DE L'HOMICIDE SPIRITUEL, QUI EST LE SCANDALE
Non occides.
Homicide point ne seras de fait, ni volontairement. (Exod. 20.)
Comme l'âme raisonnable est incomparablement plus excellente et plus noble que le corps, ainsi l'homicide spirituel est beaucoup plus pernicieux et damnable que le corporel. J'appelle homicide spirituel, le scandale : car saint Paul parlant à un Corinthien (1. Cor. 8) qui scandalisait son prochain, lui disait : Vous êtes cause que votre frère chrétien, pour qui le Fils de Dieu est mort, se damne. J'ai trois points à vous traiter sur ce péché : Premièrement, ce que c'est que le scandale. En second lieu, quelles personnes le commettent plus communément. En troisième lieu, les inconvénients qui en naissent : Emissiones tuae paraclisus malorum punicorum , cum pomorum fructibus , cypri cum nardo (Cant. 4, 13). Ces paroles sacrées du Cantique s'adressent à vous , ô sainte Vierge! car vous n'avez jamais scandalisé personne, mais vous avez au contraire toujours édifié ceux qui ont eu le bonheur d'approcher de vous ; toutes vos actions et vos gestes, vos mouvements et vos contenances extérieures, ne produisaient pas seulement des fruits de bonnes œuvres très-agréables à Dieu , Cum pomorum fructibus, mais aussi elles répandaient partout des parfums de bons exemples très-salutaires aux hommes : Cypri cum nardo : car un vaisseau ne peut répandre que ce dont il est rempli , et vous étiez toujours pleine de grâce; c'est la qualité que l'ange vous donna , quand il vous salua par ces paroles : Ave, Maria.
IDEA SERMONIS
Exordium. — Multum eavere debemus ne scandalizemus proximum.
I. Pukctum. — Quid sit scandalum. Explicatur ejus definitio ex Thomâ.
II. Itunctum. — Periculosos scandalizant proximum : I. Superiores ; 2. Seniores; 3. Mulieres .
III. Punctum. — Argumenta ad dissuadendum scandalum : 1. Ex parte Dei; 2. Proximi, 3. Nostrî.
Exorde. — Pour connaître évidemment combien nous sommes obligés d'éviter non-seulement toute sorte de péchés, mais encore, comme dit l'Apôtre, toute apparence de mal, il faut supposer trois principes, qu'un esprit, tant soit peu raisonnable, avouera sans difficulté, s'il ne veut démentir l'expérience que nous voyons tous les jours à nos portes et devant nos yeux. Le premier est que , comme nous avons dit autrefois, le Créateur qui a montré sa toutepuissance en la création du monde, en ce qu'il l'a tiré du néant, a fait paraître sa sagesse en l'économie de ce même ouvrage , en ce qu'il ne l'a pas fait de pièces détachées et disproportionnées; mais de parties harmoniques disposées en bel ordre, qui s'entretiennent, se rapportent, se correspondent et se regardent l'une l'autre. Le
Cl 8 Sermon L VI IL
ciel regarde la terre pour la rendre féconde par ses aspects bénins et favorables. La terre regarde le ciel pour recevoir de lui les influences nécessaires à ses productions : la substance regarde ses accidents, comme les organes et les instruments de ses opérations, les accidents regardent leur substance, comme la matrice qui leur a donné l'être, comme le magasin d'où ils empruntent les semences de tout ce qu'ils produisent. Les éléments se correspondent nonobstant leur antipathie naturelle, ils s'accordent, ils se liguent et ils s'ajustent les uns dans les autres , ils oublient leur intérêt particulier pour conspirer au bien de l'univers par la composition des corps mixtes. Or, ce que nous voyons en ce monde naturel et physique, nous le pouvons aussi remarquer dans le monde civil et politique, c'est-à-dire, dans les monarchies, les républiques, les familles, les religions et les autres communautés de la société humaine; car excepté quelques sauvages qui sont en fort petit nombre, en comparaison du reste, il n'y a personne qui ne soit partie de quelque tout et membre de quelque corps; car on est roi ou sujet, ou de la noblesse ou du peuple, maître ou valet et supérieur ou inférieur; ils sont donc tous référés l'un à l'autre, ils exercent un commerce mutuel d'action et de réaction , ils se regardent tous l'un l'autre , comme donnant ou recevant quelque chose l'un de l'autre.
L'expérience nous montre en second lieu , que les hommes ne se contentant jamais de ce qu'ils sont, mais aspirant toujours à être davantage, nous regardons plutôt ceux qui sont au-dessus de nous; nous nous piquons d'ambition et de jalousie à la vue de leur excellence, nous désirons leur être semblables; et comme l'action est le plus noble apanage de l'être, ne pouvant être ce qu'ils sont, nous tâchons de faire ce qu'ils font : Imitari insitzim est hominibus à pu&ris , et in hoc differunt à cœteris animalïbus, dit Arislote (lib. dePoliticâ, c. 4). C'est un métier que les hommes apprennent de bonne heure que de contrefaire et d'imiter ce qu'ils voient pratiquer aux autres. Et en cela ils diffèrent des autres animaux, le singe tout seul excepté; comme il y a fort peu de personnes , pour nobles et illustres qu'elles soient, qui n'aient quelqu'un au-dessus de soi; il y a aussi fort peu de personnes, pour basses et chétives qu'elles soient, qui n'aient quelqu'un au-dessous. Nous sommes tous exposés à la vue de plusieurs, sujets à être regardés, considérés et imités. Et comme en troisième lieu , les hommes par la faiblesse de leur nature corrompue sont plus enclins au vice qu'à la vertu, de là vient qu'ordinairement ils imitent plus volontiers les mauvaises actions que les bonnes, parce qu'il faut se faire violence pour monter à la vertu , et qu'on se laisse plus aisément aller à la pente du vice. Ces considérations nous obligent à proférer toutes nos paroles et faire toutes nos actions avec grande circonspection, pour ne donner jamais mauvais exemple, et ne servir pas de scandale à tant de gens qui ont la vue sur nous, et qui nous prennent pour modèle.
Premier point. — Découvrir le vice de quelqu'un , le publier et faire savoir au monde , à proprement parler, ce n'est pas le scan-
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daliser, c'est le diffamer et le déshonorer. Le scandale est une parole ou une action vicieuse , qui donne occasion à notre prochain de commettre quelque péché ; c'est ainsi qu'en parle saint Thomas (2. 2. q. 43, art. 1), et, après lui toute l'école : Dictum vel factum minus rectum 'prœbens alicui occasionem ruinée. Pour avoir une parfaite connaissance de cette définition , il en faut faire la dissection et en considérer toutes les pièces.
Dictum. Le scandale est quelquefois une parole : car le corps s'empoisonne par la bouche , et l'âme par les oreilles, disait Platon ; et saint Paul , qui ne cite guère les profanes, allègue à ce propos le dire du poète grec : Corrumpunt bonos mores colloquia prava; les mauvais entretiens corrompent les bonnes mœurs (1. Cor. 15, 33). David en redoutait les atteintes , non pas en son honneur, de peur de perdre sa réputation, mais en son âme, de peur de perdre la grâce de Dieu : Domine libéra animam meam à labiis iniquis , et à linguâ dolosâ : sagittx potentis acutse, cum carbonibits desolaloriis (Psal. 119) : Mon Dieul délivrez mon âme des lèvres injustes et de la langue des trompeurs.
Vous ne parlez pas ouvertement contre la foi , de peur d'être estimé un athée ou un impie; mais vous dites : On pourrait objecter telle et telle chose contre notre créance ; ou bien les infidèles nous proposent cet argument : Linguâ dolosa. Vous ne portez pas manifestement votre voisine à la dissension , mais finement , à la sourdine. Je m'étonne comme vous endurez cela , lui dites-vous, vous êtes trop patiente , on vous mettra le pied sur la gorge , on a dit telle chose de vous : Linguâ dolosa. Vous ne dites pas des paroles évidemment déshonnêtes, mais couvertes, équivoques et à double entente : Linguâ dolosa; telles paroles sont ordinairement plus dommageables que les autres, ce sont des flèches acérées : Sagitse potentis acutx ; plus une flèche est aiguë, plus elle entre aisément et avant dans le blanc. Et la pointe d'esprit et la subtilité qui est en ces paroles couvertes , fait qu'elles entrent plus facilement en l'imagination et y demeurent plus longtemps. Ce sont des charbons ardents qui désolent et ruinent la pureté, la charité ou la simplicité des âmes chrétiennes : Cum carbonibus desolatoriis.
Dictum vel factum. Le scandale est une parole ou une œuvre , qui peut être cause de quelque péché.
Il ne dit pas seulement l'action et l'opération, mais l'œuvre : Factum. Ce qui a été fait, ce qui peut servir de piège et de pierre d'achoppement; si vous le gardez en votre maison vous êtes scandaleux ; ces tableaux ou statues où il y a des nudités -/ces livres d'amourettes, ces romans et ces comédies. Vel factum. En ce mot est encore comprise l'omission , quand vous pouviez faire une action qui eut empêché l'offense de Dieu et que vous ne la faites pas. Ainsi Jésus étant requis de payer le tribut , déclare qu'il n'y est pas obligé , et néanmoins il le paie , de peur de scandaliser les fermiers. Ainsi la Vierge circoncit son Fils, le présenta au temple , se soumit à la loi de la Purification qui ne l'obligeait pas, pour ne pas donner mauvais exemple. Ainsi saint Paul dit que les anciens philosophes, ayant connu le vrai Dieu par la lumière de nature, et n'ayant pas communiqué cette connaissance au reste des hommes
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pour les retirer de l'idolâtrie, ont encouru la colère de Dieu et ont été coupables de tous les péchés que le peuple a commis faute de cette connaissance. Vous êtes donc coupable , si sachant que votre pénitente hante le bal et la comédie, ou si voyant qu'elle est chargée d'afïîquets et de vanité, vous ne l'en reprenez pas, vous la scandalisez , car elle dit : Il n'y a point de mal , mon confesseur ne m'en dit rien.
Si étant officier du roi en un village vous permettez que les paysans hantent le cabaret ou brelan les jours de fête pendant le service divin, vous ne les faites point assigner, vous ne les faites point condamner à l'amende; si étant magistrat vous permettez les comédiens ou les boutiques ouvertes les fêtes ou à demi ouvertes les dimanches.
Minus rectum. Ce mot vous apprend que si l'action est bonne et louable, commandée de Dieu ou de l'Eglise, vous ne la devez point omettre , encore que votre prochain s'en scandalise; c'est un scandale pharisaïque , scandale passif et non actif, scandale usurpé non donné, il n'y a que les mauvais esprits qui se scandalisent des bonnes œuvres; ceux qui le font, doivent reconnaître leur faiblesse, leur misère et s'en humilier, disent Tertullien et saint Grégoire : Si on se scandalise quand vous dites la vérité, il vaut mieux permettre le scandale que de combattre la vérité «.
Et si l'action est bonne et louable, mais non d'obligation , la faut-il omettre quand on s'en scandalise?
Saint Thomas (2. 2. q. 43, art. 7) répond doctement avec distinction : Ou le'prochain se scandalise de votre bonne œuvre malicieusement et par un esprit de contradiction, ou il s'en scandalise par ignorance ou par infirmité; s'il le fait malicieusement, vous ne devez pas laisser votre bonne œuvre, car c'est sa pure faute et non la votre; il fait comme les Pharisiens qui se scandalisaient malicieusement des prédications de Jésus et qui en faisaient du vacarme ; mais Jésus méprisait cela et ne laissait pas de prêcher. S'il se scandalise par ignorance ou par faiblesse d'esprit, il vaut mieux faire votre bonne œuvre en secret ou même l'omettre pour un temps, que de donner sujet à votre prochain de tomber en quelque péché.
Et à plus forte raison si l'action est de soi indifférente, ni bonne, ni mauvaise , la charité nous oblige de l'omettre , quand elle peut servir au prochain de sujet de tentation ou d'occasion de péché. Les anciens condamnèrent à l'amende un sénateur romain, parce qu'il avait fait quelque petite immodestie avec sa femme en présence de sa fille. Quand vous offensez votre prochain lui donnant occasion de péché par sa faiblesse d'esprit, vous offensez Notre Seigneur, et partant si je sais que mon frère chrétien se scandalise de me voir manger de la chair, je n'en mangerai de ma vie, de peur de lui donner mauvaise édification, dit saint Paul. Et dere-
1 Bonae res neminem scandalizant nisi malam mentem ; agnoscant malura suum qui de tali bono scandalizantur (Ter., de velandis virgin.). Si de veritate scandalum sumitur, utilius nasci permittitur scandalum quàm veritas deseratur (Greg., homil. 7, in Ezech.).
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chef : Gardez-vous de ruiner l'œuvre de Dieu , pour un peu de viande; encore qu'une action soit permise, si elle n'est pas commandée, vous devez vous en abstenir, si elle sert de piège à votre prochain : Peccantes in fratres et percutientes conscienliam eorum infirmant in Christian peccatis : quapropter si esca scanda lizat fratrem meum , non manducabo carnem in œtemwm , ne fratrem meum scandalizem (1. Cor. 8, 12). Noli propter escam destruere opus Dei , omnia quidem sunt munda, sed malum est homini qui per offendiculum manducat (Rom. 14, 20).
Supposez que de découvrir votre sein soit une chose indifférente, du moins n'est-elle pas commandée, elle n'est pas bien droite : Factum minus rectum; cela ne va pas droit à Dieu, vous ne le faites pas pour l'amour de lui, vous êtes assurée que cela sert d'amorce à plusieurs mauvaises pensées, de pierre d'achoppement aux âmes faibles et infirmes; où est donc votre charité? et où est l'amour de Dieu et du prochain . Noli propter carnem destruere opus Dei , noli sinu tuo illum perdere pro quo Christus mortuus est.
Lequel aimeriez-vous mieux, ou ne manger jamais de viande, ou ne montrer jamais votre sein? Saint Paul dit : Je ne mangerai jamais de chair : Carnem non manducabo in <Tlcrnum; ce n'est pas votre intention que de scandaliser; je le veux, mais saint Thomas (2. 2. q. 43, art. 1 , ad 4) vous dit qu'une action peut être scandaleuse en deux manières : ou par l'intention de l'agent, ou par la qualité de l'action Si vous avez intention de porter quelqu'un à pécher, encore que cela n'arrive pas , ou parce que le prochain résiste à la tentation, ou bien par quelque autre bonheur; vous ne laissez pas d'être scandaleux; au contraire, encore que vous n'ayez point de mauvaise intention, si vous faites une action, qui par la qualité induit et porte au péché, vous êtes coupable de tous les péchés qui s'ensuivent. Et en effet, si vous portiez volontairement en public des hardes infectées de peste, qui donnassent la contagion à ceux qui s'en approcheraient , ne seriez-vous pas coupable de leur mort? seriez-vous excusée pour dire que ce n'est pas votre intention? vous avez acheté ces hardes , parce que vous les avez eues à bon marché? Et ainsi vous avez beau dire que ce n'est pas à mauvais dessein que vous dites ces paroles sales, ce n'est que par récréation? que ce n'est que par vanité que vous découvrez votre sein? mais cependant cela est contagieux, cela répand la peste spirituelle du péché dans le cœur; quand vous ne la donneriez qu'à une seule âme, vous êtes coupable de mort.
Vous vous imaginez que ce m'est pas être scandaleux si on ne fait une action publique , qui soit manifeste à toute une rue , et le Sauveur dit en saint Mathieu (18, 6) : Qui scandalizaverit unum ; quand vous ne porteriez au péché qu'une seule âme, vous êtes scandaleux. Vous dites, ce ne sont que les esprits faibles qui sont tentés par telle action ou par telle parole ; les esprits forts et bien fondés dans la vertu ne s'en ébranlent pas ; Jésus dit : Unum de pusillis; qu'il ne faut pas scandaliser un seul des plus petits. Et saint Paul nous a dit, qu'en scandalisant les esprits faibles, nous péchons contre Jésus-Christ : Percutientes conscientiam eorum infirmam in Christum peccatis ; et le Fils de Dieu ajoute : Vsc mun-
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do à scandalis; malheur au monde à cause des scandales. Il parle ainsi parce que le monde en est tout plein ; et qu'il y a fort peu de gens qui ne donnent à leur prochain sujet de quelque péché mortel ou véniel.
Deuxième point. — Mais trois sortes de personnes le donnent plus dangereusement que les autres : ce sont les grands, les vieillards et les femmes.
1° Superiores. Les grands sont la lumière du monde comme le Sauveur les appelle ; le peuple marche à la clarté et à la suite de leur exemple, leurs actions sont visibles, évidentes et publiques comme la lumière : Si lumen quod in te est tenebrge sint, ipsœtcnebrœ quanlx erunt (Mat th. 6, 23)? Si ceux qui doivent servir de lumière, deviennent des ténèbres? combien grandes et épaisses seront les ténèbres ? si grandes et si horribles , qu'il semble ne les pouvoir exprimer avec toute son éloquence divine. Si les prêtres , les supérieurs et les pères de famille qui ne peuvent rien faire qu'à la vue et au su de tout le monde , pèchent hardiment et impudemment; quelles abominations ne commettront les particuliers qui ne peuvent faire plusieurs actions sans être remarqués de personne?
Saint Grégoire de Nazianze (orat. 39) , et avant lui saint Cyprien ont déploré avec grand sujet la misère des anciens idolâtres, qui faisaient l'apothéose des vices, en mettant au nombre des dieux des hommes qui avaient été très-vicieux et abominables. Us ne pouvaient pas mieux les autoriser et les mettre en crédit, car c'était non-seulement les excuser, mais les consoler et les persuader : Ut peccatum non solum crimine careat , sed etiam divinum censeatur, dit saint Grégoire.
Satan continue cette ruse, mais un peu diversifiée , car il tâche de tout son pouvoir de faire que les ecclésiastiques , les prélats et les magistrats soient vicieux et scandaleux ; d'autant que par ce moyen le menu peuple ne tient pas à déshonneur d'imiter ceux qui sont beaucoup élevés au-dessus du commun , et qui sont appelés en l'Ecriture les dieux puissants de la terre : DU fortes tcrrxveheonenter elevati sunt (Num. 25) ; il dit comme cet ancien :
Quod divos decuit, cur mihi turpe putem?
Pour ce sujet, quand le peuple d'Israël offensa Dieu commettant le péché de la chair avec les Moabites , et adorant l'idole de Belphégor, Dieu dit à Moïse : Prenez tous les princes du peuple, et qu'on les attache à des gibets au soleil, si vous voulez arrêter ma vengeance : Toile cunctos principes populi, et suspende eos contra solem in patibulis, ut avertatur furor meus ad Israël. Il dit cunctos; tout le peuple n'avait pas péché, et il veut qu'on punisse tous les principaux : parce que tous ont péché , ou par leur mauvais exemple , ou en n'empêchant pas les autres de pécher, lorsqu'ils pouvaient le faire. Il dit qu'on les pende au soleil, afin que leur supplice et leur honte soient aussi publics que leur crime; il dit : Ut avertatur, comme en la Genèse, après le sacrifice de Noé : Odoratusque est Dominus odorem suavitatis , nequaquam maledicam terrœ (Gènes. 8, 21). La punition des grands lui est un sacrifice de
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bonne odeur, il prend un singulier plaisir à les châtier exemplairement, parce que son honneur est réparé par ce moyen. Il y a cette différence entre les supérieurs et les inférieurs , que ceux-ci pour l'ordinaire ne scandalisent le prochain que par des péchés de commission , et que les supérieurs scandalisent encore bien souvent par omission ; leur silence et leur tolérance est cause que les inférieurs pèchent plus hardiment, et persévèrent plus longtemps en leurs crimes sans scrupule; ils disent en eux-mêmes : S'il y avait du mal en telle action, mon maître, mon curé ou mon confesseur m'en reprendraient.
2° Seniores. Les vieillards aussi en une famille , en une religion ou communauté, doivent soigneusement veiller sur leurs déportements. Car les jeunes gens les regardent comme des modèles de leur vie, et croient qu'il leur est permis de faire ce qui est pratiqué par des personnes si sérieuses : on pense qu'ayant plus de science, de prudence et d'expérience que les autres, ils connaissent mieux le bien que le mal : et qu'étant plus proches de leur fin, ils doivent avoir plus d'intérêt à pratiquer la vertu et à éviter le péché. C'est cette considération entre plusieurs autres, qui empêcha saint Eléazar de faire semblant de pécher pour se délivrer de la mort. Ce vénérable vieillard (Machab. 6 , 24) qui avait blanchi au service de Dieu , était condamné à la mort s'il ne se résolvait de manger des viandes défendues par la loi de Dieu ; ses plus intimes amis, touchés d'une fausse compassion, lui disaient secrètement : Si vous n'en voulez manger, faites-en au moins le semb'ant ; pensez-vous que Dieu soit si rigoureux, et qu'il veuille qu'on soit si austère? quel grand péché serait-ce de mettre un morceau de viande en votre bouche et de l'en retirer tout aussitôt? — Vous êtes de mauvais conseillers, leur dit-il, votre avis est très-pernicieux; et quel exemple serait-ce aux jeunes gens de la ville , quand on dirait qu'Eléazar, âgé de quatre-vingt-dix ans, a préféré une vie infâme à une mort glorieuse, qu'il a transgressé les commandements de Dieu pour conserver un petit reste de vie corruptible qu'il devait perdre incontinent? J'aimerais mieux être damné que de donner un si mauvais exemple.
3° Mulieres. Les supérieurs elles vieillards ne peuvent être scandaleux que par leurs paroles ou leurs actions ; mais les femmes le sont ordinairement par tout ce qu'elles ont sur elles, par tout ce qu'elles font et par tout ce qu'elles sont. C'est le Saint-Esprit qui le dit: Virginem ne conspicias, ne forte scandalizeris in décore, illius (Eccl. 9 , 5). Ne recevons pas ces paroles avec risée ou raillerie, comme on fait quelquefois, mais avec respect et vénération; toutes les fois que Dieu parle, nous devrions nous abaisser jusqu'au centre de la terre pour adorer ses paroles : Inveni mulierem morte amariorcm (Eccl. 7 , 27) : J'ai trouvé que la femme était plus amère que la mort; il ne dit pas, la femme fardée , éveillée , éventée , ou impudique , mais absolument toutes femmes. Il ne dit pas : Elle est amère aux hommes volages, ou folâtres et jeunes nommes; mais généralement et indifféremment sans restriction; elle est amère et plus amère que la mort. Sainte Irène était chaste et modeste , et elle fut plus amère que la mort à son directeur spi-
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rituel ; David était un grand prophète, un homme selon le cœur de Dieu , et une femme lui fut plus amère que la mort. Saiomon était un modèle de sagesse, et une femme lui fut plus amère que la mort. Saint Martinien, saint Jacques l'ermite et Frère Jean Guérin étaient hommes très-austères et pénitents, et une femme leur fut plus amère que la mort; et pour montrer qu'il parle même des sages et des dévotes, il dit ailleurs : Que la hantise d'un méchant homme, que la conversation d'un homme débauché et vicieux n'est point si périlleuse à un autre homme, comme est la hantise et la conversation d'une femme, même vertueuse : Melior est iniquilas viri , quàm mulier bencfaciens (Eccl. 42, 14). C'est le vrai sens de ces paroles; car il a dit auparavant : Ne vous tenez pas en la compagnie des femmes ; car, comme le drap engendre le le ver, ainsi la femme est cause et occasion de péché à l'homme; saint Basile en rend la raison.
Tout ce qui est en la femme est efféminé , c'est-à-dire , mou , charmant et attrayant : Mulicr, à molliendo; ses cheveux, ses habits, son port , sa démarche, sa contenance et sa seule présence; quand elle rit, quand elle chante, quand elle parle, quand elle se montre; elle amollit, elle attendrit, elle est suspecte et dangereuse. Et une femme qui aime bien Notre Seigneur et qui a l'honneur et la gloire de Dieu en recommandation, paraît le moins qu'elle peut en public, elle se tient, close et retirée en sa maison le plus qu'elle peut, elle n'en sort qu'à son corps défendant, et pour des nécessités urgentes. Tertullien passe bien plus outre, et il serait encore bien plus éloigné de vous permettre d'approcher si près de l'autel quand on dit la messe, de vous laisser entrer au chœur des religieux ou des prêtres quand on fait l'office ; bien loin de vous permettre de venir à l'église la gorge ou la face découverte, que même en votre maison il vous prie de ne vous pas montrer sans nécessité à vos domestiques, ni même à vos parents : Omnes in te aetates periclitantur, dit-il; Tous êtes dangereuse à toute sorte de personnes, vous leur pouvez servir d'objet de tentation, de quelque âge, sexe et condition qu'ils soient. Sainte Aglaé fut un objet de tentation à Boniface son maître-d'hôtel, Thamar à son beau-père Judas (Gènes. 38, 16), Hérodias à Hérode son beau-frère (Marc. 6, 17), une autre Thamar, fille de David, à son frère Aranon (2. Reg. 13, 1), sainte Digne ou Dipne à son propre père; aussi bien que ces femmes dont saint Paul (Rom. 1, 26) parle à leurs compagnes. Il est vrai que cela se fait quelquefois sans votre faute et innocemment de votre part; mais saint Chrysoslome (ad Aeophyt os) vous dit, que comme un père de famille grièvement irrité de ce qu'on a assassiné son fils, ne punit pas seulement le meurtrier, mais met encore en pièces l'épée dont il s'est servi, quoiqu'il n'y ait point de sa faute; ainsi, quand chacun se sert de vous pour tuer les enfants de Dieu; quand il vous présente comme une amorce, pour les faire consentir à quelque mauvais désir, encore que ce ne soit pas votre dessein , il arrive quelquefois que Dieu , dans l'ardeur de sa colère et dans la fureur de son indignation, vous châtie teroporellement, parce que vous avez été l'organe dont son ennemi s'est servi pour lui faire un si grand dommage.
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Troisième point. — 1° Les saints canons ont ordonné une trèslongue et très-rude pénitence à un prêtre qui, en célébrant les redoutables mystères de la messe , laisserait tomber par négligence quelque goutte du précieux sang du Sauveur. Personne ne le fait à dessein : si cela arrivait, ce serait assurément à votre grand regret; et néanmoins s'il y avait, de votre côté, la moindre négligence, vous seriez sujet à la peine ordonnée. Il semble que les âmes chrétiennes sont .beaucoup plus chères et précieuses à Jésus- Christ, que n'est son sang immaculé : car il a donné ce sang, il a bien voulu qu'il fût répandu, profané et foulé aux pieds par les rues de Jérusalem , pour la rançon de ces âmes bien-aimées. Je vous laisse à penser quelle pénitence, quelle punition, et quels reproches vous recevrez de lui, si par votre mauvais exemple, ou même par votre négligence, vous laissez tomber quelqu'une de ces âmes dans le péché, et de là dans la damnation éternelle? Il aura sujet de vous dire comme Alberl-le-Grand dit à son disciple : Ce grand naturaliste avait fait une statue de bois, qui, par des ressorts secrets, prononçait de temps en temps quelque parole articulée; son disciple saint Thomas qui n'en savait rien, se trouvant un jour en la chambre où était cette statue et l'entendant parler, en cette subite frayeur d'un premier mouvement lui donna un coup de pied et la mit en pièces. Le maître étant de retour et voyant ce fracas: Hélas! mon fils, lui dit-il, qu'avez-vous fait? vous avez rompu en un jour un ouvrage de trente années. Jésus a travaillé trente-trois ans pour le salut de cette âme que vous sollicitez au mal; il s'est incarné pour elle, il a voyagé sur la terre, prêché, jeûné, sué et enduré la mort pour elle; il y a peut-être dix ans, vingt ans et trente ans qu'il travaille à amasser en son cœur des trésors de grâce et de mérite par ses inspirations , par la fréquentation des sacrements, par des prières, des aumônes, des méditations et d'autres bonnes œuvres; vous la faites consentir à un péché, elle perd toutes ces richesses, elle devient pauvre au dernier point. Quelle tempête a jamais fait faire un tel naufrage sur la mer? Quelle grêle a jamais fait un tel dégât aux champs et à la ville? Quel incendie a jamais fait un tel ravage en aucune province?
2° Quand vous ne ruineriez en elle qu'un seul degré de grâce, vous lui feriez un plus grand dommage que si vous brûliez sa maison, que si vous lui voliez ses biens, que si vous flétrissiez sa réputation, que si vous lui ôliez la vie : car vous lui faites perdre une chose qui est sans comparaison plus noble, plu? excellente, plus précieuse et plus souhaitable que tout cela. Que'que disgrâce qui arrive à une âme, si elle est bien avec Dieu , il est sa consolation, son asile et son espérance. Si son père vient à mourir, Dieu est le père des orphelins ; si la mort lui enlève son mari, Dieu est le protecteur des veuves; si on lui vole ses biens, Dieu est le trésor des pauvres; si elle tombe en quelque infirmité, Dieu est le médecin des malades ; mais si vous lui faites perdre Dieu par le consentement à un péché, vous lui faites perdre en un moment, son père, son protecteur, son médecin et son trésor, son refuge es persécutions, son remède es adversités, son conseil es perplexités, son
G26 Sermon LVIII.
secours es infirmités , le sucre et l'assaisonnement de toutes ses amertumes. Celui qui ôte la haie d'un héritage, la porte d'une maison, les remparts ou les bastions d'une ville, n'est-il pas cause de tous les larcins, dégâts et ravages qu'on y exerce? Quand vous ôtez Oieu à une âme, vous lui ôtez son bouclier, vous lui ôtez sa ha^e, son rempart et toutes sesdéfenses; lesennemisy viennentà la foule.
Qua data porta ruunt. (Virgil., JEneid., 1. 4 .)
Dicentes Dcus dereliquit eum , persequimini , et comprehendite. N'ôtes-vous pas responsable de tous ces dommages et intérêts? ne serez-vous pas puni de tous les péchés que cette âme commet par la pente et inclination que vous lui en avez donnée? Le péché que cette âme commet par votre sollicitation, ou par votre mauvais exemple, sera infailliblement puni en enfer ou en purgatoire; si c'est en enfer, vous serez cause que cette âme souffrira quelque douleur particulière, des millions d'années et sans aucune fin. Si c'est en purgatoire, vous serez cause qu'une âme chérie de Dieu , et épouse de Jésus, que la fille de la sainte Vierge et la sœur des anges , sera dans un feu plusieurs jours. Le Sauveur apparut un jour à sainte Thérèse * et se fâcha contre elle de ce qu'elle différait d'exécuter la volonté d'un cavalier qui avait fait un legs pieux , et qui ne devait point sortir du purgatoire que son legs ne fût exécuté; Jésus lui dit : Quoi ! vous ne considérez pas qu'une âme rachetée de mon sang demeure en peine par votre négligence?
3° Si vous m'en croyez vous direz comme Bérengarius. Il avait perverti plusieurs âmes par la contagion de son hérésie, mais depuis il s'était reconnu et converti, il avait abjuré son erreur et il avait fait pénitence ; mais comme il fut sur le point de mourir l'an 1088, le jour des Rois, que l'Eglise nomme Ephiphanie, c'est-àdire Apparition, il s'écria, jetant un grand soupir : Aujourd'hui le Sauveur s'apparaîtra à moi pour me juger en ce jour de son apparition ; j'ai quelque espérance qu'il me fera miséricorde, parce que j'ai fait pénitence ; mais d'ailleurs je crains fort qu'il ne me punisse , à cause des âmes que j'ai perdues2. Croyez assurément qu'à l'heure de votre mort il n'y aura rien qui vous donne plus de regret, ni qui vous mette en plus grande peine, que la vue des âmes qui se seront perdues par votre faute; vous connaîtrez la vérité et sentirez la pesanteur de ces redoutables paroles : Vœ homini illi per quem scandalum venit ; Malheur à celui par qui le scandale arrive.
Vous verrez toutes les grâces que Dieu avait faites aux âmes que vous avez perdues, tous les mérites qu'elles avaient acquis, tout ce que notre Sauveur a fait et enduré pour leur salut ; vous verrez, dis-je, que vous avez ruiné tous ces grands biens pour des bagatelles, et vous direz soupirant en vous-mêmes : Heu! periit frater,
* Ribeyra , in vitâ sanctee Theresiœ , lib. 2, c. 42.
2 Hodiè in die apparitionis suas apparebit mihi Dominus meus Jesus- Ghristus pœnitentiam , ut spero, ad gloriam vel propteralios ut timeo ad pœnam.
De l'homicide spirituel, qui est le scandale. 627
pro quo Chris tus mortuus est , quis ei refundet innocentera sanguinem, quis ei restituet pretium quo nos émit? J'ai perdu les âmes pour lesquelles Jésus-Christ était mort, comment pourrai-je lui restituer le sang adorable qu'il a répandu ? comment pourrai-je lui rembourser le prix inestimable qu'il a donné : Vœ, vœ homini illi, il vaudrait mieux pour vous qu'on vous eût jeté dans la mer avec une pierre au cou !
Vous verrez la noblesse, l'excellence, le prix et 1a valeur des âmes que vous avez perdues; et cela vous accablera de tristesse, comme si vous étiez chargé d'une meule de moulin sur le cœur; vous verrez l'énormité et le grand nombre des péchés dont vous aurez été cause; vous verrez que cette lîlle que vous avez incitée à dérober à son père , pour vous donner ses larcins , par cette mauvaise coutume , a depuis dérobé à ses voisins et n'en a point fait de restitution ; vous verrez que cette servante que vous avez portée au péché, après vous s'est abandonnée à d'autres, qu'elle a étouffé son enfant, qu'elle n'a osé s'en confesser, et qu'elle a commis mille sacrilèges; vous verrez que vos enfants ayant appris de vous les jurements, les vanités et les mondanités, les enseigneront à leurs enfants . leurs enfants à leurs descendants , jusqu'à la troisième et quatrième génération, ce qui vous sera imputé. Cette vue vous mettra quasi au désespoir : Demergatur in pro fundum maris.
Un fort homme de bien et de notre temps, mort à Paris en odeur de sainteté, après avoir passé sa vie en des actions très-héroïques de charité, nommé Bertaut1, fut en grande peine à l'heure de sa mort, de ce que autrefois, il avait donné en aumône un faux écu d'or à un pauvre encore qu'il s'en fut confessé et en eut fait une fort rude pénitence. Je vous laisse à penser en quelle frayeur vous serez quand on vous remettra devant les yeux, tant de paroles à double entente, tant de contenances affectées , et tant de promesses trompeuses, par lesquelles vous avez perdu les âmes. Hélas! direzvous , si la loi de Dieu obligeait celui qui a offensé son prochain , à donner un œil pour un œil, et une dent pour une dent, ne fautil pas que mon âme réponde pour l'âme d'un tel et d'une telle, que j'ai malheureusement perdue! Vœ homini illi, vœ homini illi per quem scandalum venit. Si vous aviez fait mourir cinq ou six chevaux, ou cinq ou six moutons de votre prochain, ne seriez-vous pas obligé de lui en rendre cinq ou six des autres? Vous avez été cause par vos mauvais exemples, par vos paroles indiscrètes, par votre négligence , que plusieurs âmes qui appartenaient à Jésus se sont perdues ; n'est-ce pas la raison que vous tâchiez de lui en gagner d'autres , en instruisant vos domestiques, vos fermiers et les ouvriers qui travaillent pour vous; en remontrant à cette fille, le danger où elle se met de hanter ce jeune homme, contribuant de vos biens pour l'entretien des filles pénitentes, en la maison du Refuge et de la Madeleine , et en mille autres manières que le Saint-Esprit suggère à ceux qui l'en prient et qui lui sont fidèles !
Sauveur Jésus, zélateur de nos âmes, votre bonté est plus grande que notre malice , vous êtes plus puissant à redresser que nous à
1 P. Amelote , in vitâ Patris Condren.
628 Sermon LIX.
détruire et à renverser; toutes choses ont été faites par vous , elles peuvent aussi être refaites et réparées par vous; vous êtes le vrai Zorobabel qui rééditiez le temple de Dieu, vous êtes le pieux Samaritain qui pansez les plaies du pauvre blessé; vous êtes le fils de la Vierge qui êtes venu chercher et sauver ce qui était perdu , vous vous êtes ressuscité vous-même, vous pouvez bien ressusciter les autres. Refaites, s'il vous plaît , par votre miséricorde ce que nous avons défait ; relevez ceux que nous avons fait tomber ; réparez ceux que nous avons ruinés, guérissez ceux que nous avons blessés, cherchez ceux que nous avons égarés, sauvez ceux que nous avons perdus, enfin ressuscitez les âmes que nous avons fait mourir, afin que nous puissions dire comme ces bonnes gens de l'Evangile : Hic est verè salvator mundi! et que nous ayons sujet de vous en remercier, louer, bénir et glorifier à jamais. Amen.