PREMIER EFFET DU PÉCHÉ MORTEL : LA MORT
La sentence de mort contre le péché mortel. — Dieu dit à Adam : « Au jour où tu mangeras du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, tu mourras 1 » Ces paroles, il les répète à chaque homme en particulier : au jour où vous transgresserez les commandements de Dieu, vous mourrez, Done, si vous manquez à la messe le dimanche par votre faute, ou si vous faites des actions impures, la même sentence est portée contre VOUS : « Vous mourrez. »
Balthazar était roi de Babylone, ville immense qui comptait Jusqu'à vingt lieues de circonférence. Ses rues avaient cinq lieues de longueur, et le palais du roi deux lieues de circuit. Balthazar donna un festin à mille des plus grands de sa cour. Ils chanterent, ils burent, ils s'enivrèrent ; or, l'ivresse amène à sa suite beaucoup d'autres péchés. Etant pris de vin, le roi dit à ses serviteurs : « Apportez ici les vases qui ont servi au culte du Dieu des Juifs, et servons-nous-en. + C'était un sacrilège que d'avoir si peu de respect pour les vases sacrés du vrai Dieu. N'importe; les vases lui sontapportés, et le roi et les grands de sa cour les profanent d’une manière indigne. Tout en buvant, ils chantent des hymnes en l'honneur de leurs dieux de métal et de pierre; mais tout à coup il se fait un silence de mort dans la salle du festin. Qu'y a-t-il donc? Le roi a levé les yeux,etila vu des doigts et comme la main d'un homme qui écrit, près du candélabre, sur la muraille de la salle du festin. Les caractères que trace cette main mystérieuse sont tels qu'on n’en à jamais vu de semblables, Aussitôt le visage de Balthazar change, son esprit est saisi d'un grand trouble, ses reins se relâchent et, dans son eflrêi, ses genoux s’entrechoquent.
Il jette un grand cri et ordonne qu'on fasse venir les mages, c'est-à-dire les sages de Babylone, pour leur demander la signification, de cette étrange écriture, Ils viennent aussitôt ; mais ils
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ne peuvent ni la lire ni en donner l'interprétation. Cependant le bruit parvient aux oreilles de la reine qu'une main mystérieuse à tracé, sur la muraille du palais royal, des caractères que personne ne peut lire. Elle vient en toute hâte, se présente devant le roi et lui dit : « O roi! vivez à jamais. Que vos pensées ne vous troublent pas et que votre visage ne s'altère point. Il y a dans votre royaume un homme appelé Daniel, qui est prophète du vrai Dieu, et en qui on a trouvé plus de science et de sagesse qu'en aucun autre sous le règne de votre grand-père Nabuchodonosor. Faites-le venir, et il interprétera cette écriture, » Le prophète Daniel est donc appelé : « Es-tu, lui dit le roi, es-tu Daniel, l'un des captifs des enfants de Juda que le roi Nabuchodonosor, mon grand-père, avait emmenés de J udée ? On m'a dit que tu as l'esprit de sagesse et de science, et que tu peux expliquer les choses les plus obscures. Si donc tu peux lire cette écriture et m'en donner la signification, tu seras vêtu de pourpre, tu porteras au cou un collier d'or et tu seras le troisième d'entre les princes du royaume, »
À ces paroles du roi, Daniel répond : « Gardez vos présents, 6 roi, et faites part à un autre des honneurs de votre maison; mais je ne laisserai pas de vous lire cette écriture et de vous dire ce qu'elle signifie, Le Dieu Très-Haut, 6 roi! donna à Nabuchodonosor, votre grand-père, le royaume, la grandeur, la gloire et l'honneur. Tous les peuples et toutes les nations de quelque langue qu’elles füssent, le respectaient et tremblaient devant lui. Mais son cœur s'éleva et son esprit se laissa enfler d'orgueil. C'est pourquoi il tomba de son trône et sa gloire s'évanouit : il fut retranché de la société des enfants des hommes : son cœur devint semblable à celui des bêtes ; il demeura avec les ânes sauvages et il mangea l'herbe des champs comme un bœuf. Son corps fut trempé de la rosée du ciel, jusqu'à ce qu’il reconnût que le Très-Haut possède un souverain pouvoir sur les royaumes des hommes et qu’il établit sur le trône qui il lui plait. Et vous, Balthazar, qui êtes son fils, vous-même vous n'avez point humilié votre cœur, quoique vous sussiez toutes ces choses; mais vous vous êtes élevé contre le dominateur du ciel. Vons avez fait apporter devant vous les vases de sa maison sainte et vous avez bu dedans, vous, vos femmes et vos concubines, avec les grands de votre cour; vous avez loué en même temps vos dieux d'or et d'argent, d'airain et de fer, de bois et de pierre, qui ne voient point, qui n'entendent point et qui ne sentent point, et vous n'avez point rendu gloire an Dieu qui tient dans sa main votre ane et tous les moments de votre vie. C'est pourquoi Dieu a envoyé une main pour tracer ce qui est marqué sur la muraille. Or, voici ce qui est écrit : Mané, nombre; Thécel, poids: Phares, division, Et on voici l'interprétation, Mane, nombre : Dieu à compté les jours de votre règne ct il en a marqué
l'accomplissement. Thécel, poids : vous avez été pesé dans la
balance et on vous a trouvé trop léger. Phares, division : votre royaume a été divisé et il a été donné aux Mèdes et aux Perses, » — Par l'ordre.du roi, Daniel fut vêtu de pourpre; on lui mit au cou un collier d'or et on fit publier qu'il aurait la puissance dans le royaume, comme en étant le troisième personnage. — La même nuit, le roi Balthazar fut tué et les Mèdes et les Perses s'emparèrent de son trône.!
Mon petit enfant, lorsque vous commettez un péché mortel, Vous aussi vous vous élevez contre le Dieu du ciel; car vous refusez de lui obéir, Vous profanez sacrilègement votre âme, qui est un saint, un précieux vase où réside le Seigneur; vous donnez gloire au démon, l'ennemi de Dieu. Au moment où vous commettez un péché mortel, il ÿ 4 une main qui écrit dans votre âme des lettres lugubres, des lettres de mort. Voici ce qu’elle écrit : « Vous mourrez ! » Ces paroles sont écrites dans votre intelligence ; car vous comprenez bien que vous êtes mort devant Dieu. Elles sont écrites dans votre mémoire, qui sera toujours obsédée par le souvenir de cette sentence de mort. Elles sont écrites dans votre volonté, parce que c’est de. votre plein gré que vous avez choisi la mort plutôt que la vie. Personne sur la terre ne voit ces paroles de mort écrites dans votre âme : ni votre père, ni votre mère, ni vos frères, ni vos sœurs ; mais Dieu les voit, mais les anges les voient! Et quelle est la signification de ces terrihles paroles : « Vous mourres ! » Vous la saurez de la bouche de Dieu lui-même : « Comme j'ai dit, je ferai à l'égard des méchants? » :
Comment meurt celui qui commet un péché mortel ? — “ Vous mourrez » dit le Seigneur. — Avez-vous commis un péché mortel? vous êtes déjà mort; « car la solde du péché c'est la mort3 » Oui, 6 pécheur, vous êtes mort! Mais comment pouvez-vous être mort? Votre visage n’est point pâle comme le visage d'un mort; vous n'êtes pas jeté en terre à l'état de cadavre; on n'apporte point chez vous un cercueil pour vous y enfermer; On ne creuse point votre fosse. Qui dirait que vous êtes mort? Vous respirez, vous Mangez, vous parlez, vous riez absolument comme vous faisiez avant votre-péché, Est-il donc possible que Vous soyez mort? Oui, Ô pécheur, cela n'est que trop vrai, vous êtes mort. Autant il est certain que le Dieu du ciel a dit : «“ Vous mourrez, » autant est-il certain que vous êtes mort, Vous appartenez à celui qui a l'empire de la mort, c'est-à-dire au démon 4
Mais qu'est-ce que cette mort qui vous à frappé? Votre Corps n'a pas été transperce par le glaive, ni tué sur le champ de
(1) Dan, v, (2) Num. xIv, UD, (3) Rom. vi, 23, (4) Hebr. 1, LA,
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bataille.\ — Ecoutez, pécheur : je vous dirai comment la mort vous à frappé : « L'âme qui aura péché, dit le prophète, mowrr«a elle-même.? » Le péché mortel que vous avez commis a frappé votre âme et l’a tuée avec la rapidité de la foudre. — « Z# ce sera soudain, sur-le-champ.3 »
Comment cela se fait-il? — Voici le moment de la tentation : l'âme est portée à transgresser la loi de Dieu et à commettre un péché mortel. Oh! terrible moment pour cette âme! « Les douleurs de la mort, l'environnent.t » Le silence se fait dans le ciel ; les anges ne parlent plus ; Dieu regarde l'âme pour voir ce qu'elle va faire : consentira-t-elleourésistera-t-elle àlatentation?… C'en est fait : elle y a consenti, elle a commis le péché mortel ! Oh! quel fracas, quel écroulement, quelle ruine ! Est-ce un tremblement de terre qui a déchiré le sol de toutes parts? est-ce le soleil qui s’est obscurci, ou la lune qui est devenue rouge comme le sang? Sont-ce les étoiles qui sont tombées du ciel? Non ; ce n'est rien de tout cela : c'est quelque chose de plus terrible, Un coup de tonnerre venu de l'enfer a détruit le chef-d'œuvre de Dieu : une âme est tombée on ruine! O Dieu! cette âme immortelle, créée à votre image et à votre ressemblance et rachetée par le sang de Jésus-Christ, est abattue et ruinée! On n'entend point les gémissements des anges du ciel; les blasphèmes des démens de l'enfer ne frappent pas nos oreilles ; tout s'est fait en silence. Et voilà cette âme étendue comme un cadavre sur le + du monde surnaturel, O pécheur, après avoir commis votre péché mortel, vous entrez dans votre maison, et les pierres de ses murailles ne se récrient point contre votre âme cadavre! vous traversez les champs, et les bêtes de la campagne ne mugissent pas de ce qu’une âme assassinée passe au milieu d'elles! vous parcourez les rues, et les personnes que vous rencontrez ne s'enfuient point à votre aspect! Ah! il y à quelqu'un qui voit votre âme telle qu'elle est. Il y a au ciel un Dieu qui voit votre âme à l’état de cadavre et qui en a horreur, « Le méchant et su méchanceté sont également détestables aux yeux de Dieu. »
Oh! jour du péché mortel, oh! jour terrible que celui où est morte une âme qui avait respiré le souffle de vie! Oh! jour du péché mortel, « jour de mort ! » jour de colère, jour de désastre, « jour de calamité et de misere.ô » « Que ce Jour se change en ténèbres, que Dieu du haut du ciel ne le regarde pas plus que s'il n'avait jamais été, qu'il ne soit pas éclairé de la lumibre. Qu'il soit couvert de ténèbres et de l'ombre de la mort, qu'une sombre obscurilé l'environneet qu'il soit plongé dans l'amertume !7 «
La maison tombée en ruine. — Un jour, il y eut un ouragan.
(1) Is, xx, 2.
(4) Ps, xvi, 4.
(7) Job, nr, 4-5.
(2) Ezech. xuim, 4, (5) Sag. xiv, 9,
(3) Is, xxix, 6, (6) Soph. 11.
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Le vent s'acharna contre une grande maison située au coin d'une
rue et la renversa. Les débris de la maison : les fenêtres, les murs, les cheminées, les meubles, tout fut jeté péle-méle dans la rue, au point d'obstruer le Passage, Un tourbillon de poussière s'éleva comme une fumée épaisse j usqu'au sommet des toits. A l'instant, on accourut de toutes parts pour voir les ruines amoncelées de cette maison, — Mais une âme en ruine est un Spectacle bien plus navrant qu'une maison renversée. Peut-être croyez- Vous que, lorsqu'une âme est tombée en ruine sous les coups du péché mortel, une grande foule de personnes viennent aussi la considérer, Non, NON ; personne ne s'en soucie, Le Juste périt, et personne ne s'en inquiète,
Les vêtements de deuil. — Un enfant vint à mourir, Sa petite Sœur alla trouver sa mère et lui dit : « Maman, Permettez-moi de prendre le deuil pour mon frère défunt. » — La mère lui répondit : « Oui, ma fille, vous prendrez le deuil pour votre pauvre frère, » — En effet, les habits noirs arrivent, La petite fille revêt une robe noire, un chapeau noir, un châle noir, des gants noirs, — Ainsi on prehd le deuil à la mort de ce corps, qui n'a pas été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, Que dis-je? qu’un animal sans raison tombe dans les champs et meure, on se livre à la tristesse, Mais qu'une âme, créée à l'image et à la ressemblance de Dieu, soit frappée de mort par le péché mortel ; à la mort de cette Âme, on ne Jette pas un cri de douleur, cn ne verse pas une larme, comme si Dieu n'avait pas dit : Zi se lamenteront sur DOUS, et ils se couvriront de cendr'e:1
Une cour à Londres. — Il ÿ a quelques années, un missipnnaire préchait une mission aux enfants, dans un de ces petits quartiers de Londres qu'on appelle cours. C'était en hiver, Les enfants entendaient une instruction le matin et une autre le soir : en outre, ils s'approchaient des Sacrements, Un soir, l'instruction se donnait comme d'habitude, quand tout à Coup le missionnaire est interrompu au milieu de son discours par un bruit qui vient du dehors, Qu'était-ce donc? — Au bout de quelques instants, la por? s'ouvre avec violence et on voit une femme entrer avec précipitation. Elle s’avance en toute hâte au milieu des enfants ; elle monte sur l'estrade du missionnaire. Là, tout essoufflée, elle s'arrête un instant pour reprendre haleine. « Qu'y a-t-il donc, ma bonne dame? » lui dit le missionnaire, — 4 Oh! mon Père, lui répond-elle, hâtez-vous, venez vite : mon mari vient d'être frappé d'une attaque, il se meurt! + — Le missionnaire suit
immédiatement cette femme ; il monte un escalier étroit; il entre dans la chambre du moribond et voit le pa‘ivre homme étendu Sur le plancher, De grosses gouttes de sueur coulent sur son visage, qui est d'une paleur mortelle, Ses yeux roulent dans leurs
(1) Ezech, xxvir, 30.