‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 67 sur 85 · SERMON L · texte numérisé non relu

SERMON L

DU GRAND MAL QUE FONT LES PÈRES ET MÈRES QUI RUINENT EN LEURS ENFANTS LA VOCATION DE DIEU A LA RELIGION.

Hier, saint Paul enseignait de la part de Dieu à tous les pères et mères , qu'ils sont obligés de nourrir et d'instruire leurs enfants en la crainte de Dieu ; mais les saints interprètes ont remarqué sagement qu'il commande de les nourrir, et non pas de les agrandir; qu'il dit : Educale illos , et non pas dilate. Cependant le désir désordonné que les hommes ont ordinairement par la corruption de la nature , d'enrichir leurs enfants et faire une grande maison , est cause qu'ils commettent en ce sujet deux fautes très-grandes et très-pernicieuses. La première est que si leur aîné, ou le mieux fait de leurs enfants , est appelé de Dieu à la religion , ils l'en empêchent tant qu'ils peuvent, et le font damner dans le monde , au lieu qu'il se serait sauvé au port assuré d'un monastère. La seconde est qu'ils destinent à l'Eglise leur cadet ou celui de leurs enfants qu'ils estiment le plus grossier, le plus imparfait et le plus disgracié de la nature. Je dois combattre ces deux abus si dommageables à votre salut, et si contraires à la gloire de Dieu. Aujourd'hui j'ai donc à vous montrer le grand tort que vous faites à vos enfants , quand vous les empêchez de suivre la vocation de Dieu , qui les appelle à la vie religieuse dans un ordre bien réglé. •

Vierge sainte , la bienheureuse sainte Anne, votre mère, vous fit tout le contraire : elle vous offrit au service de Dieu dans le temple les premières années de votre vie , et dès lors vous files les trois vœux que les âmes religieuses font le jour de leur profession : le vœu de virginité , comme on l'a connu depuis par la réponse que vous fîtes à l'ange ; le vœu de pauvreté , comme vous le montrâtes en la Purification , n'offrant à Dieu que le sacrifice des pauvres ; et le vœu d'obéissance enfin, comme vous le témoignâtes quand, pour obéir aux supérieurs , vous consentîtes d'épouser un mari contre l'inclination que vous aviez à la solitude. C'est cet état sublime et relevé qui vous a disposée à la divine maternité, et à recevoir de la part de Dieu cette ambassade solennelle que l'ange vous fit en vous disant : Ave, Maria.

IDEA SERMONIS

I. Punctum — 1. Religio est status Deo gratissimus. 1. Scripturâ. — II. 2. Ratione. — III. 3. Patribus.

II. Punctum. — IV. Est status operandse saluti aptissimus. — V. 1. Quoad prseteritura, quia ibi fit pœnitentia de peccatis commissis. — VI. 2. Quoad praesens, quia ibi declinatur à malo. — VII. Et fit bonura. — VIII. 3. Quoad futurum , quia ibi vitatur mors improvisa. — IX. Et mala. — X. Epitome prsedictorum ex. — XI. Bernardo. — XII. Undè filii debent sequi hanc vocationem , etiam invitis parentibus.

Premier point. — I. Pour vous faire concevoir le grand tort que vous faites à vos enfants , quand ils sont appelés de Dieu à la per-

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fection religieuse et que vous les en dégoûtez , je dois seulement vous montrer que vous les détournez d'un état et dune condition de vie qui est très-agréable à Dieu , très-convenable et très-utile à lpur sâlut

En saint Matthieu, chap. 19, saint Pierre dit à Notre Seigneur : Nous avons laissé toutes choses pour vous suivre , quelle récompense nous donnerez-vous? 11 a d'abord sujet de s'étonner de voir qu'un apôtre et le premier des Apôtres, qui parle au nom de tous et qui est en l'école du Fils de Dieu depuis plusieurs mois , propose cette question : car est-il au service de Notre Seigneur par un esprit mercenaire ? a-t-il suivi le Sauveur par quelque autre motif que celui de l'amour de Dieu? Saint Paul n'a-t-il pas dit que la charité ne cherche pas ses intérêts? Ne sait-il pas ce que saint Augustin a dit depuis : Que la vraie piété consiste à aimer Dieu et le servir d'un amour gratuit : Hœc est vera pietas gratis amare Deum.

Quand on se met au service d'un grand, on n'a pas coutume de convenir avec lui des appointements qu'on aura , on s'en remet à sa bonne volonté et à sa libéralité; et il semble que saint Pierre veut ici pactiser avec le Sauveur. Ne lui a-t-il pas dit autrefois qu'il avait les paroles de vie à la bouche et qu'elles étaient les paroles de vie éternelle? Or, que ne donne-t-on et que ne quitte-t-ôn volontiers pour conserver sa vie? Cuncta quse habet homo, dabit pro anima sud; combien plus pour avoir la vie éternelle?

En un mot , il semble qu'il y ait de la contradiction entre ces deux paroles que saint Pierre dit : Nous avons tout quitté et nous vous avons suivi. Le Fils de Dieu est le trésor, l'abîme et l'océan de tous les biens; ce n'est donc pas avoir tout quitté , mais avoir tout acquis, que d'avoir acquis et de posséder le Sauveur : car peuton jamais acquérir ou peut-on espérer et prétendre une plus grande récompense?

Le cardinal Cajétan répond doctement à ces difficultés et remarque, fort à propos, qu'immédiatement avant que saint Pierre dît ces paroles, un jeune gentilhomme avait dit au Fils de Dieu : Que doisje faire pour être sauvé? Le Sauveur lui ayant déclaré qu'il fallait garder les commandements, ajouta un conseil de perfection : Si vous voulez être parfait , vendez tous vos biens et donnez-en l'argent aux pauvres : Quid faciendo vitam œternam possidebo? Si vis ad vitam ingredi , serva mandata. Hœc omnia servavi à juvénilité meâ, quid adhùc mihi deest? Si vis perfectus esse, vade, vende omnia quse habes et da pauperibus. Saint Pierre craignant d'avoir manqué à ce conseil , fait cette objection ; Seigneur, vous avez dit à ce cavalier que, pour être parfait, il devait vendre tous ses biens et les distrihuer aux pauvres; quel sera donc notre sort , nous qui n'avons point vendu nos biens, ni distribué d'argent aux pauvres; mais qui avons tout quitté pour vous suivre; nous n'avons donc pas fait ce qui est de plus parfait? Le Fils de Dieu lui répond : Vous avez mieux fait de tout quitter pour obéir promptement à ma vocation, et venir après moi , que si vous vous étiez arrêtés à vendre vos biens et les donner aux pauvres : car, je vous dis en vérité, qu'au jour du jugement vous serez assis sur douze trônes, et que vous y jugerez les douze tribus d'Israil. D'où il paraît éyi-

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déminent que c'est une chose plus parfaite, plus sainte, plus louable, plus méritoire et plus agréable à Dieu, d'entrer en religion que de demeurer au monde pour faire des aumônes, et pratiquer des œuvres de charité. Car il n'y a personne qui quitte toutes choses avec plus de dégagement, et qui suive le Fils de Dieu plus parfaitement, que les bons religieux.

Et, en effet, tout ce qui est de plus charmant et de plus agréable en cette vie se réduit aux plaisirs de la chair, aux biens de la terre et aux grandeurs du monde : or, les religieux sont sevrés si absolument de toutes sortes de plaisirs sensuels, qu'ils s'obligent à n'en pas recevoir volontairement la moindre pensée, non pas même pour un moment. N'est-ce pas se rendre bien digne de cette promesse de notre Sauveur : Bienheureux sont ceux qui ont le cœur net, car ils verront Dieu? Ils se dépouillent des biens de la terre, avec un si grand détachement, et s'obligent à une si grande pauvreté , qu'ils n'ont pas la propriété de quoi que ce soit. Non , une personne religieuse ne peut licitement donner ni recevoir ou disposer par soi-même de la moindre chose qui soit au monde, non pas d'un fer d'aiguillette , non pas de la tête d'une épingle , ni d'un brin de paille. Si c'est une personne inférieure, il faut qu'elle en ait la permission expresse, ou tacite des supérieurs ; si c'est un supérieur, un prieur, un abbé ou un provincial . il faut qu'il ait le consentement de la communauté ou des supérieurs qui sont audessus de lui. N'est-ce pas se rendre bien digne de cette promesse : Bienheureux sont les pauvres d'esprit, car le royaume des cieux leur appartient? Et quant aux honneurs et aux grandeurs du siècle , je vous le dis à vous qui êtes si jaloux de tenir votre rang dans le monde, si pointilleux en ce qui est des préséances et des préférences mondaines, que si on vous propose, que dis-je? si on yous préfère, que si on vous compare à une personne de plus basse condition que vous, vous en êtes si touché, que vous en avez l'esprit tout troublé cinq ou six jours durant. Et pour qui me prendon, dites-vous, et à qui me compare-t-on ? Or, en la religion, le mépris des grandeurs, et l'humilité chrétienne est pratiquée si héroïquement , qu'un prince du sang étant religieux, aura pour conpagnon le fils d'un savetier , la plus pauvre et la plus chélive sœur va de pair avec la plus noble et la plus illustre ; une comtesse, une marquise et une princesse est ravie d'être proposée à la Glle d'un charpentier -.toute leur ambition, c'est d'être des dernières, des plus abaissées, des plus humiliées et des plus méprisées. N'est-ce pas se rendre bien digne de la promesse du Sauveur, qui porte que Celui qui s'humiliera, sera exalté?

Or, pour avoir seulement renoncé aux délices , aux richesses et aux honneurs , on ne peut pas dire au Fils de Dieu : Nous avons tout quitté : car pour tout quitter, il faut aussi, et principalement, se quitter soi-même; et c'est ce qui est plus dilïicile, dit saint Grégoire , et ce qui est plus nécessaire , dit Notre Seigneur ; c'est ce qu'on fait en religion plus qu'en aucun autre lieu. Se quitter soimême , c'est renoncer à sa propre volonté, à ses désirs, à ses appétits, à ses affections et à ses inclinations particulières : les religieux y renoncent par le vœu d'obéissance. Si le supérieur commande

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au plus éloquent prédicateur de France de se tenir en sa cellule toul le reste de sa vie , il doit enfouir ce talent aussi volontiers qu'il gagnerait des millions d'àmes. Si la supérieure commande à une sœur, qui était princesse, d'aller servir la cuisinière , elle obéit et se soumet à une roturière qu'elle ne daignerait pas seulement regarder si elle était dans le monde : n'est-ce pas bien renoncer à soi-même que cela , et dire avec vérité : Nous avons tout quitté et vous avons suivi?

Et secuti sumus te. Tous les chrétiens y sont obligés par la profession du christianisme , et les religieux faisant profession de suivre Jésus-Christ ne font autre chose que de ratifier, renouveler, et sceller, par un vœu solennel, l'obligation qui leur a été imposée au saint sacrement de baptême1. C'est saint Basile qui le dit en paroles claires et expresses : Quiconque a reçu le baptême, dit-il, s'est obligé par un contrat irrévocable , à suivre Jésus-Christ en tout, c'est-à-dire, à vivre entièrement et parfaitement pour Dieu.

IL Et pour connaître combien cet état et cette perfection sont agréables à Notre Seigneur, il ne faut que considérer la grande récompense qu'il donne à ceux qui l'embrassent : car, outre la vie éternelle qu'il leur promet , outre qu'il leur réserve un trésor dans le ciel, outre qu'il leur donne le centuple dès cette vie , c'est-à-dire des consolations intérieures et des contentements spirituels qui valent cent fois plus que ce qu'ils ont quitté , il promet de les associer à la plus honorable charge, à la plus éminente dignité que son Père lui ait donnée, à la qualité de juge souverain : Sedebitis et vos super sedes duodecim. Les prédestinés seront divisés en deux ordres au dernier jugement, dit le vénérable Bède : les uns jugeront avec le Sauveur, qui leur dit : Vous serez assis sur douze trônes, parce qu'ils ont tout quitté et l'ont suivi ; et les autres qui seront jugés et sauvés , sont ceux qui , à la vérité , n'ont pas tout quitté, mais qui ont eu soin de donner souvent des aumônes aux pauyres de Jésus-Christ.

III. Saint Augustin est de même avis : car disputant contre ceux qui disaient que tous les chrétiens étaient obligés de quitter leurs biens, il distingue deux sortes de justes en l'Eglise : les uns qui quittent tout pour l'amour de Dieu , et les autres qui gardent leurs richesses pour l'entretien de leurs familles et pour en faire l'aumône; et il dit de ceux-ci qu'ils ne seront pas assis en honneur avec le Fils de Dieu pour juger, mais qu'ils seront à sa droite, pour être jugés et obtenir miséricorde2. Et saint Grégoire , ,qui marche toujours sur les pas de saint Augustin aussi bien que le vénérable Bède : Celui qui , par un motif d'amour de Dieu , quitte toutes ses

1 Irrevocabili pacto ad hoc se astrinxit, ut Ghristum sequatur in omnibus , quod est Deo intégré et perfectè vivere (Basil., lib. 2. de Bap., q. 1).

2 Duo sunt ordines electorum in judicio futuro, unus judicantium cura Domino de quibus hoc loco memorat qui reliquerunt omnia, et secuti sunt illum , abus judicandorum à Domino qui non quidem omnia sua pariter reliquerunt , sed de his tamen quae habebant , quotidianas eleemosinas dare Christi pauperibus studuerunt (Beda , in natali S. Benedicti). Non sedebunt quidem cum Ghristo sublimiter judicaturi, sed ad ipsius dexteram stabunt misericorditer judicandi ^Aug., Epist. 89. ad Hilarium circà finem).

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possessions en ce monde, il sera éleyé à l'office et dignité de juge, et parce qu'il s'est affligé par la pauvreté volontaire , il jugera les riches avec le souverain Juge'. Et derechef, le même saint dit ailleurs : Les uns seront jugés et damnés, et les autres seront damnés sans être jugés; quelques-uns seront jugés et sauvés , et d'autres seront sauvés sans être jugés. Les premiers sont les fidèles avaricieux auxquels le Sauveur dira : J'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger. Les seconds sont les infidèles, desquels il est dit en l'Evangile, que ceux qui ne croient pas ne seront pas jugés, parce que leur'procès est tout fait parleur infidélité, n'ayant point eu la foi, ni la loi de notre Sauveur, ils n'en seront point examinés. Comme un prince ne condamne pas ses sujets, sans leur faire leur procès : mais il punit et ruine ses ennemis sans aucune formalité de justice. Les troisièmes sont les séculiers qui auront racheté leurs péchés par aumônes , dont il est dit : J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger. Et les quatrièmes sont ceux auxquels il dit : Vous qui avez tout quitté, vous serez assis sur des trônes2.

Deuxième point. — IV. Et ceci montre aussi la seconde vérité proposée, qui est que l'état religieux n'est pas seulement agréable à Dieu , mais encore très-utile à notre salut; car celui qui désire faire son salut doit avoir égard au passé , au présent et à l'avenir. Quant au passé , il doit faire pénitence des péchés qu'il a commis autrefois ; car il y a fort peu de gens qui n'aient sujet de dire avec David : Delicta juventutis niez, et ignorantias meas ne memineris ; scnsus enim et cogitatio humani cordis, prona sunt in rnalum ab adolescentiâ sud (Gen. 8 , 21). Au présent, il doit éviter le mal et pratiquer le bien ; et pour l'avenir, il doit se préparer à une bonne mort qui soit une entrée à la vie glorieuse. Or, pour bien faire ces trois choses , saint Bernard nous conseille de nous retirer du monde et de nous enfermer dans un cloître : Fugite de medio Babylonis, fugite et salvate animas vestras; convolate ad urbes refugii, ubi possitis et de prœteritis agere pœnitentiam, et in prscsenti obtinere gratiam, et futuram gloriam fxducialiter prœstolari (Bern. , serm. 30 , de convertione ad Clericos).

Le Fils de Dieu nous dit très-expressément en l'Evangile : Si vous ne faites pénitence , vous périrez tous (Luc. 13, 3 et 5). Les saints ont très-bien remarqué qu'il ne dit pas seulement : Si vous ne vous repentez; mais : Si vous ne faites pénitence. Il y a différence en se repentir ou se convertir et faire pénitence , puisque le

' Quisquis stimulo divini amoris excitatus , hîc possessa reliquerit , ille procul dubio culmen judiciariae potestatis obtinebit, ut simul tuncjudex cum judice veniat, qui nunc consideratione judicii , spontaneâ se paupertate castigat (Greg., lib. 40. Moral., cap. 30).

2 Alii judicantur et pereunt , alii non judicantur et régnant (Greg., lib. 26, Moral., cap. 24. et 25). Qui cum auctore suo, etiam judices veniunt, de quibus Salomon , cum de sponso Ecclesiae loqueretur dicit : Nobilis in portis vir ejus quandb sederitcum senatoribus terras. Sicut enim non judicantur et pereunt, qui suadente perfidiâ legem tenere conlemnunt , ità non judicantur et régnant qui suadente pietate ultra divinae legis praecepta proficiunt (Greg., ibid.).

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Prophète a dit : Mon Dieu, après que vous m'avez converti , f 'ai fait pénitence (Jerem. 31 , 19); et c'est ce qu'il faut faire pour ne pas périr , et non pas pénitence telle quelle , mais qui corresponde en quelque façon à la grièveté et au grand nombre de nos péchés : Que la pénitence ne soit pas moindre que le crime , dit saint Cyprien'. Pensez- vous que Dieu se puisse sitôt apaiser, après que vous avez profané votre âme, qui est son temple? il se faut adonner aux ferventes prières , aux veilles , aux jeûnes et au cilice; à coucher sur la dure, à être vêtu pauvrement et aux autres mortifications de la chair. Tertullien {de Pœnit., c. 9) , saint Grégoire de Nazianze (Orat. 40), saint Augustin (Epist. 54, ad Macedonium) et saint Césaire (homil. 8), en disent tout autant. Si donc le lire de ces saints est véritable , comme il est très-assuré , vu qu'ils varient par l'esprit de Dieu , et que tous les autres Pères en disent ie même; si tel a été l'usage et la pratique de tous les chrétiens t'espace de douze cents ans ; si cette pénitence est l'unique voie que nous pouvons avoir pour nous sauver après le péché et de recouvrer la grâce baptismale ; s'il y a si peu de gens qui ne perdent :ette grâce et qui ne tombent en péché après le baptême , ne devons-nous pas conclure qu'il y a fort peu de gens qui se sauvent 3ans le monde, d'où cette pénitence semble entièrement bannie? Se devons-nous pas conclure que l'état religieux est quasi l'unique planche où on se peut réfugier pour arriver au havre de salut, lans le débris et le naufrage universel où tous les autres se perlent.

V. Car si vous regardez l'habit, la vie et les exercices des religieux, vous verrez que la religion n'est autre chose qu'une profession publique et solennelle de pénitence, qu'une pratique continuelle des humiliations, des austérités et des mortifications que l'Ecriture et les saints Pères demandent en la parfaite pénitence : n'est-ce pas faire toute sa vie ce que les pénitents de la primitive Eglise ne faisaient que pendant quelques années de renoncer pour jamais à tous les plaisirs de la sensualité , à tous les passe-temps et satisfactions du monde , à la bonne chère, aux festins, aux jeux, aux danses, aux comédies, aux promenades, aux autres divertissements que la chair désire avec tant de passion : toujours enfermé dans un cloître, n'avoir qu'un sac pour habit, jeûner la moitié de l'année, s'abstenir de manger de la viande et autres choses exquises, passer une partie de la nuit à chanter les louanges de Dieu , n'avoir point de propre volonté et être continuellement soumis à celle d'autrui. ;

Ce genre de vie est une pénitence si agréable à Dieu , c'est une satisfaction si efficace pour nous décharger de tous nos péchés et nous acquitter de toutes nos dettes, qu'au lieu qu'en l'Eglise primitive on ne promettait aux pénitents la rémission de leurs crimes qu'à la fin de leur pénitence, on la donne aux religieux dès le com-

' Alto vulneri , longa et diligens medecina non desit , pœnitentia crimine minornon sit. Putasne Dominum citb posse placari cujus templum sacrilegà contagions violasti ? orare oportet intensiùs et rogare , noctes vigiliis et fletibus ducere , stratos solo adheerere , cineri in cilicio et cinere volutari, etc. (Cypr. , deLapsis).

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mencement et dès le jour de leur profession; car, outre que l'Eglise leur octroie en ce jour une indulgence plénière en forme de jubilé, saint Thomas dit (2. 2. q. 189, art. 3, ad 3), que la donation que vous faites de vous-même entrant en religion, et la résolution que vous prenez d'en subir toutes les austérités, est une action si vertueuse , si héroïque , si généreuse et méritoire , qu'en ce jour-là vous méritez indulgence plénière de la part de Dieu , sans autre concession du Saint-Père; que vous recevez comme un second baptême; que vous obtenez l'abolition et l'entière rémission de tous vos crimes.

Pour reconnaître ceci encore plus évidemment, et voir clairement comme l'état religieux est une plus grande satisfaction que la plus rigoureuse pénitence que vous puissiez faire, même publique et solennelle , comme on la faisait autrefois , il ne faut que considérer que toutes les pénitences qu'on nous peut avoir imposées, pour rudes et longues qu'elles soient, que tous les vœux que vous pouvez avoir faits sont éteints et anéantis ; que vous en êtes déchargé, quand vous faites profession dans la plus douce religion qui soit en PKglise, pourvu qu'elle ne soit pas déréglée; au lieu que si vous avez fait vœu d'entrer en religion, vous ne le pouvez pas changer sans la dispense du Saint-Père, en quelque autre bonne œuvre que ce soit, pour noble, excellente, héroïque et parfaite qu'elle puisse être : je n'en veux apporter que deux exemples , mais très-authentiques et remarquables. Le premier est rapporté au canon (in decretalibus , lib. 1, 111, 43, c. 10) : Per tuas, de voto et voti redemptione , où Innocent III, répondant à un ecclésiastique qui, après avoir fait vœu d'être religieux, avait été nommé à l'évêché de Genève , il lui conseille de résigner son évêché et d'accomplir son vœu : Ut si tuam desideras sanare conscientiam , regimen resignes e^clesix memoratœ , ac reddas Altissimo vota tua.

L'aigre exemple est rapporté au décret de Gratien (cap, Admonere 33, q. 2), où le pape Etienne Y, qui vivait au neuvième siècle, et qui a fait des miracles, écrivant à un grand seigneur nommé Astulphe et lui imposant pénitence pour un grand péché qu'il avait commis, d'avoir tué sa femme dans un transport de jalousie , lui dit : Vous ne mangerez jamais de viande, vous ne boirez ni vin , ni ciflre, sinon au jour de Pâques et de Noël ; vous jeûnerez toute votre vie au pain et à l'eau , vous passerez le reste de vos jours en veilles, en prières et aumônes; dans l'église vous serez séparé des autres cl retiens ; vous vous tiendrez humblement derrière la porte, vous recommandant aux prières de ceux qui y entrent ; vous serez obligé à un célibat perpétuel, vous serez retranché de la sainte communion excepté à l'heure de votre mort, où vous la pourrez recevoir pour viatique, si vous vous en rendez digne par vos actions; et c'est encore une grâce que je vous fais de vous l'octroyer. Puis il ajoute : Ou si vous aimez mieux, au lieu de toutes ces pénitences, entrez en religion, soumettez -vous à l'obéissance d'un abbé ou d'un autre supérieur. D'où il paraît dit la Glose, que quelque pénitence et austérité dévie que vous ayez vouée , ou qui vous ait été imposée par votre confesseur, par l'évêque, ou par le pape, vous en êtes déchargé quand vous entrez en religion , parce que l'état

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religieux est la plus salutaire, la plus sainte et la plus parfaite de toutes les pénitences.

VI. Nous devons croire qu'une grande partie des bons religieux qui sont en cette ville, ne sont pas entrés en religion pour recouvrer l'innocence et la grâce baptismale , mais pour la conserver et cultiver : or, elle se conserve en évitant le mal , elle se cultive en pratiquant le bien : Déclina à malo et fac bonum; c'est ce qu'on fait très-difficilement dans le monde et ce qu'on l'ait bien plus facilement dans un cloître. Si Dieu nous ouvrait les yeux, comme il fit à saint Antoine , nous verrions le monde tout plein de pièges et nous nous écrierions avec lui : Hé ! qui est-ce qui pourra échapper? Nous dirio ns avec David : Les pièces de la mort du péché m'ont environné de toutes parts; il n'y a que pièges, qu'écueils, qu'embûches et qu'amorces de péché dressées de tous côtés , en la maison , en la rue , en la prospérité et en l'adversité ; votre mari vous est quelquefois un piège de péché par ses dérèglements et par les brutalités dont il vous rend complice ; vos enfants vous sont un piège d'avarice, d'ambition et d'attache aux biens de la terre, par le désir que vous avez de les enrichir et de les élever. Vos serviteurs vous donnent sujet d'impatience et décolère par leurs négligences, leurs friponneries et leurs désobéissances; vos parents vous sont des allumettes de dissension , de haine, de querelles et de procès, par les injustices et les supercheries qu'ils font au partage de vos biens; vos voisins vous sont un motif d'envie, d'orgueil , de vanité et de luxe, par la démangeaison que vous avez d'aller de pair avec eux , ou même de les surmonter ; les compagnies vous servent de pièges, qui vous font tomber en médisance, en détraction, en calomnie, ou du moins en des complaisances, flatteries, respects humains et condescendances illicites; vos amis vous fournissent des amorces d'intempérance et de dissolution , vous conviant à des banquets où la sensualité est chatouillée par la délicatesse des viandes.

Bref, la parole de Dieu nous assure que le monde est tout pétri de malice, que tout ce qui est en lui n'est que convoitise des yeux, concupiscence de la chair et superbe de la vie; c'est-à-dire , qu'avarice, que luxure, ou qu'ambition. Et n'est-il pas bien difficile, pour ne pas dire impossible , d'habiter en un lieu humide sans être sujet aux fluxions, d'être longtemps parmi des pestiférés sans être infecté de peste, entre les charbons sans se noircir, au milieu des flammes sans se brûler, entre des serpents san^ être envenimé : Nulla securitas est vicino serpente dormire, dit saint Jérôme ; Nemodiù tutus est, periculo proœimus, dit saint Cyprien ; Lubrica spes est quse inter fomenta peccati salvari se sperat , dit saint Augustin. Mais la sainte religion est une ville de Ségor, où les favoris de Dieu évitent l'embrasement de Sodome; c'est une cité de refuge , où l'on est à couvert des embûches et des hostilités de nos ennemis ; c'est un paradis terrestre, où il n'y a rien qui ne nous porte au bien, qui ne nous conduise à la vertu et qui ne nous élève à Dieu.

VII. Dans le monde vous avez mille obstacles qui vous détournent du service de Dieu et de la pratique des bonnes œuvres. 11

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faut vaquer aux affaires temporelles, avoir soin de contenter un mari ou une femme, nourrir et civiliser les enfants , occuper des serviteurs et veiller sur eux , poursuivre des procès, cultiver les terres, faire les provisions de la maison , pourvoir aux dettes actives et passives et mille autres embarras qui occupent votre esprit, qui partagent votre cœur et consument votre temps, ou vous détournent de la dévotion. Je sais bien que toutes ces actions se peuvent faire avec mérite, si elles sont référées à Dieu , mais il est assez difficile et très-rare dans la corruption du siècle; car, comme pour l'ordinaire vous n'entrez pas au mariage par la vocation de Dieu , mais par amourette, ou par quelque autre disposition basse et imparfaite , vous ne servez pas Dieu par état , votre état ne vous réfère à lui; et si, en toutes vos actions, vous n'avez grand soin de les lui rapporter et de les faire pour l'amour de lui par une droite intention , ou actuelle ou virtuelle , ce sont des actions morales et humaines qui ne méritent pas d'être récompensées en l'autre vie ; au lieu qu'en la religion vous servez Dieu à souhait et comme à voiles déployées; vous n'avez autre chose à faire, il n'y a rien qui vous en empêche, vous n'avez point de tracas qui partage votre cœur : la méditation , les oraisons vocales, la messe , la psalmodie et les autres exercices spirituels occupent la meilleure partie de votre temps ; et quant aux autres actions qui sont indifférentes de leur chef, comme le repas , la récréation, le dormir et le travail corporel, on les fait avec mérite, parce que vous êtes à Dieu par état et que vous faites ces actions par obéissance à la règle qui les commande.

De plus, dans le monde, ou vous êtes avec des personnes vicieuses et mondaines, ou avec des spirituelles et dévotes. Si c'est avec des personnes vicieuses, et que vous vouliez être vertueux, on vous persécute, on se moque de vous, on en fait des railleries , et l'on dit que vous avez l'esprit de travers , que vous ne savez comme il faut vivre , que vous êtes un scrupuleux, un bigot, un hypocrite , un esprit bourru; et ainsi il faut être bien courageux et bien ferme en vos bonnes résolutions, pour ne pas céder à ces violences et ne vous laisser pas emporter au torrent qui perd tous les autres. Que si vous êtes avec des personnes spirituelles, et que vous pratiquiez quelque vertu héroïque , on vous admire, on vous loue, on vous canonise; partant, il faut être bien fondé en l'humilité pour n'être pas tenté de quelque vanité. Mais en la religion il n'y a rien qui vous divertisse de la vertu, tout vous y aide, tout vous y porte et tout vous y oblige , les règles vous en prescrivent la méthode, les supérieurs vous y conduisent, vos confrères vous y exhortent , leurs bons exemples vous confondent et vous piquent d'une sainte émulation, et comme les moindres vertus que vous pratiquez en religion passeraient pour des miracles dans le monde, les plus petites imperfections des gens du monde paraîtraient des crimes en religion.

VIII. Et de là vient le troisième bonheur, qui est que dedans le monastère on fait ordinairement une sainte mort. L'Eglise en ses litanies nous fait demander deux choses sur un sujet de si grande importance. Quand nous sommes en santé , elle nous fait dire : A

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subitaneà et improvisa morte , libéra nos Domine; et quand nous sommes malades , elle dit pour nous : A mald morte libéra eum Domine. En la religion, on est délivré de toutes ces craintes. Vous n'entendez jamais dire , ou c'est fort rarement, qu'un religieux soit décédé de mort soudaine ; et quand la mort leur arriverait soudainement, elle ne les surprendrait pas; ils peuvent bien mourir de mort soudaine , mais non de mort inopinée; ils la prévoient, ils la méditent et s'y préparent tous les jours; et quand ils meurent de maladie, ils n'ont rien à faire qu'à penser à Dieu et à leur salut; il n'y a rien qui les en détourne , ils n'ont aucun sujet de tristesse , de crainte ni de déplaisir.

IX. Ils ne voient point auprès de leur lit une femme ou un mari qui s'afflige de perdre sa chère moitié, des enfants qui pleurent et qui sanglottent d'être laissés orphelins, des serviteurs qui prient qu'on leur donne récompense, des notaires qui minutent le testament ou le codicille , des marchands qui demandent qu'on arrête leurs parties, des débiteurs qui se plaignent qu'on ne leur a pas donné quittance , des créanciers qui menacent de faire un décret sur les biens, ni des héritiers qui murmurent de n'être pas bien partagés ; ils sont affranchis de toutes ces importunités; ils n'ont point regret de faire divorce avec le monde qu'ils ont déjà quitté depuis longtemps; ils n'ont point de regret de se dépouiller de leur corps, qui, étant tout maté et mortifié, ne leur servait que d'embarras ; ils ne sont point en peine de faire une confession générale, ils en ont fait tous les ans, plutôt deux fois qu'une; ils n'ont point de restitution à faire, point de livres de compte à revoir, n'ayant géré aucun négoce; ils n'ont point de crainte de se présenter au Fils de Dieu, qui est leur bon Maître, leur Epoux, leur Père débonnaire, leur fidèle et magnifique Rémunérateur.

X. C'est ce qui fait dire à saint Bernard : Nec spiritui oranti , nec à corpore ezeunti, à cellâ in cœlurn , longa vel difficilisvia invenitur, à cellâ enim in cœlum ssepè ascenditur, vix unquam à cellâ in infernum descenditur. Comme il y a grande infinité de noms entre la cellule et le ciel , il y a aussi grande conformité d'actions , d'exercices et d'occupations entre l'une et l'autre; on s'occupe de Dieu , on est uni à Dieu , on loue Dieu , on aime et on glorifie Dieu dans la cellule et dans le ciel; pour ce sujet les saints anges quittent souvent le ciel pour visiter les cellules : ils habitent aussi volontiers dans les cellules que dans le ciel : Audeo dicere , sancti Angeli Dei cellas habent pro cœlis, et aequè delectatur in cellis} atque in cœlis. De la cellule en enfer il n'y a point de chemin frayé , personne n'y va , ou très-peu de gens ; mais de la cellule au ciel, le chemin en est court, facile et fort battu ; les religieux y vont souvent pendant leur vie par la méditation , et après leur mort par la conduite des anges.

XI. Et le même saint Bernard , en l'homélie qu'il a faite sur ces paroles : Quserenti bonas margaritas , dit très-bien : In religione homo vivit puriùs, cadit rariùs , surgit velociùs, incedit cautiùs, irroratur frequentiùs , quiescit securiùs, moritur fiduciùs, purga-

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tur ciliùs , prœmiatur copiosiùs1. En la maison de Dieu, les religieux vivent plus saintement qu'ils ne feraient au monde, l'oraison mentale, la lecture spirituelle et les bons exemples qu'ils y voient, la retraite et la séparation du monde, les portent à la dévotion : Cadunt rariiis , ils y pèchent plus rarement, parce qu'il n'y a point d'occasion; ils ont fort peu de tentations et beaucoup d'assistance.

Surgunt velociùs. Ils pèchent par fragilité, ils se relèvent plus promptement : car l'examen de conscience qu'ils font deux fois par jour, le chapitre qui se tient toutes les semaines, et les fréquentes confessions les recueillent et les corrigent.

Incedunt cautiùs. Ils marchent avec plus de circonspection : car la vigilance des supérieurs, les règles et les constitutions de l'Ordre, la crainte de scandaliser le prochain, les retient en leur devoir et dans les bornes de la vertu.

Irrorantur frequentiùs. Ils sont favorisés plus souvent des grâces et des rosées célestes par les conférences, par les visites , par les exhortations , par les communions et par les exercices spirituels.

Quiescunt securiùs. Ils vivent dans un plus grand repos : car ils sont exempts du tracas des procès , du ménage , du traûc et des autres affaires temporelles.

Moriuntur fiduciùs. Ils meurent plus heureusement : car quand ils sont malades, ils sont servis comme des princes , ils ont toujours quelqu'un en leur chambre qui les assiste avec une charité, tendresse et cordialité incroyable ; on vendrait plutôt les calices, que de les laisser manquer d'aucune chose; ils ont le Très-Saint- Sacrement à leur porte , et la commodité de le recevoir tous les jours.

Purgantur citiùs; car ils ne vont pas en purgatoire , ou s'ils y vont , ils y demeurent fort peu, parce qu'ils l'ont fait en ce monde ; ils ont gagné indulgence plénière à la mort ; et l'on fait des prières pour eux par toutes les maisons de l'Ordre.

Prxmiantur copiosiùs. Ils reçoivent plus de récompense et de gloire dans le ciel, parce qu'ils ont acquis plus de mérites et de grâce sur la terre.

Si donc vous voulez faire ce tort à vos enfants, que de les détourner d'un si grand bien , d'un état si agréable à Dieu , d'une profession si utile à leur salut, d'une vie si sainte, d'une mort si heureuse, vous devez trouver bon qu'ils vous remontrent avec tout le respect que Moïse a dit en cas pareil : Celui qui dit à son père et à sa mère, je ne vous connais pas, il garde la parole de Dieu (Deut. 33, 9). Que le Sauveur a dit en l'Evangile : Si quelqu'un vient à moi , et ne hait pas son père et sa mère, il ne peut être mon disciple (Luc. 14, 26); que, comme a remarqué saint Chrysostome, saint Paul ayant commandé aux enfants d'obéir en tout à leurs pères et mères , il a ajouté : In Domino, en Notre Seigneur ; c'està-dire , comme ils obéiraient à Notre Seigneur. Or, le Sauveur ne leur commanderait jamais de désobéir à la vocation de Dieu ; ils

* Div. Bern., ad fratres de monte Dei.

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vous remontreront que Jésus-Christ appelant à sa suite un certain homme (Luc. 9, 59), trouva fort mauvais qu'il demandât d'aller premièrement ensevelir son père ;quesaint Grégoire a dit', qu'il faut méconnaître son père et sa mère , comme si on les haïssait , quand ils nous veulent retirer du service de Dieu ; que saint Bernard a dit : La seule cause pourquoi il est quelquefois permis de désobéir au père et à la mère, c'est Dieu ; que saint Jérôme a dit : Quand Dieu vous appelle à la perfection religieuse , si votre père se couche sur le seuil de la porte pour vous empêcher d'y aller, passez pardessus ; que l'Epouse sacrée a dit : que la charité doit être bien ordonnée; et c'est principalement en ce qui est du salut que se vérifie ce proverbe : Charité bien ordonnée commence par soi-même. Et quelle plus grande charité? quelle charité mieux ordonnée que de se retirer d'une profonde mer, agitée de vents et d'orages, semée d'écueils, peuplée de corsaires, et infâme par le nombre de ses naufrages, pour se réfugier en un havre de grâce, en un cap de bonne espérance, en un asile de salut, en un paradis terrestre , le faubourg , le parvis , l'antichambre du ciel, auquel nous conduisent le Père, le Fils , et le Saint-Esprit ! Amen.

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