‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 69 sur 85 · DES DEVOIRS DES ENFANTS ENVERS LEURS PÈRES ET LEURS MÈRES · texte numérisé non relu

DES DEVOIRS DES ENFANTS ENVERS LEURS PÈRES ET LEURS MÈRES

Honora patrem tuum et matrem tuam , ut sis longœvus super terrain. Honorez votre père et votre mère, afin de vivre longuement sur la terre. (Exon. 20.)

Le divin Législateur nous montre que ce quatrième commandement est de grande conséquence, et qu'il souhaite qu'il soit exactement gardé, non-seulement en ce qu'il le met le premier en la seconde table, comme le principal et le plus important, mais encore, en ce que c'est en ce seul commandement de la seconde table , qu'il promet récompense à ceux qui l'observeront. Pour traiter méthodiquement ce sujet et le rendre utile à tous, premièrement, nous verrons les trois devoirs que les enfants sont obligés de rendre à leurs pères et mères ; en second lieu , les trois motifs qui les y doivent porter; et en troisième lieu, trois avis que les pères et les mères doivent garder.

Jamais personne n'a si bien accompli ce commandement que votre Fils , ô Sainte Vierge ! Quand il était sur la terre avec vous , il vous était entièrement sujet , simple et obéissant à toutes vos volontés ; et maintenant qu'il est au ciel, il vous honore , en vous accordant tout ce que vous lui demandez : Nil negans te honorât. Il ne vous rebutera donc pas , vous vous adressez à lui en faveur des pauvres pécheurs qui vous réclament et saluent : Ave, Maria.

IDEA SERMONIS

Exordium. — Concio complectitur tria débita filiorum, tria motiva ad hœc, et tria monita pro parentibus.

I. Punctum. — I. Débita filiorum. 1. Honor. — II. 2. Amor. — III. 3. Obedientia.

II. Punctum. — IV. Motiva. 1. Ex parte Dei. — V. 2. Ex parte parentum nempè dolores matris , labores patris , et amores utriusque. — VI. 3. Ex parte filiorum.

III. Punctum. — VII. Monita pro parentibus. 1. Ergà Deum. — VIII. 2. Ergà filios. — IX. 3. Ergà seipsos.

Exorde. — Il est vrai que Justinien en ses Instituts , et, après lui, les autres jurisconsultes , ont enseigné diverses vpes par lesquelles un fils de famille pour être émancipé de la puissance paternelle, et avoir la liberté d'acquérir pour soi-même, ce qu'il gagne ; mais il n'est point de loi civile ni de souveraineté humaine, qui puisse dispenser un enfant de l'obligation naturelle qu'il a d'honorer son père et sa mère jusques au dernier moment de sa vie ; c'est ce premier devoir qui est expressément et formellement commandé aux paroles de la loi, et que le Saint-Esprit recommande le plus souveut en l'Ecriture. Honorez votre père et votre mère , dit le Décalogue en l'Exode (20, 12). Et l'Ecclésiastique (7, 29) : Honorez votre père de tout votre cœur ; et le vénérable Tobie , pensant être au lit de la mort , entre les recommandations qu'il fit

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à son fils , il lui dit de grande affection : Honorez votre mère jusques au dernier soupir de sa vie (ïobie, 4, 3).

Premier point. — I. Le Saint-Esprit en rend la raison quand il dit : Mémento, quoniam nisiper illosnatus non fuisses, et rétribue Mis quomodà et illi tibi (Eccl. 7, 30). Nos pères et nos mères sont les images de Dieu , sources et principes de notre vie, après lui les organes et les instruments dont il s'est servi pour nous donner l'être et le conserver; leur autorité est un rayon de la paternité de Dieu , et de là vient que nous les devons honorer quels qu'ils soient. Encore que votre père soit vicieux , jureur, intempérant, indévot et débauché, c'est toujours votre père , c'est toujours le principe de votre vie , l'instrument de Dieu, l'image de sa paternité. Le Sage a dit : Honorez-le de tout votre cœur, parce que le principal et l'essence de cet honneur consiste en l'intérieur. Vous devez estimer votre père en votre cœur, en avoir bonne opinion, le reconnaître pour votre supérieur, révérer et respecter son autorité comme 'une chose sainte et divine, avoir envers lui une crainte filiale; et parce qu'il ne peut pas connaître ce qui est en votre intérieur, vous êtes obligé de lui témoigner, par des signes extérieurs, l'honneur que vous lui portez ; lui parler avec humilité , lui faire la révérence ou ôter le chapeau quand il passe , parler de lui honorablement en compagnie-, ne rien faire qui ressente le mépris ou le peu de respect envers lui ; comme cet ancien chez Plutarque , à qui on disait que son père ne cessait de parler mal de lui , et qui répondit : Il n'en médirait pas s'il n'en fallait médire. La reine Bethsabée n'était pas de sang royal, mais de basse extraction, n'ayant épousé en premières noces qu'un simple soldat ; et néanmoins le sage Salomon son fils, quoique très-grand et très-puissant monarque , étant assis en son lit de justice , fit dresser un trône royal à la main droite de sa majesté , où il fit asseoir sa mère , et même il sortit de son trône pour aller au devant d'elle se prosterner à ses pieds : Venit Bethsabée ad regem Salomonem, et surrexit rex in occursum ejus, adorauitque eam, et sedit super thronum suum positusque est thronus matri régis, qux sedit ad dexteram ejus (3. Reg. 2, 19). Ce sage roi était la figure de Notre Sauveur qui , étant le Roi des rois et le Dieu de majesté infinie , ne dédaigna pas de se rendre sujet à sa sainte Mère sur la terre , et qui l'a élevée et reçue à sa droite dans le ciel : Astitit regina à dextris tuis.

Pour honorer vos pères et mères , il faut encore les consulter avant que de rien faire d'important ; quand vous voulez vous marier, aller à la guerre , commencer un procès , entreprendre un voyage et vous engager à quelque affaire de conséquence , leur demander avis et le suivre; c'est montrer que vous estimez leur prudence , et Dieu bénit cette procédure. Le jeune Tobie eut grande bénédiction , fut assisté d'un ange, délivré de tout danger, chargé de richesses et de prospérités en son voyage , parce qu'il l'entreprit par la conduite et commandement de son père. Et au contraire, il en prit mal à l'enfant prodigue, de ce qu'il entreprit de faire voyage aux pays étrangers sans le bon plaisir de sou père; (Luc. 15) ; il dissipa tout son bien et devint si pauvre et si misérable,

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qu'il désirait le manger des pourceaux et qu'il n'en avait pas pour rassasier sa faim. Et nous voyons par expérience que les hôpitaux de Paris , de Bordeaux et des autres villes de France , sont peuplés de jeunes gens malades, qui ont entrepris de voir le pays, ou d'aller à l'armée sans le consentement de leurs parents.

Contre ce premier devoir pèchent, premièrement, les enfants qui méprisent en leur âme leurs pères et leurs mères, n'en tiennent compte, non plus que s'ils ne leur étaient rien, qui ont confusion et honte d'avouer qu'ils sont leurs enfants et de les reconnaître pour leurs pères et mères , parce qu'ils sont pauvres, ou moindres que leurs enfants. En second lieu, ceux qui les injurient, qui les appellent méchant homme, ou mauvaise femme, qui les maudissent, qui leur reprochent leurs défauts naturels ou les fautes de leur vie passée. En troisième lieu, ceux qui les battent, ou poussent tant soit peu, qui les menacent, qui lèvent la main, ou grincent les dents contre eux ; ceux qui battent le pavé la nuit , qui hantent les mauvaises compagnies , qui se débauchent au cabaret et au jeu , contre la défense de leurs pères et mères.

II. Le second devoir qu'ils sont obligés de leur rendre, c'est l'amour; car si Platon dit que c'est une cruauté , et une espèce d'homicide que de ne pas aimer son ami , si c'est une ingratitude et méconnaissance dénaturée que de ne pas rendre le réciproque en amour à un étranger qui nous affectionne; si saint Paul dit que l'amour que nous devons à nos prochains est une dette qui ne se peut jamais suffisamment acquitter: Nemini quidquam debeatis, nisi ut invicem diligatis (ad Rom. 43, 8); si le Sage dit qu'il ne faut point changer un ancien ami (Eccli. 9, 14), n'est-ce pas une injustice monstrueuse, une ingratitude plus que dénaturée et une espèce d'homicide , que de ne pas aimer vos pères et vos mères qui vous ont aimé si longtemps, si cordialement et si sincèrement? Probatio dilectionis , est exhibitio operis L'amour qu'ils nous ont porté n'a pas été un amour de compliment, de parole et de contenance, mais un amour sincère et effectif : Non dillgamus linguâ et sermone sed opère et veritate (1. Joan. 3 , 18). Ne vous contentez donc pas de cérémonies, de leur faire des protestations de sincère amitié, de dire que vous avez de l'amour et de la bienveillance pour eux; montrez-le leur par effet. Quand ils sont cassés de vieillesse et que leurs autres enfants ne les veulent pas ni loger, ni entretenir; tenez à grande faveur d'avoir cette bénédiction ; ne soyez pas plus dépourvu de raison que les animaux qui n'en ont point ; v/aus qui êtes homme et qui , en cette qualité , devez avoir de l'humanité; vous qui êtes chrétien et qui, en cette qualité, devez avoir de la charité, ne soyez pas moins charitable que les cigognes , qui nourrissent leurs pères en l'arrière-saison de leur âge; n'ayez pas moins de pitié qu'une fille payenne. L'histoire en est commune, mais elle n'en est pas moins belle, au contraire, c'est sa beauté qui l'a rendue si célèbre qu'elle est.

Un père de famille, parmi les Romains, ayant commis un crime capital, fut condamné à mourir de faim en prison : sa fille, qui était mariée et qui avait un enfant, pria le geôlier de lui permettre de rendre les derniers devoirs à son père et de l'aller tous les jours

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consoler en cette extrémité : elle fut reçue à une si juste demande, à condition qu'elle serait soigneusement visitée de toutes parts , afin quelle ne lui portât aucuns vivres pour annuler la sentence du juge. Le dixième jour qui est mortel aux faméliques étant arrivé , comme on vit qu'il ne mourait point , on épia ce que sa fille faisait avec lui , et on aperçut qu'elle lui donnait sa mamelle à sucer. On raporta au juge cette ingénieuse piété , et on donna à cette bonne fille la vie et la liberté de son père en récompense de sa charité. Notez qu'elle avait un enfant et qu'elle lui dérobait sa nourriture pour la donner à son père , ce qui me donne sujet d'aller au devant d'une objection que vous avez accoutumé de faire, disant : J'ai des enfants, j'ai peur qu'ils n'aient faute; je ne saurais nourrir mon père et ma mère sans faire tort à ma famille. On demande, en théologie : A qui un homme qui voit son père et son enfant en extrême nécessité de famine et quasi aux abois de la mort et qui n'a qu'un morceau de pain pour sauver la vie à l'un ou à l'autre , à qui des deux le doit-il plutôt donner? L'angélique Docteur répond que c'est à son père , à cause des bienfaits qu'il a reçus de lui : ainsi votre excuse est frivole (D. Th., 2. 2. q. 26, art. 9, ad 3).

III. Enfants, dit saint Paul (Colos. 3, 20; Ephes. 6), obéissez en toutes choses à vos pères et mères ; mais il ajoute : In Domino , en Notre Seigneur ; s'ils vous commandent quelque chose contre les commandements de Dieu , ou s'ils veulent vous détourner de son service, saint Bernard vous dit, que si c'est une impiété que de les mépriser, c'est néanmoins une grande piété de le faire pour l'amour de Jésus-Christ : car celui qui a dit : Honorez vos pères et vos mères, vous dit aussi : Celui qui aime plus son père ou sa mère que moi, rtestpas digne de moi*. Mais quand ils vous commandent des choses justes, il leur faut obéir : ils sont vos supérieurs et les principes de l'être que vous avez ; or, c'est aux causes supérieures de donner le branle et le mouvement aux inférieures : car l'opération est comme un apanage et une suite de l'être ; ainsi, celui qui est le principe de l'être doit être le premier principe de l'opération. Que si un serviteur est obligé d'obéir à son maître pour un peu de nourriture qu'il reçoit de lui et un modique salaire qu'il en attend : combien plus un enfant à sa mère qui l'a nourri de sa substance et à son père qui a tant travaillé pour l'élever et qui le veut faire son héritier : Qui timetDominum honorât parentes, et quasi dominis serviet hisqui.se genuerunt (Eccli. 3, 8).

Ce qu'on nous commande n'est pas plus difficile que ce que Jonadab recommanda aux Réchabites ses enfants : le prophète Jérémie (35, 6), par le commandement de Dieu, pour éprouver leur obéissance , leur présenta de très-bon vin et les invita d'en goûter. Nous nous en garderons bien , dirent-ils , parce que notre père Jonadab nous a fait ce commandement avant que de mourir : Vous ne boirez jamais de vin ni vos enfants, et vous logerez non pas en des mai-

* Si mai.rem diligis , desere ipsam . ne si Christum doseras ut maneas cum ipsà, propter te pereat et ipsa, alioquin malè meruitde te, quae te peperit, si propter te périt : quomodb enim non périt quae ipsum quœ peperit perimit, etc. (Bern., epit. 404 ad Galterum).

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so?is , mais en des tentes au milieu des champs comme des ermites. A quoi ils obéirent ponctuellement, et ils en sont loués et récompensés de Dieu dans le môme chapitre du prophète (Jerem. 35, 19). Enfants, ces gens-là vous condamneront au jour du jugement, ils n'étaient qu'en la loi mosaïque, loi grossière et fort imparfaite ; vous êtes en la loi de grâce qui demande plus de perfection : votre mère ne vous défend pas de boire du vin, mais de vous enivrer ; non de loger en une maison, mais d'aller au cabaret; votre père ne vous commande pas de vivre comme un ermite, mais de ne hanter pas les mauvaises compagnies ; cela n'est pas plus malaisé que ce que Jacob commanda à son fils(Genes. 37, 13). Joseph , lui dit-il , allez-vous-en au désert chercher vos frères et voir comme ils se portent. Il savait bien que ses frères enrageaient d'envie contre lui, qu'ils lui voulaient mal de mort et qu'ils auraient occasion de lui mal-faire le trouvant à l'écart dans la solitude d'un vaste désert ; cependant il ne laisse pas d'y aller sans savoir où ils sont; il les cherche tout seul par le désert où il y avait des bêtes sauvages, se mettant en danger d'en être dévoré. Dieu se sert de son obéissance aveugle pour l'élever et le faire grand dans le monde. Il est vendu par ses frères : et cette persécution qu'il souffre, pour avoir obéi à son père, le conduit à être vice-roi d'un grand royaume, gouverneur d'Egypte et surintendant des finances de Pharaon , le seigneur et le souverain de ses frères.

L'obéissance d'Isaac fut encore plus héroïque (Gènes. 22). Son père Abraham l'éveille devant le jour : Isaac, levez -vous, lui dit-il, allons aux champs sacrifier à Dieu. Pour vous, vous eussiez dit : Mon père a bonne grâce de me faire lever si matin , comme si le jour n'était pas assez long pour faire ses dévotions ; sa vieillesse l'empêche de dormir et il ne considère pas que les jeunes gens ont besoin de repos.

Il lui fait faire un voyage de trois jours, et au bout de trois jours, étant arrivés au pied d'une montagne , avec une bête de charge qu'il avait emmenée pour porterie bois du sacrifice, il en décharge l'animal, il met le bois sur les épaules d'Isaac , il grimpe la montagne avec lui , et comme ils marchent ensemble : Mon père , ditil , voici le bois et le feu , mais où est la victime pour le sacrifice? Ne vous en mettez pas en peine , lui répond Abraham, Dieu nous en saura bien pourvoir. Etant sur la cime de la montagne, il lève un autel , il dresse un bûcher, puis Abraham regardant son Isaac , lui dit : Mon fils , c'est vous-même qui devez être la, victime du sacrifice; il faut que je vous égorge et vous consume en holocauste tout présentement et sans délai, Dieu me l'a ainsi commandé. Qu'eussiez- vous fait? Qu'eussiez-vous dit? mais que n'eussiez-vous pas fait et que n'eussiez-vous pas dit en telle conjoncture? Vous me voulez égorger, vous, mon propre père ! vous qui m'avez tant aimé , auriez-vous bien le courage et la cruauté de tremper votre main dans le sang de votre fils ! que vous m'égorgiez, moi votre unique , moi votre bien-aimé et la ressource de votre postérité, moi qui vous ai toujours obéi et qui n'ai jamais contrevenu à vos commandements! Vous me prenez bien à Pimproviste; que ne m'en avez-vous averti plus tôt , car je m'y serais disposé ; j'aurais

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dit adieu «î ma mère , j'aurais pris congé de mes parents. Vous dites que Dieu vous Ta commandé, mon père ; mais ce sont des rêveries; votre vieillesse vous fait radoter.

Vous eussiez dit tout cela et mille autres choses semblables; vous l'eussiez laissé là et peut-être gagné au pied. Mais Isaac ne dit et ne fait rien de tout cela; Isaac en la fleur de son âge , car il avait vingt-cinq ans ; en espérance d'une vie très-longue , car son père en avait cent vingt-cinq , en la puissance qu'il a de résister et de prendre la fuite, sans être blâmé de personne , il obéit sur-lechamp , et dit : Puisque Dieu le commande et que vous le désirez, mon père , j'en suis très-content ; que je sois égorgé, brûlé, réduit en cendres et consumé, il ne m'importe, pourvu que j'obéisse : et cela dit, il monte sur le bûcher afin que son père, qui est vieux , n'ait pas la peine de le jeter dessus après qu'il l'aura égorgé; je dis égorgé, car il ne le voulait pas décapiter comme on a accoutumé de le peindre; mais l'égorger comme un petit agneau : Arripuit gladium ut immolaret (Gènes. 22, 10). En hébreu il y a lischot : adjugulandum filium suum. Comme il est sur le bûcher : Mon père, lui ditil, attachez-moi, s'il vous plaît, les pieds et les mains, de peur que la douleur ne me fasse faire, en mourant, quelques gestes indécents ou quelques mouvements déréglés : il faut que tout ce qui est offert à Dieu ait bonne grâce et soit bienséant.

Deuxième point. — IV. Pour exciter les enfants à se bien acquitter de ces devoirs, saint Paul leur apporte trois motifs. Le premier est , qu'en ce faisant ils se rendent agréables à Dieu : Hoc enim placÀtum est in Domino (Colos. 3, 20) : ce qui est si évident, que les payens mêmes l'ont reconnu dans les ténèbres de la gentilité : car. le poète tragique l'a enseigné en ces beaux vers :

Toô? -yoep recevra? 3<mÇ ejc pîw asëei

O? ecjti Çwv xaî ôavwv 6sm œîXoç. (EuRIPID., p. 3i5.)

Qui honore ses parents pendant sa vie est ami de Dieu et en la vie et en Ja mort. On le connaît clairement par les grandes bénédictions et les singulières faveurs qu'il fait aux enfants respectueux et obéissants : les exemples de Sem, de Japhet et d'autres semblables sont communs et rebattus. Mais croiriez-vous bien que, même parmi les infidèles, Dieu a fait des miracles pour témoigner combien la piété des enfants envers les parents lui est chère et précieuse ? Aristote, au Livre des Merveilles du monde, et en l'abrégé de la philosophie qu'il adresse à Alexandre le Grand , en apporte un très-remarquable.

Il y a en plusieurs parties du monde, et principalement en Sicile, des montagnes qui vomissent continuellement des feux et des flammes : Tertullien et saint Pacien tiennent que ce sont des soupiraux d'enfer; quand elles débordent quelquefois , il en sort de si prodigieux torrents de feu , de soufre allumé et de charbons ardents, qu'ils désolent tous les villages circonvoisins, ravagent tout ce qu'ils rencontrent. Or, il arriva un jour que cette rivière de feu commençant à sortir de son lit et à descendre de la montagne, les

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peuples voisins prirent la fuite pour sauver leur vie. Il y avait, entre les autres, un bon vieillard tout cassé, qui, ne pouvant courir, appela son fils pour le venir aider en cette extrême nécessité; l'enfant, qui courait des premiers et qui était des plus avancés, n'eut point d'égard au péril de la mort, où il se mettait ; mais retournant sur ses pas, il vint charger son père sur ses épaules , et comme le fardeau était pesant, il ne put pas marcher si vite que le torrent de feu ne les attrappàt, ce fut sans néanmoins les endommager; car, par permission de Dieu, le feu étant parvenu jusques à eux, se divisa en deux , portant respect à la piété de ce bon enfant et alla rejoindre ceux qui couraient devant eux.

Au contraire, l'impiété d'un enfant est en si grande abomination devant Dieu , qu'en l'Ancien Testament il le condamnait a la mort , non-seulement s'il tuait ou battait , mais s'il maudissait son père ou sa mère : Qui malediœerit paPri, vel matri , morte moriatur (Exod. 21, 17). Que dis-je?s'il les maudissait; mais encore s'il leur était notablement rebelle et désobéissant. Voici les paroles du Texte sacré (Deut. 21, 18) : Si quelqu'un a un fils contumace et opiniâtre , qui n'écoute pas les commandements de son père ou de sa mère, et qui, en étant repris, méprise de leur obéir, ils lui mettront la main sur le collet , ils le traîneront au parquet , ils le présenteront au juge , et lui diront : Voici notre fils rebelle et contumace qui méprise nos avertissements, il s'a'lonne à l'intempérance et à l'impudicité ; et tout le peuple ensuite l'assommera à coups de pierre , parce que cette rébellion est un péché de cruauté, et que la cruauté est si abominable devant Dieu , que pour la faire abhorrer à son peuple, il lui défendait de l'exercer même envers les bestiaux.

V. Mon peuple , disait-il (Deut. 22 , 6) , si, allant par les champs, vous trouvez sur un arbre ou en terre un nid d'oiseau, où la mère soit avec ses petits, vous pourrez bien prendre les poussins , mais vous donnerez la clé des champs à la mère : Ut bene sit tibi, et longo vivas tempore ; l'amour qu'elle a eu pour ses petits , l'ayant attachée à son nid , c'est comme une espèce de cruauté de faire que cet amour la rende captive et prisonnière. Que sera-ce donc si le poussin détient et tourmente sa mère? Que sera-ce si l'enfant afflige la vie et avance cruellement la mort de celle qui l'a mis au monde? Quelle cruauté et quelle barbarie de faire que la peine que votre mère a eue de vous enfanter, l'amour et l'affection qu'elle a eue à vous nourrir et conserver, soit cause qu'elle ait en vpus un bourreau qui la méprise, un tyran qui lui abrège ses jours et une vipère qui lui déchire ses entrailles! Ah ! ce n'est pas ce que le Saint- Esprit vous conseille; il vous avertit, par l'Ecclésiastique, de ne pas mettre en oubli les gémissements de votre mère et de vous souvenir de ce qu'elle a enduré pour vous : Gemitus matris tuas ne obliviscaris (Eccl. 7, 29). Car, c'est une chose plus que très-juste et raisonnable de lui en être reconnaissant, dit saint Paul -.Hoc enimjustum est (Eph. 6). Considérez, je vous prie, que de syncopes, que de défaillances, de dégoûts et d'incommodités votre mère a soufferts pour vous, quand elle vous portait en son sein : Memor esse debes quœ et quanta pericula passa sit propter te in utero suo

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(Tob. 4, 3)! ce qui fait que Platon l'appelle, la ville métropolitaine des maux : [/.eTpoTroXw twv xaxwv. Que de mauvaises nuits , que de veilles , que de fatigues , que de mésaises , que d'ennuis et de fâcheries elle a eus pour vous nourrir ! Que de fois vous avez interrompu son sommeil ! Que de fois elle a quitté son repos pour vous donner la mamelle ! Que de fois elle s'est privée de son repos pour vous mettre au berceau ! Que de fois elle a mangé ce qu'elle n'eut pas voulu ! Que de fois elle s'est privée de ce qu'elle eut voulu pour vous faire une bonne nourriture ! Que de fois elle a retiré le morceau de sa bouche pour le mettre à la vôtre! Que de morsures, que d'égratignures , que d'ordures , que de crieries , que d'importunités elle a souffertes quand elle vous allaitait ou tenait sur ses genoux1 1

Considérez que de soins, que d'ennuis, que de veilles, que de voyages, que de procès , que de travaux votre pauvre père a embrassés pour vous acquérir et conserver un peu de bien. Dieu voulant affliger le fils de Pharaon , disait par Moïse à ce roi : Je déchargerai ma colère sur votre cœur : In hâc vice mittam plaças meas in cor tuum (Exod. 9 , 14). Parce qu'un père et une mère aiment leurs enfants comme leur cœur, vous ne pourriez jamais rendre le réciproque des tendresses que les vôtres ont eues pour vous; quand vous aviez la moindre incommodité , ils en étaient malades; quand vous étiez content, ils tressaillaient de joie ; quand vous étiez mécontent , ils séchaient de tristesse : et après tant de témoignages d'affection qu'ils vous ont donnés, ne les pas aimer, ne les pas réjouir, ne les pas consoler et contenter de tout votre possible, leur être cause de tristesse et de fâcheries, n'est-ce pas être plus cruel que les tigres et plus monstrueux que les monstres mêmes?

VI. Mais si votre devoir et les obligations étroites que vous leur avez ne vous touchent point, qu'au moins l'amour de vous-même et votre propre intérêt vous ébranle , par l'espérance des promesses que Dieu vous fait en son Ecriture. Il vous promet une longue et heureuse vie , si vous honorez vos pères et vos mères : Mandatum primutn in promissione (Ephes. 6, 2). Car, dit saint Thomas (2. 2. q. 122 , art. 5, ad 4), celui qui est reconnaissant d'un bienfait, mérite qu'on le lui continue et l'augmente; l'enfant qui est reconnaissant de la vie qu'il a reçue de ses père et mère , mérite qu'elle lui soit conservée et prolongée. Que si on voit des enfants de bon naturel et obéissants qui meurent en leur jeunesse , c'est que la providence de Dieu prévoit que la tentation les pourrait changer et mettre en danger de se perdre : et en récompense de leur obéissance, au lieu d'une vie caduque, il leur donne la vie éternelle : Raptus est, ne malitia mutaret intellectwn ejus ; ou Dieu les appelle à soi, afin qu'ils ne voient et ne ressentent pas les afflictions publiques qui doivent arriver de leur temps : A fade malitise collectif justus (Isa. 57, 1); comme saint Augustin pria Dieu d'être délivré de cette vie , pour ne voir pas la désolation de son pays par les ravages des Vandales.

1 Tibi illa cibum quem voluit non accepit, tibi quem noluit accepit , tibi vigilavit, tibi flevit, et tu illam egere patieris (S. Ambros.).

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Saint Paul écrivant à Timothée, dit que celte vertu de piété ne sert pas seulement pour mériter une longue vie , mais pour obtenir toute autre grâce et faveur de Dieu : le salut de l'âme, la santé du corps, une heureuse postérité, même avec abondance de biens temporels s'ils sont utiles au spirituel : Pietas ad omnia utilis est (1. Timoth. 4, 8). Le Sage l'avait avancé longtemps auparavant, assurant que celui qui honore sa mère se procure autant de bien que s'il amassait un trésor ; que celui qui honore son père , recevra du contentement de ses enfants et sera exaucé en ses prières. Honorez donc, honorez votre père par œuvre, par parole et par patience , afin d'être béni de lui : car la bénédiction d'un père établit, soutient et comble de prospérité la maison de ses enfants ; et la malédiction d'une mère est cause de la ruine des familles : Sicut qui thesaurizat , ità et qui honorificat matrem suam. Qui honorât patrem suum, jucundabitur in filiis, et in die orationis suse exaudietur. In opère et sermone et patientiâ , et honora patrem tuiiru ■ut super veniat tibi benedictio ab eo, et benedictio illius in novissimo maneat. Benedictio patris firmat domos filiorum , maledictio matris eradicat fundamenta (Eccl. 3, 5). Celui-là est maudit de Dieu , non-seulement qui tue, qui frappe, ou qui pousse rudement sa mère; mais celui qui la fâche notablement. Souvenez-vous de Cham , fils dénaturé de Noë : il se moqua de son père, et ses enfants furent maudits et sa postérité réprouvée de Dieu : ses descendants devinrent idolâtres, Josué les ruina et les anéantit par le commandement de Dieu. On voit tous les jours que ceux qui ont été ingrats envers leurs pères et leurs mères, sont malheureux en leur famille; ils ont des enfants réfractaires ou débauchés et vicieux , qui leur rendent la pareille.

Souvenez-vous d'Absalon ; il fit la guerre à son père ; il fut pendu par les cheveux à un arbre, et y fut misérablement percé de trois coups de lance. On voit par expérience que ceux que la justice envoie au gibet , confessent quasi tous , que le commencement de leur désastre a été leur rébellion envers leur père et mère.

Souvenez-vous de ce qui arriva du temps de saint Augustin ; ce saint docteur le rapporte comme l'ayant vu de ses yeux, et il le raconte en un livre qu'il a fait comme une apologie pour le christianisme contre les payens. Si la chose n'eut pas été vraie , il n'aurait pas été si téméraire que de la rapporter comme publique et connue de tout le monde. Il dit1 qu'en Gésarée de. Cappadoce, une dame étant devenue veuve depuis peu de temps , était chargée de dix enfants , sept garçons et trois filles ; ces jeunes gens n'ayant point d'égard à l'affliction de leur mère , lui étaient importuns au dernier point. L'un lui demandait de l'argent pour paraître en compagnie , l'autre des atours pour être vêtue, disaitelle selon sa qualité. C'est grande pitié d'une mère ainsi tourmentée; autant vaudrait-il pour elle d'être parmi des léopards! Un jour donc , étant plus ennuyée et aigrie que de coutume , il lui échappa de les maudire , et voilà que tout aussitôt ils furent saisis

1 Aug., lib. 21 de Civit., cap. 1 . jiropè finem.

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de convulsions si étranges, qu'ils tremblaient continuellement de tous leurs membres , en quelque lieu qu'ils allassent ; c'était une chose effroyable que de les "voir seulement. Comme ils étaient de bonne maison , ils furent l'objet de la vue, de l'étonnement et de la compassion de toute la ville; ces pauvres enfants ne pouvant porter cette confusion devant leurs concitoyens, sortent de leur pays, ils vont par tout l'empire romain, ils se font vagabonds comme des Caïns. Dieu le permettant ainsi , afin qu'ils servissent d'exemple à tous les enfants désobéissants. On demandait : Pourquoi celui-là tremble-t-il ainsi? C'est par vengeance du ciel , disait-on , parce qu'il a fâché sa mère. D'où vient que celle-ci fait de si horribles contenances? C'est parce qu'elle voulait être brave et que sa mère l'a maudite. Enfin, deux de ces infortunés enfants, l'un nommé Paul, et l'autre Paule ou Pauladie, vinrent en la ville d'Hippone , lorsque saint Augustin en était évoque, et ils furent un étrange spectacle à toute la ville; mais, par la grâce de Dieu , ils furent délivrés auprès des reliques du bienheureux martyr saint Etienne.

Souvenez-vous encore de ce que rapporte saint Bonavonture1 : il dit que de son temps un bon homme , après avoir acquis quelques biens avec beaucoup de travail , s'en dépouilla volontairement , pour marier à une demoiselle un fils unique qu'il avait. Ce fils, au commencement , honorait son père, sachant les obligations qu'il lui avait ; mais sa femme affaiblit en son cœur, petit à petit, cet amour filial , et enfin l'éteignit tout à fait. Ce qui n'arrive que trop souvent. Vous avez en votre maison votre pauvre mère , vieille , sourde ou infirme; il est vrai que vous avez quelque peu d'affection pour elle , vous ne lui voudriez pas faire tort , car le bon sang ne peut mentir; mais votre femme qui pense ne lui être rien , qui n'a pas vu la peine qu'elle a prise après vous , la rudoie , l'afflige et la persécute en votre absence ; elle lui reproche sa vie , elle lui enferme le pain , elle lui compte ses morceax, elle s'en sert comme d'une servante , elle voudrait qu'elle fût cent pieds sous terre , parce qu'elle ne peut plus travailler; il est vrai qu'elle ne fait pas cela par votre commandement et qu'elle en portera la principale peine; et peut-être même dès cette vie, Dieu permettant par sa juste providence, qu'elle aura quelque jour une bellefille qui lui fiera la même chose ; mais aussi , si vous n'y prenez garde , si vous ne la reprenez de sa cruauté , vous n'éviterez pas la punition des enfants ingrats et méconnaissants. Ce fils donc dénaturé se laissant conduire comme une bête aux humeurs vicieuses de sa femme, quand son père le venait voir pour prendre chez lui quelques repas , il ne lui donnait que des fèves , et il faisait lui-même bonne chère. Un jour ce pauvre homme pressé de la faim , vint demander à dîner, on lui donne des légumes à son ordinaire ; comme il est sorti du logis , la femme dit à son mari : Dînons maintenant à notre aise, ce vieux radoteur ne nous troublera plus. Le mari pense aller prendre un chapon tout rôti qu'il avait caché dans un coffre ; et voilà qu'à l'ouverture du coffre il voit que ce

1 Tom. 7. lib. de decem. prœceptis , serm. 5. qui est, de quarto prœcepto.

Devoirs des Enfants envers leurs Parents. 555

chapon est changé en un gros crapaud qui lui saute au visage , qui s'y agraffe et s'y colle tellement, qu'il ne fut jamais possible de l'en détacher ; mais il y demeura attaché jusques à la mort de cet infortuné , qui mourut misérablement bientôt après. Exempte sunt omnium, tofmenta paucorum. Dieu envoie ainsi de temps en temps des punitions exemplaires et publiques, pour apprendre à tous les enfants les supplices qui leur sont préparés , s'ils méprisent leurs pères et leurs mères ; s'ils leur parlent arrogamment, s'ils ne les consolent pas , ou s'ils ne les assistent pas en leur vieillesse, s'ils attendent trop tard à leur faire donner les sacrements quand ils sont malades , s'ils les empêchent de faire testament, s'ils n'exécutent pas les legs pieux qu'ils ont faits ou s'ils les offensent en quelque autre manière.

Troisième point. — VIL Les commandements de Dieu étaient contenus en deux tables comme vous savez : en la première, étaient écrits les devoirs de l'homme envers Dieu ; en la seconde, les devoirs envers son prochain. Les docteurs hébreux tiennent, par tradition , que ce quatrième commandement était partie en la première et partie en la seconde table; en la première, il y avait : Honora patrem tuum , en la seconde : et matrem tuam , ut sis longsevus super terram , pour nous apprendre que si nous sommes obligés d'honorer notre père charnel, à plus forte raison notre Père céleste. Rendez donc à votre Dieu l'honneur, l'amour et l'obéissance que vous exigez de vos enfants, et ne lui donnez pas sujet de vous faire ces reproches : Si je suis votre père, où est l'honneur que vous me devez : Si ego pater, ubi honor meus (Malach. 1, 6)? J'ai nourri et élevé des enfants, et ils m'ont méprisé. Malheur à cette méchante race et à ces enfants scélérats , ils ont abandonné et blasphémé le Seigneur ! Filios enutrivi et exaltavi, ipsi verô spreverunt me. Vx genti peccatrici , semini nequam , filiis sceleratis , de reliquerunt Dominum, blasphemaverunt sanctum Israël (Isa. 1, 2, 4). Si votre enfant vous maudissait ou vous injuriait, s'il vous appelait faux-témoin, s'il vous disait : Mon père , je vous renie ; qu'en dirait-on, qu'en penserait-on ? Ne diraiton pas qu'il mérite d'être déshérité? oui, et les lois civiles l'ordonnent ainsi :

Bis septem caasis exhœres filius esto , Si patrem feriat , vel maledicat ei :

Et vous blasphémez votre Dieu, vous le reniez, vous l'appelez faux-témoin , quand vous jurez pour un mensonge : Nonne ipse est pater tuus , qui fecit et creavit te? Vous voulez que votre enfant vous honore, qu'il vous salue le matin et le soir, qu'il vous demande avis en ses entreprises, de mariage, de procès, de prendre une profession et d'autres affaires d'importance; vous voulez qu'il ait de l'amour pour vous, qu'il obéisse à mille commandements que vous lui faites, qu'il travaille pour votre service et pour l'avancement de vos desseins : faites donc de même à votre Père céleste , adorez-le souvent en votre cœur, priez-le à genoux , quand vous êtes levé et avant que de vous coucher, consultez-le en tous vos

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desseins, excitez- vous à son amour, ayez du zèle pour sa gloire, obéissez à ses commandements qui sont si justes , si raisonnables , si utiles aux hommes , si faciles et en si petit nombre ; rendez-lui tout le service que vous pouvez dans votre condition , désirez qu'il soit connu, honoré, aimé et obéi de tout le monde et particulièrement de vos enfants.

VIII. Parlez-leur souvent de Dieu , de ses divines perfections et des grâces qu'il vous a faites , entretenez-les de sa providence sur votre famille , des accidents dont il vous a préservé ou retiré par sa miséricorde , des mystères de la vie et passion de notre Sauveur : imprimez en leur esprit les maximes du christianisme , un grand respect envers les choses saintes , envers les prêtres , les religieux , les croix , les images des saints , une grande modestie et un silence respectueux en l'église , grande estime de l'amour de Dieu et de ceux qui le servent bien, grande affection à l'esprit de pauvreté, d'humilité , de mortification et de patience aux injures.

Quand ils vous fâchent, au lieu de les maudire , ou de les donner au diable , accoutumez-vous à leur dire : Je prie Dieu qu'il te bénisse ; va , je te donne à la bonne Vierge; elle les rendrait sages et vertueux, au lieu que le démon, à qui vous les donnez, les rend méchants et vicieux : mais surtout gardez-vous de leur donner mauvaise édification par vos paroles , ou par vos actions; ne parlez jamais en leur présence avec estime , mais avec mépris, des grandeurs du monde , des biens de la terre et des choses caduques et périssables ; s'ils vous entendent maudire ou injurier votre femme, dire des paroles indiscrètes ou déshonnêtes, vous moquer ou médire du prochain, s'ils vous voient adonnés à vos plaisirs, à l'avarice , à l'ambition, ils prendront la trempe de vos vices. L'Ecriture dit que ce fut un grand miracle de voir périr le rebelle Coré et que ses enfants ne périrent pas : Grande miraculum factum est, ut Core pereunte non périrent filii ejus (Num. 26, 10). Quand un père de famille est blasphémateur, c'est grand miracle si ses enfants n'apprennent à jurer ; quand il est un pilier de cabaret , c'est un grand hasard s'ils ne sont ivrognes ; quand une mère aime le jeu , c'est un grand miracle si ses filles ne sont joueuses. Ainsi les péchés se provignent et passent de famille en famille ; et quand vos enfants offensent Dieu , vous avez sujet de craindre que vous n'en soyez pas la cause , ou par votre négligence, ou par vos mauvais exemples.

IX. Vous devez faire comme Jacob, comme Job, ou comme sainte Monique. Le saint patriarche Jacob fut persécuté de son frère Esati, contraint de sortir de la maison de son père et de son pays , il servit comme un esclave son oncle Laban plus de quatorze ans; il sua, il veilla et il travailla jour et nuit tout ce temps-là : ces croix lui semblèrent douces et supportables : mais quand ses enfants commencèrent d'offenser Dieu , ce fut le commencement de ses douleurs : Ruben primogenitus meus, principium doloris mei ascendisti oublie patris tui (Gènes. 49, 3). Le saint homme Job craignant que ses enfants n'eussent commis quelque péché en se régalant l'un l'autre , offrait des sacrifices à Dieu , pour apaiser sa colère et satisfaire à sa justice. Sainte Monique voyant que son fils était débau-

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chê, pleurait amèrement aux pieds du crucifix , demandait miséricorde et faisait pénitence pour lui. Faites comme ces saints, quand vos enfants sont vicieux; soyez vivement touchés de l'offense de Dieu : que ce soit votre affliction la plus sensible : entendez des messes à leur intention ; offrez pour eux , au Père éternel, le corps adorable et le sang précieux de son Fils qui est immolé sur l'autel; faites des aumônes , des jeûnes et d'autres bonnes œuvres pour l'expiation de leurs crimes. Si vous vous comportez ainsi envers vos enfants, vous en ferez des enfants de Dieu, des fruits de bénédiction, des cohéritiers de Jésus-Christ , vos consorts et vos associés en la possession du royaume des cieux. Amen.

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