DE L'HONNEUR QUI EST DÛ AUX PÈRES SPIRITUELS, QUI SONT LES PRÊTRES
Honora patrem tuum, et matrem tuam, ut sis longœvus super terrain. Honorez votre père et votre mère, afin que vous viviez longuement sur la terre.
(Exod., 20.)
Si nous sommes obligés d'honorer nos pères charnels , à plus forte raison les spirituels; ceux-là nous ont donné l'être et ceux-ci nous donnent le bon être ; ceux-là nous ont donné une vie naturelle et ceux-ci nous donnent une vie surnaturelle et divine : à ceux qui obéissent aux pères charnels , on promet une longue vie sur la terre : et à ceux qui obéissent aux pères spirituels, on promet une longue vie dans le ciel. Pour vous exhorter et enseignera vous en rendre dignes, je diviserai ce discours en deux points; au premier, je vous montrerai contre les hérétiques de ce temps, que quand les prêtres seraient vicieux , leur ministère ne serait pas inefficace ; d'où au second point nous conclurons qu'il les faut honorer quels qu'ils soient. Comme la sainte Eucharistie est une extension du mystère de l'Incarnation , ainsi le caractère de la prêtrise, qui produit ce sacrement, est une participation, une image et une imitation de votre divine maternité , ô sainte Vierge! vous avez conçu le corps de Jésus-Christ par l'œuvre du Saint-Esprit, prononçant cinq paroles sacrées : Fiat mihi secundùm verbum tuum; et le prêtre le produit sur l'autel , par l'opération de l'Esprit divin , en proférant cinq paroles. Ainsi la grâce d'en discourir à la gloire de Dieu et au profit des âmes, doit procéder de vous; partant, nous vous la demandons humblement, en vous saluant avec Fange et vous disant :Ave, Maria.
IDEA SERMON1S
Exordium. — Argumenta hœreticorum dicentium , ministerium mali sacerdotis es;e infructuosum.
I. Punctum. — I. Contrarium probatur. 1. Scripturâ. — II. 2. Rationibus. — III. Patribus. — IV. 4. Responsione ad argumenta. — V. 5. Comparationibus.
II. Punctum. — VI. Sacerdotes honorandi qualescumque sint : 1. Scripturâ. — VII. 2. Patribus. — VIII. 3. Ratione. — IX. 4. Exemplis : 1. Salomonis ; 2. Constantini ; 3. Roberti régis; 4. Henrici imperatoris ; 5. Antonii ; 6. Francisci ; 7. Cathar. Senensis; 8. Alexandri magni; 9. Dei morale pro sacerdotibus.
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Exorde. — Si nous ne considérions que l'écorce extérieure de la parole de Dieu, et la première apparence de la raison humaine , nous trouverions quelque vraisemblance en l'erreur des hérétiques de ce temps, qui disent que les prêtres vicieux perdent la grâce de leur ministère; que leurs prières sont inutiles, leurs sacrements inefficaces, leurs enseignements non recevables et leurs fonctions de nulle valeur : car Dieu , parlant par Isaïe à de mauvais prêtres de l'ancienne loi, leur disait : Quand vous élèverez vos mains pour me prier, j'en détournerai ma vue, et pour longues que soient vos prières je ne vous exaucerai pas; j'ai bien affaire de vos sacrifices , vos encensements me sont en abomination : Quo rnihi multitudincm victimarum vestr arum? incens um abominatio est mihi ; cùm extenderitis manus vestras, avertam oculos meos à vobis , et cùm muUiplicaveritis orationem, non exaudiam ; manus enim vestrœ sanguine plense sunt (Isaï. 1, 11). Ad quem respiciam nisi adpauperculum et contritum spiritu , et trementem sermones meos , qui immolât bovem, quasi qui interficiat virum : qui mactat pecus, quasi qui excerebret canem; hœc omniaelegerunt in abominationibus suis (Isaï. 66)? En second lieu, le Sauveur dit en l'Evangile, qu'on ne peut cueillir des grappes de raisin à des épines : Nunquid colligunt de spinis unas, aut de tribulis ficus (Matth. 7)? De plus , il n'y a si petit novice en l'école d'Aristote, qui n'ait souvent en bouche celte maxime : Personne ne donne ce qu'il n'a pas. Or, le prêtre qui est en péché mortel a-t-il en soi le Saint-Esprit, n'est-il pas privé de la grâce de Dieu , n'est-il pas sous la puissance et la tyrannie de l'enfer, et comment peut-il donc donner le Saint-Esprit, la grâce de Dieu et les vertus infuses qu'il n'a pas ? un mort peut-il ressusciter un autre mort? un captif qui est à la chaîne peut-il délivrer un autre captif? un homme qui est tout gelé peut-il réchauffer celui qui meurt de froid? un pauvre peut-il enrichir un autre pauvre? un homme qui est au fond d'un abîme pent-il en retirer son compagnon?
C'est le refrain ordinaire des hérétiques : Si les prêtres étaient vertueux et s'ils nous donnaient bon exemple, nous rentrerions dans l'Eglise ; mais ils sont ambitieux, avaricieux, indévots, sensuels et scandaleux. C'est un jugement téméraire que vous faites; c'est ordinairement une calomnie et une imposture très-méchante. L'hérétique fait comme Néron, aussi tàche-t-il comme lui de faire mourir sa mère; tout son dessein c'est d'outrager et d'éteindre l'Eglise s'il pouvait. Ce malheureux empereur voyant que les lions, les léopards et autres bêtes farouches épargnaient les saints martyrs qui leur étaient exposés et les respectaient comme par un sentiment de piété, les faisait revêtir de peaux de loup, de renard, ou de quelque autre animal sauvage , les faisait jeter à ses chiens , afin que les chiens s'imaginant quu c'étaient des bêtes farouches, leur missent la dent plus nardiment et les déchirassent en pièces. L'hérétique voit bien que les chrétiens portent un certain respect à l'état ecclésiastique, qu'ils ont comme une crainte naturelle de se prendre aux oints du Seigneur : il couvre par ses artifices, les prêtres, de peaux de bêtes sauvages , il donne à croire que ce sont des sangliers, des renards, et des léopards yoluptueux, rusés , cruels,
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inexorables, afin que le peuple chrétien mette sur eux plus hardiment la dent canine de la médisance.
Et puis, quelle conséquence est-ce?Ilya quelques prêtres vicieux; donc tous les prêtres sont vicieux: la prêtrise ne vaut rien et leur Eglise n'est pas la vraie Eglise? C'est comme si je disais : Bèze a été un sodomite , et il en a laissé des monuments à la postérité dans ses poésies d'amour ; donc tous les ministres sont des sodomites et les Psaumes qu'il a rimes ne valent rien. C'est comme si je disais : Entre les disciples du Fils de Dieu, il y a eu un Judas, un traître , un larron et un sacrilège ; donc tous les Apôtres l'étaient et l'apostolat ne valait rien? Hérodias , femme mariée , a été adultère; donc toutes les femmes mariées le sont et le mariage ne vaut rien? En une grappe de raisin il y a quelque grain pourri; en un bercail il y a quelque brebis galeuse ; donc tous les raisins sont pourris, donc toutes les brebis sont galeuses, donc il faut arracher la vigne, donc il faut exterminer la bergerie.
Mais n'y a-t-il point de ministres vicieux? Hélas, si vous saviez £e qu'ils font en cachette, vous verriez que tout ce qui reluit n'est pas or, et que, quand la racine de la foi est gâtée, il y peut bien avoir de belles feuilles, mais point de fruits salutaires à l'arbre : je veux supposer qu'il n'y ait point de ministres vicieux, quelle merveille et quelle comparaison de si peu de ministres avec tant d'ecclésiastiques? Vous regardez plus au vice d'un seul prêtre, qu'à la sainte vie de tant de bons ecclésiastiques, de tant de Bénédictins, de tant de Carmes , de tant de Dominicains, de tant de Chartreux, de tant de Capucins, de tant d'Augustins , de tant de Jésuites, de tant d'autres qui sont au monde! Comptez, si vous pouvez, les ministres et les ecclésiastiques de chaque diocèse ; vous trouverez, pour un ministre, qu'il y a pour le moins cinq cents prêtres : or, il me semble qu'il est bien plus aisé de trouver quelque vicieux en si grand nombre qu'en une petite poignée de ministres; en uu boisseau ou en un muid de pommes, il y en peut avoir quelqu'une de gâtée plutôt qu'en un petit plat, où il n'y en a que cinq ou six. Si une reine avait en sa bourse cinq ou six cents pistoles d'or, entre lesquelles il y en eut deux de mauvais aloi : une cuisinière qui aurait cinq ou six sols en sa bourse , n'aurait-elle pas bonne grâce de braver cette princesse , et lui dire : Je suis plus riche que vous , car je n'ai point de pièces fausses clans ma bourse 1 L'Eglise est comme une grande reine , elle a plusieurs ecclésiastiques bons , vertueux et dévots; s'il s'en trouve quelques mauvais,, ce n'est pas merveille en un si grand nombre? La synagogue cfe Calvin est comme la cuisinière (aussi ils ne se font hérétiques que pour la chair et pour le ventre); elle a cinq ou six sous en sa bourse, c'està-dire cinq ou six ministres en chaque province; quel miracle estce qu'ils se contiennent et s'empêchent d'être scandaleux, de peur de perdre leurs pensions.
Premier point. — I. Mais supposons que tous les prêtres soient vicieux , ce qui n'a jamais été; leur ministère ne laisse pas d'être digne d'honneur, leur sacrifice n'en est pas souillé pour cela, leurs sacrements ne laissent pas d'être valides, leurs prières acceptables,
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leur autorité juridique, leurs enseignements salutaires , leurs conseils et leurs avertissements profitables.
Les Scribes et les Pharisiens (Matth. 2, 5) qui étaient en Jérusalem du temps d'Hérode étaient malins, flatteurs et vicieux; cependant ils ne laissaient pas de connaître et d'annoncer la vérité, enseignant le lieu de la naissance du Messie. Caïphe était un méchant, un ambitieux, un politique; et pour dire tout en un mot c'était un Caïphe; cependant il prophétise et prononce la vérité : Quia erat Pontifex anni iUius(ioB.n. 11 , 51).
II. Les Scribes et les Pharisiens du temps de Notre Seigneur, étaient des hypocrites, des avaricieux, des races de vipère ; et toutefois le Sauveur, dit : Faites tout ce qu'ils vous diront en chaire (Matth. 23 , 3). Le pouvoir d'administrer les sacrements et de faire les autres fonctions ecclésiastiques est une grâce gratuite qui ne se donne pas en faveur de celui qui la reçoit, non plus que le don de prophétie , mais en faveur du public ; partant, elle ne se doit pas perdre par le péché du prêtre. Et, en effet, quand les prophètes vicieux diront à Notre Seigneur, au jour du jugement : N'avons-nous pas prophétisé et fait beaucoup de miracles en votre nom? Le Fils de Dieu ne leur répondra pas : Nescio prophetiam vestram, ou nescio virtutes vestras (Matth. 7); je n'approuve point vos miracles , je ne reçois point vos prophéties : mais il leur dira Nescio vos , je ne vous connais point. Un roi ne perd pas son autorité , ni un juge sa juridiction, ni un maître ou un père de famille sa puissance pour avoir commis quelque péché. Les Apôtres commandent d'honorer les rois de leur temps, qui étaient payens et tyrans; ils commandent d'obéir aux maîtres encore qu'ils soient vicieux : Etiam discolis, dit saint Pierre : et toutefois cela se devrait plutôt perdre err punition du péché, que la grâce du sacerdoce: car les hommes sont plus friands et amoureux de l'autorité royale que de la dignité sacerdotale.
III. En saint Jean , chapitre 3e , verset 22e , il est dit que le Sauveur baptisait ; et au chapitre 4% verset 2e, il est dit que Jésus ne baptisait pas ; comment cela s'accorde-t-il? S'il baptisait, comment ne baptisait-il pas? et s'il ne baptisait pas, comment est-ce qu'il baptisait? Saint Augustin répond que Notre Seigneur ne baptisait pas par soi-même immédiatement , mais quand ses disciples baptisaient ; et quand on baptise maintenant , c'est le Sauveur proprement qui baptise : Petrus baptizet, hic est qui baptizat : Paulus baptizet , hic est qui baptizat : Judas baptizet, hic est qui baptizat (Aug. , tract. G , in Joan. ante médium) ; dans les actions hiérarchiques, dans l'administration des sacrements. Jésus-Christ est la cause principale; le prêtre n'est qu'un instrument, ils concourent tellement en unité de principe, que l'action du Sauveur et celle du prêtre ne sont qu'une même opération. Quand le Fils de Dieu lava les pieds à ses disciples, il leur dit : Ità et vos faciatis , faites le semblable ; mais quand il consacre et fait une action hiérarchique, il ne dit pas : Ità faciatis , mais hoc facite; il ne dit pas faites le semblable; mais faites de même, parce que c'est la même cause principale , la même victime et le même sacrifice en la messe de maintenant, en la dernière cène : et quand le prêtre donne l'abso-
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lution et dit ces paroles : Ego te absolvo, il parle comme si c'était un autre Jésus-Christ, ou plutôt c'est Jésus-Christ môme qui parle en la personne de son ministre,1; c'est le Sauveur qui parle par sa bouche; et l'action hiérarchique et l'administration des sacrements est si noble , si excellente et si propre au Fils de Dieu , que si le Sauveur était encore en état de mériter, s'il était encore voyageur, cette action serait d'un mérite infini : et, en effet, elle est d'une di-, gnité infinie, comme l'action d'un homme-Dieu.
Saint Chrysostome (homil. 60, ad Pop.) dit très-bien : Quand on voit le prêtre à l'autel, on ne regarde pas seulement ce qui se fait extérieurement et à la vue du peuple , mais on jette les yeux de la foi et de l'esprit sur la main invisible du souverain Prêtre qui opère par son organe tout ce qui se fait en la messe : c'est lui qui prie Dieu pour son Eglise , c'est lui qui consacre, c'est lui qui donne la bénédiction au peuple : pour ce sujet nous devons assister à la messe, à l'administration du baptême, à la célébration du mariage et aux autres sacrements, avec crainte , respect et révérence , avec piété et récollection, puisque c'est Jésus-Christ qui en est l'administrateur. Si vous eussiez été au monde quand saint Charles y était et que vous eussiez été présent lorsqu'il disait la saint messe, ou qu'il baptisait et que vous eussiez su qu'il vous regardait attentivement, y eussiez- vous voulu commettre des insolences , ou irrévérences? Non, assurément. Vous devez croire que c'est Jésus-Christ qui marie ces deux personnes, qui baptise cet enfant et qui dit cette messe; il vous voit , il vous regarde , il vous considère attentivement, distinctement et particulièrement, comme s'il n'y avait que vous : et vous commettez des insolences, pour ne pas dire pis! et vous vous comportez en ce mystère comme si c'était une action profane.
Si ce n'était pas le Sauveur, qui administre les sacrements, dit saint Augustin , il y aurait divers baptêmes selon la diversité des mérites de ceux qui baptisent : ainsi il faudrait dire : Ego sum Pauli, ego verô Cephse, et recevoir en l'Eglise les schismes et les divisions , que l'Apôtre reprend avec tant de zèle; et saint Ambroise ajoute : Si le prêtre ne vous peut pas absoudre parce qu'il est pécheur, votre ministre ne pouvait donc pas vous baptiser, ou au moins vous seriez en doute si vous êtes baptisé; car vous ne savez pas s'il est pécheur ou non : la valeur du baptême , ni des autres actions hiérarchiques, ne dépend pas de l'instrument, mais de l'agent principal. ;
IV. Et de là vient la différence de notre sacrifice et de ceux de l'ancienne loi : Dieu rejetait quelquefois les holocaustes anciens, les oblations et les victimes de la loi mosaïque , parce que le prêtre ne les offrait qu'en son propre et privé nom, ou tout au plus de la part de la Synagogue qui le députait; et il arrivait souvent que le prêtre et toute la république, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, étaient en la malédiction du péché : A planta pedisusquead verticem, non est in eo sanitas. Mais maintenant, en la loi de grâce , le prêtre s'adresse toujours au Père éternel de la part de son Fils, qui est très-innocent, très-saint et très-agréable à Dieu et partant regardé de bon œil et digne d'être exaucé.
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Il est vrai que , comme il dit, Ton ne peut pas recueillir des raisins d'une épine, ni des figues d'un buisson; mais on peut bien cueillir des raisins sur des épines: et il arrive quelquefois, dit saint Augustin, que le cep de la vigne est si fécond, qu'il étend et pousse ses branches si loin et si haut , qu'il porte ses pampres jusques sur un buisson , ou sûr des épines qui sont en la muraille; le . raisin est pour lors sur l'épine; mais il n'est pas produit de l'épine; si vous passez par là faisant voyage, pour vous désaltérer, vous prenez le raisin sans avoir égard qu'il est sur le buisson, vous cueillez la grappe et vous laissez l'épine; le raisin vous désaltère et rafraîchit en la chaleur du jour, et l'épine sera bientôt après jetée dans un feu dévorant. Souvenez-vous que le Sauveur se compare au cep de la vigne : Ego sum vitis vera, et qu'il nous donne les fruits de sa passion et les mérites de son sang , par l'entremise des sacrements; si donc par malheur il arrive que le prêtre Soit une épine, il ne laisse pas de vous donner le fruit, ce n'est pas lui qui le produit comme cause principale, mais c'est lui qui le porte et le donne ; prenez le raisin et ne regardez pas l'épine, peut-être qu'on jettera au feu d'enfer la ronce qui porte le fruit ; mais le fruit ne laissera pas de vous être profitable : Cavespinam, cape uvam non de spinâ, sed de vite nascentem, tibi porrigitur uvœ alimentum: spinse servatur flammse tormentum.
Personne ne donne ce qu'il n'a pas, non pas comme cause principale, mais comme cause instrumentale on donne souvent ce qu'on n'a pas; la plume donne au papier des lettres, des périodes et des harangues entières, qu'elle-même n'a pas; le pinceau qui fait une image, donne à la table d'attente un visage, des pieds et des mains qu'il n'eut jamais ; le marteau qui taille une pierre, lui donne la figure carrée et il est pointu ; un serviteur pauvre vous donne l'argent de son maître qui est fort riche : il est vrai que le méchant prêtre n'a pas la grâce de Dieu , mais il la peut donner comme un organe du Fils de Dieu : il est très-pauvre en mérite ; mais il a commission de distribuer les mérites du Sauveur : il n'a pas le Saint-Esprit comme résidant en lui, mais comme opérant par son entremise.
V. Dieu ne parla à Moïse que par l'entremise d'un buisson ardent, sa commission ne laissa pas d'être bonne et son envoi trèslégitime. Quand le prêtre qui vous enseigne serait aussi rempli d'imperfections, embrasé de passions et enflammé de concupiscence qu'un buisson est hérissé d'épines, Dieu ne laisse pas de parler par sa bouche, et si vous le voulez écouter, sa parole vous sera profitable. Au 3e livre des Rois (17, 4) il est dit, qu'Elie étant au désert, Dieu lui envoya sa provision par l'entremise d'un corbeau; une autre fois il lui envoya un ange ; cependant le prophète ne dit pas : Je ne veux point de cet oiseau carnassier, n'y a-t-il point d'ange dans le ciel pour m'apporter ce pain et cette viande? il ne regardait ni le corbeau , ni l'ange , mais il regardait celui qui le lui envoyait. Quand vous voyez un homme de bien à l'autel, c'est un ange : un méchant prêtre est, si vous voulez, un corbeau, un oiseau de voirie ; tant y a que c'est le même Dieu qui les envoie, le même sacrement qu'il donne et la même grâce qu'il communique. Le
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corps d'Elisée (4. Reg. 13) tout mort qu'il était, ressuscita par son attouchement un autre mort et il ne se ressuscita pas lui-même. Le Fils de Dieu rendit la vue à un aveugle par un collire de boue. Si vous étiez en prison, pour un crime de lèse-majesté et qu'on vous envoyât votre grâce par un messager tout déchiré , ou si le roi vous envoyait un office ou un bénéfice et que le porteur des patentes fut mal fait, souillé , ou crotté , refuseriez -vous la grâce? Et vous voulez refuser le pardon de vos péchés et les bénédictions du ciel , sous prétexte que le prêtre qui vous les apporte n'a pas son âme en bon état? Le médecin qui est malade ne laisse pas de vous guérir; il n'est malade qu'en son corps et il vous guérit par sa science : le prêtre est pécheur par sa volonté , et il vous absout par son caractère : peu importe à une bonne terre que la semence lui soit jetée par une main bien blanche et bien nette, ou par une main sale et galeuse : peu importe à un jardin que l'eau qui arrose ses fleurs , passe par un conduit d'argent ou par un canal de plomb : peu importe à Ninive qu'elle soit prêchée par un Jonas désobéissant ou par un Daniel innocent, pourvu qu'elle se convertisse.
Deuxième point. — VI. Au 1er livre des Rois il est dit que
50,000 personnes du peuple des Bethsamites, furent frappées d'un mal étrange : Eo quod vidissent arcam Domini. Les interprètes s'étonnent de cette sévérité; et, en effet, il y a sujet de s'en étonner : car quel grand péché était-ce que de regarder cette arche pour être punis si rigoureusement? Une autre version éclaircit cette difficulté : Eo quod despexissent arcam Domini. L'arche avait été en la puissance des Philistins, sur l'autel des faux dieux, auprès de l'idole Dagon, et à cause de cela les Bethsamites la dédaignaient, ils n'en faisaien t plus tant d'état et ils la regardaient comme une chose profane. Encore qu'un ecclésiastique ait été en la puissance de l'esprit malin et en état de péché mortel, il ne perd pas sa consécration : si vous perdez le respect qui lui est dû , craignez d'en être puni.
VII. Ne méprisez pas ceux qui vous ont fait chrétien , dit le texte du droit canon, ne méprisez pas ceux qui ont l'honneur de produire nar leur bouche sacrée le corps adorable du Fils de Dieu : ceux qui vous ouvrent les portes du ciel et qui vous affranchissent de la captivité du diable, ceux qui sont les juges des rois au procès de l'éternité1 , ceux que le prophète Malachie dit (2, 7), être les anges du Seigneur, ceux que Dieu même appelle des dieux, parce qu'ils sont ses vice-rois , les officiers de sa couronne , les ministres de son état , les surintendants de ses finances, les secrétaires de ses commandements , les ambassadeurs de sa majesté, les médiateurs entre Dieu et les hommes , qui annoncent les volontés de Dieu aux hommes et qui présentent les vœux des hommes à Dieu2.
1 Absit ut quicquam sinistrum de his arbitremur qui corpus Christi , sacro ore conficiunt , per quos nos Christiani sumus , qui claves regni cœlorum habentes , ante judicii diem judicant , ait Antherius Papa (Canon : absit \\
2 Quid mirum si illos vestra pietas dignetur honorare , quibus in suo eloquio honorera tribuens , eos aut angelos aut Deos ipse etiam appellat Deus
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VIII. On respecte les ambassadeurs, même des rois barbares et infidèles, dit saint Chrysostome , à plus forte raison ceux que le Roi des rois nous envoie. Quand vous êtes en quelque affliction , ou publique ou particulière, vous faites dire des messes, vous vous recommandez aux prières des prêtres, ils vont parlera Dieu de votre part ; il ne leur donne pas audience favorable, il les rejette et n'exauce pas leurs prières, vous vous en étonnez, et c'est vous qui en êtes cause. Quand il vous les a envoyés pour vous annoncer sa volonté , pour vous divertir de vos débauches , de vos usures et de vos vanités, vous ne les avez pas écoutés : comme s'il n'avait pas dit au Deutéronome (17, 12) : Celui qui ne voudra pas obéir au prêtre, qu'il soit condamné à la mort ; et que deviendra donc celui qui le méprise et qui s'en moque, celui qui en médit et qui le calomnie?
IX. 1° Pour faire naître en nos cœurs un grand respect envers les prêtres, quelques-uns apportent l'exemple du sage Salomon, qui disait au prêtre Abiathar : Vous êtes coupable de mort ; mais je ne vous v condamnerai pas , parce que vous avez autrefois porté l'arche d'alliance (3. Reg. 2, 26), ou 2° l'exemple du grand Constantin, qui, au concile deNicée, ne s'assit jamais que tous les évoques ne se fussent assis, et que l'un deux ne le lui commandât par quelque signe ; et il s'assit sur un petit siège au bas de tous les évoques. Et comme on lui eut présenté plusieurs papiers, contenant des plaintes contre quelques ecclésiastiques, il les brûla sans les lire, et se fâcha contre celui qui les lui avait donnés , disant : C'est aux prêtres à juger les empereurs et non pas aux empereurs à condamner et à juger les prêtres; et pour moi, dit-il, si je voyais un prêtre commettre quelque péché , je le voudrais couvrir de mon manteau royal, de peur qu'on ne le vit.
3° D'autres proposent l'exemple de Robert, roi de France, fils de Hugues-Capet, qui, dans un synode d'évêques, voyant Lambert, évoque de Langres, à cause de la petitesse de sa personne , avoir les pieds pendus en l'air, alla bien loin chercher un marche-pied, et avec grand respect, le posa sous les pieds de l'évêque (Baronius , ann. 1003).
4° Ou de Henry, roi de Germanie, qui, après une glorieuse victoire remportée sur le tyran des Lombards , assistant à un synode qui se tenait à Francfort ] avant que de parler aux évoques, se prosternait en terre, et ne se levait point que l'archevêque qui présidait au concile ne le lui eût commandé (Baron., ann. 1006).
5° Ou de saint Antoine qui, au rapport de saint Athanase, honorait extrêmement les prêtres; oui, le grand saint Antoine, ce patriarche d'un million de saints anachorètes qui vivaient comme des anges; ce grand Antoine , de l'amitié duquel les empereurs faisaient si grand état ; cet Antoine auquel les bêtes farouches obéissaient , au nom duquel les esprits malins frissonnaient, la vie duquel a con-
(Greg., lib. 4, epist. I ad Mauritium Imperat.). Applicabitur ad Deos (Exod. 22, 8). Diisnon detrahes (Greg., ibid., Exod. 22, 28). Id intelligit de sacerdotibus, Legatione pro Ghristo'fungimur (2. Cor. 5, 20). Pro hominibus constituitur in his quue sunt ad Deum (Hebr. 5 , 1).
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verti saint Augustin et tant d'autres personnages; ce grand Antoine, dis-je , honorait tant les prêtres , que, quand il rencontrait un des moindres d'entre eux , il se mettait à genoux , et ne se levait point qu'il n'eût reçu sa bénédiction.
6° Ou du séraphique Père saint François, qui n'osa prendre la hardiesse d'être prêtre, et qui disait que s'il rencontrait en chemin un ange et un prêtre de compagnie, il baiserait la main au prêtre plutôt et plus volontiers qu'à l'ange.
7° De sainte Catherine de Sienne, qui baisait les traces par où les prêtres avaient passé.
8° D'autres enfin, pour la plus grande confusion des chrétiens, leur proposent l'exemple et le fait admirable d'un roi payen. Josèphe rapporte (lib. il, cap. 8 , Antiq. Jud.,) qu'Alexandre le Grand venant en Jérusalem , rempli d'orgueil , enflé par le bon succès de ses armes, Jaddus, qui était le grand-prêtre, vint au devant de lui revêtu des ornements pontificaux et accompagné des Lévites; Alexandre le voyant, dépose son orgueil, renonce à sa fierté, il descend de cheval et se prosterne en terre devant lui ; et ses étendards qui étaient de rouge, couleur de guerre et de sang, il les fit arborer en blanc ; il entre dans le temple , il offre des sacrifices et accorde au prêtre tout ce qu'il désirait. Parménion, son favori, s'en étonnant et lui en demandant la raison, il fit une réponse digne de la grandeur de son nom et de son courage, digne d'être gravée avec la pointe du diamant dans le cœur de tous les chrétiens : Je ne l'ai pas adoré, mais le Dieu dont il est le prêtre. Non, je ne yeux point apporter tous ces exemples , mais l'exemple de celui qui ne peut faillir, qui est la règle et l'exemplaire de toute sorte d'équité.
9° Quand Dieu est obligé de punir le péché de quelque prêtre, il ne le fait pas exemplairement et en public, mais en secret et en cachette, en sorte qu'on ne peut connaître si c'est lui qui les a punis, de peur que par le châtiment on ne conjecture qu'ils ont fait faute. Au chapitre 12e des Nombres, Aaron et sa sœur Marie commettent le même péché, murmurent contre leur frère Moïse, ils ne sont pas néanmoins punis de même façon : Marie est punie exemplairement et à la vue de tout le peuple , son visage devient couvert de lèpre ; mais Aaron , parce qu'il est prêtre , est puni de Dieu en secret dans le tabernacle. Au Lévitique, chapitre 10e, Nadab et Abiu, lévites et neveux de Moïse, revêtus d'habits sacerdotaux et offrant un sacrifice, commirent une faute contre les rubriques du cérémonial : le feu de l'autel se jette sur eux et les étouffe; mais ce fut avec tant de circonspection , qu'il ne brûla pas même un filet de la robe de lin dont ils étaient revêtus , encore que la toile fine soit la vraie pâture du feu : on les trouva morts revêtus de leurs robes , afin qu'on pensât qu'ils étaient morts d'apoplexie , ou de quelque autre accident et non par châtiment de Dieu, tant il a peur de les diffamer.
Au 3e livre des Rois (13), un prophète désobéit à Dieu , Dieu envoie un lion qui l'étouffé; mais il commande au lion de n'entamer point le corps du prophète, de se tenir auprès et de le garder, afin
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qu'on le vienne enterrer et qu'on ne voie pas qu'il est mort par un coup du ciel.
Sabaque, roi de Perse, et Artaxercès, surnommé Longuemain, quand un gentilhomme avait commis quelque faute, faisaient fouetter son habit et laissaient le criminel impuni. Ce grand Dieu fait tout le contraire : quand un ecclésiastique a fait faute , il punit la personne , mais sauve l'honneur de la robe. Faites-en de même, imitez votre Créateur, quand vous récitez une histoire, ou peut-être un conte de moine ou de prêtre, gardez la robe, honorez l'Eglise , contez le fait sans nommer la condition de la personne. N'est-ce pas une pitié de voir maintenant que les prêtres étant sans comparaison plus dignes d'honneur qu'ils n'étaient en l'ancienne loi, il n'y a si petit artisan, simple fille, ni grossier villageois, qui ne se veuille mêler d'en parler, sous prétexte qu'il y en a quelques-uns qui sont vicieux. Quand bien cela serait , vous appartient-il d'en parler? êtes-vous les juges de vos juges? Etes-vous plus sage que Salomon, plus grand que Constantin et plus illustre que les rois? Etes-vous plus dévot que saint Antoine, et plus ardent que saint François et plus innocent que sainte Catherine? Etes-vous plus glorieux qu'Alexandre , plus divin et zélé à l'honneur de Dieu , que Dieu même? Ne savez-vous pas que l'enfant dénaturé Cham reçut la malédiction, pour s'être moqué de son père? que des enfants , pour avoir dit une petite injure au prophète Elisée, furent dévorés par les ours? que Coré, Dathan et Abiron , pour avoir murmuré contre leur prélat, furent engloutis dans la terre? que Dieu a dit par son prophète : Gardez-vous de toucher mes prêtres (Psal. 104, 15)! Que Jésus-Christ leur a dit en particulier : Celui qui vous touche , touche la prunelle de mes yeux (Zachar. 2,8)? et que l'Apôtre a dit : Celui qui résiste à la puissance supérieure, résiste à Dieu et s'acquiert la damnation (Rom. 13, 2)?
Prenons garde ,. mes Pères , Messieurs du vénérable clergé , que nous ne soyons cause , ou au moins occasion de cette témérité , que par nos indévotions et nos immodesties, par nos irrévérences dans les Eglises et nos conversations trop familières avec les femmes , nous ne soyons cause du peu de respect que Ton porte maintenant à notre vocation : Quomodô obscuratum est aurum; mutatus est color optimus (Thren. 4, 1)? Qu'est devenue cette splendeur, et cet éclat qui était autrefois attache à l'état ecclésiastique? l'honneur, le respect, la révérence et la crainte filiale qu'on portait aux prêtres en la primitive Eglise? D'où vient que tout cela est terni et obscurci? c'est qu'alors on ne voyait les prêtres qu'à l'autel et en chaire; et que maintenant on les voit au cabaret, à la comédie, aux jeux et dans les compagnies mondaines : Dispersi sunt omnes lapides sanctuarii in capite omnium platearum.
Souvenons-nous qu'en la messe , quand nous disons Dominus vobiscum, on ne nous répond pas : et tecum ; mais : Et cum spiritu tuo ; pour nous apprendre que nous devons être tout spirituels et qu'il n'y doit rien avoir en nous de corporel , de matériel, ni de charnel; que, comme a remarqué saint Chrysostome, on offrait autrefois pour le péché d'un prêtre le même sacrifice que pour les pé-
De l'honneur qui est dû aux Pères spirituels. 567
chés de tout un peuple ; pour montrer qu'assez souvent un seul péché d'un prêtre est aussi pesant devant Dieu, que plusieurs péchés de tout un peuple. Que saint Bernard dit que les bagatelles en la Louche des séculiers, ne sont que des bagatelles, mais qu'en la bouche des prêtres, elles deviennent en quelque façon des blasphèmes.
Souvenons-nous qu'une âme dévote, au rapport de Denis le Chartreux, voyant en extase les peines du purgatoire, y vit fort peu d'ecclésiastiques; parce, lui dit-on, qu'ils sont tous sauvés s'ils font bien leur devoir, ou damnés s'ils y manquent tant soit peu; que leurs vertus et leurs vices ne peuvent être médiocres et qu'ils sont, dit saint Augustin , semblables à ces figues que le prophète vit(Jerem. 24, 3), dont les unes étaient excellemment bonnes et les autres mauvaises au dernier point.
Quand le premier homme eut péché , il couvrit sa nudité avec des feuilles de figuier : et quand les séculiers offensent Dieu et veulent pallier leur faute , ils se couvrent des exemples de la mauvaise vie des prêtres. Jésus nous dit : Vos estis lux rnundi. Une femme enceinte se blesse souvent parla puanteur d'une chandelle éteinte. Il n'est rien qui fasse plus tôt mourir les enfants de l'Eglise dans le sein de cette sainte Epouse, ni qui les fasse plus tôt sortir de ses entrailles, par des apostasies, que la mauvaise odeur de quelque ecclésiastique vicieux. Nous sommes le sel delà terre, le sel est tiré de l'eau , mais s'il y est réuni et rejoint il se dissout , et perd la propriété qu'il avait d'empêcher la corruption : Aquœ mullœ populi multi , omnis Pontifex ex hominibus assumptus. Le prêtre est séparé du commun par la consécration; quand il se mêle parmi les séculiers et converse trop avec eux , il perd l'autorité qu'il avait de les préserver de la corruption du péché : Ad nihilum valet ultra.
Quand le paon se pare de ses plumes, quand il étale les richesses de son plumage , les autres oiseaux le redoutent et ont pour lui un certain respect naturel ; mais quand il a replié ses ornements, s'il se mêle parmi les autres et se met à manger, il n'y a si petit poulet qui ne prenne la hardiesse de le picoter et lui faire la guerre. Quand on ne voit le prêtre qu'à l'autel, au chœur, ou au confessionnal, on le respecte, on le redoute; mais si, après le service de Dieu, il s'abaisse aux niaiseries des hommes; si, dégénérant de sa noblesse, il se ravale à hanter les tavernes ou les passe-temps et récréations du monde , il n'y a si petit paysan qui ne perde le respect qu'il lui doit et qui ne se mêle d'en médire. SKon nous appelle prêtres séculiers , ce n'est pas qu'il nous soit permis de mener une vie séculière , mais c'est que nous sommes les juges et les directeurs des séculiers; pour nous distinguer des abbés, qui sont juges et supérieurs des réguliers; comme on appelle un lieutenant criminel, non qu'il lui soit permis d'être criminel , mais parce qu'il est juge des criminels. Nous sommes les juges des autres, mais Dieu est notre juge, il couvre, il cache et dissimule nos fautes : mais il les examinera plus exactement, il les jugera plus sévèrement et il les punira plus rigoureusement.
Sauveur Jésus, grand Pontife de nos âmes, ne permettez pas que
5G8 Sermon LIV.
nous vous en donnions le sujet , ne permettez pas qu'on puisse dire : Ut populus sic sacerdos : vous êtes notre héritage , notre sort et notre partage : nous l'avons dit quand on nous a faits clercs : Dominus pars hœreditatis mese. Ne permettez pas que nous puissions dire : Hœreditas nostra versa est ad alienos. Que vous, qui êtes notre héritage, apparteniez à d'autres plus qu'à nous ; qu'il soit dit que de petites filles vous aiment , vous honorent et vous reçoivent en la sainte communion plus souvent , plus dévotement et plus fructueusement que nous. Faites que notre bouche ne soit employée qu'à faire retentir vos louanges, que nos mœurs et nos déportements expriment et représentent vos actions, que nos cœurs ne soient enflammés ni occupés que de votre amour.
Te nostra , Jesu , vox sonet, Nostrique mores exprimant ; Te nostra corda diligant , Nunc et per omne sseculum. Amen.