avez point de pensée , d'affection, ni d'occupation que pour lui : comme vous en faites votre idole, vous voulez qu'il le soit aussi des autres ; vous l'apportez à l'église curieusement ajusté , afin qu'il soit regardé , admiré et qu'on s'arrête à penser à lui , au lieu de penser à Dieu : de cent soixantehuit heures qui sont en la semaine, vous n'en donnez à Dieu peutêtre qu'une à entendre la sainte messe le dimanche , et au lieu d'y appliquer tout de bon votre cœur, vous vous amusez à une petite créature folâtre ; si vous aimiez Dieu comme vous le devez, n'ayant point de servante pour le garder, vous le donneriez en garde à

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