‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 71 sur 85 · DU DEVOIR DES MAÎTRES ENVERS LEURS SERVITEURS · texte numérisé non relu

DU DEVOIR DES MAÎTRES ENVERS LEURS SERVITEURS

Honora patrem tunm , et matrem tuam ; ut sis longœvus super terram. Honorez votre père et votre mère; afin que vous viviez longtemps sur la terre.

(Exod. 20.)

Il doit y avoir une si bonne intelligence et tant de charité entre les fidèles j que les supérieurs aient toujours des tendresses et des affections paternelles envers les inférieurs ; ainsi que les inférieurs des respects et des soumissions filiales envers leurs supérieurs. Pour ce sujet, encore que le quatrième commandement, selon le son des paroles , ne traite que du devoir réciproque des pères et des mères envers leurs enfants et des enfants envers leurs pères et leurs mères : selon le sens et la signification , il se doit étendre aux obligations des maîtres envers leurs serviteurs et des serviteurs envers leurs maîtres et leurs maîtresses : aujourd'hui nous traiterons des maîtres.

Mais comme il n'y eut jamais de souveraineté plus excellente , ni plus relevée que la vôtre , ô sainte Vierge ! votre autorité a été t noble , si éminente et si divine, que le Roi des rois a relevé de vous; il a été longtemps le Fils du Père éternel avant que d'êtrt votre Fils; mais à même temps qu'il a commencé d'être son serviteur, à même temps il a commencé d'être votre sujet : Erat subditus tïbi ; il s'est si fort accoutumé sur la terre à se rendre complaisant à toutes vos volontés, qu'il garde encore cette coutume dans le ciel , qu'il y exauce les prières que vous lui faites pour les pauvres pécheurs qui recourent à vous , comme nous faisons dévotement : Ave , Maria.

IDEA SERMONIS

Exordium. — An inter Cliristianos debeant esse servi. I. Punctum. — I. Exhortatio ad Dominos pro eharitate in servos. 1. Scripturâ. —

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II. 2. Patribus. — III. 3. Rationibus : 1° Ex parte Dei; 2° Ex parte servorum , quia sunt homines sicut tu, fratres tui, fratres Christi , et paenitentiam agentes; 3» Ex parte tuî, spiritualiter ; 4° Temporaliter; 5» Ex parte familice. — IV. Exemplis : 1» Naaman ; 2° Pétri à Luxemburgo; 3" Sancti Martini; 4° Sancti Pauli; 5» Aiigeli ; 6° Christi.

II. PiœcruM. — V. Débita Dominorum in servos : 1» Corde; 2» Ore ; 3» Opère. — VI. In Dominos qui seducunt aneillas suas : 1° Ex parte ancilla?; 2» Domini; 3° Peccati. — VII. Monita pro servis.

Conclusio. — Per recapitulationem argumentorum.

Exorde. — Le bien-aimé disciple de Jésus, saint Jean l'Evangéliste (1. Joan. 3, 8), parlant de l'incarnation et des motifs très-importants qui ont porté le Verbe divin à l'accomplissement de ce grand mystère, dit qu'il a daigné descendre ici-bas et épouser notre nature, afin de réparer les ouvrages de Dieu, de détruire les œuvres du diable, de ruiner les effets du péché et de nous faire rentrer heureusement dans les droits et privilèges que nous possédions au siècle d'or de l'innocence et de la justice originelle. Or, entre les incommodités temporelles que le péché a apportées au monde, une des plus onéreuses, déplaisantes et fâcheuses, et contraires à notre inclination naturelle , c'est la servitude et la sujétion. Il est vrai que selon la doctrine de la théologie expliquée par saint Thomas (1 p., q. 96, art. 4), en l'état d'innocence il y eut des supérieurs, parce qu'il y eut eu diversité et inégalité d'âge , de sexe, d'esprit, de science et de vertu; mais leur supériorité eut été douce, paternelle, amoureuse et condescendante, non pas austère, tyran nique, impérieuse et arrogante; supériorité de direction et non de domination, de conduite et non pas d'empire, politique et non pas despotique, utile et profitable , non quasi insupportable.

Saint Augustin (lit). 19 de Civit., c. 45) a très-bien remarqué qu'en la Genèse , avant le péché, Dieu donne seulement à l'homme l'empire sur les poissons de la mer, sur les oiseaux de l'air et sur les bêtes de la terre, mais non sur d'autres hommes : Prœsit jpiscibus maris et volatilibus cœli, non pas hominibus ; Jwminem rationalem factum ad imaginem suam, noluit nisi irrationalibus dominari, non hominem homini , sed hominem pecori. Et de là vient, comme le même saint ajoute, et que saint Chrysostome (homil. 29 in Gènes.) l'a aussi observé, qu'au commencement du monde, les p'remieis justes étaient pasteurs des bêtes brutes, non princes et souverains des hommes : Primijusti pastores pecorum, magis quàm reges hominum constituti sunt; et qu'on ne trouve en l'Ecriture, ce mot d'esclave ni de serviteur, qu'après le péché de Cham , lorsque le juste Noé (Gènes. 9, 25) condamna sa postérité à la servitude, en la punitiofi de ce qu'il s'était moqué de son père. Vu donc que Jésus est venu ruiner les effets du péché et nous rétablir dans les prérogatives et les droits de l'état d'innocence, son intention est que les chrétiens, à proprement parler, n'aient point de serviteurs; ou s'ils en ont, qu'ils ne les traitent point fièrement, impérieusement et en esclaves; mais civilement, courtoisement et en frères; qu'il y ait entre eux une mutuelle servitude, ou pour mieux dire, service, assistance et office réciproque de charité.

Premier point. — I. Il le dit en paroles expresses la veille de sa

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mort, quand il fait son testament, et qu'il déclare sa dernière volonté. Rcges gentium dominantur eorum , vos autem non sic. Il savait qu'il y aurail des rois et des princes en son Eglise, et il dit : Je ne veux pas que les rois chrétiens fassent comme les empereurs payens,que leur prétention soit de dominer et de gourmander leurs sujets , mais de les conduire et gouverner. Il entend le même à plus forte raison des subalternes; et son. apôtre saint Pierre, parlant aux prélats ecclésiastiques, avance : Non dominantes gregi , sed forma facti gregis (1 . Petr. 5, 3) ; il ne dit pas seulement qu'ils doivent être l'idée , le modèle et le patron , mais la forme de leur troupeau; parce que la forme se donne, se répand et se communique libéralement à tout le sujet dont elle est la forme. Et saint Paul, après avoir recommandé aux serviteurs de rendre service à leurs maîtres fidèlement, sincèrement et avec affection, ajoute que les maîtres leur en doivent faire de même : Et vos Domini eadem facite illis (Ephes. 6, 9).

II. Saint Augustin a très-bien remarqué qu'en la maison des vrais chrétiens, il y a service réciproque entre les supérieurs et les inférieurs, parce que les supérieurs ne gouvernent pas par ambition , ni par démangeaison de commander; mais par charité, par providence, par devoir et désir de bien régler la famille '. Et le même saint a aussi remarqué que selon les maximes de l'humilité chrétienne, les maîtres doivent avoir plus de répugnance à commander que les serviteurs n'en doivent avoir à obéir, et que les justes dont l'Ecriture fait mention, ont à la vérité avantagé leurs enfants par-dessus leurs serviteurs, en ce qui est des biens temporels; mais en ce qui est des biens spirituels et du salut de l'âme, ils ont eu autant de soin de leurs serviteurs que de leurs enfants mêmes. Et de là est venu, dit-il, le nom de père de famille; dont les plus injustes sont bien aises d'être honorés : ils sont pères de famille, dit-il, et non maîtres de famille; or, ce mot de famille vient de famulus qui signifie serviteur. Si vous êtes vrai père de famille , dit saint Augustin, vous aurez soin que vos valets servent Dieu, et gagnent le paradis, comme s'ils étaient vos propres enfants 2. Et il est très-important de leur faire savoir de bonne heure, dès le commencement, dès qu'ils entrent à votre service , et le leur répéter et inculquer sérieusement de temps en temps : Ecoutez , je vous déclare que je vous prends autant et plus pour servir Dieu que pour me servir ; que je n'excuserai point sitôt les offenses que vous ferez contre Dieu que celles que vous ferez contre moi ; que je veux que vous fassiez céans votre salut, que vous priiez Dieu à genoux le soir et le matin, que vous ne juriez point, que quand vous jurerez je ne vous croirai pas ; que vous ne disiez point de

1 In domo justi viventis ex fide , etiam qui imperant serviunt eis quibus videntur imperare : nec enim dominandi cupiditate imperant sed officie- consulendi, nec principandi superbiâ , sed providendi misericordiâ (Aug., 1. 49 de Civit., c. 4 4).

2 Magis debent patres, quod dominantur, servi tolerare quod serviunt (Aug., 1. 19 de Civit., c. 46). Qui veri patres familias sunt, omnibus in familià sua tanquam filiis ad colendum et promerendum Deum consulunt (Aug., ibid.).

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paroles déshonnêtes , el que vous vous confessiez tous les mois. Vous devez même garder quelquefois les enfants, ou la boutique, et envoyer vos gens au sermon , car vous en savez assez , et ils en savent trop peu; vous pouvez lire Grenade, ou quelque autre bon livre au lieu du sermon , et ils ne savent pas lire.

III. 1° N'est-ce pas la raison? ils sont plus à Dieu qu'à vous ; ils sont donc plus obligés de servir Dieu que de vous servir; et môme ils ne vous doivent servir que pour l'amour de Dieu : Mei enim servi sunt, ne affligas eos per potentiam (Levit. 25, 42). Si un de vos amis vous avait donné un serviteur, vous en auriez soin en considération de celui qui vous l'aurait donné.

IV. 2° Votre serviteur appartient à Dieu , et il est sa créature aussi bien que vous. C'est la considération que Job faisait : Numquid non in utero fecit nie, qui et illum operatus est (Job. 31 , 15). Vous êtes de même pâte que lui, tiré du néant comme lui, le même Créateur qui vous a formé, la formé, il est l'ouvrage du même Dieu que vous; que dis-je? l'ouvrage de Dieu; il est son fils par adoption. Saint Cromace, martyr, préfet de Rome, ayant converti et fait baptiser tous ses esclaves , les affranchit , disant : Vous êtes maintenant les enfants de Dieu, ce n'est pas la raison que vous soyez les esclaves d'un homme.

C'est une chose bien indécente que vous traitiez votre valet comme un esclave, comme un forçat ou comme une bête, lui qui est enfant de Dieu et par conséquent votre frère. Saint Paul écrivant à un gentilhomme de Colosse nommé Philémon , en faveur de son esclave Onésime : Je vous envoie votre serviteur que j'ai converti, lui dit-il, ne le traitez plus comme votre esclave, mais comme votre frère. Oui, vous gentilhomme, pour noble et illustre que vous soyez , oui votre esclave , vous le devez tenir pour votre frère, régénéré du même baptême dans le sein d'une même église, racheté du même sang, participant des mêmes sacrements, sanctifié du même Saint-Esprit, nourri du même corps adorable. Que disje, votre frère, dit saint Chrysostome (Iiomil. 22, ad Ephes.), il est frère de Jésus-Christ, enfant d'un même père, appelé à la même gloire et cohéritier du même royaume.

Il fait pénitence et souffre avec Jésus; il mérite donc de régner et d'être glorifié avec lui. Ne vous semble-t-il pas que c'est une pénitence bien rude et bien méritoire s'ils la savent prendre comme il faut, que de voir tous les jours les autres assis à table, faire bonne chère , dire et faire tout ce qui leur plaît, dormir, jouer ou se promener tant qu'ils veulent; et eux n'avoir que le^ restes, être tout debout derrière leur maître , tète nue , n'oser dire leurs sentiments, se coucher bien tard , se lever bien matin, sans autre règle que la pure volonté d'autrui, faire mille choses contre leur inclination, dépendre du tiers et du quart, de monsieur, de madame sa mère , de sa femme et de ses enfants; s'ils savent porter ces mortifications vertueusement et pour l'amour de Dieu, il n'y a guère de religieux qui en souffrent de plus rigoureuses. Un religieux, quoique frère lai, est honoré partout, même dans la maison des grands , il a les heures de son repas et de son repos réglées, il n'a que son supérieur à contenter, il n'a pas les restes des autres ; s'il

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les choisit par mortification, on le regarde comme un saint; s'il est malade, il est assisté comme un prince, tant on a de charité; on vendrait plutôt les calices que de le laisser dans le besoin. Mais les pauvres serviteurs sont humiliés partout, rebutés et méprisés partout, bafoués et traités comme les balayures de la maison, faisant leur pénitence en cette vie et leur purgatoire en ce monde : il est croyable qu'ils ne demeureront pas longtemps au purgatoire de l'autre.

3° Ils iront en paradis avant vous , et quand ils y seront vous réclamerez leur secours; mais si vous les avez maltraités, Dieu ne permettra pas qu'ils vous assistent, comme il ne permit pas que le Lazare favorisât d'une goutte d'eau le riche qui avait dédaigné de lui donner des miettes de pain. Ce n'est pas moi qui dis ceci pour flatter vos serviteurs , c'est Jésus-Christ même qui vous en avertit et qui vous donne cet avis salutaire : Gagnez les bonnes grâces de vos serviteurs et des pauvres, afin qu'après votre vie ils vous reçoivent aux tabernacles éternels : Facile vobis amicos clemaminonâ iniqvitatis , ut cùm defeceritis recipiant vos in œterna tabernacula (Luc. 16, 9).

4° Il y va même de votre intérêt temporel. Si vous avez soin de l'entretien de leur corps, vous gagnerez l'affection de leur cœur, et quand l'affection est gagnée, tout est gagné. Le cœur est le donjon et la citadelle en l'homme; quand il est une fois emporté , on a aisément tout le reste. Quand votre serviteur a de l'amour et de l'affection pour vous, il fait plus d'ouvrage en un jour qu'il n'en ferait en une semaine; si vous avez soin de son salut, il aura l'amour et la crainte de Dieu, et s'il vous sert pour l'amour de Dieu, il le fera de bon cœur et de bonne grâce , comme saint Paul lui recommande; s'il a la crainte de Dieu, il craindra de l'offenser en vous offensant , il aura peur de blesser sa conscience , vous faisant tort en vos biens ou en votre réputation , ou manquant à l'obéissance, à l'honneur et à la fidélité qu'il vous doit.

Saint Ephrem, diacre d'Edesse, rapporte qu'un bon bourgeois avait un serviteur qui était un second Joseph, si consciencieux et si fidèle, que son maître lui confiait tout : ce serviteur, touché d'une dévotion déréglée ou mal fortunée, eut envie d'aller au désert et de se faire religieux ; le maître craignant de perdre un serviteur si adroit et si diligent fit tout son possible pour le lui dissuader, mais il ne put. Quelques années après, ce pauvre religieux se -dégoûtant de la solitude et de la vie monastique , revient trouver son maître, lui découvre sa plaie, le prie de le recevoir en sa maison au même rang et office qu'il avait, qu'il le servirait encore mieux qu'il ne faisait auparavant. Je m'en donnerai bien de garde , lui dit-il; car si vous n'avez pas gardé ce que vous aviez si saintement promis à Dieu tout-puissant et immortel , comment pourrais-je espérer que vous garderez ce que vous promettez maintenant à un homme mortel et chétif? Le religieux recevant cette réprimande comme un petit coup de fouet, s'en retourna tout honteux, mais bien repentant en sa cellule. Cependant ce bon homme avait raison; car si vos serviteurs ne sont pas fidèles à Dieu, ils le seront encore moins à leur maître; et s'ils offensent Dieu pour rien en le blasphémant

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et reniant , ils l'offenseront beaucoup plus pour de l'argent en vous dérobant ou trahissant.

5° Et puis s'ils sont vicieux , ils donneront à vos enfants la teinture de leurs vices; ils leur apprendront des saletés , des friponneries et des dissolutions, ils communiqueront par contagion leurs mauvaises inclinations à tous vos domestiques et ils attireront sur votre famille la malédiction de Dieu; au lieu que s'ils sont vertueux, Dieu bénira votre maison à leur considération, comme il bénit la maison de Laban pour l'amour de Jacob ; celle de Putiphar pour l'amour de Joseph ; celle de Nabuchodonosor, pour l'amour de Daniel; celle d'Assuérus, pour l'amour de Mardochée, et celle d'un jeune prince des Vandales, pour l'amour de saint Paulin ; il ne faut quelquefois qu'un bon serviteur ou qu'une servante dévote pour faire tout le bonheur et la bénédiction de la maison.

V. Exemples. — 1° Témoin Naaman, connétable du roi de Syrie; il était infecté de lèpre et fort incommodé de sa personne ; une petite servante qu'il avait en sa maison prit la hardiesse de dire à sa femme : Je voudrais qu'il m'eût coûté et que Monsieur eût été à notre pays, car il y a là un prophète nommé Elisée, qui , assurément, le guérirait. Il y va sur cette parole (4. Reg. 5, 40), le Prophète lui commande de se baigner sept fois au fleuve du Jourdain, et comme il s'en retournait tout en colère, méprisant ce commandement , ses serviteurs lui dirent : Mon père , si le Prophète vous avait commandé quelque chose de bien difficile , il la faudrait faire pour votre santé , à plus forte raison ne devez-vous pas négliger une chose si facile? Il les croit , il se va baigner, il sort de l'eau en parfaite santé. Voyez, c'était un grand seigneur, connétable d'un grand royaume , et. néanmoins il donne la liberté à une petite esclave de lui dire ses pensées ? Il est si bon à ses serviteurs qu'ils l'appellent leur père : Pater, etsi rem grandem dixisset tibi; il écoute leur conseil et le suit contre ses propres sentiments, et il s'en trouve bien.

2° Le bienheureux Pierre de Luxembourg était issu de sang royal, évoque dé Metz, et cardinal si saint qu'il a fait plus de quatre mille miracles; étant au lit de la mort, lorsque les saints sont plus éclairés comme étant plus proches de la lumière de gloire, il fît appeler tous ses serviteurs , et leur demanda s'ils étaient contents? puis leur demanda très-humblement pardon de ce qu'il ne les avait pas appelé ses frères, et il en fit sur-le-champ en leur présence une fort rude pénitence, les obligeant de lui donner chacun un coup de discipline. J

3° Saint Martin chérissait tendrement ses serviteurs, non-seulement depuis qu'il fut fait évoque , ou depuis qu'il fut baptisé, mais n'étant encore que catéchumène, étant encore cavalier en l'armée de l'empereur, il agissait avec son valet comme s'il eut été son frère.

4° Saint Paul avait appris au troisième ciel comme il faut vivre pour être parfait; cependant il écrit une lettre tout exprès à un gentilhomme , il l'écrit de sa propre main contre sa coutume , une lettre tout entière , et une lettre qui est Ecriture sainte , une lettre en laquelle non-seulement il déploie les richesses de sa rhétorique

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naturelle et acquise; mais il y emploie l'éloquence du Saint-Esprit qui le possédait, et qui a dicté les écritures canoniques, il écrit disje cette lettre à Philémon , pour lui recommander un esclave, et un esclave fugitif, un esclave qui avait dérobé son maître; il appelle cet esclave son très-cher, son frère, son fils et ses entrailles, parce qu'il était chrétien : et il dit k ce gentilhomme : Pardonnez-moi la faute qu'il a faite, recevez-le comme vous me voudriez recevoir; traitez-le comme votre frère : In carne et in Domino; tant c'est chose digne d'un fidèle , et conforme à la sainteté et l'humilité chrétienne, que d'avoir soin des serviteurs.

5° Au livre delà Genèse (16, 7, et 21, 17), un ange descend du ciel tout exprès par deux fois, pour consoler une pauvre servante égarée , Agar, servante d'Abraham ; pour lui remontrer son devoir, pour l'exhorter de retourner à la maison de son maître et être plus humble qu'elle n'était.

6° Mais quel exemple plus authentique et efficace, que celui de Jésus; il disait à ses Apôtres : Vous m'appelez votre maître, et vous dites vrai, car je le suis; mais je ne vous appelle pas mes serviteurs, car je vous appelle mes amis , et je vous traite comme tels : Non dicam vos servos sed amicos; et le Fils de Dieu n'est pas venu pour être servi, mais pour servir : Non venit ministrari , sed ministrare? comment est-ce que cela est vrai? la sainte Vierge ne l'a-t-elle pas servi? sainte Marthe ne l'a-t-elle pas servi? les femmes dévotes qui le suivaient , ne l'ont-elles pas servi ? C'est qu'il ne recevait pas leur dévotion comme des services et des devoirs ; mais comme des œuvres de charité et de miséricorde; comme des aumônes qu'elles lui faisaient en sa nécessité. Si vous étiez en cette disposition envers vos serviteurs , vous ne les traiteriez pas comme vous faites, vous leur rendriez les offices de charité et de justice chrétienne que vous leur devez en trois manières , à savoir, de cœur, de parole et d'œuvre.

Deuxième point. — VI. 1° Premièrement de cœur et d'affection : car, quoi qu'ils soient vos serviteurs, ils sont néanmoins vos prochains ; et la loi de nature vous oblige à aimer vos prochains comme vous-même , ils sont chrétiens , et vous aussi; et la loi du christianisme vous oblige d'aimer tous les chrétiens d'un amour de charité. Si vous n'avez la charité, vous n'êtes rien, dit saint Paul, et la charité n'est pas un amour d'intérêt , ni de concupiscence : si vous avez la charité, vous les aimerez, non-seulement quand ils sont adroits, forts, robustes et en bonne santé; mais aussi quand ils sont grossiers, faibles et incommodés, comme le Centenier de l'Evangile, à qui son serviteur était cher et précieux tout malade qu'il était, et atteint de paralysie, qui est une maladie incurable : Erat Mi pretiosus; d'où vient qu'il employait ses amis pour lui près du Sauveur, et qu'il prenait la peine d'y aller lui-même. Si vous avez ainsi de la charité pour eux, vous prendrez soin pour les instruire , ou faire instruire en la connaissance , amour et crainte de Dieu, de les envoyer au sermon, vos servantes aux Ursulines, ou bien à votre confesseur, pour leur apprendre les mystères de la sainte Trinité, de l'Incarnation , de l'Eucharistie et les commande-

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ments de Dieu , comme ils se doivent confesser et prier Dieu soir et matin: Qui rnisericordiam habet, docet, et erudit quasi pastor gregem suum (Eccli. 18, 13).

On peut remarquer en l'Ecriture (Petr. 2), que les Apôtres ont eu plus de soin d'instruire les serviteurs en leurs épîtres canoniques , qu'aucune autre personne, de quelque condition que ce soit. Saint Paul les instruit dans la première épître aux Corinthiens (1. Cor. 7), aux Ephésiens (Ephes. 6), aux Colossiens (Colos. 3), aux Hébreux (Heb. 13), aussi bien que dans la première à Timothée (Tim. 6), et à Tite (Tit. 2). Et saint Chrysostome dit très-bien : Ce n'est pas merveille si les serviteurs sont vicieux, parce que personne ne travaille pour les former à la vertu ; que les maîtres ne pensent qu'à tirer service d'eux , vos enfants ont leur père et leur mère , leur régent et leur maître qui veillent sur eux, qui ne leur permettent pas d'aller partout où ils veulent, qui tâchent de les former à la piété et à l'honnêteté pendant plusieurs années ; la considération de leur naissance, de leur condition et de leurs parents les devrait tenir en bride; et néanmoins ils ont bien de la peine de se tenir dans leur devoir, et de s'abstenir des débauches. Combien plus les serviteurs, sur qui personne ne veille, que personne n'instruit, que personne ne reprend, n'avertit et n'enseigne.

2° Vous les reprenez bien quelquefois : Rémittentes minas (Ephes. 6); mais c'est par intérêt, quand leurs fautes vous sont dommageables , et vous ne les reprenez qu'en colère , avec menaces, avec blasphèmes, avec imprécations, injures et malédictions : Qui conturbat domum suam possidebit ventos (Prov. 11 , 29). Celui qui est impatient, colérique et turbulent dans la maison, ne possède que du vent , ses serviteurs lui disent de belles paroles, ils font de beaux semblants en sa présence; en derrière ils font des grimaces et se moquent de lui ; ils font mal, et il en est la cause. Car la correction est une médecine : or, quand vous donnez si souvent une médecine à un malade, elle n'opère pas'beaucoup, parce que l'estomac s'y apprivoise, et quand vous reprenez si souvent vos serviteurs vous les étourdissez de vos crieries; ils disent que c'est votre coutume, et ainsi la correction n'a point d'effet sur eux : Ab assuetis non fit passio.

3° Quant aux œuvres , vous devez faire en votre famille qui est un petit monde , comme Dieu fait en ce monde, qui est une grande famille : Omnia in numéro, pondère et mensurd, en nombre , en poids et en mesure. ;

En nombre , c'est-à-dire que le luxe et l'ambition ne soient pas cause que vous ayez plus de serviteurs qu'il ne convient à votre état, selon la modestie chrétienne. Que l'avarice ne soit pas cause que vous en ayez moins qu'il ne vous est nécessaire : car quand il y en a trop , ils sont fainéants , et ils s'empêchent les uns les autres ; ils remettent les choses l'une sur l'autre, et vous ne les payez pas bien ; quand il y en a trop peu , ils sont accablés , ils ne font les choses qu'à demi, et par manière d'acquit; vous vous en plaignez et eux aussi : il n'ont pas le loisir de prier Dieu pour se rendre gens de bien : Ce sont des instruments vivants, dit Aristote (lib. 1, c. 8, Polit, et lib. 7, c. i); or, les instruments doivent être réglés,

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définis et proportionnés à l'ouvrage; s'il y en a trop, ils s'empêchent et se nuisent ; s'il y en a trop peu , ils ne peuvent pas bien servir.

En poids , c'est-à-dire que vous donniez le rang en votre maison, et la part à vos bonnes grâces, les charges et les offices à chacun d'eux selon leur mérite ; comme nous voyons que le Créateur a placé les éléments selon l'exigence de leur nature, les plus nobles et subtils au plus haut lieu ; les plus massifs et matériels, au centre et au plus bas. Vous aimez et favorisez plus entre vos domestiques, non ceux qui le méritent mieux, mais ceux qui sont plus dissimulés, ceux qui sont plus adroits à vous flatter, ceux qui vous font des rapports à perte de vue, ou ceux qui savent mieux s'ajuster à vos imperfections; ce n'est pas tenir bien droite la balance de la justice, et faire tout in pondère.

En mesure , c'est-à-dire que le travail et l'emploi que vous leur donnez, soit mesuré et proportionné aux forces, aux talents, à la portée et capacité de chacun; que les gages que vous leur payez soient correspondants au travail, à la diligence et au temps qu'ils ont employé à votre service : ne pensez pas être excusé devant Dieu de leur payer le salaire convenable , et proportionné à leur travail, sur ce qu'ils sont pauvres ou abandonnés, et qu'ils ne sauraient où aller si vous ne les recueilliez. Si vous achetiez d'un pauvre homme du blé , du linge ou de l'étain la moitié moins que la chose ne vaut, sur ce que la nécessité l'obligerait de le vendre, seriez-vous excusé du péché et d'obligation à la restitution? Vous achetez le travail de votre serviteur beaucoup moins qu'il ne vaut en effet, et au jugement des gens de bien : pensez- vous être justifié devant Dieu ! pensez-vous être impuni , si vous le traitez comme un esclave, si vous le nourrissez comme un forçat ou comme un chien, si vous ne lui tenez pas ce que vous lui avez promis, si vous l'empêchez par menaces ou par autre voie d'aller servir un autre maître où il trouverait mieux son compte? si vous retenez ses gages ou une partie, sur ce que vous avez perdu quelque chose qu'il n'avait pas en charge ? vous n'êtes pas assuré qu'il l'ait dérobé et vous êtes assuré que vous lui devez ses gages, pourquoi retiendrez-vous une dette certaine, pour la compensation d'un dommage incertain {Levit. 19, 13)? Quand un mercenaire a fait une journée pour vous, si vous attendez jusqu'au lendemain, contre sa volonté, à lui payer dix sols qu'il a gagnés, Dieu dit que c'est un péché qui crie vengeance contre vous, et qu'il exaucera cette clameur. Non morabitur apud te opus mercenarii tui usque manè, eâdem die reddes ei pretium laboris sui, ante solis occasum, quia pauper est, ne clamât contra te ad Dominum et reputetur tibi in peccatum (Deuter. 24, 14).

Vous différez un , deux et trois ans de donner les gages à votre servante , et vous êtes cause que pour s'entretenir, elle prend à crédit chez le marchand les denrées qui lui coûteront beaucoup plus cher qu'elles ne seraient argent comptant; et vous pensez être innocente ! c'est illusion que cela.

VII. 1° Or, si c'est un grand mal de retenir à votre servante une petite pièce d'argent , quel horrible et exécrable crime est-ce , que

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de lui vouloir ravir ce qu'elle doit avoir de plus cher et de plus précieux en ce monde, son honneur et sa pudicité? Pauvre fille, pauvre orpheline, pauvre désolée et pressée des misères du temps, de la faim , de la nécessité ou de la disette , comme un vaisseau battu de l'orage , elle s'est réfugiée en votre maison , pensant y avoir un havre et un port assuré, et elle y trouve un écueil ! elle y fait débris et naufrage de ce que la mauvaise fortune avait respecté et épargné en elle : que fera-t-elle, la pauvre infortunée, après une telle perte? Vous l'avez amorcée à la volupté , vous lui avez donné la pente du vice , elle s'y laissera aller, elle commettra les péchés mortels à douzaines, à centaines et à milliers, par pensées, par paroles, par actions, et ils vous seront tous imputés, parce que vous en êtes cause , que vous en êtes le principe et le premier moteur. Quand elle entra en votre maison, il eût mieux valu pour elle qu'elle fût entrée en la caverne d'un lion, qu'elle eût rencontré u;i tigre ou un léopard qui l'eût déchirée et mise en pièces; car elle n'eût perdu qu'une vie caduque et périssable; et vous lui faites pi3rdre son corps et son âme , son salut et sa réputation, la grâce de Dieu, le repos de sa conscience et le droit à la vie éternelle.

2° Vous son maître, qui devriez lui remontrer son devoir, qui devriez être jaloux de son honneur, qui devriez lui servir de père, puisque vous êtes père de famille; est-ce ainsi que vous abusez de l'autorité que Dieu vous a donnée? La puissance que vous avez sur vos domestiques vient de Dieu, dit saint Paul : Non est potestas nisi à Deo, et par conséquent c'est une chose sainte, c'est une émanation et une participation de la souveraineté de Dieu, et en cette qualité vos serviteurs sont obligés de la révérer, de l'honorer ; et vous la profanez, et vous vous en servez pour commettre une des plus méchantes , des plus noires et des plus infâmes actions qui se puissent imaginer, pour corrompre la simplicité, et la pureté d'une pauvre innocente.

3° Et où est la foi publique? où est le droit des gens? où est le respect que vous devez aux lois divines et humaines? Si votre servante vous avait dérobé une tasse d'argent , pour en assister sa mère qui est pauvre, que diriez-vous? quelles crieries et quelles tempêtes, quels reproches et quelles invectives ne feriez-vous pas? Vous la mettriez en cause , vous la feriez mettre en prison et punir exemplairement? Un larcin domestique! à qui se fiera-t-on dorénavant? et de qui serons-nous plus assurés, si nous ne le sommes de ceux de notre maison? Et vous lui voulez ravir, non pjis par pauvreté et par nécessité, mais par une volupté brutale, ce qui est plus précieux que tout l'or et l'argent du monde , ce que tant de sages filles ont préféré à leur propre vie, ce que la Vierge des vierges n'eût pas voulu perdre pour être mère de Dieu? Et vous pensez demeurer impuni? Et le père des orphelins, le très-juste et redoutable vengeur des oppressions tyranniques, ne s'en ressentira pas! Les lois humaines mettent grande différence entre l'injure d'un serviteur envers son maître, et l'injure d'un maître envers son serviteur : elles punissent bien plus rigoureusement l'un que l'autre : mais les lois divines n'en font pas de même, dit saint (.Ihrysoslome (homil. 22 ad Ephes.). Quand vous seriez prince,

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quand vous seriez roi , si vous usez d'oppression envers vos serviteurs, vous serez puni aussi rigoureusement, et encore plus que le moindre de vos sujets : Exiguo conceditnr misericordia , potentes potenter tormenta patientur. En la présence de Dieu et au parquet de sa justice, il n'y a point de maîtres, de princes, ni de rois, tous v'stnt roturiers , serviteurs et esclaves : Non est personarum acceptio apud Deum, Dieu n'a acception de personne. Si vous êtes puissant, il punira vos crimes puissamment; si vous êtes serviteur, il ne recevra pas l'excuse que vous lui apportez. J'ai commis tel péché, mais c'a été malgré moi et par le commandement de mon maître, vous serez damné malgré vous, et par le commandement du souverain Maître.

VIII. A votre avis, qui a plus de droit de vous commander, ou le Créateur ou la créature? Si votre maître vous commandait quelque chose contre le service du roi, seriez-vous tenu de lui obéir; et vous lui obéissez contre le service de Dieu. A qui avez-vous plus d'obligation , ou à votre Dieu ou à un homme mortel : est-ce votre, maître qui vous a créé, qui vous a racheté ou qui a donné son sang pour vous? Il vous donne l'entretien de la vie, il est vrai ; mais Dieu a donné pour votre amour sa propre vie. Votre maître vous donne du pain et quelque viande corruptible pour votre nourriture; mais Jésus-Christ vous nourrit du pain des anges, de sa chair précieuse et adorable. Votre maître s'est obligé à un petit salaire d'une pièce d'argent; mais Dieu vous réserve des récompenses et des couronnes éternelles.

Votre maître vous fait de belles promesses , il vous fait espérer des montagnes d'or, en cas. que vous consentiez à sa passion brutale ; pauvre malavisée, seriez-vous pas bien simple d'ajouter foi à ces piperies? N'en avez-vous pas vu tant d'autres qui ont été abusées par de semblables amusements, et qui sont devenues malheureuses? Quand il vous aura déshonorée, il se moquera de vous et vous mettra hors de sa maison. Montrez-lui que vous êtes plus sage qu'il ne pense, renvoyez-le si brusquement à la première parole qu'il vous dit , qu'il n'ait pas sujet d'y retourner pour une seconde fois; s'il vous en parle derechef , dites-le à votre maîtresse et demandez votre congé.

Allez, pour méchant et vicieux qu'il soit, il aura bonne opinion de vous et vous respectera; car enfin, la vertu se fait honorer partout : on redoute toujours ceux qu'on sait être bien avec Dieu ; on juge avec raison que ceux-là sont fidèles aux hommes qui se montrent fidèles à Dieu. David n'était qu'un petit bergerot, et Saûl était un grand roi; cependant Saiil redoutait David, parce que David était homme de bien, et que Saiil était un méchant homme. Le patriarche Joseph était étranger et esclave en la maison du Putiphar, et, parce qu'il y fut reconnu craignant Dieu, il y avait autant de crédit et de puissance que le maître. Faites comme lui : il aima mieux être calomnié, jeté au fond d'une basse-fosse et courir risque de sa vie, que d'obéir à sa maîtresse qui le sollicitait de commettre un adultère. Mais nous parlerons à fond aux serviteurs demain Dieu aidant.

Du devoir des Maîtres envers leurs Serviteurs. 579

Conclusion. — Concluons, instruisant les maîtres par un précis et une récapitulation de tout ce qui a été dit en ce discours. Si vous êtes vrais chrétiens, c'est-à-dire disciples de Jésus, et attachés à ses maximes, vous devez chérir vos serviteurs, avoir des tendresses pour eux, et même des sentiments de respect; car ils sont les images de Dieu , ses portraits et les extraits de sa divinité , images faites non par un peintre mortel , mais par la main toutepuissante du Créateur, sur un fond très-noble et très-excellent ; ils sont les membres de Jésus Christ, entés et insérés sur son corps, animés de son esprit, alimentés de sa chair, marqués de son caractère et sanctifiés par sa grâce; ils sont les temples du Saint-Esprit. Oui, saint Paul le leur déclare que même leurs corps sont le domicile et le sanctuaire du Saint-Esprit : Membra vestra templum sunt Spiritûs Sancti (1. Cor. 6, 19), et vous n'en faites non plus d'état que si c'étaient des esclaves, des payons et des bêtes brutes.

Videte ne conternnatis , angeli enim eorum semper vident faciem Patris : ils ont des anges gardiens qui en font tant d'état, qu'ils portent avec ambition leurs prières et leurs bonnes œuvres au ciel, en la présence de Dieu. Ambitioso famulatu, dit saint Hilaire; et vous désobligez leurs anges, si vous leur êtes rudes et inhumains.

Us sont vos instruments vivants , et animés en l'exécution de vos desseins , s'ils vous sont conjoints par affection , ils vous seront plus utiles : s'ils vous aiment et s'ils sont vertueux, ils auront soin de vos enfants et leur donneront la trempe de la vertu ; vous aurez de l'honneur devant Dieu et devant les hommes, on dira : Tel maître tel valet.

Aimez-les afin qu'ils vous aiment, un feu allume un autre feu et l'amour produit un amour réciproque.

Hoc non fit verbis, Marce, ut ameris ama.

Si vous les aimez , montrez-le par effet , ne leur commandez rien de mauvais ni de trop difficile ; ne leur parlez point fièrement et avec mépris : As-tu fait ceci , as-tu été là? On parle ainsi à des esclaves payens et non pas à des chrétiens. Reprenez-les charitablement et sans imprécation , ayez en recommandation le salut de leur âme et la santé de leur corps ; encore qu'ils soient vos inférieurs , vous êtes leurs conserviteurs , serviteurs de Dieu avec eux, d'un Dieu , dis-je, qui vous mesurera à la même mesure dont vous les aurez mesurés. Si vous leur êtes rigoureux, il vous sera rude , sévère et inexorable en son jugement, comme il dit en saint Matthieu (18, 35) : Vous espérez qu'il vous sauvera et qu'il vous fera miséricorde, il la fera à plus forte raison à vos serviteurs et à vos servantes; leurs péchés sont plus excusables, eu égard à leur grossièreté, à leur ignorance et à leur infirmité ; vu même qu'ils en font pénitence par leur vie humble et laborieuse, et qu'ils peuvent dire comme le Prophète : Vide humilitatem meam et laborem meurn, et dimitte universa delicta mea. Us seront l'objet des faveurs et des bénédictions de Dieu qui leur dira : Venite benedicti.

Si cela est , pourquoi en faites- vous l'objet de vos injures et de

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vos malédictions? ils seront des rois dans le ciel, pourquoi les traitez-vous en esclaves sur la terre? ils seront au rang des anges, pourquoi les méprisez-vous comme des bêtes? ils seront assis avec vous au banquet des noces de l'Agneau , et partant , vous devez les rendre capables de participer dignement au sacré festin des fiançailles, qui est la sainte Eucharistie; vous devez commencer ici- Éas ensemble ce que vous ferez là-haut dans le paradis une éternité tout entière, où vous vous entre-chérirez , où vous vous entrebénirez et vous vous exciterez les uns les autres à aimer, à bénir, à louer et à glorifier le souverain Maître , en tous les siècles des siècles. Amen.

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