‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 77 sur 85 · DE LA LUXURE · texte numérisé non relu

DE LA LUXURE

Non mœchàberis .

Luxurieux point ne seras de corps ni de consentement. (Exod. 20, 14.)

C'est une merveille de voir que l'apôtre saint Paul écrivant aux Ephésiens (6 , 14) , et armant de pied en cap un soldat chrétien, parle premièrement de la ceinture ou du baudrier. Mes frères , dit-il , prenez en tête le casque de l'espérance du salut : Galeam salutis assumite; endossez la cuirasse de justice , induite loricam justitix ; armez votre main gauche du bouclier de la foi, et la droite du glaive de la parole de Dieu : In omnibus, sumentes soutum fidei: etgladium spiritus quod est verbum Dei; mais surtout n'oubliez pas de prendre une ceinture sur vos reins : State succincti lumbos vestros. Celui-là serait bien nouveau en l'intelligence de la Bible, qui ne saurait pas que la ceinture est le symbole de la chasteté : Lumbos prxcingimus , cùm carnis luocuriam per continentiam coarctamus , dit saint Grégoire. Quand donc l'Apôtre nous commande de prendre la ceinture avant toute chose , c'est nous recommander d'obéir au sixième commandement et d'aimer la pureté, contraire au vice qui y est défendu, duquel j'ai trois choses à vous dire : premièrement, les causes , la nature et les effets de ce péché. En second lieu, combien il est abominable; en troisième lieu, les remèdes qu'il y faut apporter. Un des plus efficaces , c'est votre assistance et votre intercession , ô sainte et bienheureuse Mère! l'Eglise ne vous surnomme pas seulement la Vierge des vierges, mais la virginité même : Sancta et immaculata Virginitas. Pour nous apprendre que comme une personne ne saurait être blanche sans la blancheur, douce sans la douceur, ni sainte sans la sainteté, ainsi les âmes chrétiennes ne peuvent être chastes et pures sans vos influences virginales. Donnez-nous donc, s'il vous plaît, cette vertu angôlique, et agréez à cet effet ces paroles angéliques : Ave, Maria.

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IDEA SERM0N1S

Exoedium. — Citô explicat de luxuriâ visionem Apoc. 17.

I. Punctum. — I. Causae, natura , et effectus luxurise. Causae, nempè fœminae, otium, et dsemon ; nain mulier sedet super bestiam. — II. Haec habet septem capita, nempè septem species hujus vitii. — III. Decem cornua, quia offendit decem Dei praecepta : 1.-7.

II. Punctum. — IV. Habebat poculum aureum plénum abominatione. — V. Abominabile est hoc vitium : 1. Deo Patri; 2. Christo; 3. Spiritui Sancto; 4. Angelis; 5. Sanctis; 6. Hominibus hujus mundi; 7. Ipsi etiam luxurioso.

III. Punctum. — VI. Remédia : 1. Consideratio majorum; 2. Fuga abusus sensuum ; 3. Conversationum ; 4. Dispositionum; 5. Affectionum ; 6. Occasionum ; 7. Oratio.

Exorde. — Le bien-aimé disciple du Fils de Dieu , au chap. 17 de son Apocalypse, raconte une vision qu'il eut en l'île dePathmos, durant son exil pour la foi; vision enigmatique et mystérieuse , en laquelle il dépeint au vif tout ce qu'on peut dire des causes et de la nature, des espèces, des circonstances et des effets du vice abominable que j'ai aujourd'hui à reprendre. Il vit donc alors une femme assise sur une bête monstrueuse , qui avait sept têtes et dix cornes , cette femme était parée à l'avantage , vêtue de pourpre comme une reine, toute couverte de rubis et de diamants; elle portait en sa main une coupe d'or pleine d'abomination, et elle avait pour devise celte parole écrite en gros caractère sur son front : Mysterium, Mystère. Cette femme n'est autre que le péché d'impureté, puisque le saint Apôtre, au même lieu , dit qu'elle s'appelle la Mère des fornications.

Premier point. — Le Saint-Esprit représente ce vice en forme de femme, parce que les femmes en sont ordinairement la cause, ou l'occasion , ou l'amorce. Elle est assise , parce qu'il n'est rien qui engendre plus communément ce péché que fait la paresse, l'oisiveté ou l'inutilité d'esprit et de corps.

Olia si tollas , periêre Cupidinis arcus. Quceritur Mgistus quare sit fadus adulter : Impromptu causa est, desidiosus erat. (Ovide.)

En effet , Epictète, interrogé ce que c'était que l'amour, répondit : C'est l'occupation des personnes oisives : Otiosorum negotium. Et le sage Salomon décrivant une courtisane, dit, que c'est une femme sans esprit, une causeuse, qui ne sait point de métier, pleine d'attraits et de charmes, toujours assise à la porte de sa maison pour attirer les passants : Mulier stulta, et clamosas plena illecebris , nihil omninà sciens , sedet in foribus domns sux ut vocaret transeuntes (Prov. 9, 13). En second lieu, elle est assise, pour nous apprendre encore, qu'il n'est rien qui nourrisse plus cette tentation et nous mette plutôt en danger d'y consentir, que quand on s'assied et qu'on s'amuse à écouter les propositions et suggestions du tentateur. Ville qui parlemente est à demi-gagnée, ce distique le dit de bonne grâce.

Quid faciès , faciès Veneris cum veneris antè? Ne sedeas, sed eas, ne pereas per eas.

C'est ce qu'a dit le Saint-Esprit : Cum muliere aliéna ne sedeas

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omnmà : colloquium enim illius quasi ignis exardescit. En troisième lieu, elle est assise, parce qu'il n'y a guère de vice où Ton s'habitue plus aisément qu'en celui-ci; on y fait un cal , on y prend racine en moins de rien, parce qu'il est charmant et gluant tout ce qui se peut. Ils n'appliqueront pas leur pensée pour se convertir et retourner à Dieu , parce que l'esprit de fornication est au milieu d'eux : Non dabunt cogitationes suas ut revertaniur ad Dominum , quia spiritus fomicationum in medio eorum (Osée, 54). Cette femme est assise sur la bête, c'est-à-dire sur le diable; le démon Asmodée lui sert de monture et de tombereau pour la porter à perdition ; il est en forme de bête, parce que ce vice est tout brutal, terrestre et indigne de l'homme. Dans la colère, dans l'envie et dans l'ambition, il y a quelque sorte d'esprit; mais la luxure est une action de bête, qui abrutit l'homme, et qui le met au rang des animaux.

IL Ce monstre a sept têtes : ce sont les sept chefs par lesquels on peut pécher en ce genre de vice ; sept circonstances qui n'augmentent pas seulement, mais qui changent l'espèce de ce péché, et qui lui donnent divers noms. On y peut offenser Dieu en sept manières, ou d'effet ou de volonté , et on est obligé de les expliquer en la confession. 1° Simple fornication, quand c'est avec une personne qui n'a aucun lien de mariage ni de vœu. 2° Adultère , quand on commet ce péché, ou qu'on a volonté de le commettre avec une personne mariée. 3° Stupre , avec une vierge. 4° Inceste , avec une parente. 5° Rapt, quand on prend par force ou que vous arrachez le consentement par des tromperies , des mensonges , des promesses, ou des persuasions si puissantes qu'elles valent une contrainte. 6° Sacrilège se fait quand c'est avec une personne consacrée à Dieu par vœu solennel ou particulier. 7° Enfin , le péché contre nature , qui est si abominable qu'on ne le nomme point, et qui se commet néanmoins quelquefois entre personnes mariées. Souvenez-vous que sainte Brigide vit un jour en extase plusieurs ecclésiastiques dans les enfers, pour n'avoir pas bien dit leur bréviaire, et plusieurs gens mariés pour avoir abusé du mariage. Souvenez-vous de ce que dit saint Augustin', que vous pouvez vous enivrer du vin de votre cave, aussi bien que du vin d'autrui. Souvenez-vous qu'en la Genèse , Onan fut grièvement puni de Dieu , parce qu'il l'offensait en son mariage : Eôquôd rem detestabilem faceret (Gènes. 38. 10). Les confesseurs sont fort retenus et le doivent être en ceci ; les prédicateurs n'osent parler sur ce sujet : Eloquia Domini eloquia casta. Si vous ne vous aidez de vous-même, et si vous ne vous en confessez sans que l'on vous en interroge, vous êtes en danger de pourrir en vos ordures jusqu'à l'heure de la mort.

III. 1° et 6° Les dix cornes de cet animal monstrueux, sont les dix pointes que ce vice a coutume de dresser contre les commandements de Dieu. Le luxurieux pour assouvir sa passion , fait litière des préceptes; il n'y a malice , excès, ni abomination dont on ne fasse flèche pour venir à bout de ses desseins. Et premièrement, l'on commet une espèce d'idolâtrie contre le premier commande-

' Aug., serin. 14, de dioersis.

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ïïïent. Il est vrai, dit Tertullien, que vous n'adorez pas une statue de pierre ou de bois, mais une idole de chair; vous ne lui offrez pas l'encens ou la fumée des parfums d'Arabie ; mais vos pensées, vos paroles , votre affection et vos services ; vous ne lui égorgez pas pour victimes un bouc, un agneau ou une génisse,, mais vous lui sacrifiez votre âme, qui est mille fois plus précieuse que toutes les victimes du monde. Platon parlant de ce vice , dit une parole digne d'un chrétien : il l'appelle av-u'Oeov; on ne saurait bien exprimer ce mot en français , c'est comme qui dirait antechrist , ennemi de Dieu; parce, dit-il, que ce péché se bande incessamment contre Dieu, qu'il occupe continuellement le cœur de l'homme qui devrait être le logis de Dieu , où Dieu habiterait plus volontiers que dans le firmament; et ainsi il déplace Dieu de son palais, il le jette hors de son trône, il se met à sa place. C'est justement ce qu'à dit saint Pierre : Oculos liabentcs plenos adulterii, et incessabilts delicti (2. Petr. 2, 14); Ils ont des yeux pleins d'adultère et d'un péché qui n'a point de bornes. Il est vrai, et je ne sais s'il y a quelque pécheur qui offense Dieu actuellement si souvent et si assidûment, que celui qui s'est prostitué à cette maudite passion; car il pèche de jour et de nuit , à la ville et aux champs, en travaillant et en se reposant; il commet peut-être en un jour plus de vingt péchés mortels, s'il s'arrête volontairement et de propos délibéré à vingt pensées déshonnêtes , et si ce sont des femmes mariées qu'il convoite vingt fois , ce sont vingt adultères dont il est coupable devant Dieu; si ce sont de ses parentes, ce sont autant d'incestes. Et même en dormant il offense Dieu , s'il a des songes et des illusions déshonnêtes , et s'il en est cause par les pensées du jour précédent, ou si elles lui agréent à son réveil, elles lui sont imputées; il offense Dieu sans cesse, sans relâche et sans intermission.

2° et 8° Quant aux mensonges et aux parjures contre le second et le huitième commandement , ce ne sont que ses jeux ordinaires : ils ont pour maxime d'état qu'il faut séduire les pauvres filles avec des fausses promesses et des parjures, comme les enfants avec des noisettes ; la plus authentique loi des extravagances d'amour, c'est cette parole de Tibulle :

Ne jurare time Veneris perjuria venti Irrita per terras et fréta longa ferent.

Ce jeune homme vous jure par les plus grands serments, il se donne à tous les démons, et vous promet sur sa part de paradis qu'il ne vous quittera jamais, n'en aimera jamais d'autre, qu'il vous servira au péril de sa vie ; quand son désir sera assouvi , il se moquera de Dieu et de vous, et après le péché commis, quand on en est soupçonné et repris du monde, que de parjures fait-on, que d'exécrations, que d'imprécations, que de fois se donne-t-on au démon pour assurer qu'il n'en est rien?

3° Contre le troisième commandement, ils profanent les fêtes et dimanches, ils les emploient en conversations lascives, cajoleries, danses et folies ; ils ne viennent à la messe que pour voir ou pour être vus : c'est pendant la messe de paroisse, pendant les vêpres et

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le sermon , en l'absence du père ou du mari , qu'ils choisissent l'occasion de se voir, pratiquer, et exciter au péché.

4° S'ils méprisent le service et l'honneur de Dieu, pensez-vous qu'ils tiennent compte des hommes, pensez-vous qu'ils se soucient du respect et'de l'obéissance qu'ils doivent à leur père et mère? Entendez les propos insensés de celte pauvre perdue qui est éprise d'amour dans le livre de Jérémie : Desperavi, nequaquam faciam, adamavi quippe alienum et ambulabo post e?vm(Jerem. 2, 25). C'est folie de m'en parler, je ne m'en empêcherai pas, je le veux voir, je lui veux parler, je le veux hanter. Oui, mais votre honneur est en compromis, on vous montre au doigt par la ville, vous êtes la fable du peuple, on ne parle que de votre légèreté; si vous vous faites si braye par affection à l'honneur, il faut avoir soin du vrai honneur : Nequaquam faciam; je n'en ferai rien. Mais il y va de votre salut, vous êtes en danger de damnation éternelle; si vous mourez en cet état, vous êtes perdue pour jamais, sans autre forme de procès : il faut appréhender l'éternité : nequaquam faciam ; je n'en ferai rien. Mais votre confesseur vous refusera l'absolution, et s'il ne le fait , il se damnera et vous aussi, parce que toutes les fois que vous fréquentez ce jeune homme, vous êtes en occasion prochaine de péché, il faut redouter ce refus : Nequaquam faciam; je n'en ferai rien.

Mais celui qui fâche sa mère encourt la malédiction de Dieu , et votre mère sèche de fâcherie, voyant vos mauvais comportements ; votre pauvre père en meurt de regret , il en faut avoir pitié : Nequaquam faciam. Vous déshonorez tous vos gens, vous souillez votre parenté d'un opprobre éternel , vous attirez sur vous le mépris et la malveillance de tous vos alliés; il faut avoir égard à cela : Nequaquam faciam. Mais si les parents de ce jeune homme vous trouvent avec lui , ils vous feront affront , ou bien peut-être un mauvais coup; ils ne veulent pas qu'il vous épouse, vous n'êtes pas de sa qualité, vaut-il pas mieux se retirer du rivage que du fond : Nequaquam faciam. Mais la beauté sans autre qualité, est une amorce sans hameçon qui est prise et qui ne prend rien; quand il vous aura ravi ce que vous ne sauriez racheter par tous les trésors du monde, quelque nouvelle affection divertira son cœur autre part. Ces belles paroles ornées de tant de promesses, ces promesses scellées par tant de jurements, ces jurements qui sont de vrais parjures, s'évanouiront et viendront à néant; il s'en faut défier : Nequaquam faciam. Mais quand bien il vous épouserait, il se déliera de vous, votre trop grande facilité lui donnera des ombrages, il lui faut montrer par expérience que vous êtes plus sage qu'il ne pense : Desperavi , nequaquam faciam. Ha! pauvre infortunée, vous vous désespérez!

Oui , oui , vous vous désespérez par l'oubli que vous faites de Dieu, par le mépris du conseil et de l'autorité de vos père et mère, vous vous portez à des résolutions noires et étranges, à des excès horribles et dénaturés, par l'abandon à cette passion; vous passez au meurtre, aux maléfices et aux cruautés exécrables, vous convolez aux secondes noces par l'a.-sassinat du parti que Dieu et que l'Eglise vous ont donné; vous avalez les breuvages pour procurer

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l'avortement et pour éviter l'infamie ; vous tuez les corps et les âmes des pauvres enfants qui ne sont pas encore formés; vous détrempez même les poisons, pour faire mourir les parents qui pourraient mettre empêchement à l'accomplissement de cette frénésie! Cicéron {ad Herennium) a dit que parmi les anciens une femme qui était convaincue d'adullère , était aussi estimée convaincue d'homicide , et à contrechange, parce qu'il n'y a point de cause si violente qui nous puisse jeter dans ces résolutions extrêmes qu'une concupiscence effrénée.

5° Que si on ne se porte pas à ces excès contre le cinquième commandement, au moins aux dissensions, à l'envie, à la jalousie; car dès que cet homme est une fois coiffé de cette passion , adieu le trafic , adieu la boutique, les affaires et le soin du ménage : dès que Didon est affolée d'affection envers Enée , on ne parle plus de bâtir Garthage, ni de continuer les fortifications de la ville l, et comme la femme ne peut souffrir la fainéantise de son mari , qu'on ne gagne plus rien, et qu'on dépense beaucoup, elle s'aigrit, se dépite et se désespère : Virum non habeo. Ce n'est pas un mari que j'ai, c'est un infâme, c'est un arabe, c'est un lion ; le mari ne peut endurer les crieries de celle qu'il n'aime qu'à demi , puisqu'il partage son amour, ils sont tous les jours aux injures, aux malédictions , aux imprécations; et puis que de soupçons et que d'ombrages, que de jalousies , et que de terreurs paniques de ce mari contre sa femme, qui est trop éveillée , éventée et volage , ou au moins trop complaisante et indiscrète? Que d'envie, que de rancune, que de médisance de cette fille contre sa compagne, qu'elle se figure être plus aimée, visitée et courtisée de son muguet?

1° et 10° Après cela viennent les larcins et injustices que vous commettez par les adultères, quand vous êtes cause qu'une partie du bien qui est dû tout entier aux enfants légitimes, est donnée aux enfants supposés et adultérins ; les larcins que vous commettez pour avoir de quoi cultiver l'amitié qu'on vous a fait paraître. Les dons brisent les monts, les présents s'appellent présents , comme qui dirait prenants , parce qu'ils prennent ceux qui les reçoivent. Le feu , l'enfer et la femme , dit le Saint-Esprit , sont trois choses insatiables ; ils ne disent jamais c'est assez : Puteus altus est. C'est un puits profond qu'on ne saurait combler; il faut dérober aux parents et aux voisins pour entretenir cette coquine dans les délices et dans la piaffe. Et c'est ce que signifie la devise de cette femme de l'Apocalypse; elle est revêtue d'écarlate, chargée de pierreries, et elle porte écrit sur son front : Mysterium ! Quana on voit une fille ou une femme qui n'est pas des plus riches du monde, que son père ou que son mari ne vivent pas de leurs rentes, et que néanmoins elle porte le collier de perles , les habits précieux et de haute couleur : Mysterium ! Il y a du mystère , ou l'on dérobe , ou l'on fait encore pis.

1 Semiputata tibi, frondosa vitis in ulmo est (Virgil, 2. Egl. 70).

Non cœptœ assurgunt turres ; non arma juventus Exercet , portusve aut propugnacula bello Tuta parant : pendento pera interrupta minœquae Murorum ingentes , œquataque machina cœlo.

(Virgil., JEneid. 4, 86 et seq )

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Deuxième point. — Cette femme porte en sa main une coupe d'or remplie d'abomination. Au commencement tout est or, tant de beaux compliments, tant de paroles affectées , tant de promesses spécieuses et d'offres de service. Ce n'est, dit-il, que pure bienveillance et qu'amitié sincère : il vous aime comme une sœur, il n'y pense point de mal, il vous porte compassion, il est fâché de l'humeur maussade de votre mari qui vous est un tyran :

Parturient montes , nascetur ridiciilus mus

Ne vous y fiez pas , ces belles paroles sont comme la trace du limaçon , elles brillent comme de l'argent , et ce n'est que bave ; il vous veut servir de père , de frère, de tuteur, de mari et de tout : il veut solliciter vos affaires, il veut poursuivre vos débiteurs, satisfaire vos créanciers , faire vider vos procès , épouser vos querelles ou venger le tort qu'on vous a fait; il ne vous quittera jamais : paroles d'or, mais en cette coupe dorée, il vous fait avaler des abominations.

IV. 1° Ce péché est en abomination au Père éternel qui a envoyé le déluge , s'est repenti d'avoir fait l'homme, a noyé l'univers, s'est résolu de faire son ouvrage et a consumé par le feu du ciel quatre villes des plus belles et florissantes qui aient jamais été, et qui a fait tailler en pièces vingt-quatre mille personnes de son peuple en punition de ce péché.

2° Ce péché est en abomination devant notre Sauveur, il en a eu si grande horreur, que même il ne l'a pas voulu combattre; il est vrai que pour nous donner courage et pour émousser en soi-même la pointe de nos tentations, il a daigné éprouver en ce monde, tous les assauts qui nous sont livrés ; il a permis à Satan de le tenter de gourmandise , de vaine gloire, d'ambition et d'avarice ; mais d'impureté, point du tout, il n'en a jamais ressenti la moindre étincelle. L'Apôtre dit : Tentatum per omnia, mais il ajoute : absque peccato , c'est-à-dire, excepté de la concupiscence qui est appelée péché, dit le concile de Trente, parce qu'elle est un effet du péché originel et une disposition au péché actuel; non-seulement en soi , mais en ses Apôtres il n'en a pas voulu permettre la moiudre atteinte. Je lis bien en l'Evangile qu'avant qu'ils reçussent le Saint-Esprit, ils étaient sujets à quelques vices, et que le Sauveur les a dissimulés patiemment, qu'il a enduré l'ambition des enfants de Zébédée, l'avarice du traitre Judas, la colère de ceux qui voulaient qu'on fît descendre le feu sur les Samaritains, la paresse de saint Pierre qui dormait au jardin et l'incrédulité de saint Thomas; mais d'Apôtres luxurieux, il n'en a jamais souffert un seul : Pascitur inter lilia, il ne converse qu'avec les personnes chastes, le soupçon même de ce péché n'a jamais flétri tant soit peu sa gloire ; on l'accusait bien , quoique à tort , d'être ami de la bonne chère, ivrogne, séducteur du peuple et transgresseur de la loi de Moïse; mais il s'éloignait tant de toutes les occasions de ce péché , lui et les siens se comportaient si modestement , qu'aucun d'eux n'a jamais été calomnié d'impureté , tant ce vice lui est abominable.

3° Abominalioa devant le Saint-Esprit, car il est la pureîé même,

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il est l'amour céleste et divin, il est esprit en la propriété de sa personne, et ainsi il abhorre toute charnalitô comme une chose qui lui est diamétralement opposée : Non permanebit spirilus meus in homine , quia caro est.

4° Abomination devant les anges. Ce vice ne se commet quasi jamais sans la perte de deux âmes qui sont si chères aux anges ; ils se réjouissent à la conversion d'un pécheur, ils s'attristent donc à la perte d'une âme : vous attristez, vous désobligez, vous mettez en colère contre vous votre ange gardien , et l'ange de la personne que vous portez au mal.

5° Abomination devant les saints. Il n'est rien qu'ils n'aient fait, enduré , entrepris ou quitté pour s'éloigner de ce vice et conserver la pureté. La Sainte des saints refusait les offres de la dignité de Mère de Dieu, en cas qu'elle ne se pût avoir sans intérêt de sa virginité.

Saint Martinien aima mieux se jeter dans la mer, et- s'abandonner à la providence de Dieu, que de demeurer tout seul avec une fille qui s'était réfugiée en une île où il vivait en solitude. Saint Benoît se sentant assailli d'une vive tentation de la chair, se roula tout nu dans les épines ; l'Epoux divin pouvait dire de cette âme : Sicut lilium inter spinas : clavus clavum pcllit; les piqûres de ces buissons émoussèrent les pointes et aiguillons de la concupiscence; saint Bernard pour avoir jeté inconsidérément et en passant une œillade sur une femme, se plongea dans un étang glacé et y demeura si longtemps que la chaleur naturelle en fut quasi éteinte. Saint François éteignit les flammes de la sensualité, que Satan allumait en son corps , se roulant tout nu dans la neige; saint Ignace se plongea dans l'eau froide pour retirer un homme du gouffre d'impudicité où il s'allait misérablement perdre. Le cardinal Baronius agité d'une horrible tentation , mit une punaise en sa bouche et l'écrasa avec les dents, pour dissiper par sa puanteur les tentations du démon Asmodée, ainsi que l'ange saint Raphaël le chassa par une autre odeur. Autant en lit de nos jours ce célèbre Carme déchaussé, le Père Dominique de Jésus Maria.

L'an six cent, Caïan, roi des Avares, étant entré en Italie, et ayant pris la ville de Fréjus , les filles de la duchesse Romilde , pour n'être point déshonorées par les soldats, tuèrent des poulets, la chair desquels, elles appliquèrent à leur sein sous leurs chemises; si bien que cette chair s'étant pourrie et exhalant une trèsmauvaise odeur, rebutait les soldats qui s'approchaient de ses demoiselles, pensant que cette puanteur leur fût naturelle et ordinaire, lesquelles étant vendues depuis en divers pays, l'une fut mariée au roi des Allemands, et l'autre au prince de Bavière par la providence de Dieu, en récompense de leur chasteté. L'an 870, la sainte abbèsse Ebba, supérieure du monastère de Collingham en Ecosse , craignant d'être violée par ceux de Danemarck qui ravageaient l'Ecosse , fit un acte généreux , digne d'être gravé avec la pointe du diamant dans le temple de l'éternité. Elle se coupa le nez et la lèvre d'en-haut, et fut si saintement éloquente, qu'elle persuada à toutes ses religieuses d'en faire de même pour dégoû-

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ter les soldats par celte difformité '. 0 qu'elles étaient belles! ô qu'elles étaient belles ces saintes vierges ainsi mutilées 1 O que cette laideur les rendait agréables à la vue de leur divin Epoux et des anges !

La demoiselle Sanchez Carille, de Cordoue , fille spirituelle du' Père Avila 2, se plongea en hiver dans un tonneau d'eau froide où elle prit une grosse maladie. Marie Coronnel, comtesse en Espagne, digne véritablement de ce beau nom de Marie et d'une couronne immortelle; en la fleur de son âge, en un pays fort chaud , d'une complexion bouillante, durant la longue absence de son mari, la sensualité lui livrait de furieux assauts; elle, pour réprimer ses ardeurs, prend un tison de feu, l'applique à sa chair, elle en mourut tant par la forte résistance qu'elle fit à la douceur du plaisir, que par la violence de la douleur qu'elle souffrit en cette brûlure. La bienheureuse Angèle de Foligny en faisait autant en Italie, et de notre temps en France madame de Chantai 3; et pensez- vous avoir le môme paradis que ces âmes courageuses, vous qui succombez à la première secousse de la moindre tentation? et pensez-vous être reçu avec honneur dans le ciel en la compagnie des saints, ayant l'âme tout infectée des ordures de ce péché qu'ils ont en si grande abomination?

6° Abomination devant les hommes de ce monde; car on ne fait point d'état de ceux qui sont esclaves de cette passion; ils ont beau chercher le secret et les ténèbres, tôt ou tard on est découvert; comme il n'y a point de fumée sans feu, il n'y a point de feu sans fumée, point de feu d'amour illicite sans fumée de déshonneur ou de blâme : le feu , la toux et l'amour sont trois choses qui ne se peuvent celer : Quis enim celaverit ignem, lumine qui semper proditur ipse suo; la gloire du sexe, c'est la vertu de chasteté; si vous êtes si avide d'honneur, il faut avoir cette vertu , encore que vous soyez superbe , avaricieuse , envieuse , colère ou paresseuse; si vous êtes chaste, vous êtes femme d'honneur en l'estime du monde, vous marchez la tête levée. Mais quand vous auriez toutes les autres vertus au souverain degré, si vous êtes seulement soupçonnée de ce vice, vous n'êtes plus femme de bien, vous êtes en abomination à tout le monde.

7° En un mot, l'impudique est en abomination à soi-même. Après qu'il a contenté sa passion, il a horreur de soi, il voit que pour un petit plaisir passager, il s'est rendu tributaire à mille pointes et mille remords de sa conscience, à mille tentations et mille aiguillons d'impudicité qui lui occupent l'esprit et déchirent son pauvre cœur ; à des restitutions qu'il ne pourra jamais faire, à un blâme éternel dont il a souillé son honneur, à des maladies infâmes, et ce qui est plus considérable, il se voit obligé à de trèsâpres tourments et cuisants supplices qu'il en faudra porter en l'autre vie.

1 On dit que l'abbesse des religieuses , qui étaient autrefois à Fécamp, fit le môme.

2 Grenade, in vilâAvillœ, c. 5, § 5.

3 Mgr Févèque du Puy, en sa Vie , c. 24.

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Troisième point. — Pour ce sujet, je voudrais conseiller à celui qui est esclave de cette passion, de se faire la même repartie que lit autrefois le bouffon de François Ier, un fou conseille bien quelquefois un sage. Le roi avait assemblé son conseil d'Etat pour délibérer par quel chemin il serait plus à propos d'aller à Pavie, les uns disaient par les Grisons, les autres par le Piémont et d'autres par Marseille : le bouffon qui entendait le tout derrière une tapisserie, quand ils furent sortis de la chambre, s'écria : Ils ont tous cousulté par où on ira, mais ils n'ont point avisé par où on reviendra? L'événement montra que c'était un conseil salutaire : car le roi y fut fait prisonnier et n'en retourna qu'à bonnes enseignes. Quand la tentation chatouille votre cœur, vous ne consultez et ne songez qu'aux moyens de la contenter; comment vous surprendrez cette femme, comment vous pourrez gagner son cœur, comment vous la pourrez trouver seule , comment vous pourrez avoir l'occasion d'assouvir votre passion? mais vous ne songerez point en vous-même, comment vous pourrez sortir des inconvénients qui en arriveront, du danger d'être surpris de son mari ou de son père , de la restitution à laquelle vous êtes obligé ; de la puissance de l'esprit malin et du règne du péché qui vous tyrannisera, et de la damnation éternelle à laquelle vous vous engagez. C'est pourquoi écoutez la parole de celui qui ne peut mentir : Sachez, mes frères, dit saint Paul, et entendez-le bien pour ne vous pas flatter, je vous déclare que tout fornicateur, tout impudique ou avaricieux, n'a point de part au royaume de Jésus-Christ et de Dieu : Hoc autem scitote intelligentes , quod omnis fornicator oui avarus aut immundus, non habet partem in regno Christi et Dei (Ephes. 5).

2° Le même Apôtre donne un second remède, et très-efficace pour éviter ce péché : Fuyez, dit-il, la fornication : Fugite fornicationem (1. Cor. 6) ; il ne dit pas : Colletez cette tentation , mais fuyezla ; il faut combattre en cette guerre à la façon des Parthes , en fuyant :

Si fugias Veneris prœlia, tutus eris.

V(sus. Fuyez les regards , les curiosités de la vue et les œillades inconsidérées. David se perdit par une œillade téméraire : Ascendit mors per fenestras (Jerem. 9, 21); ne vous mettez pas dans l'Eglise en un lieu où vous puissiez voir ceux qui entrent et qui sortent : Oculus meus deprœdatus est animam meam (Tren. 3, 51); Otez de vos maisons ces peintures déshonnêtes, ces tableaux qui ont des nudités : Pepigi fœdus cwm oculis meis iie cogitarem de virgine (Job. 31, 1), et si ce sont des tableaux sacrés, faites couvrir les nudités.

Si nescis, oculi sunt in amore duces.

Quoique cela ne vous blesse pas , il peut blesser quelqu'un de vos domestiques, ou ceux qui vous viennent voir. Otez les romans, les comédies , les Amadis, et les jetez au feu ; autrement, quoique vous ne les lisiez pas, vous serez coupable des péchés de vos domestiques qui les liront.

Auditus. Fuyez les cajoleries , les vaines louanges , les flatteries

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et les discours d'amourettes de ces faux amis , fuyez-les comme le chaut de la syrène ; ils ne chantent que pour enchanter, ils ne vous enchantent que pour vous perdre; répondez-leur avec horreur et avec abomination. Fuyez les paroles déshonnêles, et les chansons d'amour, ce sont des vents de midi, qui embrasent ce feu infernal. Tactus. Fuyez les privautés sensuelles, les folàtreries et les libertés immodestes. Souvenez-vous que saint Louis, archevêque de Toulouse , neveu du grand saint Louis, et fils aîné de Charles II, roi de Naples , étant encore dans le monde, et ayant demeuré sept ans en otage à Barcelonne, la première fois qu'il vit sa mère après une si longue absence, qu'elle le voulut baiser, et que ce vertueux prince se recula et refusa cette caresse. Ne savez-vous pas, lui dit-elle, que je suis votre mère? Oui, Madame, répondit-il , mais je sais que vous êtes femme.

Souvenez-vous de ce qui est écrit dans les Chroniques des ordres religieux, qu'un religieux, d'un ordre que je pourrais nommer, prenant une fille par la main , un séculier qui le vit le rapporta à son prieur; le supérieur reprenant son religieux de cette immodestie : Hé , mon Père, dit-il , pour son excuse, je n'y pense point de mal ni elle aussi ; elle est si chaste, si dévote et si sage. Le prieur repartit : Il n'est rien de si pur que l'eau qui nettoie tout, ni rien de plus sec que la terre , cependant quand ces deux éléments se touchent , ils font de la boue. Ces baisers folâtres, et ces privautés sensuelles ternissent la blancheur de la pureté, vous souillent de mille pensées mauvaises, amollissent petit à petit votre cœur, vous disposent à d'autres actions, et font quelquefois perdre la chasteté plus indignement, et criminellement, que quand elle se perd par l'adultère, et cela devant Dieu non pas devant les hommes. Sachez que depuis le péché d'Adam, notre chair est corrompue. Que si deux pommes un peu gâtées se touchent tant soit peu , files se pourrissent l'une l'autre, et qu'une fille ou qu'une femme bien chrétienne et bien pure, ne se laissera toucher, ni au visage, ni au cou , ni au bras , par qui que ce soit : soit cousin , soit beau-frère , ou frère , soit compagne ou parente : à bon entendeur demi-mot.

Fuyez les présents , car ils prennent ceux qui les prennent , les dons brisent les monts : Mimera, crecle rnihi, vincunt hominesque deosque. Tant qu'Atalante courut, elle fut chaste et victorieuse; mais quand elle s'amusa à recueillir les pommes d'or qu'on lui semait par les chemins, elle perdit la victoire et la chasteté.

3° Fuyez les conversations suspectes , les hantises familières , les colloques de seul à seule , les pratiques qui se font à l'écart et sans léraoins. Souvenez-vous que les Apôtres s'étonnèrent de voir Jésus-Christ parler seul à la Samaritaine au milieu des champs : parce que c'était contre sa coutume. Souvenez-vous que saint Augustin ne voulait pas demeurer avec ses nièces; que saint Charles ne voulait pas parler seul à seule avec sa propre sœur; qu'il recommandait à ceux de son diocèse, de ne point faire coucher les petits garçons avec leurs sœurs depuis l'âge de sept ans, tant que faire se pouvait. Si vous saviez les incestes, les scandales et les accidents qui en sont arrivés, les cheveux vous en dresseraient à la tête.

4° Fuyez l'ivrognerie, et même le vin tant que vous pourrez

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Lîtœuriosa res,vinum (Prov. 31, 4); n'en donnez point à vos enfants : c'est le poison de la jeunesse, le soufre et l'allumette de l'impureté; ils ne laisseront pas de se bien porter, il n'y a que l'accoutumance à toutes choses; la nature se fait à tout ce qu'on lui donne. S'ils sont nourris à l'eau dès leur enfance, elle leur sera aussi bonne que le vin, et puis il vaut mieux qu'ils aient mal à l'estomac qu'à l'âme, dit saint Jérôme. Vous vous moquerez de cet avis; moquezvous donc du Saint-Esprit qui le donne et avec instance : Noli rcgibus , ô Samuel, noli regibus dare vinwn.

5° Fuyez les affections particulières : toute inclination à une personne qui n'est pas de votre sexe vous doit être suspecte, et à qui que ce soit : l'amour est premièrement spirituel, puis sensuel ou charnel, et enfin brutal. Sainte Thérèse raconte de soi-même en sa vie, qu'étant à l'âge de dix ou douze ans, elle avait des inclinations pour certaines personnes : non par impureté ni par sensualité, mais par complexion dénature; les naturels de bonne trempe, ont ordinairement cette disposition , ils sont enclins à la complaisance, et à la tendresse; il ne s'y passait rien de sensuel, point de baisers, de privauté, d'impureté, ou d'immodestie, ce n'était que certaine inclination et affection particulière : et toutefois elle dit que Dieu lui montra un jour la place qui lui était préparée en enfer, si Dieu par sa miséricorde ne l'eût retirée des dangers où cette disposition la conduisait. Elle dit (cap. 32, Vitœ sux) qu'ayant vu ces peines, il n'y a tourment qu'elle n'endurât volontiers, pour retirer une âme du danger; et elle prie ceux qui y sont surtout d'éviter l'occasion.

6° C'est le grand secret en cette affaire de gagner au pied , quoiqu'il coûte , sortir de la maison , de la rue, de la ville et de la province s'il est nécessaire , ou du monde même pour se retrancher entre quatre murailles dans un monastère.

7° Mais en fuyant il faut aller en quelque lieu : vous ne sauriez aller mieux qu'aux sacrés pieds de Jésus-Christ, comme sainte Magdeleine. Si vous êtes esclave de ce vice, humiliez-vous beaucoup devant Jésus, reconnaissez votre misère et le pouvoir qu'il a de vous en relever, pleurez, gémissez et soupirez en sa présence, remontrez-lui que c'est tout ce que vous avez de votre crû, que l'ordure, que le péché et la misère, que la faiblesse et le néant, que c'est tout ce que vous pouvez de vous-même, que de tomber au péché et au néant dont vous êtes tiré ; que lui seul est saint , pur et innocent, la sainteté, la pureté et l'innocence^même ; que son Prophète a dit : De stercore élevât pauperem. Honorez la pureté de la conception immaculée de la sainte Vierge, la pureté en laquelle elle a conçu et enfanté le Sauveur ; priez-la de vous en faire part et de purifier votre conscience par la grâce de son Fils, afin qu'étant pur et net de cœur, vous le puissiez voir au ciel : Beati mundo corde , quoniam ipsi Dewrn videbunt. Amen.

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