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DES DEVOIRS DES PÈRES ET DES MÈRES ENVERS LEURS ENFANTS

Honora patrem tuum, et matrem tuam; ut sis longœvus super terram. Honorez votre père et votre mère, afin que vous viviez longtemps sur la terre.

(Exod. 20.)

Comme les commandements écrits en la première table tendent immédiatement à l'honneur et à la gloire du créateur, nous recommandant la piété et la dévotion envers lui; ainsi, ceux de la seconde table tendent immédiatement au salut et à l'utilité des hommes; et nous recommandent la charité et la justice envers tous nos prochains, afin que chacun faisant son devoir en son état et condition , les familles et les communautés chrétiennes soient bien conduites et policées. Le premier de ces devoirs est celui des pères et des mères envers leurs enfants, que saint Paul nous enseigne en peu de paroles et qui fera le sujet de cette prédication. Jamais personne ne s'en est acquitté si dignement que vous, 6 sainte Vierge! les autres mères peuvent commettre quelques fautes et tomber dans quelques excès au soin qu'elles ont de leurs enfants, en l'amour qu'elles leur portent et aux louanges qu'elles leur

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donnent; mais vous ne pouviez avoir trop de soin du vôtre, puisqu'il était le trésor du ciel et de la terre; vous ne le pouviez trop aimer, puisqu'il était digne d'un amour infini; vous ne le pouviez trop louer, puisqu'il était au delà de toutes louanges, et ainsi il mérite d'être loué, servi, aimé, glorifié de toutes créatures et que nous bénissions cent et cent fois par jour le sein virginal qui l'a porté , vous disant avec son archange : Ave Maria.

IDEA SERMONIS

I. Punctum. — I. Parentes debent filiis alimenta. 1. Scripturâ. — II. 2. Patribus. — III. 3. Ratione. — IV. Instructione pro patribus. — V. Pro filiis.

II. Punctum. — VI. Debent eis documenta. 1. Scripturâ. — VII. 2. Patribus. — VIII. 3. Rationibus. — IX. 4. Exemplis. — X. 5. Instructionibus.

III. Punctum. — XI. Debent correctionem. Probatur hoc exemplo. Heli. — XII. El Sarae.

Conclusio. — Salus infantium , lucrum est parentûm , ex Hieronymo.

Premier point. — I. L'Apôtre saint Paul écrivant aux habitants d'Ephèse (6, 4) et au chapitre 3e de l'Epîlre aux Corinthiens (1, 3, 21), dislingue trois devoirs que les pères et les mères sont obligés de rendre à leurs enfants; voici ce qu'il en dit : Patres, nolite ad iracundiam provocare filios vestros : sed educate illos in disciplina, et correptione Domini. Vous devez à vos enfants, en premier lieu, la nourriture et l'aliment; pour cela saint Paul dit : Nourrissez-les. En second lieu, la doctrine et l'enseignement, il dit : Nourrissez-les en toute bonne discipline. En troisième lieu, la correction et le châtiment; ce qui fait qu'il ajoute : Et correptione Domini. Voilà les trois points de ce discours.

On demande en théologie : D'où vient que le Créateur, ayant donné aux hommes, pour la conduite de leur vie, les dix commandements de la loi, et en ce Décalogue ayant recommandé si instamment aux enfants leur devoir envers leur père et leur mère, pourquoi, dis-je, en ce même Décalogue, n'a-t-il pas réciproquement recommandé aux pères et aux mères leur devoir envers leurs enfants, l'obligation qu'ils ont de les nourrir et élever. Saint Chrysostome répond (homil. 3, 2, in Act. Ephes.) : C'est qu'il n'était pas nécessaire, vu que la nature le leur enseigne plus que suffisamment , de sorte que, comme Licurgue en ses édils, n'ordonna aucune peine contre les parricides , parce , disait-il , qu'il ne pouvait pas croire qu'il y dût jamais avoir d'enfant si dénaturé qui voulût ôter la vie à celui qui la lui aurait donnée; ainsi le souverain Législateur a jugé superflu de recommander aux pères l'amour envers leurs enfants et le soin de les élever, parce qu'il semble qu'on ne doit jamais trouver d'homme si fort monstre de la nature et si ennemi de son sang, qui n'ait soin de conserver la vie à ceux à qui il l'a donnée. D'où saint Paul prend sujet de tirer par bonne conséquence, que celui qui n'a pas soin de ses gens et principalement de ses domestiques, est pire qu'un infidèle : Qui suorum curam non habet et maxime domesticorum , fidem negavit et est infideli deterior (1 . Tim. 5,8); parce qu'il ne trahit pas seulement les lois du christianisme , mais qu'il dément la nature et qu'il transgresse les lois qu'elle a empreintes si profondément au cœur de tous les hommes.

510 Sermon XLIX.

Et si, au dire du Fils de Dieu , ceux qui ne sont pas plus vertueux que les payens n'entreront pas au royaume des cieux , quel salut peuvent espérer, mais quelle damnation ne doivent pas attendre ceux qui, au dire de l'Apôtre, sont plus méchants que les inûdèles : Infideli deterior? que dis-je? que les infidèlesl ils sont plus dénaturés et cruels que les bêles sauvages!

C'est Dieu même qui s'en plaint par Jérémie : Lamix nudaverunt mamman , lactaverunt catulossuos, filia populi mei crudelis utstruthio ; au lieu de lamix, il y a en hébreu , Tanim, draconcs, canes silvcstres : Il n'est point de bête farouche, qui n'ait soin de nourrir ses petits, les dragons mêmes et les chiens sauvages le font et il y a plusieurs personnes parmi mon peuple qui sont cruels comme l'autruche. L'autruche, comme vous savez, est un animal goulu tout ce qui se peut; jetez-lui du fer, de l'élain ou de l'argent,, elle avale tout , elle digère tout : Derelinquit ova sua in terra , obliviscitur quod pes conculcet ea, aut bestia agri conterai; duratur ad filios suos quasi non sint sui (Job. 39 , *13) ; mais, au reste, elle est cruelle envers ses petits au dernier point: car, comme dit le saint homme Job, elle se contente de pondre des œufs et, les ayant pondus, elle n'a point de soin de les couver, elle les laisse sur la terre, sans prévoir que quelque passant les foulera aux pieds, ou que quelque bête les écrasera; et si, quelqu'un de ces petits, échauffés par les rayons du soleil, vient à s'éclore et réclame sa mère pour avoir un peu de nourriture, elle est sourde à cette voix plaintive , elle l'abandonne comme si elle n'était pas sa mère. Ce père de famille en fait de même : il est goulu et cruel comme cet oiseau , il consume l'argent, le fer, l'étain et le linge qu'il faut vendre pour fournir aux frais de ses débauches; il se contente de peupler le monde, d'avoir des enfants et n'a point de soin de les élever. Pendant qu'il fait bonne chère au cabaret, ces pauvres innocents crient à la faim , ils pleurent, ils gémissent, et ils disent comme Michée : Faciam planctum quasi struthionum ; en hébreu : Quasi filiistrvlhionum (Mich. 4).

Vous faites contre cette parole du Sauveur : Il n'est pas bon de prendre le pain des enfants et de le donner aux chiens. Vous dépensez votre bien dans un cabaret; ce qui devrait nourrir vos enfants pendant toute la semaine, vous le mangez en un jour de dimanche avec des flatteurs, avec des escorniffleurs, avec des fripons aussi impudents que des chiens : Catelli edunt de rnicis qux cadunt de mensà ; les chiens de la taverne sont plus heureux que vos enfants : vous leur jetez quelque morceau de pain, ils recueillent les miettes qui tombent de votre table 1 Si vous vous contentiez de faire bonne chère en vos maisons, vos pauvres enfants et vos femmes s'en sentiraient, car ils tacheraient de vivoter de vos restes.

Il s'en trouve d'autres qui manquent à ce premier devoir, par une disposition toute contraire à la profusion, par un esprit d'avarice et de cupidité insatiable; ce mauvais riche est si fort attaché aux biens de ce monde, qu'il est impossible de lui faire rien débourser pour l'entretien nécessaire et l'honnête éducation de ses enfants : Obliviscitur quod pes conculcet ea , aut bestia agri conterat. Il ne considère pas que la pauvreté engendre quelquefois le malheur ;

Devoirs des Parents envers leurs Enfants. oit

que la nécessité est une rude maîtresse, que le mépris qu'il fait de ses enfants et le besoin où il les laisse sera cause qu'ils se perdront et temporellement et spirituellement, que quelque homme ou quelque bêle farouche les écrasera. Que cette fille, se voyant négligée de son père, se mettra en service pour tâcher de faire fortune, qu'elle tombera en la puissance d'un homme de mauvaise vie qui la débauchera et la perdra. Que ce garçon quittera le pays pour trouver en une province étrangère la nourriture qui lui est refusée en sa maison paternelle, qu'il se trouvera en mauvaise compagnie , qu'il fera mal avec les méchants, qu'il sera pris de justice : Duratur ad fiiios suos, quasi non sint sui , dit Job.

II. Et saint Augustin : Servas imaginem Cœsaris impressam in nummis et non servas imaginem Creatoris impressam in anirnis : Vous craignez tant de perdre l'image du roi gravée sur la monnaie qui est dans votre bourse, et vous ne craignez point de perdre l'image de Dieu empreinte en l'âme de vos enfants dont il vous a chargés; et le philosophe moral dit : Voulez-vous que je vous enseigne un beau secret pour vous faire aimer de vos enfants, de vos femmes et de tout le monde, sans user de maléfice ni de charme, ni d'autres semblables voies, aimez et on vous aimera'. L'amour est uu feu qui en allume un autre.

III. Je sais bien qu'ordinairement vous avez de l'amour pour vos enfants: car enfin, le sang ne peut mentir; mais vous ne leur en donnez point de témoignages , ils ne sont pas en votre cœur pour voir ce qui s'y passe, ils ne peuvent pas croire ce dont ils ne voient point de preuves; vous ne leur commandez qu'en les injuriant; vous ne les reprenez qu'en les maudissant; vous ne leur parlez jamais de Dieu, ni de leur salut; vous leur reprocheriez une pièce de trente sous qu'il faudrait donner pour acheter un Mémorial de Grenade, le Pédagogue Chrétien, ou quelque autre bon livre; et vous les donnez au diable, s'ils cassent un verre ou s'ils cassent une bagatelle; ainsi ils s'imaginent que vous ne les aimez pas : ils se fâchent , ils se dépitent et ils ont de l'aversion pour vous.

Nolite ad iraeundiam provocare fiiios vestros. Au lieu de ces paroles qui sont en l'Epitre aux Ephésiens (6, 4) , il y a aux Colossiens (3, 21) : Ad indignationem ; et ce mot signifie proprement une colère ou fâcherie que nous concevons quand on nous estime indignes de quelque faveur, ou bien, moins dignes que les autres.

IV. Et ceci vous marque encore une belle maxime et de grande importance pour la conduite de votre famille : c'est que, pour être aimé et bien servi de vos enfants, pour nourrir la paix' et la bonne intelligence parmi eux, il faut être grandement circonspect à ne pas témoigner plus d'amour, plus d'estime et d'affection à l'un qu'à l'autre : car, les particularités engendrent des partialités, ce sont des pommes de discorde, des allumettes de dissension , des tisons de jalousie et de rancune; la trop grande affection que Jacob té-' moigna à son fils Joseph, fut cause des embûches et des mauvaises entreprises que ses frères tramèrent contre lui par envie.

1 Monstrabo tibi amatorium, sine medicamine , ullius veneflcii carminé ; si vis amari, ama (Senec, ep. 9).

512 Sermon XLIX.

Les astrologues disent , et l'expérience le montre , que quand le soleil est en l'équateur, quand il fait l'équinoxe, et qu'il partage également l'hémisphère, faisant les nuits égales au jour, il y a deux hémisphères, ici et en nos antipodes, une saison tempérée comme en mars et en septembre; ici il y a un printemps orné de fleurs ; là-bas un automne enrichi de fruits ; mais que quand il entre au tropique de l'écrevisse ou du bouc, s'approchant du solstice, et divisant l'horizon avec inégalité au mois de juin et de décembre, il fait les grands jours ou les grandes nuits, il y a dans les deux hémisphères, ici et aux antipodes, grande intempérie de l'air, car ici nous gelons de froid, et là-bas ils meurent de chaud. Un père de famille est comme un soleil en sa maison , de même que le soleil est un père de famille en ce monde; si vous partagez inégalement votre cœur, votre affection et votre bienveillance, il y en aura du dérèglement et de la dissension dans votre famille; vous témoignez plus de familiarité, plus de confiance et de communication à l'un de vos enfants qu'à l'autre, cela cause une intempérie dans la maison, l'un est trop ardent à votre amour, l'autre trop froid à votre service , l'un vous fait des rapports à perte de vue par flatterie , pour cultiver l'affection que vous lui montrez, et l'autre conçoit de l'aversion contre vous, pensant que vous n'avez point d'inclination pour lui. Vous aimez trop ardemment cet aîné, vous désirez avec passion de l'enrichir et l'agrandir, cela met de l'intempérie et du dérèglement en votre famille et en votre vie, cela est cause que vous jetez le pauvre cadet dans l'état ecclésiastique , où il n'a point de vocation , et que vous empêchez l'aîné d'entrer en religion, où il est appelé de Dieu.

Medio tutissimusibis. (Ovid., Metam. 2.)

Il vaut mieux tenir le milieu, être toujours dans l'équateur, être au milieu de vos enfants, comme le centre au milieu des lignes, diviser également votre amour, vos faveurs , vos caresses et même vos biens, tant que les lois et la coutume du pays le peuvent permettre.

V. Ce n'est pas que par ce discours je veuille excuser les enfants qui manquent de respect envers leurs pères, sous prétexte qu'ils ne les aiment pas : car ils doivent apprendre du même saint Paul , qu'ils sont obligés d'obéir et d'honorer leurs pères et leurs mères, quels qu'ils soient, pourvu qu'ils ne leur commandent rien contre les lois de Dieu ou de l'Eglise. Saint Pierre commande aux serviteurs d'être soumis et obéissants à leurs maîtres, même fâcheux et imparfaits , à plus forte raison les enfants le doivent-ils être à leur père; mais nous en ferons, Dieu aidant, un sermon entier l'un de ces jours. Venons au second devoir.

Deuxième point. — VI. Au quatrième livre des Rois (4. Reg. 2, 23) , le prophète Elisée allant en Bethléem, comme il fut auprès des portes, les enfants de la ville qui étaient bien nourris, mais mal appris et insolents , voyant ce bonhomme qui était chauve , coururent après lui se moquant et criant : Tête pelée, tête pelée. Le saint homme, inspiré de Dieu et animé d'un zèle de justice, se

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tourne vers eux et leur donne sa malédiction ; voilà que Dieu envoie sur-le-champ deux ourses de la forêt prochaine, qui se jettent sur ces enfants, en étouffent quarante-deux, les déchirent et les mettent en pièces. Les interprètes demandent pourquoi est-ce que le Prophète ne fit pas tomber le feu du ciel sur ces enfants, comme son maître Elie (4. Reg. 1,10) avait fait aux deux compagnies de soldats qui se voulaient saisir de luil Pourquoi des ourses plutôt que d'autres bêtes sauvages ! et pourquoi non des loups : car on a coutume d'en menacer les enfants. Les saints répondent que ce fut pour faire la leçon aux habitants de Bethléem, les reprendre et les punir, de ce qu'ils n'avaient pas fait eux-mêmes la leçon à leurs enfants : Ut mors fîliorum , fieret disciplina paremum , dit saint Augustin (Serm. 224 de Temp.). L'ourse a une idmirable propriété entre les animaux , elle est deux fois mère de son faon, elle le produit deux fois; quand elle le met au monde, :e n'est que comme un embryon, une masse de chair grossière , informe et indigeste, sans apparence d'yeux, d'oreilles ni de Dattes; mais l'ayant mis au monde, elle le forme avec sa langue, Bile le lèche , et à force de le lécher, elle le forme et lui organise le îorps, si bien que petit à petit vous voyez briller les yeux, paraître les oreilles et remuer ses petites pattes." Il faut l'imiter. Quand votre înfant vient au monde, ce n'est quasi qu'une masse de chair ou tout au plus qu'une table d'attente : il n'est rien de si grossier, si ignorant, si incivil, si indévot et enclin à tout vice; il le faut former avec la langue, vous en viendrez à bout; si vous avez soin de l'instruire , vous le formerez à la vertu, vous effacerez en lui les vices et les imperfections que le péché originel y a tracés, vous en ferez un enfant de Dieu et un fruit de bénédiction; petit à petit les yeux de son esprit s'ouvriront, aussi bien que les oreilles de l'obéissance, les mains des bonnes œuvres se façonneront; parce que les bourgeois de Bethléem avaient manqué à tout cela , Dieu les punit par des ourses, comme leur voulant dire : Si vous eussiez fait comme l'ourse, si vous eussiez formé vos enfants avec la langue, si vous leur eussiez donné de bonnes instructions , ils n'eussent pas été si insolents, ils n'eussent pas attiré la malédiction du Prophète sur leurs têtes, ni mérité d'être dévorés par des ourses.

VII. Cela est vrai : il importe beaucoup que vous donniez de bonne heure des enseignements salutaires à vos enfants ; je dis de bonne heure; je dis vous, pèreset mères : car, comme dit saint Dorothée, quand votre enfant est encore petit, il est mou commode la cire, susceptible de quelque impression que ce soit , bonne ou mauvaise; c'est comme un arbrisseau : vous lui donnez tel pli que vous voulez, ou du vice ou de la vertu ; quand il sera devenu un grand arbre , vous le romprez plutôt que de le fléchir. Les habitants des îles Baléares, qu'on appelle à présent Majorque et Minorque, s'appelaient ainsi anciennement à™ xou BaXXeiv, parce qu'ils étaient très-habiles et adroits à tirer de l'arc. Et Florus en rend la raison, disant qu'on les y accoutumait de jeunesse. Quand un enfant demandait à déjeûner, on lui donnait un petit arc et une flèche, et sa mère lui montrait de loin une pièce de pain, et il fallait, pour l'avoir, qu'il l'attei-

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gnît avec sa flèche' ; si on ne donnait point à déjeûner aux enfants qu'ils n'eussent prié Dieu à genoux et bien dévotement : si on ne leur permettait de se coucher qu'ils n'eussent dit les litanies , si on donnait l'aumône par leur entremise , si le père et la mère les menaient quelquefois à l'hôpital et aux prisonniers, ils deviendraient dévots et charitables : et, comme disait l'empereur Basile, ils seraient doublement obligés et à leur père à leur mère , ayant reçu d'eux l'être et le bon être , l'être naturel et l'être surnaturel , les membres du corps et le salut de l'âme2.

VIII. Et puis les instructions que vous leur donnez sont incomparablement plus efficaces, et leur demeurent plus longtemps et plus vivement empreintes au cœur que tous les autres enseignements; parce que l'amour que vous avez pour eux , l'affection qu'ils vous portent, les grave bien plus avant en leur âme; car, comme quand on peint sur du verre , afin que la peinture soit de durée , on la passe par le feu : ain^ le feu de l'amour filial fait que la trempe et les couleurs de la vertu que vous donnez à un enfant lui demeurent bien plus longtemps en la mémoire.

IX. Nous avons de ceci des exemples très-signalés en l'Ecriture sainte et en l'Histoire sainte. 1° La belle et chaste Suzanne résista courageusement aux poursuites et aux menaces des vieillards impudiques, qui la sollicitaient de son déshonneur , et aima mieux passer pour une infâme en l'esprit de tout le monde, et mourir même par la main d'un bourreau , que de commettre un péché mortel (Daniel. 13). Le texte sacré en rend la raison , parce que son père et sa mère l'avaient instruite de bonne heure , non pas à savoir bien parler, non pas à danser ni à complimenter; mais en l'amour de Dieu et à l'obéissance de ses divines lois.

2° La jeune sainte Agnès s'étant livrée au Fils de Dieu dès son bas âge , quand Je plus riche parti de l'empire , le fils du préfet de Rome, la rechercha en mariage , elle le renvoya bien loin , lui disant : Arrière d'ici , curée de la mort, vous venez trop tard ; il y a longtemps que la place de mon cœur est prise3; vous n'êtes que fumier et qu'ordure en comparaison de celui qui l'occupe.

3° La mère de saint Edme ou Edmond , archevêque de Cantorbie, avait grand soin de le porter à la piété et à la mortification dès son enfance ; elle le conviait de jeûner au pain et à l'eau les vendredis, pour l'y accoutumer de bonne heure, et afin qu'il le fît plus volontiers , le lendemain elle lui donnait quelque douceur en récompense ; quand elle lui envoyait son linge blanc au collège où il était en pension , elle y mêlait de petites haires et cilices ; elle lui légua à la mort, comme un gage précieux , une cotte de mailles qu'elle portait sur sa chair; elle le rendit si affectionné à la Mère de Dieu , qu'il se résolut de consacrer à Dieu sa virginité en l'honneur de cette sainte Vierge ; et pour mémorial de ce vœu , il fit

1 Cibum puer à maire non accipit nisi quem ipsâ monstrante , percussit.

2 Basilius Imperator ait se tôt exhortationes ad filium edocendum dictasse ut quem naturalis lex ipsi devinxerat, rationalis amplius devinceret, ne filius plus alteri quàm patri deberet (Lib. 66. exhortatus ad Leonem filium, c. 6 , tom. 5, biblioth. Patrum).

3 Discede à me, pabulum mortis, quia jam abalio amatore praeventa sum.

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faire deux bagues d'argent, dont il mit l'une au doigt de l'image de la sainte Vierge ; et l'autre dans le sien , qui y est encore; ce doigt et toute la main étant demeurés incorruptibles, avec le corps qui se garde en l'abbaye de Pontigny auprès d'Auxerre; et en l'honneur de ce qu'il a été ainsi dévot dès son enfance , les enfants qui meurent sans baptême, étant portés sous sa châsse , ressuscitent souvent et reçoivent ce sacrement.

4° Alix , mère de saint Bernard, eut six garçons et une fille; quand elle en était grosse, elle les offrait tous les jours à la sainte Vierge. Il faudrait faire comme elle, et même communier souvent mais dignement , afin que Jésus, étant en votre corps, influât bénédiction au fruit que vous portez , et lui faisant la grâce de parvenir au baptême, il vous préservât des dangers qui arrivent en accouchant. Encore qu'ils fussent gentilshommes, elle les nourrissait de viandes grossières , pour les apprivoiser et les endurcir à l'austérité. Ils furent tous religieux , mais le plus petit de tous, nommé Nivard, montra , en une occasion , qu'il avait bien retenu et profité des instructions de sa mère: car comme il se jouait un jour avec ses compagnons au milieu de la rue , un de ses frères allant à Cîteaux pour prendre l'habit, lui dit en passant : Adieu, Nivard, nous nous en allons en religion, et nous te laissons tous nos biens. Comment, dit-il, est-ce là le partage que vous me faites ? vous prenez le ciel et vous me laissez la terre : les lots ne sont pas bien faits , il y a trop d'inégalité ; pensez-vous que pour être le cadet, je veuille être moins courageux? A Dieu ne plaise; et de fait, peu après il suivit ses frères; il entra en religion où il vécut et mourut saintement; la gloire en est donnée à la mère dans les histoires, et au jugement de Dieu.

Mais quel exemple plus remarquable que celui de ce grand saint, dont nos rois ont hérité le sang et le nom, aussi bien que le sceptre et la vertu ! Quand il était encore enfant , la reine Blanche sa mère, le tenant sur ses genoux , lui disait et redisait souvent : Mon fils, plutôt la mort que le péché ; plutôt mourir que d'offenser Dieu. Elle lui inculqua si heureusement cette maxime en l'esprit, qu'il ne commit jamais un péché mortel. Ne serait-ce pas bien fait d'imiter cette reine?

X. Quand votre enfant est à votre mamelle ou bien sur vos genoux, vous lui parlez cinquante fois par jour : mais que lui ditesvous? des bagatelles et pas un mot de Dieu; il lui en faudrait parler de temps en temps: Mon fils, aimerez-vous bien Dieu, quelque jour? serez-vous bon serviteur de Jésus-Christ? vous serez mon mignon si cela est , mais point autrement. Si vous offensez jamais Dieu, vous ne serez pas mon fils, vous serez un petit avorton : fi de cette petite bouche , si elle est jamais employée à autre chose qu'à louer Dieu , car si je le savais , je ne lui donnerais pas la mamelle. Arrière ces petits yeux , s'ils doivent jamais être ouverts pour les vanités et les folies du monde, et si je le pensais , j'aurais envie de les éteindre. Mon cœur, plutôt la mort que le péché. Vous me direz peut-être : Il est trop petit, il ne m'entendra pas. Non, mais Dieu vous entendra. Dieu verra votre cœur et votre bonne volonté. Supposons que le roi gagne tellement le cœur de ses sujets, les soulageant en

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ce qui est des tailles et des subsides, qu'il n'y ait pas même jusqu'aux nourrices qui ne le louent, allaitant leurs enfants et qui ne disent souvent à leurs nourrissons : Mon fils, je yeux que quelque jour vous soyiez bon serviteur du roi. Ne serait-ce pas beaucoup d'honneur pour le roi que cela ; les étrangers qui l'entendraient ne diraient-ils pas que le roi de France est extrêmement aimé de tout son peuple? et si le roi le savait, n'y prendrait-il pas grand plaisir? Mais le Roi des rois, qui nous a affranchis de la cruelle servitude où nous étions , n'en mérite-t-il pas beaucoup plus ?

Quand les trois jeunes hommes en la fournaise et le prophète royal David , convient le soleil, la lune et les étoiles , les oiseaux , les poissons et les animaux , à bénir et louer notre Dieu , ces créatures insensibles et sans raison n'entendent point ce qu'on leur dit; et ce n'est pourtant pas en vain que nous le leur disons ; en les invitant à louer Dieu, nous nous excitons nous-mêmes à le bénir : ainsi excitant votre enfant à aimer Dieu quelque jour, vous vous échauffez vous-même à l'aimer présentement; et si vous vous accoutumez à lui parler de Dieu quand il est petit, vous continuerez quand il sera plus grand , au lieu qu'on ne leur parle que de badinerie ; quel abus dans le monde 1 principalement dans les maisons des grands ; la première teinture qu'on donne aux petits enfants n'est que de vanités, de sottises et de niaiseries; on ne leur parle que d'amourettes, que de maîtresse ou de mariage, que d'émulation de gloire mondaine et d'ambition. On accoutume les petites filles à montrer leur sein , à découvrir les bras et pour cela on échancre leurs robes et par devant et par derrière.

Voulez-vous donc tirer quelque satisfaction de vos enfants quand ils seront grands , c'est-à-dire de la gloire devant Dieu et de l'honneur parmi les hommes? donnez-leur de bonne heure la teinture de la vertu ; mettez-les en la confrérie du Rosaire , faites-les prier Dieu soir et matin , lire la Vie des Saints , les OEuvres de Grenade , ou d'autres bons livres les dimanches et les fêtes ; donner souvent l'aumône le chapeau à la main , pour respecter la personne de notre Sauveur en celle des pauvres ; et afin que vos préceptes aient plus d'énergie , ne vous contentez pas de les enseigner par paroles, mais par exemples : Longum iter per prsecepta, brève et efficace per exempta. Quand vous voulez apprendre votre enfant à marcher, vous ne vous amusez pas à lui donner de grands préceptes , à lui dire qu'il, faut mettre un pied devant l'autre ; mais vous le mettez d'abord à la pratique , vous le faites marcher et vous marchez avec lui. Ne vous contentez pas de dire à votre enfant : Mon fils , mettez-vous à genoux , faites l'examen , lisez la Vie des Saints; mais il faut dire : Mettons-nous à genoux ou faisons l'examen.

Troisième point. — XI. Que s'il ne veut imiter vos bons exemples et pratiquer vos enseignements, il faut faire ce que saint Paul ajoute, vous servir du châtiment , faute de quoi Dieu vous châtiera vous-même, et vous châtiera très-rigoureusement. C'est le sujet de la troisième partie.

Quel est le père de famille qui ne tremble, s'il est chrétien et

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s'il croit à l'Ecriture , quand il considère l'épouvantable punition que Dieu envoya à tout un peuple , pour la négligence d'un père : Quarè facitis res hujusmodi , quas audio? no lite filii mei;non enim est bona fama quam audio. Si peccaverit vir in virum , placari ei potest Deus; si autem in Dominurn peccaverit vir, quis orabit pro eo (1. Reg. 23, 24, 25)? Au premier livre des Rois, Héli, un bon vieillard , avait deux enfants débauchés , gourmands , lascifs , indévots et scandaleux, Ophni et Phinées; il les reprit leur disant : Mes enfants , on se plaint de vous ; on ne me parle que de vos mauvais déportements, vous ne faites pas bien d'offenser Dieu, s'il se met en colère contre nous, qui est-ce qui l'apaisera? Il semble qu'il ne pouvait pas faire autre chose que de les réprimander ainsi , et leur montrer paternellement qu'il n'était pas en son pouvoir de les châtier; c'étaient deux jeunes hommes forts et robustes : il n'était qu'un pauvre vieillard, âgé de quatre-vingt-dixhuit ans ; comme il est dit au chapitre 4, il était aveugle : Calligaverant oculi ejus et videre non poterat (1. Reg. 4, 15); il était goutteux , ou au moins si caduc et cassé de vieillesse qu'il ne pouvait se remuer; mais il était assis tout le jour en une chaire. Et nonobstant cela , parce qu'il ne châtia pas ses enfants , Dieu lui envoya un Prophète qui lui dit : J'avais fait l'honneur à votre famille entre les tribus de mon peuple de rélever à la prêtrise ; pourquoi avez-vous foulé aux pieds mes victimes? pourquoi avezvous eu plus de soin de l'honneur de vos enfants que du mien? Je vous montrerai que ce n'est pas de moi dont il se faut jouer; je priverai votre maison de l'honneur du sacerdoce , vos deux enfants débauchés mourront malheureusement en un même jour, une grande partie de vos parents ne la fera pas longue ; vous sécherez d'ennui à la vue des afflictions qui vous arriveront. Et derechef, il dit par le prophète Samuel : Je ferai des choses si étranges en votre famille , que quiconque les entendra conter, les oreilles lui tinteront , parce que vous saviez que vos enfants m'offensaient, et que vous ne les avez pas corrigés : Ecce faciam verbum : quod quicumque audierit, tinnient ambse aures ejus;judicaturus sum domum ejus in xternum pr opter iniquitatem , eo quod noverat, indigné agere, filios suos et non corripuerit eos (1. Reg. 3, 11, 13).

Le tout arriva. Dieu envoya une puissante armée de Philistins qui tailla en pièces trente mille soldats du peuple de Dieu ; l'arche d'alliance qui était la chose la plus sacrée et toute la gloire d'Israël, fut prise par les infidèles ; les deux enfants débauchés/y furent tués ; le pauvre vieillard, entendant ces tristes nouvelles, tomba par terre et se cassa !a tête. Il semble qu'il pouvait répondre : Je les ai avertis , je les ai réprimandés et exhortés; que pouvais-je faire davantage? je ne pouvais pas les battre ; ils sont jeunes, dispos , agiles, robustes : je suis nonagénaire et encore plus âgé; j'ai perdu la vue , je suis pesant, faible et débile ; quel moyen de courir après eux et de les châtier? Il ne fait point ses excuses; mais il dit humblement : Dieu est le maître, c'est à lui à faire tout ce que bon lui semble ; il ne peut rien faire que de très-juste : Dominus est, quod bonuin est in oculus suis faciat. N'êtes- vous pas plus coupable que lui? vous savez ou vous devez savoir que quand votre fille parle si souvent

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seule à seul à un homme quel qu'il soit, cela ne se fait pas sans beaucoup de péchés, d'effet, de volonté ou de pensée ; et vous le lui permettez , pauvre sot que vous êtes ! Pardonnez-moi si je vous parle ainsi, c'est le zèle que j'ai de l'honneur de votre famille et du salut de votre fille qui m'arrache cette parole. Pauvre idiot que vous êtes! ne pensez-vous pas que le malheur des autres filles qui se sont perdues a commencé par de semblables dispositions? Vous lui donnez congé de sortir seule de la maison, elle vous fait accroire que c'est pour aller au sermon , à confesse ou à vêpres : n'avez-vous point de pieds pour la suivre quelquefois, poiDt d'yeux pour la veiller, point de confident pour épier où elle va , qui elle fréquente, ni qui la va voir quand vous n'y êtes pas ; vous n'êtes ni goutteux, ni aveugle comme le pauvre Héli ; vous n'êtes pas plus assuré de vos enfants que la sainte épouse du père des croyants était assurée du sien.

XII. Sara , femme d'Abraham , fit sagement , et elle s'en trouva bien ; elle épia ce que son fils Isaac faisait avec Ismaël , enfant de sa servante : la Genèse dit qu'ils se jouaient ensemble : Cùm vidisset Sara, filium Agar ludentem cum filio suo Isaac (Gen. 21) ; et saint Paul dit qu'Ismaël persécutait Isaac : Persequebatur eum (Galat. 4, 29). C'était un mauvais jeu, et en effet une persécution ; c'était qu'Ismaël apprenait à Isaac quelque méchanceté, et Sara les ayant surpris, fit chasser de la maison et la servante et son enfant. Faites comme elle, épiez vos enfants quand ils sont avec ceux de vos voisins, quand ce sont de petits garçons avec des filles, et quand ils cherchent le secret et l'écart : ou pour mieux faire , ne leur permettez pas de jouer ensemble; mais que les garçons jouent avec les garçons, -et les filles avec les filles ; et encore plus avec soin , tant que' faire se peut, de ne les pas faire coucher ensemble depuis l'âge de six ou sept ans. N'envoyez point vos filles à l'école chez les hommes. Je pourrais nommer des évoques, en France, qui l'ont défendu sur peine d'excommunication ipso facto , tant les inconvénients qui en arrivent sont funestes et déplorables! Si le maître de vos enfants, ou quelque autre, leur apprend à lire ou à écrire, qu'il ne châtie jamais vos filles et qu'il les enseigne en votre chambre , et à votre vue , jamais en sa chambre , ni à l'écart; c'est une effronterie qu'une fille ou qu'une jeune femme, demeure toute seule en une chambre avec un homme.

Conclusion. — Finissons par un beau mot de saint Jérôme : Salus infantium lucrum est parenlûm. Si vous procurez le salut de vos enfants, mortifiant l'amour et la tendresse naturelle que vous avez pour eux, pour les corriger de leurs imperfections , aimant mieux les laisser dans la pauvreté et dans la bassesse que de les enrichir et élever contre votre conscience, vous gagnerez les bonnes grâces de Dieu ; il vous dira comme à Abraham : Parce que vous m'avez été si fidèle , que vous n'avez pas épargné votre fils pour l'amour de moi , je mettrai ma bénédiction en votre famille et je vous donnerai une heureuse postérité. Et au contraire , si vous faites comme Héli, vous serez puni comme lui; il était aveugle, vieux et caduc; il ne pouvait pas lui-même châtier ses enfants

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mais la loi de Dieu lui commandait de les déférer au juge (21 , 19), les accuser de leurs débauches, demander justice contre eux et les faire condamner à la mort; et parce qu'il ne le fit pas, il fut lui-même condamné. Dieu ne vous oblige pas à une si grande sévérité, mais au moins à les châtier quand ils sont blasphémateurs , insolents dans les églises , des piliers d'académie ou de cabaret.

Dieu commande si instamment à vos enfants de vous honorer; pourquoi ne leur recommanderez-vous pas de lui rendre l'honneur qu'ils lui doivent? 11 les punit si rigoureusement s'ils ne vous obéissent; pourquoi ne les punirez-vous pas quand ils lui désobéissent et l'offensent? Il n'a pas épargné son Fils, son propre Fils, son Fils unique et bien-aimé, son Fils très-innocent et très-aimable; il a préféré votre ^alut à sa vie; pourquoi épargnez-vous votre enfant qui est un monstre de nature, un intempérant, un dissolu et un vicieux? ferez- vous naufrage de votre salut et du sien pour le faire grand dans le monde ?

Salus infantium lucrum est parentûm. Si vos enfants font leur salut, vous gagnerez le repos de votre conscience; quand ils sont sages et vertueux , vous n'en avez point d'inquiétude , de peine d'esprit, ni de reproche de la part de la syndérèse.

Lucrum est. Vous gagnerez de l'honneur et de la réputationdans le monde ; car on connaît le père par les enfants, la cause par ses effets , l'original par la copie : tel maître tel valet, tel père tels enfants pour l'ordinaire : In filiis cognoscitur vir (Eccli. 1 1).

Lucrum est parentûm. Vous gagnerez les affections et les louanges de vos enfants ; ils diront après votre mort. J'avais un père si dévot, si consciencieux et une mèje si charitable!

Lucrum est. Vous gagnerez le ciel, car saint Paul dit qu'une femme chrétienne qui a soin de bien régler sa famille et élever ses enfants en l'amour et en la crainte de Dieu , sera sauvée avec eux : Salvabitur in gêner atione filiorum{i. Timolh. 2, 15). Oh! qu'il fera beau voir le patriarche Abraham avec Isaac, Isaac avec Jacob, Jacob avec son cher Joseph, la mère des Machabées, sainte Symphorose et sainte Félicité , toutes trois avec sept de leurs enfants qu'elles ont < nfanté au ciel, les encourageant au martyre. Vous serez en leur compagnie. Eve disait : Possedi hominem per Deum , Vous direz : Possedi Deum per hominem. L'enfantdira : GloriaPatri, Gloire soit au Père éternel de m'avoir donné un père de si bon exemple, si vigilant, si soigneux et si vertueux. Le Père dira : Et Filio , Gloire soit au Fils éternel de m'avoir donné des enfants si souples, si sages et si obéissants. La mère dira : Et Spiritui Sancto, Gloire soit au Saint-Esprit d'avoir si bien inspiré mes filles , de les avoir rendues si chastes , si modestes et si dévotes ; le père , la mère et les enfants accorderont leurs voix, pour entonner ensemble en toute éternité avec des transports de joie et d'amour de Dieu inexplicables : Gloire soit au Père , et au Fils , et au Saint- Esprit , maintenant et toujours, et en tous les siècles des siècles Amen.

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