‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 65 sur 85 · DE L'OBSERVATION DU DIMANCHE · texte numérisé non relu

DE L'OBSERVATION DU DIMANCHE

Mémento ut diern Sabbati sanctifiées.

Souvenez-vous de sanctifier le jour du Sabbat. (Exod. 20, 8.)

La très-haute , très-excellente et inûnie majesté de Dieu est si digne d'honneur et de service, qu'elle mériterait d'être adorée, aimée, louée et glorifiée de toutes. les créatures, sans fin et sans interruption; mais parce que les diverses occupations de cette misérable vie ne nous permettent pas d'être ainsi continuellement et actuellement appliqués à des actions spirituelles , Dieu a destiné au moins un jour en chaque semaine, le jour du saint dimanche, qu'il veut lui être consacré et entièrement employé à son service. Pour traiter méthodiquement ce sujet, je m'attache aux paroles de mon texte : Mémento ut diem Sabbati sanctifiées; et sur chacune de ces paroles , j'établis un point de mon discours : Souvenez-vous, voilà le premier point : du jour du repos; voilà le second ; pour le sanctifier, voilà le troisième. Vous nous avez donné en ceci un rare exemple de piété et d'obéissance à la loi, ô sainte et bienheureuse Vierge 1 le sacré historien de votre vie nous apprend que vous aviez coutume , tous les ans, d'entreprendre un long voyage pour solenniser la fête en la ville de Jérusalem et dans la maison de Dieu : Asccndentibus Mis Hierosolymam , secundùm consuetudinem; comme vous y allâtes pour honorer le Père éternel, votre Fils vous y voulut honorer : car ce fut là qu'il témoigna publiquement qu'il vous était sujet, et qu'il se rendait complaisant à toutes les inclinations de votre volonté ; faites qu'il vous honore encore maintenant, en nous accordant les grâces que nous lui demandons par votre entremise : Ave , Maria.

IDEA SERMONIS

Exobdium. — Tribus punctis pensantur haec tria verba : Mémento, ut diem Sabbati sanctifiées.

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I. Punctum. — I. Memoria est res valdè mirabilis quo ad multa. — II. Valdè commoda. — III. Et vitae civili necessaria. — IV. Ergo cultui divino mancipari débet.

II Punctum. — V. Dies septima nempô dominica, impendi débet, in rememorandis Dei bénéficias. 1» Creationis. — VI. 2° Redemptionis. Cujus mysteria sunt addiscenda. — VII. Meditanda. — VIII. Honoranda. — IX. 3» Et sanctificationis.

III. Punctum. — X. Dies dominica sanctificanda. 1. Faciendo bonum. — XI. 2. Abstinendo ab operibus servilibus et malis.

Conclusio, — Argumenta conglobata per paraphrasim verborum Psalmi : Convertere nnima mea in requiem tttam,

Exorde. — Celui qui voudra peser avec réflexion et attentivement les propriétés et mérites de chaque chose, avouera sans difficulté , qu'entre tous les dons de nature que nous avons reçus du ciel, le plus admirable, les plus commode et le plus nécessaire à la vie civile, c'est la mémoire tant intellectuelle que sensitive. La merveille de cette faculté consiste en plusieurs points.

Premier point. — I. Premièrement , en ce qu'elle réserve les espèces ou images parfaites d'une infinité de choses que nous avons vues ou entendues ou reçues par les autres sens. Quoique vous fermiez les yeux, vous savez bien comme le soleil est fait, comme la lune et les étoiles sont faites, et la grande différence qui est entre ces astres, vous en avez donc les images en votre mémoire. Dites-en de même du feu, de l'eau, de la terre, de l'or, de l'argent, de l'étain , du cuivre et des autres métaux ; d'un denier, d'un sou, d'un écu et des autres monnaies ; d'une laitue , des choux , de la chicorée, des autres herbes; d'une rose, d'un œillet, d'une tulipe et des autres fleurs; d'une figue, d'une pomme, d'une prune, d'une cerise, d'un raisin et des autres fruits; d'un noyer, d'un orme, d'un olivier, d'un chêne et des autres arbres; d'une mouche, d'un hanneton , d'une chenille, d'un serpent et autres infectes; d'une carpe, d'un brochet, d'une truite, d'une sole et autres poissons; d'une poule, d'une perdrix, d'un moineau, d'une caille, d'une hirondelle, d'une alouetle et des autres oiseaux ; d'un cheval, d'un mouton, d'un chien, d'un sanglier et des autres animaux. Vous avez en votre mémoire les images au moins d'un individu de ces espèces et d'une infinité d'autres que je ne puis pas nommer. Vous avez les images, non d'un homme, où d'une femme, ou de deux, ou de trois seulement, mais d'un très-grand nombre, que vous avez vus en divers lieux; les images très-naïves de plusieurs maisons, de plusieurs salles, chambres, cabinets, jardins, galeries, églises, champs, prairies, villes et villages où vous avez été; vous avez les espèces de plusieurs meubles que vous avez vus ou maniés, d'une chaise, d'un banc, d'une table, d'un plat, d'une assiette, d'une robe, d'un chapeau et d'un rabat. Que vous ayez les images de toutes ces choses, il paraît en ce que vous savez comme elles sont faites, et que vous les pouvez dépeindre et décrire en compagnie, au lieu que vous ne sauriez dire comme est fait un phénix, un crocodile, une salamandre et d'autres créatures que vous n'avez jamais vues.

Ce magasin de la mémoire ne contient pas seulement les images de toutes les choses , mais encore les noms qui leur sont imposés, qui est une merveille différente de la première : car, un sourd et I. s r. — 32

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muet de naissance, a bien en son esprit les images d'un chien, d'un cheval et d'autres choses qu'il a vues, mais il n'en sait pas les noms. Au lieu que vous avez en votre mémoire les noms de toutes ces créatures, et mille autres paroles françaises ou latines, sans la connaissance desquelles vous ne pourriez pas vous faire entendre. Il y a plusieurs personnes qui savent très-parfaitement quatre ou cinq langues : la langue grecque, la latine, la française, l'italienne et l'espagnole; chacune de ces langues a pour le moins trois mille paroles, il y a donc en sa mémoire plus de douze ou quinze mille paroles, et toules ces paroles affectées et diversifiées de leur genre, de leur figure, de leur déclinaison, de leur cas, de leur nombre singulier ou pluriel et autres formalités en grammaire. Il y- en a qui savent la rhétorique , la philosophie, la théologie, les mathématiques, la médecine, l'un et l'autre droit, qui ont en la mémoire tous les secrets, toutes les règles, tous les principes et les maximes de toutes ces scinces. Saint Antonin, archevêque de Florence, étant encore jeune, pour être reçu en l'Ordre de Saint-Dominique, apprit par cœur tout le droit canon, qui est contenu en trois gros volumes : le hécret , les Décrétales et le Sexte.

On admire les peintres et les sculpteurs, qui peuvent réduire au petit pied, peindre ou graver en petit, des personnes de belle taille ou des villes ou des provinces; comme l'anneau du roi Pyrrhus, où étaient gravées les neuf muses et Apollon au milieu d'elles. Mais ces peintures ne représentent jamais les personnes selon toute leur grandeur, ni les villes selon toute leur étendue.

Au lieu que les personnes que vous connaissez, toutes les chambres, les maisons, les églises, les villes et les villages que vous avez .-ouvent vus, sont peints en votre mémoire selon toute leur figure , leur étendue, leur longueur, leur largeur, leur hauteur et leurs autres dimensions; car vous vous souvenez fort bien que l'église de Notre-Dame de Paris est plus spacieuse que celle de votre paroisse, et que votre ville est plus petite que Marseille; que votre oncle est plus grand que votre cousin : ce qui est au delà de toute adminlion.

Ces images de tant de personnes, de tant de meubles, de tant de paroles, de tant de villes et de tant de villages, images qui représentent chaque chose selon toutes ses dimensions : images qui sont corporelles, puisqu'elles sont en la mémoire sensitive , elles sont toutes contenues en une fort petite partie de la tête : car la mémoire est en la tête ; ce qui paraît en ce que si on coupe les pieds et les mains, la mémoire n'en est point lésée, au lieu que si on nous blesse en certain endroit de la tête , la mémoire se perd ou se diminue.

Ces peintres et ces sculpteurs dont nous avons parlé peuvent bien représenter les couleurs et les figures, non pas les autres qualités des créatures qu'ils représentent. Allez un peu dire à un peintre qu'il peigne ma voix en son tableau , qu'il peigne la douceur du miel, la chaleur du feu, la suavité du baume; au lieu que l'esprit est un si bon peintre, qu'il sait imprimer en la mémoire, non-seulement les couleurs et les objets qu'on appelle en philosophie sensibles communs , mais encore les voix, les odeurs,

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les saveurs, le tempérament, la situation, la durée et plusieurs autres qualités et circonstances de mille créatures. Car, si au milieu des ténèbres vous reconnaissez votre père à sa voix, un œillet, ou une rose à son odeur, le soufre à sa puanteur, le miel à sa douceur, l'absynthe à son amertume , le feu à sa chaleur et l'eau à sa moiteur, c'est que vous vous souvenez d'avoir autrefois senti toutes ces qualités.

II. Ce qui est encore de merveilleux et de très-commode en ceci, c'est que de toutes ces choses qui sont en la mémoire , plusieurs y sont très-bien rangées et disposées en même ordre qu'elles sont en elles-mêmes, ou comme elles sont couchées dans un livre. Car vous récitez par cœur, le Pater, ÏAve, le Credo , les sept Psaumes, l'Office de Notre-Dame et quantité d'autres prières tout de même qu'elles sont dans vos Heures. Vous dites par cœur, deux , trois ou quatre livres de l'Enéide, c'est-à-dire huit ou neuf cents vers; vous comptez par ordre les villes, et peut-être même les villages qui sont de Lyon à Paris, Rouanne, Moulins, la Charité, Nevers et Montargis; vous voyez ces villes, ou ces vers aussi distinctement en votre esprit, que vous les avez vus sur les lieux ou dans le livre.

Il y a d'autres espèces qui sont pêle-mêle en la mémoire, comme les idées et les noms des personnes que vous connaissez, et de mille choses que vous avez vues : comme d'un chapeau, d'un gant, d'un soulier, d'une pomme, d'une poire; mais la mémoire est si adroite, si souple et si obéissante, qu'au moindre commandement delà volonté , entre ce nombre infini d'images et de paroles qui sont enfermées dans son sein , elle choisit celles que vous désirez, elle vous les suggère et fournit promptement, pendant que toutes les autres demeurent en silence et comme en retraite : car sitôt que vous voulez, elle vous représente la personne et le nom de votre parent qui est à Paris, de votre ami qui est à Lyon ; elle vous fournit les premiers vers de l'Enéide : Arma virumque cano : Conticuêre omnes : at regina gravi ; ou les premiers mois des Psaumes, non pas les autres : Beatus vir. Quarè fremuêrunt gentes. Domine quid multiplicati. Cùm invocarem.

III. Et cette faculté de l'âme est si nécessaire à notre vie, que sans elle il n'y aurait point d'art, point de science, point de justice, point d'écriture, point de commerce parmi les hommes. Comment est-ce qu'un apprenti pourrait retenir son métier, et un écolier acquérir quelque science, s'ils oubliaient sur-le-champ' tout ce que le maître leur enseigne? Comment pourrait-on administrer la juslice sans la déposition des témoins? comment les témoins déposeraient-ils ce qu'ils ont vu ou entendu, s'ils ne s'en souvenaient pas? comment formeriez-vous des lettres sur le papier, si vous n'en aviez les caractères en l'âme? comment prononceriez-vous des paroles si vous ne les aviez en l'esprit? comment reconnailriez-vous votre père, votre mère, votre femme, vos enfants et vos amis, si vous n'en aviez les idées imprimées en votre mémoire?

Bref, si nous n'avions point d'entendement , nous serions semblables aux bêtes; mais si nous n'avions point de mémoire, nous serions pires que les bêtes : car un chien reconnaît son maître , la

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maison , les domestiques et même les traces de son maître ; au lieu que si vous n'aviez point de mémoire, vous ne reconnaîtriez pas votre maître, votre serviteur, votre mari, votre femme, vos enfants ni votre maison.

Quelles adorations donc, quel hommage, quel amour, quelle tendresse, quelle reconnaissance et quelles actions de grâces ne devons-nous pas à la Majesté divine qui nous a honorés d'une faculté si admirable, si utile et si nécessaire! Ne devons-nous pas avoir grand soin de la référer tout entière à son service! N'avonsnous pas grand sujet de dire souvent à notre mémoire : Nolo oblivisci omnes retributiones ejus ! S'il nous fallait souvenir de Dieu toutes les fois qu'il nous fait du bien , il faudrait nous en souvenir autant de fois que nous respirons, dit saint Grégoire de Nazianze , puisque la respiration est un des biens que sa bonté nous fait. Mais parce que la fragilité de notre nature, et que les diverses affaires de cette vie ne le permettent pas, il a déterminé un jour en chaque semaine qu'il veut être tout employé à nous souvenir de lui, et de ses bienfaits.

Deuxième point. — V. Ce jour, c'est le jour du repos, diem Sabbaii. Parmi les Juifs, c'était le samedi; parmi les chrétiens, par l'institution du Fils de Dieu et par l'instruction des Apôtres, c'est le dimanche, parce qu'en ce jour, les principales œuvres attribuées à la très-sainte Trinité ont été faites : la création appropriée au Père, la rédemption au Fils, la sanctification au Saint- Esprit; ce fut le dimanche que Dieu commença de créer le monde, ce fut le dimanche que le Sauveur vint au monde et qu'il fut enfanté d'une Vierge, ce fut le dimanche que le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres pour sanctiûer le monde : ces trois œuvres incomparables doivent être l'objet de nos entretiens, de notre piété et de notre méditation les jours de dimanche.

Premièrement, la création. Il n'y a rien de plus juste, déplus raisonnable, ni de plus digne, je ne dirai pas d'un chrétien , mais d'un homme , que de considérer les œuvres de Dieu en détail, en particulier, l'une après l'autre, les contempler, en admirer l'excellence , l'en remercier, l'en bénir et l'en louer.

Si vous-aviez composé un livre semé de figures de rhétorique et de belles pointes d'esprit, ne seriez-vous pas fâché si pas un de vos amis ne se souciait de le lire , ni d'en remarquer les beaux traits. Si vous aviez fait un tableau , un vaisseau d'or bien ciselé , un palais ou quelque autre rare et excellent chef-d'œuvre avec une merveilleuse industrie, ne vous serait-ce pas un crève-cœur incroyable si personne ne daignait le regarder, ni admirer l'artilice ? Ce monde est un livre admirable , comme disait saint Antoine, que Dieu a exposé aux yeux de tous les hommes, pour y voir, dans la beauté et la diversité des créatures , la puissance, la sagesse , la bonté et les autres perfections du Créateur, et nous dédaignons de le lire ! Ce monde est l'ouvrage de Dieu, formé avec tant d'esprit, de sagesse et d'industrie, que les moindres créatures sont capables d'être l'objet de l'admiration des anges, et nous ne daignons pas seulement les contempler, en admirer les beautés , en bénir et glorifier l'ouvrier! David ne faisait pas comme nous, il

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avait sur les bras la conduite d'un grand royaume, et toutefois il s'occupait très-souvent à la méditation des œuvres de Dieu, comme il le raconte souvent en ses psaumes : Meditabor in omnibus operibus tuis*. Notez : In omnibus, en tous, non en général seulement et en gros, mais encore en particulier et en détail : Qui operit cœlum nubibus, et parât terras pluviam : Quidat nivem sicul lanam : Educit ventos de thesauris suis , qui producit in montibus fœnum; et ce avec beaucoup de raison ; car si un grand seigneur vous invite à un festin , vous ne vous contentez pas de lui rendre grâces au commencement et à la fin du repas, mais encore à chaque morceau qu'il vous sert, vous lui dites : Je vous remercie. A plus forte raison, Dieu mérite-t-il d'être reconnu et remercié en détail et en particulier pour chaque créature qu'il a destinée à notre service et à notre entretien : ce que vous connaîtrez clairement par cette induction.

Moïse dit qu'au commencement Dieu ne créa que le ciel et la terre , le ciel sans lumière , la terre toute nue, déserte et en friche. Supposons que Dieu vous eût créé sur la terre ainsi nu, qu'il vous eût créé , dis-je, avec l'usage de raison, mais sans bras ni jambes; il le pouvait aisément faire, il n'en a point donné aux vers et il ne vous est pas plus obligé qu'à eux , et que vous voyant en ténèbres il vous eût dit : Je veux allumer un flambeau pour vous éclairer, et qu'il eût placé le soleil au milieu du firmament, combien eussiez-vous admiré cet astre et celui qui l'aurait fait? Supposons derechef que le Créateur, voyant que ce globe de feu vous serait importun et vous brûlerait de ses ardeurs, s'il demeurait continuellement sur votre tête, l'eût fait coucher et cacher sous la terre; mais pour ne vous pas laisser en ténèbres , il eût attaché au ciel la lune et les étoiles, dont la lumière est plus tempérée, comment eussiez-vous été ravi de voir tant de si beaux flambeaux? Le soleil de plus s'étant levé le jour suivant, si Dieu eût commandé à la terre de pouser un émail de fleurs, et une verdure agréable, vous vous fussiez écrié : Mon Dieu, que tout cela est beau! ô la belle tapisserie! Si après il eût produit des arbres chargés de cerises belles et vermeilles, vous eussiez eu envie de vous en approcher pour les contempler de près , mais vous n'eussiez pu n'ayant ni pieds ni jambes; s'il vous en eût donné lui-même, comment l'eussiez-vous remercié? Si, étant encore auprès de cet arbre, et les cerises excitant votre appétit, vous n'eussiez pu y atteindre n'ayant point de bras , s'il vous en eût donné et des mains au bout, et que sans vous faire mal, il eût divisé vos mains en plusieurs doigts, afin que vous eussiez pu cueillir ces cerises. Ces premiers fruits étant passés , s'il eût produit des prunes , des abricots , des poires , des pommes, des figues, des raisins, des grenades et mille autres sortes de fruits de divers goûts, doux, aigres et musqués, pour

* Memor fui operum Domini , quia memor ero ab initio mirabilium tuorum et meditabor in omnibus operibus tuis et in adinventionibus tuis exercebor (Psal. 76, 12). Meditatus sum in omnibus operibus tuis, et in factis manuum tuarum meditabar (Psal. 14, 2, 5).

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l'hiver, pour l'été, pour la santé, pour la maladie; si mille viandes délicates et savoureuses; si des roses, des œillets, des lys, du myrte, du romarin, des bois aromatiques et des parfums pour récréer votre odorat; si des linotes, des alouettes et des rossignols pour vous réjouir par leur chant ; des chiens, pour garder vos maisons et pour vous donner du plaisir à la chasse ; des chevaux pour vous porter partout.

Si Dieu avait produit toutes ces créatures et mille autres semblables en votre présence, l'une après l'autre , comment eussiezvous admiré la bonté, la douceur, la suavité, la tendresse et la libéralité de sa providence ; n'eussiez-vous pas dit comme Phérécide, que Dieu, en créant le monde s'était tout transformé en amour, ou comme David : Quàm magnificata , sunt opéra tua Domine, omnia in sapientià fecisti. Quelle tendresse et quel amour, quelle affection et quel respect n'eussiez-vous pas eu pour un tel bienfaiteur? quelles actions de grâces ne lui eussiez-vous point rendues de chaque créature en particulier? Vous ne lui en êtes pas moins obligé, mais beaucoup plus encore, car il vous a traité noblement et en grand seigneur. Quand on prie à dîner un villageois ou un bourgeois, on ne se met pas en peine de mettre la nappe ni d'assaisonner les viandes qu'après qu'il est venu en la maison : mais quand c'est un gentilhomme ou un prince , on accommode la chambre , on couvre la table , on apprête tout avant qu'il entre , si Dieu vous eût créé le premier, et qu'il eût produit les créatures en votre présence, il vous eût traité en villageois, mais il vous a voulu traiter dignement et en prince, il a orné le logis , il a couvert la table , il a préparé le festin , il a assaisonné les viandes , avant que de vous faire entrer en la maison de ce monde; vous devez donc, au jour de dimanche, employer du temps à considérer ses œuvres, y admirer la sagesse et la bonté du Créateur, l'en remercier de chacune distinctement et en particulier, comme s'il les eût créées l'une après l'autre pour vous seul et en votre présence.

YI. Mais il y a bien d'autres mystères qui doivent être l'objet de notre piété et l'occupation de notre cœur les jours de dimanche; ce sont les mystères de notre rédemption que nous devons apprendre , méditer et honorer en ces jours-là.

Premièrement les apprendre; car n'est-ce pas une grande honte, et une négligence qui mériterait d'être pleurée avec des larmes de sang, que de voirai vous demandez à une grande partie des chrétiens : Qu'est-ce que la Pentecôte? Qu'est-ce que le jour de Pâques, ou que l'Annonciation? ils n'en savent rien du tout. Ecoutez ce qu'en dit le maître de la théologie, saint Thomas, dont la doctrine est approuvée de toute 1 Eglise. Après la publication de la loi de grâce, dit-il , tous , tant grands que petits, sont obligés d'avoir la foi distincte et explicite des mystères de Jésus-Christ , et principalement de ceux qu'on solennise publiquement en l'Eglise, comme sont les articles de l'incarnation de Jésus-Christ, sa conception au sein d'une Vierge par l'œuvre de Saint-Esprit, sa naissance, sa sainte passion, sa mort, sa sépulture, sa résurrection, son ascension, son avènement au dernier jugement. Et derechef, tous sont obligés

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de croire explicitement le mystère de la sainte Trinité , parce que saDs cela on ne peut pas bien savoir le mystère de l'incarnation •. Saint Bonaventure en dit antant2, et après lui tous ceux de son école.

VII. Il faut donc être curieux de les apprendre , et de les enseigner à vos gens : il les faut même ruminer, il les faut méditer, il les faut contempler, les développer par le moyen de la considération , en éplucher les causes, les effets, les circonstances, ou avoir des livres qui en traitent. N'est-ce pas un aveuglement et un dérèglement effroyable , que de voir des familles aisées, où rien ne manque pour l'ameublement, et l'accommodement de la maison, où cependant il n'y a pas un seul livre spirituel pour le salut de l'âme? Oui, bien des romans, des comédies et des livres d'amourettes, le vrai poison de vos enfants-, desquels tant qu'il y en a dans vos maisons, que vous lisez, êtes-vous capables d'absolution? Il faut avoir les OEuvres spirituelles de Grenade, les Méditations de Dupont, la Vie des saints de Ribadeneira, qui expliquent fort bien les mystères ; les lire ou les faire lire par quelqu'un de vos gens , les honorer distinctement l'un après l'autre.

VIII. On célèbre le dimanche , parce qu'en ce jour Dieu commença de créer le monde. Les prémices du Sauveur en l'œuvre de la rédemption , sont pour le moins aussi dignes d'honneur et de reconnaissance, que les prémices du Créateur en la production du monde3. Ainsi une âme chrétienne peut employer utilement le temps de la messe et des vêpres à honorer les prémices et les premières actions de Jésus, lui disant : Mon Sauveur, j'adore le premier moment de votre vie divinement humaine , le premier battement de votre cœur, la première élévation de voire esprit à votre Père, la première effusion de votre amour envers Dieu , envers la sainte Vierge, ou envers nous, et le traité que vous fîtes en ce premier moment avec Dieu votre Père pour la rédemption des hommes ; je me donne à ce traité, je vous prie que j'y sois compris, je l'accepte pour ma justice originelle : In quâ voluntate sanctipZcati stimus. J'adore la première communication de grâce que vous avez faite hors de votre Mère, qui fut en l'âme de saint Jean-Baptiste;

1 Post tempus gratiae revelatœ , tàm majores quàm minores tenentur habere fidem explicitam de mysteriis Christi praecipuè quantum ad ea quae ^ommuniter in Ecclesia solemnisantur, et publiée propugnantur : sicul sunt articuli incarnationis, de quibus supra dictum est (q. 1, art £). Nempè conceptionem Christi de Spiritu Sancto, ejus nativitatem ex Virgine, ejus passionem, mortem, sepulturam , resurrectionem, ascensionem, ejus advenlum ad judicium (D. Thom., 2, 2. q. 2, art. 7, in corp.).

- Post tempus gratiae divulgatse , tenentur omnes ad explicité credendum mysterium Trinitatis , quia mvsterium incarnationis explicité credi non potest , sine fide Trinitatis (D. fhom., 2. 2. q. 4, art. 8. in corpore). Non sufficit modo alicui, qui habet usum rationis in generali credere : Redemptorem, et remuneratorem : adeb enim notitia quorumdam articulorum manifesta est , quod nullus habens usum rationis ignoret nisi omninb negligat , et contemnat Dei cultum, et salutem suam (S. Bonav., in 3. distinct. 25, q. 4).

3 Primo dierum omnium, quo mundus extat conditus, vel quo resurgens conditor nos morte victa libérât.

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j'adore votre première entrée au monde en Pétable de Bethléem , et la première respiration de vos poumons. Oh! que l'air de cet étable était heureux! qu'il méritait d'être embaumé de tous les parfums d'Arabie ! J'adore les premiers regards qne vous avez jetés sur les créatures visibles, la première larme que vous avez répandue! Que n'étais-je auprès d'elle pour la recevoir et la recueillir en mon cœur: car elle l'eût purifié! J'adore vos premiers cris enfantins, vos premiers sucements au sein de la très-sainte Vierge 1 que n'y avait-on mis en effusion toutes les richesses du monde! mais je me reprends, car la sainte Vierge vous \ distillait son cœur, son âme et son amour, qui valait mieux que tous les trésors du monde.

J'adore le premier mouvement de vos petites mains, la première goutte de sang versée en la circoncision , le premier sourire que vous avez fait au berceau , et la première parole que vous avez dite, appelant la sainte Vierge votre mère. Quel honneur! quelle gloire et quelle incomparable joie pour la Vierge ! Je suis votre mère , disait-elle , vous êtes donc mon fils , et vous êtes le Fils de Dieu ! que je vous baise donc comme mon fils, et que je vous adore comme le Fils de mon Dieu : Felicia prorsùs oscula , lab lis impressa lactantis (S. Bern.). J'adore le premier pas que vous avez fait sur la terre , je le baise mille fois de cœur et d'affection, et tous les autres pas que vous avez faits en ce monde; j'adore la première goutte de sueur qui est sortie de votre front : elle était plus précieuse et plus salutaire que le baume ; et ainsi donnez-m'en une petite portion pour guérir les blessures de mon cœur. J'adore le premier travail, le premier miracle, la première prédication , aussi bien que la première pénitence et mortification que vous avez faite; je vous adore en la première contradiction , persécution et ignominie ou au premier supplice que vous avez enduré ; je vous adore au premier moment de votre vie glorieuse et de votre entrée dans le ciel.

D'autres fois on peut adorer les pensées, les paroles, les actions et les souffrances de Jésus aux autres états de sa vie.

IX. 11 faut aussi souvent adorer la personne du Saint-Esprit en l'œuvre de la sanctiGcation , le remercier de ses grâces , du zèle qu'il a donné aux Apôtres, de la force et du courage qu'il a donnés aux évangélistes et aux docteurs ; de la pureté des vierges, de la conduite et consolation qu'il donne aux veuves, aussi bien que du pardon qu'il accorde aux pécheurs pénitents , et de la sainteté et de la persévérance qu'il donne à tous les saints.

Troisième point. — X. Voilà à quoi il faut employer les dimanches , pour se conformer aux intentions du Sauveur et de l'Eglise; car ce commandement est affirmatif et négatif tout ensemble ; en tant que négatif, il défend les œuvres serviles ; en tant qu'affirmalif , il commande de sanctifier le jour de fête, c'est-àdire de l'employer en œuvres saintes , soit intérieurement pendant l'office , aux dévotions que nous avons proposées et autres semblables ; soit extérieurement, et après l'office, à lire les livres spirituels, à visiter les pauvres, les malades ou les prisonniers qui sont les membres de Jésus-Christ, qui est un acte de religion , dit

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saint Jacques ; à instruire vos domestiques des mystères de la foij, des commandements de Dieu et des pratiques de vertu , à recevoir les sacrements, ou à entendre la parole de Dieu.

Saint Chrysostome dit que le dimanche s'appelait le jour de pain, parce que tous les chrétiens y recevaient le pain des anges en l'eucharistie ; le jour de la lumière, parce que vous y devez recevoir lumière et conduite , pour toute la semaine, par les prédications, par les prônes ou les catéchismes , par la lecture spirituelle et par la méditation. Quand donc vous employez une bonne partie du dimanche à jouer pendant l'office divin , à consulter ou faire des écritures pour les procès, sous prétexte que ce ne sont pas des œuvres serviles , si vous ne le faites par charité pour secourir les pauvres veuves et les villageois; il est vrai que vous ne le faites pas contre le commandement négatif qui défend des œuvres serviles ; mais vous n'accomplissez pas parfaitement le précepte affirmatif, qui commande de sanctifier, c'est-à-dire d'employer en œuvres saintes le saint jour du dimanche. C'est de quoi Dieu se plaint par Ezéchiel (20, 13) : Irritaverunt me domus Israël , violaverunt sabbata mea vehementer.

XI. Vous êtes encore sujet à ce reproche, si- vous employez les fêtes à traûquer, à vendre ou acheter, et autres semblables négoces serviles et mercenaires. Vous me direz : Si je ne vends, un autre vendra ; je perdrai ma chalandise, moi et mes enfants mourront de faim; mais si cela est, c'est en vain que Dieu dit par Ezéchiel (20, M) : Prxcepta mea qux cùm fecerit homo , vivet in eis : Si l'homme garde mes commandements, ils le feront vivre; et que saint Paul écrivant à son disciple Timothée, a dit : La piété est utile à tous, c'est-à-dire, au spirituel et au temporel : Pietas ad omnia utilis est, promissionem habens vitx qux nunc est et futurx (1. Tim. A, 8) ; et que le Psalmiste ajoute : Si Dieu ne bâtit voire maison , en vain on travaillera pour l'édifier : Nisi Dominus xdificaverit domum , in vanum laboraverunt qui xdifxcant eam (Ps. 126 , 7) ; et que le Sauveur conclut : Ne soyez point tant en souci de pourvoira l'entretien de votre corps, cherchez premièrement le royaume de Dieu, et sa Providence vous fournira le reste, par l'entremise de votre travail modéré : Ne solliciti sitis anima: vestrx quid edatis, aut corpori vestro quid induamini, quxrite primùm regnum Dei, etc. (Matth. 6). S'il faut jamais chercher le royaume de Dieu, c'est le dimanche , et parce que vous ne le cherchez pas, le reste ne vous est point fourni. Vous méprisez le spirituel pour le temporel, et vous perdez le temporel et le spirituel; vous êtes pauvre et incommodé en ce monde et en l'autre : Irritaverunt me, violaverunt sabbata mea vehementer. Il dit vehementer, c'est-àdire , grièvement.

Contre ceux qui ne se contentent pas de ne point servir Dieu les jours de dimanche, mais qui l'offensent plus outrageusement qu'en aucun autre jour, en débauches, en blasphèmes , en impiétés et en dissolutions : comme les pères de famille qui passent les dimanches dans les cabarets, au jeu ou autres lieux de débauches; les jeunes garçons et les filles qui les emploient en danses, en bals, en promenades ou en conversations' folâtres.

506 Sermon XLVIU.

n semble que le dimanche soit l'égout et le cloaque de toute la semaine , n'ayant le loisir ni la commodité d'offenser Dieu les jours ouvriers , ils remettent cela au dimanche1. Ce n'est plus le jour du Seigneur, mais le jour du diable : nos solennités ne sont plus les fêtes des saints, mais de Bacchus, de Cérès et de Vénus. On voyait autrefois que les démons quittaient les corps des possédés les jours de fête, et se retiraient au désert, comme ne pouvant souffrir la piété et la dévotion des fidèles; mais maintenant ils sont déchaînés, ils possèdent le cœur des chrétiens, comme ces pourceaux des Géraséniens , pour les précipiter dans le lac de mille actions brutales ; et après dans les étangs de feu et de soufre de la mort éternelle.

C'est une chose épouvantable de voir avec quelle exécration Dieu parle de nos fêtes ainsi profanées. J'ai horreur de vos solennités dit Dieu par son prophète, elles me sont aussi insupportables que du fumier : Solemnilates vestras odivit anima mea (Isaï. t, 14) Stercus solemnitatum vestrarum (Malach. 2, 3). Ces fêtes de patron, où on ne fait que danser et jouer ; ces confréries de métiers où on se contente de faire dire une messe le matin et puis on s'enivre le reste du jour ; ces pèlerinages prétendus, où les garçons et les filles ne font que folâtrer en chemin : tout cela est en abomination devant Dieu. Oui, les pèlerinages, les confréries et les fêtes sont très-saintement instituées et très-agréables à Dieu, pourvu qu'on les célèbre comme on faisait en la primitive Eglise.

Théodoret, évoque de Cyren Mésopotamie, nous l'enseigne, disant : Nos fêtes ne se font pas comme celles des payens, nous y sommes modestes, chastes et tempérants : on n'y emploie pas le temps en banquets, en cajoleries ni en dissolutions : mais a chanter les louanges de Dieu, à entendre les sermons, à faire des prières entrecoupées, des soupirs et des larmes de dévotion2.

Disons donc avec le Prophète : Convertere anirnœmea, in requiem tuam.

Conclusion. — Convertere, convertissez-vous, quittez le péché, donnez-vous à Dieu tout de bon le dimanche au moins : il est institué à cette fin et il s'appelle le jour du Seigneur, parce que si vous avez été à vous et à vos affaires les autres jours, vous devez être à Dieu et à son service en ce jour-là : la terre et tout ce qui est en elle appartient au Seigneur : le monde et tous ceux qui y habitent sont l'apanage de son empire, dit le Prophète royal : Dominiest terra et plenitudo ejus. Et toutefois le Créateur, même avant l'Incarnation , a choisi de toutes choses une partie, qu'il a voulu lui être distinctement et spécialement appropriée , comme entre les provinces il a choisi la Palestine, les Juifs entpe les peuples; entre les douze tribus, celle de Lévi; et entre les maisons, le Temple; il a

1 Occasio luxuriae pietas deputatur : ait Tertul.

2 Fiunt apud nos modestae, castse et temporantiâ plenae festivitates non illie quidem mero delibutae , non commessationibus levés , non cachinnis solutee, sed divinis canticis personantes sacrisque sermonibus audiendis intentas, in quibus ad Deum preces, non sine sanctis lacrymis ac suspiriis sumittuntur (Theodoretus, 8, de cura Grœcarum affectionum sub finem anno 439).

De l'observation du Dimanche. 507

choisi des animaux les premiers nés; des fruits de la terre, les prémices; et des jours de la semaine, le septième : c'est donc un larcin, une usurpation du bien d'autrui et une espèce de sacrilège que de lui dérober ce jour et l'employer en des actions profanes : Convertere, changez des coutumes si déraisonnables.

Convertere anima mea. Vous travaillez les jours ouvriers pour les autres, ou pour votre corps; travaillez le dimanche pour vousmême et pour votre âme. Vous êtes marchand , vous avez compté toute la semaine avec vos créanciers : rendez maintenant compte à votre Dieu. Vous êtes tailleur, vous avez fait des habits aux hommes ou aux femmes : faites maintenant des ornements à votre àme. Vous êtes serrurier, vous avez limé et poli du fer : limez et polissez votre cœur. Vous êtes laboureur, vous avez défriché et cultivé la terre, défrichez et cultivez votre conscience, au moins un jour en la semaine. Vous êtes un homme de justice, vous avez fait le procès aux autres, faites-le maintenant à vous-même: jugez et punissez vos crimes : Votre office est de faire rendre à chacun ce qui lui appartient : faites rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû en ce jour-là : Vous ne permettez pas qu'on dérobe à un petit artisan la moindre partie de son bien : ne permettez pas qu'on dérobe à Dieu une partie du jour qui lui doit être tout à fait dédié. Obéissez à cette loi du code : Dies festos Majestati altissimse dedicatos nullis volwmus voluptatibus occupari*. Nous défendons d'employer en voluptés les jours de fête dédiés à la très-haute majesté de Dieu, disent les empereurs. Faites comme le dévot Esdras: il vit des gens qui apportaient en Jérusalem un jour de fête, des fruits, du poisson, du vin et d'autres choses pour les vendre au marché ; il les en reprit aigrement, il fit fermer les portes de la ville, il posa des gardes pour empêcher qu'ils n'y entrassent ; et comme il vit que ces trafiqueurs s'arrêtaient hors la porte , il les chassa , les menaçant de leur mettre la main sur le collet : Pro hoc ergo, dit-il , mémento mei Deus meus , et parce mihi secundùm multitudinem miser ationum tuarum (2. Esdras. 13, 22). C'est une bonne conversion et un moyen bien efficace d'obtenir pardon de vos péchés, quand vous gardez exactement les fêtes et que vous les faites observer : Convertere anima mec.

In requiem. C'est grand cas que nous refusions d'obéir à un commandement si doux ! Les autres maîtres pressent les serviteurs : Travaillez. Et Dieu dit à ses serviteurs : Mes enfants, je ne veux pas que vous vous tuiez, faites quelque trêve à votre travail , reposez-vous en moi qui suis le centre de votre cœur et le vrai repos de vos âmes. Il appelle ce jour-là par son Prophète : SabbaAum delicatum (Isai. 58). Ses délices sont d'être et de converser avec nous; pourquoi donc nos délices ne seront-elles pas d'être et de converser avec lui?

Quia Dominus benefecit tibi. Le dimanche est institué afin que nous ayons le moyen de remercier Dieu plus à loisir de ses bienfaits généreux et particuliers, de ce qu'il nous a créés, conservés et rachetés; de ce qu'il nous a préservés de mille dangers de mort,

1 Dies festos, Cod. de Feriis, lib. 3, tit. 42. Imperatoris Léo et Anthemius.

508 Sermon XLIX.

de maladie, de mille afflictions ou disgrâces et de mille occasions de péché que nous pouvions encourir : Eripuit animam meam de morte, oculos meos à lacrymis , pcdes meos à lapsu. Quand nous sommes ainsi reconnaissants des bénéfices reçus, nous l'obligeons à nous en faire de nouveaux : Benediœit dieiseptimo. En la veille du sabbat la manne tombait pour deux jours. Comme, au contraire, en Ezôchiel (20, 13), après avoir dit : Sabbata rnea violaventnt vehemenler, il ajoute : Dixi ergô ut effunderem furorem meum super eos et consumèrent eos\ Ils ont violé le jour du repos , voilà pourquoi j'ai résolu de décharger ma colère sur eux et de les perdre.

Nous nous plaignons que les années ne sont plus si fertiles qu'elles étaient il y a quatre-vingts ans, que nous sommes accablés de subsides et surchargés de toutes parts, c'est que Dieu nous visite comme nous le servons. On gardait mieux alors les petites fêtes qu'on ne fait maintenant les dimanches, mieux qu'on ne fait en ces temps-ci le jour de Pâques. Un bon vieillard me disait il y a quelque temps : Je demeurais il y a environ quatre-vingts ans chez un laboureur, qui était si exact observateur du dimanche, qu'il ne voulait pas qu'on parlât aucunement des ouvrages qu'on ferait les autres jours. Faites ainsi et vous prospérerez ainsi qu'ils prospéraient alors; employez bien le temps qui est destiné au service de Dieu et Dieu bénira le temps qui est accordé à l'entretien de vos familles; faites les affaires de Dieu les jours de fête et il fera les vôtres les jours ouvriers; outre qu'il vous fera quelque jour passer de la figure à la vérité , de l'ombre à la lumière, du symbole à la réalité et du repos temporel de cette vie au repos éternel de la gloire que je vous souhaite. Amen.

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